XIII

Après avoir frappé ainsi l'esprit de ses lecteurs de l'impression dont

il est frappé lui-même, Tacite entre d'un pas rapide, mais sûr, dans

son récit par le tableau du lendemain de la mort de Néron. Il laisse

transpirer, plutôt qu'il ne le témoigne, son mépris intérieur contre

un peuple assez vil pour regretter son tyran:

«La vile multitude, dit-il, celle qui assiége le cirque et les

théâtres gratuits, et la lie des esclaves, et tous ceux qui, ayant

dévoré leur patrimoine, vivaient des honteuses munificences de Néron,

se montraient tristes et avides de nouvelles.

«Les soldats, voyant qu'ils ne recevaient pas de gratifications de

Galba pour récompenser leur défection involontaire et forcée à Néron,

et prévoyant que la paix ne leur fournirait pas autant que la guerre

d'occasions d'avancements et de récompenses, penchaient vers la

sédition. Ils accusaient déjà la vieillesse et la parcimonie de Galba.

«On rappelait un mot de lui, honnête pour la république, dangereux

pour lui-même: Je choisis mes soldats, je ne les achète pas.

«L'âge même de Galba était un texte de dérision et d'impopularité pour

ceux qui étaient accoutumés à la jeunesse de Néron, et qui, suivant

le préjugé du vulgaire, ne jugeaient de leur maître qu'à la beauté et

à la grâce du corps. Telles étaient à Rome, ajoute-t-il, les

dispositions d'esprit de cette immense multitude.»

Il fait ensuite le tableau des provinces, des légions, le portrait des

principaux généraux qui les commandent.

En Espagne, Cluvius Rufus; dans les Gaules, un successeur peu

populaire de Vindex; en Allemagne, Verginius, encore indécis entre les

regrets de Néron et l'adhésion à Galba; sur le Rhin, un vieillard

goutteux, impotent, sans ascendant sur ses troupes; dans l'Orient

encore immobile, Mucien, commandant de la Syrie et de quatre légions.

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 37 / 208 题