Notre _contrat social_, à nous, le _contrat social_ spiritualiste, au
contraire, celui qui cherche son titre en Dieu, qui s'incline devant
la souveraineté de la nature, celui qui ne se reconnaît d'autre droit
que dans ce titre magnifique, et plus noble que toutes les noblesses,
de fils de Dieu, égal par sa filiation et par son héritage à tous ses
frères de la création, celui qui ne croit pas que tout son héritage
soit sur ce petit globe de boue, celui qui ne pense pas que l'empire
de quelques millions d'insectes sur leur fourmilière, renversant ou
bâtissant d'autres fourmilières, soit le but d'une âme plus vaste que
l'espace, et que Dieu seul peut contenir ou rassasier; celui qui
croit, au contraire, à l'efficacité de la moindre vertu exercée envers
la moindre des créatures en vue de plaire à son Créateur, celui qui
place tous les droits de l'homme en société dans ses devoirs accomplis
envers ses frères; celui qui sait que la société humaine, civile et
politique, ne peut vivre, durer, se perfectionner en justice, en
égalité, en durée, que par le dévouement volontaire de chacun à tous,
dévouement du père au fils, de la femme à l'époux, du fils au père,
des enfants à la famille, de la famille à l'État, du sujet au prince,
du citoyen à la république, du magistrat à la patrie, du riche au
pauvre, du pauvre au riche, du soldat au pays, de tout ce qui obéit à
tout ce qui commande, de tout ce qui commande à tout ce qui obéit, et,
plus haut encore que cet ordre visible, celui qui conforme, autant
qu'il le doit et qu'il le peut, sa volonté religieuse à cet ordre
invisible, à ce principe surhumain que la Divinité (quel que soit son
nom dans la langue humaine) a gravé dans le code, dans la conscience,
table de la loi suprême; celui qui sait que, sous cette législation
des devoirs volontaires qu'on nomme avec raison _force_ ou _vertu_, il
n'y a ni Platon, ni J.-J. Rousseau, ni chimères, ni violences, ni
tyrannies, ni multitudes, ni satellites, ni armées, ni bourreaux qui
puissent faire prévaloir la société purement matérialiste sur la
société spiritualiste, où le commandement est divin, où l'abstention
est vertu; ce contrat social est, disons-nous, indépendamment de ce
qu'il est plus vrai, mille fois plus digne du légitime orgueil, du
saint orgueil de la race humaine: car il croit fermement (et il a
raison de croire) que le contrat social qui commence sur la terre par
des individus isolés, sans défense contre les éléments, par des
hordes, par des tribus, par des républiques, par des empires, par des
révolutions qui brisent ou qui restaurent des nations, n'est ni toute
la fin, ni toute la destinée probable de la civilisation divine, ni
toute la pensée du Créateur, ni tout le plan infini de Dieu dans sa
création de l'homme en société.
Car il croit que Dieu n'a pas borné à ces phénomènes d'agglomération,
de révolution, de progrès matériel, de décadence, de dissolution et de
disparition, les destinées de cette noble catégorie d'êtres appelés
hommes; que ces êtres ne sont pas bornés dans tous leurs
développements par la tombe; mais que le vrai contrat social, celui
dont l'âme de l'humanité est l'élément, celui dont la vertu est le
mobile, celui dont le devoir est la législation, celui dont Dieu
lui-même est le souverain, le spectateur et la récompense, que ce
contrat social, interrompu ici à chaque génération par la mort, ne se
résilie pas dans la poussière de ce globe.
Au contraire, il se renoue, se recompose et se développe indéfiniment
plus haut de vertu en vertu, de sainteté en sainteté, de grandeur en
grandeur, dans une société toujours croissante et toujours
multipliante, pour multiplier les adorations par les adorateurs, les
forces par les facultés, les vertus par les oeuvres, dans cette
échelle ascendante par laquelle monta le Jacob symbolique, et qui
rapproche du Dieu de vie ses hiérarchiques créations!
En un mot, le vrai contrat social, au lieu de donner pour fin à la
société mortelle la mort, donne pour fin à la société spiritualiste
sur la terre le sacrifice, et pour fin à la société divinisée après la
vie l'immortalité!
Voilà ma foi politique.