XI

Devoir d'adoration envers le Créateur, qui a daigné tirer l'être du

néant pour sa gloire; devoir qui oblige l'homme à se conformer en tout

aux volontés du souverain législateur, volontés manifestées à l'homme

par ses instincts; organe de la véritable souveraineté de la nature;

devoir facile, satisfait par son accomplissement, même quand il est

douloureux aux sens; devoir qui donne à l'homme obéissant à son

souverain Maître cette joie lyrique de la vie et de la conscience,

joie de la vie et de la conscience qui éclate dans tout être vivant

comme un cantique de la terre, et que tous les êtres vivants, depuis

l'insecte, l'oiseau, jusqu'à l'homme, entonnent en choeur au soleil

levant comme une respiration en Dieu!

Devoir de l'époux et de l'épouse, qui, au lieu de s'accoupler comme

des brutes, se lient par un lien moral ensemble pour spiritualiser

leur union, souvent pénible, au bénéfice de l'enfant, né d'un

instinct, mais vivant d'un devoir.

Devoir du père et de la mère de protéger, d'élever, de moraliser

l'enfant par un dévouement qui s'immole à sa postérité.

Devoir du fils, qui, au lieu de se séparer selon J.-J. Rousseau, dès

qu'il n'a plus besoin de tutelle physique, adhère par justice et

reconnaissance au sein qui l'a nourri, à la main qui le protége dans

sa faiblesse, et leur rend ce culte filial, image du culte que tout

être émané doit à tout être dont il émane.

Devoir de cette trinité humaine: le père, la mère, les enfants, de se

grouper dans une unité défensive de tendresse et de mutualité sainte

qu'on appelle famille, première patrie des coeurs qui impose le

premier patriotisme du sang, et qui sanctifie la source de l'âme comme

la source de la population.

Devoir du commandement adouci par l'amour dans le père, pour que

l'ordre, qui ne peut se fonder sans hiérarchie, du moment que les

volontés peuvent se heurter entre des êtres nécessairement inégaux,

pour que cet ordre, disons-nous, se fonde sur une autorité et sur une

subordination incontestées; autorité et subordination qui sont un

phénomène social, nullement physique, mais tout moral.

Devoir de l'obéissance dans les enfants, même quand ils sont devenus,

par le nombre et par la force, plus forts que le père et la mère;

devoir d'autant plus moral, d'autant plus spiritualiste, d'autant plus

vertueux, qu'il est volontaire, et que la force matérielle dans les

enfants se soumet plus saintement à la force spiritualiste dans le

père.

Devoir de ce premier groupe de la famille de reconnaître et de

respecter, dans les autres groupes semblables à elle, le même droit

divin de vivre et de multiplier sur la terre, domaine commun de la

race humaine; de ne point la tuer, de ne point lui dérober sa place au

soleil et au festin nourricier du sillon; mais de reconnaître,

d'assister, d'aimer les autres hommes ses semblables, et de leur

appliquer cet instinct tout spiritualiste et tout moral de la justice

législative incréée, qui invente et qui sanctionne toute société par

une force morale mille fois plus forte que la force législative, la

conscience, et dont toute violation est crime, dont toute observation

est vertu!

Devoir de donner la vie de chacun pour la défense et le salut de tous

dans cette société de familles associées devenues patries par cette

loi spiritualiste du dévouement si contraire à la loi de l'égoïsme des

législateurs athées; devoir du sacrifice de la vie même à ceux de ses

semblables qui ne sont pas encore nés; devoir surnaturel que les

hommes appellent héroïsme, et que Dieu appelle sainteté!

Voyez comme vous êtes déjà loin de la société utilitaire et du contrat

social de la chair avec la chair de J.-J. Rousseau, et des droits de

l'homme! Voyez comme le spiritualisme social se dégage déjà de la

matière, et comme le véritable contrat social de la nature se

spiritualise et se divinise en découvrant, non pas dans le corps

humain, mais dans l'âme humaine, l'origine, le titre, l'objet, et la

fin de la société politique!

Un devoir social, au lieu d'un droit brutal, sort de chacun des

instincts primitifs de l'homme social, à mesure qu'il a besoin de lois

plus nombreuses et plus morales pour ses rapports plus multipliés avec

les autres hommes; au lieu d'être un droit, chacune de ces lois

s'appelle un devoir.

Devoir de l'ordre qui lui fait personnifier l'autorité _divine_ de la

nature, ici dans une monarchie, ici dans une république, ici dans une

magistrature élective, ici dans des pouvoirs héréditaires, ici dans

ces différentes forces combinées, mais toutes imposant un même devoir

de commander et d'obéir pour le bien de tous, sauf la tyrannie et

l'usurpation de l'ambition et du crime dans un seul ou dans le nombre,

qui sont la violation de la loi spiritualiste et du devoir, punie par

l'anarchie et la servitude.

Devoir d'obéir aux lois promulguées par l'autorité législative même

quand ces lois nous commandent de mourir pour la société civile ou

politique!

Devoir d'accomplir en conscience toutes les prescriptions du

gouvernement de la nation à mesure que le gouvernement chargé du droit

de commander par tous et pour tous, a besoin de promulguer des lois

nouvelles pour des besoins nouveaux de la société personnifiée en lui.

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 16 / 208 题