XVIII

Le bruit de cette émeute se répand dans le palais de Galba. Pison, son

fils adoptif, veut opposer sa popularité d'estime à la popularité

démagogique d'Othon; il rassemble les troupes de garde au palais et

les harangue:

«Camarades, leur dit Pison, il n'y a pas encore six jours qu'ignorant

ce que nous dérobe l'avenir, et ne sachant s'il fallait désirer ou

redouter davantage ce nom d'héritier de Galba, j'ai été adjoint par

lui à l'empire.

«Par cet acte, les destinées de la patrie et celles de notre maison

ont été placées dans vos mains. Ne croyez pas, je vous le jure par le

nom que je porte, ne croyez pas que je tremble ici pour moi-même (pour

moi, qui, éprouvé déjà par la mauvaise fortune, sais qu'il y a autant

à craindre de la prospérité); non! je vous parle en ce moment au nom

de Galba, devenu mon père, du sénat et de l'empire, que je représente

devant vous.

«Nous sommes placés dans cette alternative, ou de périr aujourd'hui,

si cela est nécessaire à la patrie, ou, ce qui ne serait pas moins

funeste, de vaincre en faisant périr des concitoyens.

«Nous avions pour consolation, dans ces derniers événements de Rome,

que la capitale n'avait pas été ensanglantée et que le pouvoir avait

passé sans choc d'une main dans une autre.

«Par mon adoption, il semblait aussi avoir été pourvu à ce que, même

après Galba, il ne pût y avoir de guerre civile à Rome pour l'empire.

«Je ne me vanterai pas ici de la noblesse de mon origine ni de

l'irréprochabilité de ma vie. Qu'est-il besoin de parler de vertu

quand il s'agit de se comparer à un Othon? Ses vices, qui sont à ses

yeux le seul titre de gloire, ont renversé l'empire, même quand il

était la créature et l'ami de l'empereur.

«Serait-ce par son maintien, sa démarche, sa parure efféminée, qu'il

briguerait et mériterait l'empire? Ils se trompent, ceux qui croient

que son luxe sera de la libéralité: il saura dissiper, jamais donner.

Il ne rêve que prostitution, débauches et orgies de femmes; il pense

que ce sont là les priviléges de la souveraineté, priviléges qui lui

assurent pour lui seul la satisfaction de ses caprices et de ses

excès, et qui ne laisseront aux autres que la rougeur et l'infamie.

Jamais pouvoir acquis par le crime ne fut exercé honnêtement.

«Galba a été promu à l'empire par le consentement de l'univers, et moi

par votre consentement.

«Si la république, le sénat, le peuple, ne sont plus aujourd'hui que

de vains noms, votre honneur, à vous, camarades, est intéressé du

moins à ce que les plus vils des hommes ne vous donnent pas des

empereurs!

«On a vu des exemples de légions révoltées contre leurs généraux; mais

votre fidélité et votre renommée, à vous, sont restées jusqu'à ce jour

sans souillure. C'est Néron qui vous a manqué, ce n'est pas vous qui

avez manqué à Néron!

«Eh quoi! vingt-trois transfuges et déserteurs, à qui l'on ne

permettrait pas de nommer un centurion ou un tribun des soldats,

nommeraient impunément un empereur! Vous admettriez cet exemple, et

vous vous approprieriez leur crime en le tolérant par votre inaction!

Cette licence passera bientôt de Rome dans les provinces, et, si nous

sommes, Galba et moi, les victimes de ce forfait, vous le serez, vous,

des conséquences de ces guerres civiles. L'assassinat de vos empereurs

ne vous sera pas plus payé que nous ne payerons, nous, votre

innocence, et nous vous donnons, en récompense de votre fidélité,

autant que les autres vous promettent pour prix du crime.»

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 42 / 208 题