II

Or, en France, où l'on parle si bien, mais où l'on pense trop vite; en

France, où les paradoxes courants prennent si souvent la place des

vérités acquises, les partis arriérés ou avancés ont adopté depuis

quelques années un proverbe tout contraire, le proverbe du

contre-sens, le proverbe du sophisme. Le sens de ce proverbe est

celui-ci: celui qui change d'opinion a tort; celui qui reçoit les

leçons de la vie et qui en profite pour rectifier ou modifier sa

pensée est un grand coupable. Malheur et mépris aux esprits

progressifs qui s'améliorent, qui se rectifient, qui se corrigent

eux-mêmes en vivant! Ils sont présumés intéressés, versatiles,

adulateurs du temps qui court, apostats de leur tradition et

d'eux-mêmes. Honneur et respect aux incorrigibles! Confiance exclusive

aux esprits pétrifiés et aux caractères têtus qui, lorsqu'ils ont une

fois proféré une erreur ou une sottise, ne s'en dédisent jamais et

veulent mourir, comme disait Chateaubriand, ce grand oracle du respect

humain dans ce siècle, «non pas conformes à la vérité, mais conformes

à eux-mêmes.»

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 122 / 208 题