II

La seule chose que l'on puisse appeler, encore improprement, de ce

nom, par habitude plus que par logique, c'est la petite part d'égoïsme

individuel que le commandement social de l'État (monarchie ou

république) puisse négliger sans inconvénient dans l'obéissance

obligatoire de chacun à la volonté de tous. Cette petite part n'est

pas même un droit, selon l'expression de Lafayette, le philosophe de

l'émeute: _L'insurrection est le plus saint des devoirs._

Cette part de liberté n'est pas possédée, elle est concédée et

révocable par la société, républicaine ou monarchique, qui la laisse à

l'individu politique.

C'est une frontière indécise entre l'ordre social et l'anarchie

individuelle que le commandement laisse à l'obéissance; terrain vague,

où le commandement n'a pas besoin de s'exercer, et où l'obéissance

peut désobéir sans porter atteinte à l'État, c'est-à-dire à l'intérêt

de tous.

Mais encore ce qu'on appelle liberté n'est que tolérance de la société

générale, et le commandement social peut l'enchaîner ou la restreindre

selon les nécessités, les lieux, les temps, les circonstances, si les

nécessités, les lieux, les temps, les circonstances exigent que tout

soit commandement et obéissance, et obéissance partout et en tout dans

la société absolue. Je vous défie de nier ces faits et ces principes,

si vous réfléchissez à la nature de la société politique.

Où donc est ce qu'on appelle liberté? Et pourquoi tant parler d'une

chose qui n'existe que dans les mots?

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 9 / 208 题