La Martinique et la Guadeloupe me parurent peu de chose après la

végétation si ardente de la Guyane. Ce sont aussi des pays de créoles et

on y retrouve, ce qui m’amusa, des noms qui rappellent l’ancienne

France, la Révolution et même la Rome antique: Agénor et Alcindor,

Scipion et Cicéron, Alcibiade et Métellus, Florimond et Albany, Cornélie

et Herménégilde, etc. La liste en serait longue. Elle me suggéra une

remarque: c’est qu’en France on abuse vraiment trop des mêmes noms; il

en est bien d’autres qui sont fort harmonieux, mais n’ont qu’un défaut:

ils ne sont pas de mode. La mode y reviendra peut-être.

Je ne vis la montagne Pelée que le soir et couverte de nuages; on ne

saurait pourtant la passer sans tristesse.

Nous essuyâmes une petite tempête, mais avec des rayons de soleil, du 18

au 20 avril; heureusement, nous étions trop bien habitués à la mer pour

en souffrir. Il paraît qu’il y a parfois du soleil dans les plus grandes

tempêtes: il rassure tout de même. Cependant les dos énormes des vagues,

soulevant le _Versailles_ tout entier pour le laisser ensuite plonger

jusqu’au pont, avec un fracas assourdissant, des grondements de coups de

canon et des rugissements prolongés, formaient un spectacle qui n’était

rien moins que rassurant. Pour réconforter les dames, un plaisant leur

disait que ces bruits provenaient de rugissements de lions dans la cale,

comme si le _Versailles_ portait une ménagerie. Pour défier la tempête,

il faut de solides bateaux; mais une tempête est justement une occasion

d’étudier quelques détails de leur construction si savante.

Le point le plus noir à l’horizon fut la douane de Saint-Nazaire. Mais

on sait trop bien, en chemin de fer comme en bateau, les désagréments de

cette institution ridicule et moyenâgeuse pour que je les raconte. Je

parle de la corvée imposée aux voyageurs et non pas du système

protectionniste en général.

CHAPITRE XVI

LES RESSOURCES DE LA GUYANE FRANÇAISE

Pour ne pas interrompre la relation de mon voyage, j’ai préféré réunir à

part les renseignements pratiques sur les richesses de la Guyane au

point de vue végétal et minéral, et même animal. M. Bassières, de

Cayenne, qui dirige le jardin botanique de Baduel et la colonie de

Mont-Joly, ne m’en voudra pas si, dans ces notes, je mets fortement à

contribution ses renseignements et sa notice sur la Guyane, publiée pour

l’Exposition de 1900.

Avant de parler de ces richesses, il n’est pas inutile de dire quelques

mots du climat et de la population.

Le climat résulte de la latitude, du voisinage de la mer, de l’immense

végétation forestière qui couvre le sol et de l’altitude peu élevée de

ce sol. Aussi ce qui caractérise le climat de la Guyane, c’est

l’humidité; elle tempère la chaleur qui n’est jamais excessive. Il y a

une saison sèche qui est l’été, et une saison des pluies qui est

l’hiver. Mais il pleut également en été où la température moyenne est de

27 degrés: août et septembre sont les mois les plus chauds. En hiver, la

température moyenne est de 25 degrés: janvier et février sont les mois

les plus frais: en mars il y a presque toujours deux à trois semaines de

sécheresse, qu’on appelle _le petit été_. En somme la Guyane est

favorisée d’un climat marin très doux, humide surtout, à cause des

forêts et de la mer.

Sur les côtes, il souffle fréquemment une forte brise venant du large,

et très saine à respirer. Il n’y a pas ici de zones côtières malsaines

comme à la Côte d’Or et à la Côte d’Ivoire, en Afrique. Un des hommes

éminents de la Guyane, M. Théodule Leblond l’a écrit en toute

connaissance de cause: «Les centres de colonisation doivent être

installés sur le littoral, là où l’air de la mer circule librement, car

pendant huit mois de l’année, la direction générale des vents régnants

oscille entre l’est-nord-est et l’est-sud-est.»

Vers l’intérieur, l’énorme exubérance de la végétation, et surtout

certaines régions marécageuses au bord des grands fleuves rendent le

climat moins bon: la fièvre paludéenne pourtant est la seule à craindre.

