«Cependant, à Néron, qui attendait avec anxiété les messagers chargés
de lui annoncer l'exécution de la trame, on apprend qu'Agrippine,
atteinte seulement d'une légère blessure, est sauvée, mais avec assez
d'indices sinistres pour qu'elle ne pût douter de l'intention et de
l'auteur du complot.
«À cette nouvelle, anéanti par la peur, il croit déjà la voir accourir
prompte à la vengeance, soit en armant ses esclaves, soit en
enflammant l'indignation de l'armée, soit en étalant devant le sénat
et le peuple son naufrage, sa blessure, ses amis immolés. Quel refuge
lui reste-t-il contre elle dans cette extrémité, à moins que Burrhus
et Sénèque n'avisent et ne lui prêtent le concours de leur
expérience?»
Remarquez qu'à côté de tous les tyrans il y a un sophiste. Combien y
en a-t-il à côté du tyran des tyrans, la multitude! Lisez la
_terreur_: elle dure dix-neuf mois.
«Sénèque et Burrhus avaient été mandés par Néron à la première
nouvelle, instruits ou non avant, on l'ignore (quel mot sinistre!).
Les deux sophistes restèrent longtemps muets tous les deux, soit de
peur de déconseiller vainement une chose résolue, soit qu'ils fussent
convaincus que les choses en étaient descendues à cette extrémité que,
si Agrippine n'était pas prévenue dans sa vengeance, il ne restait à
Néron qu'à périr.»