XVI

Notre _contrat social_, à nous, le _contrat social_ spiritualiste, au

contraire, celui qui cherche son titre en Dieu, qui s'incline devant

la souveraineté de la nature, celui qui ne se reconnaît d'autre droit

que dans ce titre magnifique, et plus noble que toutes les noblesses,

de fils de Dieu, égal par sa filiation et par son héritage à tous ses

frères de la création, celui qui ne croit pas que tout son héritage

soit sur ce petit globe de boue, celui qui ne pense pas que l'empire

de quelques millions d'insectes sur leur fourmilière, renversant ou

bâtissant d'autres fourmilières, soit le but d'une âme plus vaste que

l'espace, et que Dieu seul peut contenir ou rassasier; celui qui

croit, au contraire, à l'efficacité de la moindre vertu exercée envers

la moindre des créatures en vue de plaire à son Créateur, celui qui

place tous les droits de l'homme en société dans ses devoirs accomplis

envers ses frères; celui qui sait que la société humaine, civile et

politique, ne peut vivre, durer, se perfectionner en justice, en

égalité, en durée, que par le dévouement volontaire de chacun à tous,

dévouement du père au fils, de la femme à l'époux, du fils au père,

des enfants à la famille, de la famille à l'État, du sujet au prince,

du citoyen à la république, du magistrat à la patrie, du riche au

pauvre, du pauvre au riche, du soldat au pays, de tout ce qui obéit à

tout ce qui commande, de tout ce qui commande à tout ce qui obéit, et,

plus haut encore que cet ordre visible, celui qui conforme, autant

qu'il le doit et qu'il le peut, sa volonté religieuse à cet ordre

invisible, à ce principe surhumain que la Divinité (quel que soit son

nom dans la langue humaine) a gravé dans le code, dans la conscience,

table de la loi suprême; celui qui sait que, sous cette législation

des devoirs volontaires qu'on nomme avec raison _force_ ou _vertu_, il

n'y a ni Platon, ni J.-J. Rousseau, ni chimères, ni violences, ni

tyrannies, ni multitudes, ni satellites, ni armées, ni bourreaux qui

puissent faire prévaloir la société purement matérialiste sur la

société spiritualiste, où le commandement est divin, où l'abstention

est vertu; ce contrat social est, disons-nous, indépendamment de ce

qu'il est plus vrai, mille fois plus digne du légitime orgueil, du

saint orgueil de la race humaine: car il croit fermement (et il a

raison de croire) que le contrat social qui commence sur la terre par

des individus isolés, sans défense contre les éléments, par des

hordes, par des tribus, par des républiques, par des empires, par des

révolutions qui brisent ou qui restaurent des nations, n'est ni toute

la fin, ni toute la destinée probable de la civilisation divine, ni

toute la pensée du Créateur, ni tout le plan infini de Dieu dans sa

création de l'homme en société.

Car il croit que Dieu n'a pas borné à ces phénomènes d'agglomération,

de révolution, de progrès matériel, de décadence, de dissolution et de

disparition, les destinées de cette noble catégorie d'êtres appelés

hommes; que ces êtres ne sont pas bornés dans tous leurs

développements par la tombe; mais que le vrai contrat social, celui

dont l'âme de l'humanité est l'élément, celui dont la vertu est le

mobile, celui dont le devoir est la législation, celui dont Dieu

lui-même est le souverain, le spectateur et la récompense, que ce

contrat social, interrompu ici à chaque génération par la mort, ne se

résilie pas dans la poussière de ce globe.

Au contraire, il se renoue, se recompose et se développe indéfiniment

plus haut de vertu en vertu, de sainteté en sainteté, de grandeur en

grandeur, dans une société toujours croissante et toujours

multipliante, pour multiplier les adorations par les adorateurs, les

forces par les facultés, les vertus par les oeuvres, dans cette

échelle ascendante par laquelle monta le Jacob symbolique, et qui

rapproche du Dieu de vie ses hiérarchiques créations!

En un mot, le vrai contrat social, au lieu de donner pour fin à la

société mortelle la mort, donne pour fin à la société spiritualiste

sur la terre le sacrifice, et pour fin à la société divinisée après la

vie l'immortalité!

Voilà ma foi politique.

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 21 / 208 题