XV

Ce pacte de la société vraie, le voici: Dieu a créé l'homme corps et

âme, à la fois; Corps, pour s'exercer ici-bas comme un apprenti de la

vie terrestre à la vie céleste, qui sera dégagée des sens et des

temps.

Il a donné à l'homme, en le créant, les instincts innés qui le forcent

à vivre en société politique, parce que la société politique est le

moyen de perfectionner l'individu en élargissant sa sphère par la

famille, l'État, l'humanité, cette trinité de devoirs.

Ce perfectionnement de l'homme par la société civile et politique

s'accomplit, pour le corps, par le développement des industries

matérielles, des moyens, des forces, des découvertes qui ont la vie

terrestre pour fin. C'est la civilisation des sens, beau phénomène,

mais phénomène court comme le temps, borné comme l'espace, fini comme

la poussière organisée, périssable comme la mort.

Il a donné à l'homme une âme pour communiquer par la pensée avec Dieu,

son créateur, et pour perfectionner cette âme par la vertu, travail

surhumain de l'humanité mortelle dont la vie immortelle est le salaire

dans un temps qui ne finit pas, c'est-à-dire dans l'éternité

rémunératrice.

La société politique et civile est le milieu composé de devoirs

mutuels dans lequel l'homme trouve à exercer son âme militante et

perfectible à cette vertu dont la société vit, mais dont le mérite ne

finit pas ici-bas; c'est la civilisation spiritualiste de l'âme

humaine.

Le _contrat social_ matérialiste de J.-J. Rousseau et de ses disciples

ne promet à l'humanité que des biens matériels et quelques souffrances

égales pour tous, des luttes pour ou contre une souveraineté sans

cesse imposée par les tyrans, sans cesse reconquise par les peuples;

des droits qui ne reposent que sur des révoltes de tous contre tous,

et qui ne sont contre-signées qu'avec du sang, des métiers ou des arts

tout manuels; des lois toutes égalitaires pour consoler au moins le

malheur de chacun par le niveau du malheur commun, puis la mort

ensevelissant une société de poussière vivante dans une poussière

morte. Voilà tout: est-ce là beaucoup plus que le néant? Le bonheur de

vivre vaut-il, pour une pareille société, la peine de mourir?

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 20 / 208 题