Le portrait de Mucien, tracé en quelques lignes, présage du premier
coup d'oeil à l'empire des agitations, à Galba des compétiteurs:
«Homme, dit Tacite en parlant de Mucien, déjà aussi célèbre par ses
succès que par ses disgrâces; jeune, il avait ambitieusement caressé
des amitiés illustres; bientôt, ayant dissipé ses richesses, il glissa
dans le besoin.
«Suspectant l'inimitié de Claude contre lui, il se confina dans le
fond de l'Asie, aussi près de l'exil qu'il le fut plus tard de
l'empire; mélange de luxure, d'intrigue, de popularité, d'insolence,
de bonnes et de mauvaises habiletés; excessif de plaisirs dans le
loisir, d'activité dans l'action, sa vie publique méritait des éloges,
sa vie privée de la honte. Puissant en influence et en séduction sur
ses subordonnés, sur ses proches, sur ses collègues; homme à qui il
était plus facile de décerner l'empire par son crédit que de l'obtenir
pour lui-même.»
En Judée, Vespasien et son fils Titus commandaient trois légions; ils
étaient pleins de déférence pour Mucien, leur collègue le plus
rapproché, et se concertaient entièrement avec lui.