Le _caoutchouc_ guyanais est équivalent à tout autre caoutchouc. L’arbre

est en plein rendement à seize ans. Il donne par an 2 kilogrammes en

moyenne. A Cayenne, le caoutchouc vaut 4 francs. Au Havre, il en vaut 10

et plus.

Le _copahu_ donne un baume odorant, qui a le parfum d’aloès, tandis que

le copahu du Brésil et celui de Colombie ont une odeur désagréable.

L’_encens de Guyane_ donne un liquide épais et blanchâtre qui se prend

en grains très odorants; la flamme est rouge, et la fumée très parfumée.

Un arbre donne un demi à 2 kilogrammes par an. On s’en sert dans les

églises de Cayenne et des Antilles pour remplacer l’encens. Cet arbre

abonde dans les forêts.

La résine de l’_antiar_ sert aux indigènes pour empoisonner leurs

flèches, mais c’est plutôt le suc qu’on en extrait qui est vénéneux.

L’_houmiri_ ou _bois rouge_ produit une sorte de colophane.

La résine de _mani_ sert aux indigènes à calfater leurs pirogues et à

fixer le fer de leurs flèches: elle est noire et ressemble au goudron.

L’_anacardier_ donne une gomme rougeâtre dont les propriétés sont

analogues à celles de la gomme arabique, si exploitée sur la côte de

Guinée.

Le _mancenillier_ ou _figuier sauvage_, dont le fruit est un poison

violent, donne une résine extensible qui rappelle la gutta-percha.

On tire aussi des gommes et résines du _poirier de Guyane_, du _mapa_,

du _satiné-rubané_, du _fromager_, du _grignon_, du _jacquier_, du

_manguier_, du _wapa_, du _coumaté_, etc.; mais leurs usages ne sont pas

encore bien définis, soit comme colle, comme vernis, comme mordant, etc.

Avant de parler des bois de construction, je dois dire quelques mots des

quelques cultures entreprises en Guyane, et plus ou moins délaissées: la

canne à sucre, le cacao, le café et le tabac.

La grande cause de l’abandon de la _canne à sucre_, aussi bien en Guyane

que dans d’autres colonies, a été l’essor de l’industrie sucrière en

Europe, et en France surtout. En 1836, la Guyane exportait 2,120 tonnes

de sucre; aujourd’hui, elle n’en exporte plus. Par contre, on fait du

rhum à Mana, et on en faisait sur l’Approuague; mais cette industrie

tend encore à décroître, alors qu’en Guyane hollandaise et anglaise, et

aux Antilles anglaises, les rhums et les tafias se fabriquent en grand,

et écartent la concurrence de la Guyane par leur prix, sans parler du

droit de douane exorbitant que paye le rhum guyanais, pour entrer en

France, depuis la loi des bouilleurs de cru.

Le _cacao_ est fait avec les graines du fruit ou _cabosse_ du cacaoyer.

Un arbre produit par an un à 2 kilogrammes de cacao sec, valant un franc

à 2 fr. 50 le kilogramme. La Guyane pourrait en fournir toute la France

qui en consomme 14,000 tonnes par an, et l’on a récemment encouragé

cette plantation en donnant un franc par pied replanté. L’arbre, étant

indigène en Guyane, ne donne pas de frais de culture.

Il y a trois espèces de _café_ en Guyane; l’espèce dite _guyanensis_

donne de petits grains; un pied de caféier donne en moyenne un

demi-kilogramme de café par an; c’est une culture à encourager.

Le _tabac_ indigène de Guyane a été estimé par la régie assimilable aux

meilleures sortes de France; or, la France en consomme 16 à 20 millions

de kilogrammes par an, et la Guyane seule près de 100,000 kilogrammes

qu’elle importe, car elle ne cultive plus le tabac. Ce serait donc une

culture rémunératrice.

M. Bassières, dans son ouvrage, entre dans de nombreux détails très

intéressants sur l’_industrie pastorale_ et l’_élevage_ en Guyane; la

Guyane n’a pas de races d’animaux domestiques, et on n’y fait pas

d’élevage; cependant, les quelques expériences faites démontrent que le

succès serait facile, car il existe des savanes et des pâturages; mais

il faut peut-être attendre qu’ils soient accessibles, car la forêt

vierge me paraît encore trop envahissante. En attendant que la Guyane

ait des chemins de fer et des troupeaux, le gibier est encore trop

abondant et de trop bonne qualité pour que l’absence de viande de bœuf

ou de mouton se fasse trop violemment sentir, du moins quand on vit dans

la forêt. A Cayenne, c’est autre chose, mais il est vrai que Cayenne, à

lui seul, mériterait d’être à proximité d’une exploitation agricole, au

lieu de recevoir sa viande de boucherie des Guyanes voisines et même du

Venezuela et des Antilles.

