On le croit mourant. Mais soudain il se redresse, saisit dans chacune de
ses mains meurtries deux brandons enflammés, se lève et les lance au
milieu des spectateurs ébahis.
A peine revenus de leur étonnement ceux-ci lui jettent tous les
projectiles qui leur tombent sous la main. Pierres, haches, tisons
pleuvent sur lui. Il leur répond de même et repousse les assaillants qui
veulent escalader le tertre.
C'est une horrible lutte!
En se baissant il glisse et tombe de nouveau dans le feu.
Chacun se précipite sur lui pour le maintenir dans le brasier. Mais
l'Iroquois se roule dans les flammes, se débarrasse de toute étreinte,
bondit encore une fois sur ses pieds, et, armé de deux tisons enflammés,
se jette tête baissée sur ses ennemis qui, épouvantés, fuient devant cet
homme terrible.
En poursuivant la cohue Griffe-d'Ours passa devant le Renard-Noir qui
lui barra les jambes et le fit tomber.
Les autres revinrent et se jetèrent sur le chef iroquois.
Le Renard-Noir riait d'un rire muet.
On maintint Griffe-d'ours à terre, et, en quatre coups de hache on lui
coupa les pieds et les mains, et on le rejeta dans les flammes.
Anéanti un instant par l'ébranlement nerveux que lui avait causé cette
quadruple amputation, l'Iroquois resta sans bouger au milieu de brasier.
Mais tout à coup, ô horreur! on vit ce corps mutilé déchiré, brûlé,
s'agiter encore, se rouler sur lui-même et se soulever à demi sur ces
tisons ardents; et là, montrant à nu son crâne sanglant, son corps
incrusté de cendres chaudes et de charbons ardents qui sifflaient au
contact des flots de sang que l'on voyait ruisseler sur tout son être,
se traîner dans les flammes et cracher une dernière insulte sur ses
bourreaux interdits.