VII

L'instinct de justice absolue et celui de hiérarchie nécessaire,

combinés légalement ensemble, fondent et maintiennent les républiques

à plusieurs pouvoirs; elles sont agitées, mais le mouvement même y

prévient longtemps la corruption, la tyrannie, la décadence.

Elles supposent plus de spiritualisme, plus de devoir, plus de vertu

dans le peuple que les autres gouvernements; c'est ce qui fait

qu'elles sont l'idéal des peuples et des sages.

Elles ont l'unique et immense mérite d'élever l'âme, les lumières, et

le sentiment de justice du peuple, à la hauteur de sa souveraineté.

Mais si le peuple ne possède ni assez de lumières ni assez de vertus,

il n'y faut pas penser encore, ou bien il n'y faut plus penser du

tout: un brillant esclavage militaire, de la gloire, et point de

liberté, suffit à ce peuple; on peut l'éblouir, on ne peut l'éclairer.

Ses vertus sont toutes soldatesques: des dictatures et des victoires,

voilà tout ce qu'il lui faut. Le spiritualisme, c'est-à-dire le

sentiment moral de ce qu'il doit à Dieu, aux autres peuples et à

lui-même, y baisse à mesure que la fausse gloire y resplendit

davantage. Il marche à la tyrannie chez lui-même en allant porter sa

propre tyrannie dans le monde; bientôt il ne saura plus où retrouver

le principe de l'autorité des gouvernements légitimes, c'est-à-dire

naturels, de la société politique, trop vieux et trop irrespectueux

pour le gouvernement patriarcal, trop égalitaire pour le gouvernement

des castes, trop sceptique pour le gouvernement théocratique, trop

ardent en nouveautés pour le gouvernement des coutumes et des

dynasties, trop agité pour le gouvernement constitutionnel et

l'équilibre des pouvoirs, trop turbulent pour le gouvernement des

républiques, et trop impie envers ses propres droits pour les défendre

soit contre l'oppression d'en haut, soit contre l'oppression d'en bas.

Peuple du vent et du mouvement perpétuel, emporté à tous les abîmes

par le tourbillon même qu'il crée et accélère sans cesse en lui et

autour de lui!

Peuple de beaux instincts, mais de peu de moralité politique, toujours

ivre de lui-même, enivrant les autres peuples de son génie et de son

exemple; mais ne tenant pas plus à ses vérités qu'à ses rêves, et créé

pour lancer le monde, plutôt que pour le diriger vers le bien.

À de tels peuples le gouvernement du hasard! Ils ne savent ni fonder

ni conserver, ils ne savent que détruire et changer sur la terre; ils

sont le vent qui balaye le passé. Qu'ils balayent donc le monde

politique: ils sont le balai de la Providence, comme Attila fut le

fléau de Dieu.

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 13 / 208 题