8º _Bois de construction._--L’exploitation des bois paraît devoir être

la véritable industrie future de la Guyane, car les bois d’œuvre sont de

qualité supérieure et très abondants. Alors qu’il semblerait que, dans

un climat si humide et si tiède, les bois devraient être spongieux et

légers, ils sont, au contraire, d’une dureté qui défie tout autre bois,

et d’un poids tel qu’ils s’accumulent au fond des rivières, ayant

souvent une densité bien supérieure à l’eau, atteignant 1,30. Je dois

répéter ici ce qu’en dit M. Bassières qui les a étudiés spécialement,

car la description des forêts forme la plus grande partie de sa notice

sur la Guyane.

«Pour les bois d’œuvre, des expériences faites comparativement avec

quelques essences guyanaises et les meilleurs bois d’Europe ont montré

la supériorité incontestable des premières, au point de vue de la durée

autant que de la résistance à la rupture. Des pièces d’_angélique_, par

exemple, employées à côté de semblables pièces de chêne, dans le corps

de plusieurs navires de guerre français, ont été retrouvées, à la

visite, plusieurs années après, absolument intactes, alors que le chêne

était complètement pourri. Quant à la résistance, elle a été reconnue,

pour le _balata_ entre autres, plus de trois fois supérieure à celle du

chêne, et près de deux fois supérieure à celle du teck de première

qualité. L’élasticité du _courbaril_ est quatre fois plus grande que

celle du chêne, et deux fois supérieure à celle du teck. Les essences

guyanaises qui paraissent les plus durables sont: le _coupi_, le _bois

violet_, le _wacapou_ et l’_angélique_.»

Il y a en Guyane, outre les bois utiles, toute une variété sans pareille

de bois de travail, magnifiques pour la menuiserie et l’ébénisterie de

luxe. Citons ici les expressions de M. Jules Gros: «Les bois précieux de

Guyane sont un des chefs-d’œuvre de la création. Quelques-uns offrent un

parfum plus délicat que les plus suaves aromes, les autres des couleurs

plus belles que celles des plus beaux marbres. Blanc de lait, noir de

jais, rouge, rouge de sang, veiné, marbré, satiné, moucheté (le bois dit

satiné-rubané), jaune sombre, jaune clair (le bois-serpent est rayé

jaune et noir), bleu de cobalt, bleu d’azur, violet, vert tendre, toutes

les couleurs ont été mises à contribution par la nature. Un hectare de

bois de la Guyane française pourrait fournir les éléments de la plus

admirable mosaïque que l’on ait encore jamais vue.»

J’ajoute que le musée de Cayenne a commencé cette mosaïque. La

carrosserie de luxe, les automobiles, les meubles _modern-style_

trouveraient aisément de quoi réaliser leurs rêves originaux avec les

bois guyanais.

Je vais décrire les principaux de ces bois en suivant la classification

de M. Bassières, relative à leurs qualités de dureté et à leurs

couleurs.

1º _Bois incorruptibles et de première dureté._--Le _wacapou_ est le

premier; il se conserve indéfiniment, il durcit en vieillissant. Il est

assez rare sur le littoral; il faut aller au delà des premiers sauts des

rivières pour le trouver. En Guyane hollandaise, on l’appelle

_bruin-hart_. Les fibres sont droites.

Le _cœur-dehors_ est plus rare que le wacapou; les fibres sont croisées

et ondulées, de sorte qu’il se fend mal. Mais il est incorruptible.

Le _gaïac_ vaut le wacapou, mais il est plus dur à travailler. Sa

densité est de 1,153 à l’état sec; il est donc très lourd et ne flotte

pas. Ses fibres sont croisées et flexueuses. Il est très abondant en

Guyane. En Europe, on l’importe du Brésil.

Le _mora excelsa_ est très bon pour les constructions navales.

Le _balata_, _bullet-tree_ ou _bully_, en anglais, est très employé à

Cayenne.

