La seule chose que l'on puisse appeler, encore improprement, de ce
nom, par habitude plus que par logique, c'est la petite part d'égoïsme
individuel que le commandement social de l'État (monarchie ou
république) puisse négliger sans inconvénient dans l'obéissance
obligatoire de chacun à la volonté de tous. Cette petite part n'est
pas même un droit, selon l'expression de Lafayette, le philosophe de
l'émeute: _L'insurrection est le plus saint des devoirs._
Cette part de liberté n'est pas possédée, elle est concédée et
révocable par la société, républicaine ou monarchique, qui la laisse à
l'individu politique.
C'est une frontière indécise entre l'ordre social et l'anarchie
individuelle que le commandement laisse à l'obéissance; terrain vague,
où le commandement n'a pas besoin de s'exercer, et où l'obéissance
peut désobéir sans porter atteinte à l'État, c'est-à-dire à l'intérêt
de tous.
Mais encore ce qu'on appelle liberté n'est que tolérance de la société
générale, et le commandement social peut l'enchaîner ou la restreindre
selon les nécessités, les lieux, les temps, les circonstances, si les
nécessités, les lieux, les temps, les circonstances exigent que tout
soit commandement et obéissance, et obéissance partout et en tout dans
la société absolue. Je vous défie de nier ces faits et ces principes,
si vous réfléchissez à la nature de la société politique.
Où donc est ce qu'on appelle liberté? Et pourquoi tant parler d'une
chose qui n'existe que dans les mots?