XI

Il est donc non-seulement permis de changer en vivant, mais c'est un

devoir de conscience. Bien entendu que cette théorie du changement

s'applique à l'esprit, mais non au coeur; que le changement doit être

désintéressé et non vénal; que tout changement qui consiste à

abandonner une cause vaincue parce qu'elle est vaincue est une

lâcheté; que tout changement qui consiste à s'allier à une cause

victorieuse parce qu'elle est victorieuse est une abjection de

caractère; que changer par ambition, c'est une suspicion légitime de

vice; que changer par cupidité de fortune, est une vénalité du coeur

qui déshonore la vérité même; que changer d'amis quand la fortune les

trahit, est une versatilité d'affection qui prouve la courtisanerie de

l'âme. Mais que changer d'opinion sans abandonner ses sentiments

personnels, ni les vaincus, ni les malheureux, ni les faibles; changer

à ses dépens en s'exposant sciemment, au contraire, aux dénigrements

d'intentions, aux colères du respect humain, au mépris des partis et

aux souffrances de considération qui suivent ordinairement ces progrès

des hommes sincères dans ce qu'ils croient la route des améliorations

morales et des vérités progressives, c'est souffrir pour la cause du

bien, c'est le martyre d'esprit pour la vérité, martyre que les hommes

aggravent par leur fiel et par leur vinaigre, mais que la vérité

récompense par les jouissances de la conscience.

Même quand le martyre s'est trompé de cause, il ne s'est pas trompé

de vertu!

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 129 / 208 题