L’_ébène verte_ a les fibres serrées et très régulières: on l’emploie

pour les tables d’harmonie des pianos. Sa densité est de 1,21 à l’état

sec.

L’_ébène soufrée_ est identique à l’ébène verte, mais saupoudrée de

taches jaunes auxquelles elle doit son nom.

Le _bois violet_ durcit beaucoup en vieillissant: sa densité est de

0,72. Il est commun dans l’intérieur de la Guyane.

Le _wapa_ est un bois rouge foncé, un peu moins dur et un peu moins

lourd que les précédents. Il est très commun en Guyane. C’est une

légumineuse, comme plusieurs des précédents et des suivants.

L’_angélique_ est relativement léger; sa densité est 0,746 à l’état sec.

Il s’emploie peu, bien qu’il soit abondant, parce qu’on prétend qu’il

fait rouiller les clous. C’est cependant, comme nous l’avons vu, un des

meilleurs bois pour les navires, à cause de sa conservation dans l’eau

de mer. C’est un grand arbre qui porte une cime et des branches très

recourbées, favorisant certains emplois. Le bois est rouge pâle, avec

une variété plus claire et une variété plus foncée. Il est difficile à

scier.

Le _courbaril_ présente aussi de belles courbes à sa cime: le tronc

atteint un grand diamètre; le bois est brun rougeâtre, de couleur plus

vive au cœur. Il brunit en vieillissant. Sa dureté est assez grande.

Le _rose mâle_ est de couleur jaune pâle, un peu odorant: son grain est

serré et compact; c’est un excellent bois.

Le _bagasse_ est employé pour faire les coques de pirogues, et aussi

pour les lames de parquet.

Le _chawari_ a les fibres entre-croisées et flexueuses; il est employé

pour faire des chars et des roues, étant d’une dureté et d’un poids

modérés.

Le _parcouri_, à grain fin, n’est plus très dur; il a les fibres

régulières, avec une variété noire et une variété jaune.

Le _langoussi_ est très employé pour les coques de pirogue.

Le _bois de fer_ est extrêmement dur et résistant, mais il se conserve

mal.

Le _canari-macaque_ est dur, de couleur gris clair ou gris brun.

Les bois _macaques_ sont résistants, mais peu employés en Guyane, parce

que l’humidité les altère. En d’autres climats, ils seraient excellents,

de même que le _coupi_ et les _bois rouges tisanes_.

2º Parmi les _bois de sciage ordinaires_, le premier est le _grignon_,

un grand arbre au tronc très droit, homogène. Le bois est rouge très

pâle, un peu moins dur que le chêne d’Europe, bien résistant à

l’humidité. On l’emploie en Guyane hollandaise pour faire des mâts de

navire.

Le _grignon-fou_ ou _couaï_ est inférieur au grignon, mais, comme il est

grand et droit, il donne aussi de très beaux mâts.

Il y a en Guyane toute une variété de _cèdres_ (_laurinées_). Le cèdre

jaune est le plus estimé; le bois se conserve bien. Le cèdre noir est

brun foncé et se travaille facilement. Le cèdre gris est plus mou. Le

cèdre blanc ou cèdre bagasse est mou également.

Le _sassafras_ ou _rose femelle_ est l’arbre qui contient l’_essence de

rose_. Le bois est jaune; on l’emploie pour les coques de pirogue.

Le _taoub_, bois léger, est très estimé au Brésil.

L’_acajou_ est tendre, mais se conserve bien, grâce à un principe amer

dont il est imprégné et qui détruit les insectes. Aussi, on l’emploie

beaucoup en Guyane pour les meubles, parce que les termites et autres

insectes ne l’attaquent pas. Ce n’est pas l’acajou du commerce, qui

provient des Antilles et du Honduras et qui est plus dur et plus coloré.

L’acajou de Cayenne est employé en Europe pour les boîtes de cigares.

L’arbre est grand, et plutôt disséminé dans la forêt guyanaise: son prix

est élevé à Cayenne, où l’humidité a vite fait de ronger toute autre

espèce de bois ordinaire.

Le _carapa_ a les qualités de l’acajou, et résiste aux insectes.

Citons encore le _mouchico_, le _simarouba_, le _yayamadou_, qui sont

supérieurs aux bois blancs d’Europe.

[Illustration: ENVIRONS DE CAYENNE]

3º Nous arrivons maintenant aux _bois colorés d’ébénisterie_.

