Enfin, il faut que l'historien soit arrivé à la vieillesse, ou du
moins à cette maturité des années qui donne, avec le sang-froid de la
pensée, le désintéressement de l'ambition, ce loisir studieux où
l'écrivain se renferme dans la solitude de son âme pour recueillir,
avant sa mort, les événements de son temps, les expériences, les
jugements qu'il veut léguer à la postérité.
On voit, à ces principales conditions d'un historien parfait, combien
il est rare que toutes ces conditions se trouvent réunies dans un
même homme, et combien peu de chefs-d'oeuvre historiques doivent
exister et surnager sur cet océan d'annales ou de chroniques qui
encombrent les archives des nations.
Ajoutons que ces chefs-d'oeuvre mêmes ne sont pas absolus, mais
relatifs à l'état social et à l'âge plus ou moins avancé des peuples
pour lesquels l'historien a écrit son histoire.