Après avoir frappé ainsi l'esprit de ses lecteurs de l'impression dont
il est frappé lui-même, Tacite entre d'un pas rapide, mais sûr, dans
son récit par le tableau du lendemain de la mort de Néron. Il laisse
transpirer, plutôt qu'il ne le témoigne, son mépris intérieur contre
un peuple assez vil pour regretter son tyran:
«La vile multitude, dit-il, celle qui assiége le cirque et les
théâtres gratuits, et la lie des esclaves, et tous ceux qui, ayant
dévoré leur patrimoine, vivaient des honteuses munificences de Néron,
se montraient tristes et avides de nouvelles.
«Les soldats, voyant qu'ils ne recevaient pas de gratifications de
Galba pour récompenser leur défection involontaire et forcée à Néron,
et prévoyant que la paix ne leur fournirait pas autant que la guerre
d'occasions d'avancements et de récompenses, penchaient vers la
sédition. Ils accusaient déjà la vieillesse et la parcimonie de Galba.
«On rappelait un mot de lui, honnête pour la république, dangereux
pour lui-même: Je choisis mes soldats, je ne les achète pas.
«L'âge même de Galba était un texte de dérision et d'impopularité pour
ceux qui étaient accoutumés à la jeunesse de Néron, et qui, suivant
le préjugé du vulgaire, ne jugeaient de leur maître qu'à la beauté et
à la grâce du corps. Telles étaient à Rome, ajoute-t-il, les
dispositions d'esprit de cette immense multitude.»
Il fait ensuite le tableau des provinces, des légions, le portrait des
principaux généraux qui les commandent.
En Espagne, Cluvius Rufus; dans les Gaules, un successeur peu
populaire de Vindex; en Allemagne, Verginius, encore indécis entre les
regrets de Néron et l'adhésion à Galba; sur le Rhin, un vieillard
goutteux, impotent, sans ascendant sur ses troupes; dans l'Orient
encore immobile, Mucien, commandant de la Syrie et de quatre légions.