Les _bois-de-lettres_ sont extrêmement durs, lourds et compacts: ils

peuvent prendre un très beau poli, mais ils sont pleins de nœuds et de

crevasses. Leur nom vient de ce qu’on les employait autrefois pour

sculpter les lettres d’imprimerie. Il y en a deux espèces: le _lettre

rouge_ ou _rubané_, rougeâtre avec des veines noirâtres fortement

accusées dans le cœur; l’aubier est plus pâle. Le _lettre moucheté_ est

rougeâtre foncé, tout moucheté de noir; il est fort beau. La densité de

ce bois varie de 1,045 à 1,175.

Le _satiné_ ou _bois de féroles_ a aussi deux variétés: le _satiné

rouge_, qui est uni et rouge brun, et le _satiné-rubané_, qui est veiné

et miroitant. On fait avec ces bois des meubles magnifiques, car ils

sont durs, sains, se polissent très bien et font très peu de déchets. A

Paris, s’ils étaient connus, ils seraient très recherchés.

De même le _bois-serpent_, jaune veiné de noir. Les veines noires sont

ondulées comme des serpents, d’où le nom du bois.

Le _boco_ est jaune, comme le buis, avec le cœur brun très foncé. On

s’en sert pour la lutherie, la sculpture sur bois, les travaux au tour

(cannes, etc.).

Le _bagot_ a l’aubier blanc et le cœur pourpre magnifique; il est lourd.

Le _bois violet_ est d’un violet très franc d’abord, puis s’assombrit,

et devient presque noir avec le temps. C’est le palissandre.

Le _moutouchi_ est veiné de longues lignes brun clair, blanc et violet

pâle; il est assez lourd et facile à travailler.

Le _panacoco_ a l’aubier blanc et le cœur noir, mais d’un noir trouble.

Le bois est très compact et très résistant. L’arbre est très gros.

Le _patawa_, déjà cité, avec ses veines noires et blanches, comme

l’_ébène verte_, le _courbaril_ et l’_acajou_, sont aussi de beaux bois

d’ébénisterie, avec leurs belles teintes, pour les meubles à

incrustations, les cannes, etc.

Autrefois, la Guyane exportait des bois, mais, depuis cinquante ans, ce

commerce est abandonné; pourtant, la France en importe de plus en plus:

de 15,000 tonnes en 1886, elle a passé à 31,000 en 1896.

Le commerce des bois en Guyane est une entreprise dont le succès est

certain, mais qui présente cependant certaines difficultés, et qui ne

peut être accomplie que dans certaines conditions. Les essences,

d’abord, sont tout à fait dispersées dans la forêt vierge et mélangées

les unes avec les autres. Ce n’est pas comparable à l’exploitation d’une

forêt de pins d’Orégon, comme il s’en présente aux Etats-Unis ou en

Californie, où tous les arbres sont semblables: on peut alors exploiter

en grand, en un point donné; tandis qu’en Guyane, il y a bien en

certains points davantage d’arbres de telle essence que de telle autre,

mais, en somme, le mélange est partout. Il est vrai que, la plupart des

essences étant utilisables, on peut les classer après abatage. Il n’en

reste pas moins que le travail, surtout au point de vue des expéditions

et des débouchés, est beaucoup plus considérable que lorsqu’il s’agit

d’une seule essence.

On prétend aussi que certaines essences, après abatage, se déjettent et

se gercent; mais on peut employer un moyen de conservation approprié,

comme l’immersion dans certains liquides, les refentes, etc.

La dureté des essences guyanaises, si elle constitue une difficulté,

n’est pas moins une qualité précieuse, et on trouve toujours des outils

capables de venir à bout de la plus grande dureté.

On voit pourtant que ces difficultés nécessitent _d’abord_ la présence

d’un homme capable à la tête d’une exploitation de bois en Guyane, et

_ensuite_ de forts capitaux; car il faut pouvoir exploiter en grand et

sur une grande étendue de terrain. En outre, le simple transport de bois

_lourds_ à la côte est une entreprise ardue et coûteuse. Enfin, le

transport de ces mêmes bois en Europe, et en grande quantité demande des

navires assez grands, spécialement aménagés, et par suite très coûteux.

Si des conditions de ce genre sont remplies, les bois de Guyane seront

recherchés partout et constitueront une entreprise certainement très

avantageuse.

