La nation fondée et défendue, un instinct qui s'élargit la pousse à se
civiliser chaque jour davantage. Elle sent la nécessité de l'autorité
politique qui donne à tous ces instincts épars l'unité de volonté par
laquelle chacun a la force de tous, et tous ont le droit de chacun.
C'est ce qu'on appelle gouvernement. Les formes de ce gouvernement
sont aussi diverses que les âges des peuples, les lieux, les temps,
les caractères de ces groupes humains formés en nations.
L'autorité dérivée de la nature y repose d'abord dans le père, ou
patriarche, par droit d'antiquité; l'hérédité la consacre dans le fils
après le père.
Elle s'étend de là aux vieillards de la tribu, supposés les plus sages
par droit d'expérience: c'est l'origine des sénats, _seniores_, qui
assistent, éclairent, limitent le pouvoir patriarcal et souverain.
Le pouvoir aristocratique s'y constitue: gouvernement de castes.
L'autorité concentrée y devient facilement injuste et oppressive; le
peuple y demande sa place et l'obtient: gouvernement pondéré,
monarchie, aristocratie, démocratie, trinité d'Aristote, gouvernements
modernes des trois pouvoirs diversement représentés.
L'autorité conquise sur la monarchie et sur l'aristocratie par le
nombre seul, par la démocratie absolue, c'est la souveraineté de la
multitude, sans pondération, sans fixité, sans corps modérateur; elle
dégénère bientôt en oppression mutuelle et en anarchie: gouvernement
condamné par l'instinct de la hiérarchie légale, qui est la loi de
tout ce qui dure, la loi de tout ce qui commande et de tout ce qui
obéit sur la terre.