Selon l'admirable économie de ses récits, ordonnés comme des poëmes,
Tacite profite de la lenteur d'Othon dans sa marche vers les Gaules
pour reporter les regards de son lecteur vers une autre région de
l'empire où se noue un autre drame militaire pour un troisième
dénouement déjà prévu. Il revient à Vespasien, à Mucien, à leurs sept
légions réparties en Judée et en Syrie.
Ces légions apprennent que celles de Rome et de Germanie vont
s'entrechoquer pour décider à qui des deux armées reviendra le
bénéfice de donner un maître à l'empire; elles s'indignent qu'on en
dispose ainsi sans leur aveu; elles méditent de s'en saisir pour un de
leurs généraux, pendant qu'on le dispute pour d'autres.
Vespasien, et Mucien son collègue, résolurent d'attendre que les deux
partis de Vitellius et d'Othon, affaiblis par leur lutte, laissassent
l'ambition plus libre et le succès plus certain à des armées et à des
noms encore entiers.
Ici Tacite reprend le récit de la guerre civile, après avoir ainsi
montré en Orient le germe d'un autre règne.