Après avoir décrit les productions naturelles du sol guyanais, nous

entrerons dans quelques détails sur l’état actuel de l’industrie et du

commerce dans la colonie. Nous laisserons pour un autre chapitre la

question des mines d’or et des richesses du sous-sol.

L’industrie est à peu près nulle en Guyane, en dehors de l’or, bien

entendu. Il n’y a que quelques distilleries de rhum, qui sont en baisse

continue, comme je l’ai exposé à propos de la canne à sucre. On peut

dire qu’il se produit à peine en Guyane la quantité de rhum et de tafia

consommée par la colonie.

La distillation du bois de rose se fait avec succès aux portes mêmes de

Cayenne.

L’industrie des conserves de fruits ne fait que commencer. Entre des

mains capables, on ne peut que lui prédire un brillant avenir, avec la

quantité et la qualité supérieure des fruits qu’on récolte en Guyane.

Le commerce de la Guyane présente bien une augmentation, depuis le

milieu du dix-neuvième siècle, sur l’ensemble des importations et des

exportations. De 4 millions et demi, il a passé à 20 millions, dont les

trois quarts avec la France et les Antilles, et le reste avec

l’étranger. Il faut noter que c’est l’or qui forme la principale partie

de ce commerce, et que, pour le reste, c’est avec l’étranger qu’il y a

augmentation. Or, le tarif douanier de 1892 était loin d’avoir ce but en

vue, de sorte qu’il faut en conclure que ce tarif est mal fait, puisque

c’est l’étranger qui gagne le plus avec la Guyane: il importe pour 3 à 4

millions de marchandises, et la Guyane ne lui exporte que pour quelques

centaines de mille francs. Presque tout l’or, du moins officiellement,

va bien en France, mais la France le paye, et la Guyane n’en retire

rien, car ceux qui le gagnent vont dépenser leur bénéfice en France et

ailleurs: la Guyane ne dépense que les marchandises d’alimentation pour

exploiter ses placers aurifères, marchandises qu’elle produit ou fait

venir des pays voisins. Il y a bien le bénéfice des douanes sur la

production aurifère, mais ce bénéfice, au lieu d’être dépensé en travaux

utiles en Guyane, sert surtout à faire des gratifications!

Les importations sont: les boissons, provenant de France presque

uniquement: vins, alcools, vermouth, bière, absinthe, etc. Le genièvre

vient d’Allemagne.

Les farineux alimentaires proviennent de France pour la moitié ou un peu

plus: la farine de froment vient surtout des Etats-Unis. Le maïs, le riz

et les pommes de terre viennent du dehors, par moitié de la France et de

l’étranger.

Les viandes salées, employées aux placers, viennent des Etats-Unis,

ainsi que le lait concentré et le beurre salé.

Les animaux vivants: chevaux, bœufs, etc., viennent presque uniquement

des Antilles, des Guyanes anglaise et hollandaise et du Venezuela.

Les tissus en confections viennent de France en très grande partie.

Les sucres et mélasses viennent de la Trinité anglaise.

Le tabac provient surtout des Etats-Unis.

Le café, le chocolat, etc., sont importés de France et des Antilles.

Les bijoux, montres, etc., viennent presque uniquement des Etats-Unis.

Le poisson salé, morue, etc., vient surtout des Etats-Unis.

Les savons, les bougies, chandelles, etc., viennent de Marseille, ainsi

que les huiles et les peaux; mais les bois et les ouvrages en bois

viennent surtout des Etats-Unis et de l’étranger.

Nous allons de même faire une courte revue des exportations.

La principale exportation c’est l’or en poudre, paillettes et pépites.

Il va à Paris, où il est vendu 3 fr. 10 à 3 fr. 15 le gramme. La

production officielle est en augmentation constante: elle a été de 5,000

kilogrammes en 1894, mais de 2,300 en 1897. Actuellement, elle varie de

3,500 à 4,500 kilogrammes par an. Nous l’étudierons plus en détail au

chapitre des produits du sous-sol.

Une compagnie étrangère exploite des phosphorites dans l’île du

Grand-Connétable, au taux de 4 à 5,000 tonnes par an, moyennant une

redevance insignifiante à la Guyane. Ces phosphorites, valant 40 francs

la tonne à Cayenne, vont pour les trois quarts aux Etats-Unis et pour le

reste en Angleterre. Dans ces pays, on en tire du phosphate de chaux et

on s’en sert pour l’extraction de l’aluminium.

