IX

Le gouvernement paternel demeure dans le monarque une hérédité

inviolable, personnifiant l'autorité divine, invisible dans

l'abstraction visible de la nation souveraine et immortelle,

spiritualisme monarchique qui consacre le commandement et qui moralise

l'obéissance. Point de force sans droit, voilà la monarchie de

Confucius.

L'aristocratie intellectuelle et morale dans le conseil de l'empire,

spiritualisme raisonné qui signifie: point de souveraineté sans

lumière.

La démocratie complète dans les mandarins de tout ordre choisis dans

toutes les classes par l'élection dans les examens publics, ce qui

veut dire égalité de tous, mais à condition de capacité constatée par

tous, et de vertu reconnue par tous.

Gradation ascendante et descendante dans les rangs et les fonctions

des magistrats chargés de l'administration de la justice ou de

l'administration des intérêts populaires de l'empire; spiritualisme

qui personnifie la conscience et la providence dans une hiérarchie

sans laquelle il n'y a ni autorité distributive, ni ordre, ni

stabilité dans les institutions.

L'ubiquité de l'autorité monarchique, partout présente et partout

active, dans le dernier hameau comme dans la première capitale de

province: spiritualisme de la présence et de l'intervention souveraine

dans tous les rapports de l'homme avec l'homme pour légitimer tous les

actes de la vie civile.

Autorité paternelle absolue, mais surveillée dans la famille pour que

le commandement y soit respecté, et que l'obéissance y soit

religieuse: spiritualisme légal qui fait du père un magistrat de la

nature, et qui fait du fils un sujet du sentiment!

Culte des ancêtres perpétuant la mémoire et sanctifiant la filiation

humaine en reportant sans cesse l'humanité à sa source par la

reconnaissance: spiritualisme filial, qui va rechercher la vie pour la

bénir et la tradition pour la vénérer.

Anoblissement des pères par les actes héroïques ou vertueux des

enfants, dans les générations les plus reculées: spiritualisme profond

dans ce législateur qui personnifie la solidarité de race, la

responsabilité paternelle, le rémunérateur filial dans l'unité morale

de la famille, continuité de l'être moral descendant et remontant du

père à Dieu, du père aux fils, des fils aux pères, et qui rend la

vertu aussi héréditaire de bas en haut que de haut en bas! Quel plus

beau dogme! Quel plus fort lien entre les générations, mortelles par

les années, immortelles par leurs vertus!

Et ainsi de suite. Pas un dogme législatif qui ne soit un dogme

spiritualiste; pas une prescription sociale qui n'ait Dieu à sa base

et Dieu à son sommet; pas une institution civile qui ne soit calquée

sur un devoir moral; la chaîne des devoirs moraux relie partout

l'individu à la société et la société à l'individu; la loi n'est

qu'un commentaire de la nature.

Concluons: je suis contre J.-J. Rousseau pour Confucius, malgré la

prétendue loi du progrès indéfini, progrès dérisoire qui descend

souvent, au lieu de monter, du spiritualisme social de Confucius au

matérialisme égoïste du _Contrat social_.

X

Le vrai _contrat social_ n'a pas été délibéré entre des hordes

humaines faisant la métaphysique des prétendus droits de l'homme, et

la théorie des sociétés avant l'existence de la société.

La société n'est pas d'invention humaine, mais d'inspiration divine.

Dieu l'a déposée dans les instincts des premiers-nés de la terre

appelés hommes, et même dans les instincts organiques des animaux.

Elle est née toute faite, et chacun de nos instincts contenait en

germe une loi; une loi, non pas seulement physique, donnant pour but à

la société politique la satisfaction brutale des besoins du corps,

mais une loi morale et religieuse, donnant à la société civile un but

intellectuel, moral et divin de civilisation des âmes, c'est-à-dire de

vertu et de divinisation de notre être par des devoirs réciproques

découverts et accomplis.

Voilà la fin de la société politique, voilà le plan de Dieu, voilà

l'oeuvre de la législation, voilà la dignité de l'homme; voilà le

spectacle que la Divinité créatrice se donne à elle-même, depuis

qu'elle a daigné créer l'homme jusqu'à la consommation des temps.

Ce serait un pauvre spectacle, aux yeux de cette adorable Divinité, de

qui tout émane et à qui tout aboutit, de cette âme universelle qui

n'est qu'âme, c'est-à-dire intelligence, volonté, force et perfection,

que le spectacle de populations plus ou moins nombreuses broutant la

terre dans un ordre plus ou moins régulier, comme celui du troupeau

devant le chien, sans autre fin que de se partager plus ou moins

équitablement l'herbe qui nourrit leur race, jusqu'au jour où leurs

cadavres iront engraisser à leur tour le fumier vivant tiré du fumier

mort, et destiné à devenir à son tour un autre fumier!

Voilà cependant le _Contrat social_ de J.-J. Rousseau; voilà les

_droits de l'homme_! Ce sont aussi les droits du pourceau d'Épicure.

Si l'égalité alimentaire de Platon, de J.-J. Rousseau, des

économistes, des tribuns du peuple, des démagogues de 1793, des

saint-simoniens de 1820, des fouriéristes de 1830, des socialistes de

1840, des communistes de 1848, n'a pas d'autres utopies à présenter

aux sociétés modernes, en vérité, de si vils et de si grossiers

intérêts valent-ils la stérile agitation des utopistes qui les

inventent, des populations prolétaires qui les rêvent, des

législateurs qui les pulvérisent? Des râteliers toujours pleins, dans

cette vaste étable de l'humanité, changent-ils la nature de cette bête

de somme plus ou moins repue qu'ils appellent la société humaine?

Leurs droits de l'homme se pèsent-ils donc à la livre, ou se

mesurent-ils à la ration? Grasse ou maigre, une telle société en

serait-elle moins une société de brutes? On a pitié de telles utopies,

pitié de tels _contrats sociaux_, pitié de telles dégradations de

notre nature!

Le vrai _contrat social_ ne s'appelle pas droit, il s'appelle devoir;

il n'a pas été scellé entre l'homme et l'homme, il a été scellé entre

l'homme et Dieu.

Le véritable _contrat social_ n'a pas pour but seulement le corps de

l'homme, il a pour but aussi et surtout l'âme humaine, il est

spiritualiste plus que matériel; car le corps ne vit qu'un jour de

pain, et l'esprit vit éternellement de vérité, de devoir et de vertu.

Voilà pourquoi la doctrine qui ne fait que proclamer les droits de

l'homme est courte et fausse, et ne peut aboutir qu'à la révolte

perpétuelle, doctrine insensée, _Contrat social_; voilà pourquoi toute

société qui se fonde sur le devoir est vraie, durable, toujours

perfectible, et aboutit directement à Dieu, c'est-à-dire à la

perfection et à l'éternité.

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 15 / 208 题