XIX

M. Dupin, dans un volume récent, renouvelle encore contre moi cette

accusation irréfléchie de n'avoir pas proclamé la régence, la régence

d'une femme intéressante sans doute, mais d'une femme exclue du

gouvernement par la loi que le parti d'Orléans venait de se faire à

lui-même; régence aussi illégale par conséquent que la république, une

régence déjà tombée dans la rue et ramenée, à travers la révolution

et l'armée immobiles, à la porte d'une Chambre dissoute de fait.

Et au nom de quoi aurais-je proclamé cette régence des Orléanistes,

moi qui n'avais jamais voulu adhérer au gouvernement, schisme de

famille, de 1830; moi qui lui avais renvoyé toutes mes places

diplomatiques pour ne pas le servir; moi qui m'étais respectueusement

refusé à tout rapport avec cette royauté, par scrupule de fidélité à

mes souvenirs! En vérité, M. Dupin et les Orléanistes auraient bien

ri, le lendemain, d'un légitimiste de coeur refaisant après coup une

seconde révolution de 1830, et réinstallant une seconde monarchie

d'Orléans, pour l'attaquer le surlendemain!

Et quand j'aurais tenté ce contre-sens à moi-même, l'aurais-je pu

accomplir avec l'ombre de succès un peu durable? Où étaient le peuple,

l'armée, les chambres, les ministres, pour sanctionner et soutenir

cette régence de hasard sortie d'une insurrection contre la royauté de

Juillet, aventure dans une aventure, illégalité dans une illégalité,

révolution de 1830 dans une révolution de 1830, belle-fille contre le

beau-père, petit-fils contre l'aïeul, belle-soeur contre le

beau-frère, neveu contre les oncles, chaos dans un chaos!

Et puisque M. Dupin et les révolutionnaires orléanistes de 1830

pensent qu'une régence était si facile et si simple à faire, et à

faire durer huit jours seulement, que ne la faisaient-ils eux-mêmes?

Qui les gênait?

Certes, c'était à eux, orléanistes, et non à moi, adversaire de la

royauté illégitime d'Orléans, de se charger de ce rôle; logique en

eux, il était absurde en moi. M. Dupin n'y a pas pensé. Si l'empire

qu'il sert aujourd'hui, comme il a servi la légitimité, la royauté de

juillet, la république, avec un zèle qui ne faiblit jamais et avec un

talent qui grandit toujours; si, dis-je, l'empire venait à chanceler

dans une journée de février quelconque, que penserait M. Dupin d'un

républicain, d'un légitimiste, d'un orléaniste qui viendrait sur le

champ de mort de l'empire écroulé, quoi faire? Proclamer un empire de

branche cadette et factieuse? cela ne serait pas moins ridicule que le

rôle que M. Dupin et ses amis me reprochent de n'avoir pas pris le 24

février! En vérité, si je l'avais pris, ce rôle, je ne saurais pas

aujourd'hui où cacher ma honte. Il faut respecter et protéger le

malheur d'une dynastie qui s'écroule sur son faux principe, c'est ce

que nous avons fait; mais il ne faut pas relever un faux principe

tombé pour servir de base au trône d'une veuve qu'on admire et d'un

enfant qu'on plaint. Une veuve n'a pas besoin d'une régence pour se

consoler d'un sépulcre, et un enfant, pour être heureux, n'a pas

besoin pour hochet d'un sceptre dérobé à un aïeul dans l'escamotage

d'une demi-révolution.

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 137 / 208 题