L’essence de rose est un produit en augmentation constante: la Guyane en

exporte en France 2,500 à 3,000 kilogrammes et plus par an, valant 50 à

60 francs en France. Les exportations de bois d’ébénisterie sont pour le

moment très peu importantes.

Le caoutchouc et le balata, ce dernier surtout, ont une véritable

importance en Guyane. La France importe annuellement 6 à 700 tonnes de

gutta-percha, et l’Angleterre 2,500 tonnes. Or, nous avons vu que la

gomme de balata peut remplacer avantageusement la gutta de Malaisie,

qui, d’ailleurs, tend à disparaître. Pour le caoutchouc, la France en

importe 2,000 tonnes par an, parfois 5,000 tonnes, provenant des pays

étrangers, presque en totalité. Or, la Guyane n’en exporte que quelques

tonnes; il est vrai que l’arbre est bien moins abondant que le balata.

Le poivre, la girofle, la muscade, la cannelle, autrefois florissants,

ne sont plus exportés qu’en quantités insignifiantes.

Le coton est également abandonné, malgré sa belle qualité. Il n’y a

aucune main-d’œuvre pour s’occuper des produits; l’or accapare tous les

jeunes gens.

Pour le rocou, la Guyane a pu, vers 1878, fournir presque toute la

quantité consommable dans le monde, 4 à 500 tonnes; aujourd’hui, elle

n’en exporte que quelques tonnes. Le rocou sert à teindre les bois, les

vernis, la soie, la laine, le coton, etc., en rouge amarante,

jaune-orange, vert-bleu, etc. Il donne aussi du brillant à des teintures

plus tenaces, et paraît rendre les bois imputrescibles.

Le café de Guyane est excellent; sa culture est pourtant presque

abandonnée.

Le cacao, qui était en décadence, reprend un peu. On l’exportait aux

Etats-Unis, on l’exporte maintenant en France.

La Guyane exporte encore en France des plumes de parure (aigrette

blanche, ibis rouge, honoré, rapapa, etc.), des peaux et cornes de

bœufs, etc., et des vessies natatoires de poissons, servant à faire la

colle de poisson, la colle, etc., etc.

Le grand régulateur du commerce d’un pays étant les droits de douane, il

est nécessaire d’en donner ici un aperçu. C’est la France qui administre

la Guyane, et il faut bien reconnaître que ses droits de douane sont

absurdes. Voici, en effet, les principaux de ces droits:

Le sucre paye 60 francs les 100 kilogrammes;

Le cacao, 52 francs;

Le chocolat, 75 francs;

Le café, de 78 à 104 francs, suivant sa qualité;

Les épices, 104 francs;

La vanille, 208 francs.

Le rhum payait un franc le kilogramme; il paye 3 francs depuis la

nouvelle loi sur les alcools (c’est-à-dire 4 francs par litre d’alcool à

100 degrés, pour l’entrée en France, et, en outre, 2 francs dans la

colonie; étant à 50 degrés, il paye en tout 3 francs).

L’or paye 216 francs le kilogramme pour sortir et 10 francs pour entrer

dans le port de Cayenne, aussi bien celui qui vient des placers guyanais

que de l’étranger.

Le tabac paye 50 à 250 francs les 100 kilogrammes, etc., etc.

C’est la loi du 11 janvier 1892 qui a substitué la protection au libre

échange, enlevant aux conseils généraux l’initiative en matière de

tarifs douaniers. Son résultat est de faire payer très cher aux

consommateurs des articles _que la France ne peut leur fournir_, comme

tous ceux que nous avons cités plus haut, car la France ne les produit

pas.

Aussi la vie est-elle très chère à Cayenne. Les colons payent à la fois,

pour leurs productions naturelles et pour ce qui vient de France:

meubles, conserves, etc., des droits très élevés. La France elle-même

aurait avantage à voir introduire en franchise le cacao, la vanille, le

café, etc., qu’elle ne produit pas. On a taxé le sucre colonial pour

protéger la betterave que la France produit; mais elle ne produit ni

cacao, ni vanille, ni café, et devrait au moins favoriser de quelque

avantage ses colonies qui en produisent.

Les droits vis-à-vis des Etats-Unis ne sont presque pas supérieurs à

ceux du commerce avec la France.

La Guyane inconnue: Voyage à l'intérieur de la Guyane française · 第 14 / 19 段