Othon, suivi des corps d'élite, d'éclaireurs, des cohortes et des
vétérans du prétoire, nerf des armées impériales, et des nombreuses
légions de marine, s'avance jusqu'au pied des Alpes, au-devant du
lieutenant de Vitellius, Cécina.
«La marche d'Othon, dit Tacite, n'était ni ralentie ni amollie par le
luxe; mais Othon, revêtu d'une cuirasse de fer, à pied, marchant
devant les aigles, souillé de poussière, les cheveux en désordre,
contrastait par son apparence avec son ancienne réputation de
mollesse.
«Cécina, de son côté, comme s'il avait laissé sur l'autre revers des
Alpes la licence et la férocité de son caractère, s'avançait en Italie
avec une armée irréprochable dans sa discipline. Les colonies et les
municipalités romaines qu'il traversait en entrant en Italie lui
reprochaient seulement son orgueil. Vêtu, en effet, d'une saie
gauloise de diverses couleurs et de braies, vêtement étranger, il
osait donner audience ainsi à des citoyens en toges.
«On ne pouvait tolérer non plus que sa femme Salonina, quoique
innocemment, le suivît montée sur un cheval magnifique, enharnaché de
pourpre. Telle est la nature humaine, que l'on considère d'un regard
malveillant la récente fortune d'autrui. On n'exige de personne autant
de modestie que de ceux qui étaient naguère nos égaux. Cependant
Valens fait sa jonction avec Cécina.»