La fièvre jaune n’est apparue en Guyane que sur les côtes, à

l’improviste, et très rarement: elle disparaît très vite et ne

s’attaque, du moins gravement, qu’aux blancs. Les noirs et les mulâtres

même ne la redoutent que médiocrement. Quant à la fièvre ordinaire, ou

_paludisme_, il faut la combattre par une nourriture abondante et des

exercices physiques qui font transpirer, comme la marche: la sueur

élimine les principes morbides. Sans cela, à la longue, la fièvre

produit l’anémie, et chez les noirs, le _béribéri_, ou enflure, auquel

les blancs sont très peu sujets. On peut dire qu’avec quelques

précautions, le climat, même à l’intérieur de la Guyane, n’est pas

malsain, et la seule cause des indispositions réside dans l’humidité de

l’air et du sol: la chute de pluie est en moyenne de 3 mètres à 4m,50

par an, elle est donc très forte. Quant aux orages, aux ouragans, ils

sont très rares, tandis que dans les Antilles ils sont assez fréquents.

Aux Antilles par contre, il y a des montagnes assez élevées, 1,500

mètres, où le climat est sain et tempéré; tandis qu’en Guyane, même à

200 kilomètres des côtes, les montagnes n’atteignent que 300 à 400

mètres de hauteur; le climat y est un peu plus frais seulement que dans

les savanes.

On a observé qu’en somme la salubrité est très grande en Guyane. Le taux

de la mortalité n’est que de 2,53 pour 100, tandis qu’il est de 6,17

pour 100 au Sénégal et de 8 à 9 pour 100 à la Guadeloupe et à la

Martinique: on a donc beaucoup exagéré l’insalubrité prétendue de la

Guyane.

La population totale est estimée entre 30 et 35,000 personnes des deux

sexes: il y a en moyenne 12 hommes pour 10 femmes, mais en tenant compte

des forçats. Cayenne seule a 12,000 habitants, et les bourgades de la

côte, Mana, etc., en ont 11,000.

Il y a 600 militaires; la garnison de Cayenne a été très diminuée. Cette

ville, fondée en 1635, a été longtemps un poste militaire avec un fort.

Notre principal centre fortifié est maintenant Fort-de-France, dont la

rade est incomparablement supérieure à celle de Cayenne: celle-ci, en

effet, est inaccessible aux navires à fort tirant d’eau, à cause d’une

barre qu’on ne franchit qu’à marée basse.

La plus grande partie de la population est métisse, croisée de blancs et

de noirs, ce qui a produit une race très intelligente, capable

d’exagérer tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre, les qualités

physiques ou morales de ses ascendants. En moyenne, elle m’a paru bien

douée, et solidement constituée.

Comme noirs connus, on en compte environ 2,000, y compris quelques

centaines d’Indiens connus. Mais il y a en outre 6 à 8,000 inconnus dans

l’intérieur des terres; ce sont surtout des Indiens de race rouge:

Emerillons, Galibis, etc. Il y a quelques Hindous et Chinois, mais très

peu.

Le nombre total des relégués et transportés varie de 5,000 à 6,000: il

doit même aller en augmentant puisqu’on ramène en Guyane les déportés de

la Nouvelle-Calédonie. Leurs centres de colonisation sont Saint-Laurent

et Saint-Jean, sur le Maroni, et les îles du Salut. J’ai exposé au cours

de mon voyage le peu de travail utile qu’ils ont fait au point de vue de

la mise en valeur de la Guyane, ce qu’on attribue au manque de plan de

colonisation, de la part du gouvernement et de l’administration

pénitentiaire.

La population augmente par l’afflux des créoles des Antilles française

et anglaise, à la poursuite de l’or. Mais on observe un excès des décès

sur les naissances: cet excès est dû à l’existence des placers aurifères

riches, qui attirent les jeunes gens, et comme ces placers sont à grande

distance des côtes, la vie pénible et le manque de soins les déciment.

Il faut tenir compte aussi pour l’excès des décès sur les naissances, du

grand nombre de forçats improductifs, et enfin de la faible

matrimonialité. L’union libre est volontiers pratiquée, ainsi que la

polygamie: d’un côté, il n’y a point d’enfants, de l’autre il y en a

trop, mais le père ne s’en occupe pas, et mal soignés, ils sont décimés.

Quant à la situation économique en général, elle est mauvaise en ce

moment: il n’y a presque ni agriculture, ni industrie, ni commerce. Tout

est importé, alors que la Guyane pourrait tout produire. On a abandonné

presque toutes les plantations de canne à sucre, cacao, etc., pour les

mines d’or. Celles-ci, par contre, qui datent de cinquante ans environ,

sont très prospères. La production va même en augmentant. Nous en

parlerons plus loin, ainsi que de la colonisation de la Guyane.

Après les hommes, dans une description, il convient de s’occuper des

animaux. Ceux-ci sont fort nombreux et variés en Guyane: la forêt vierge

est un refuge assuré pour toutes les espèces possibles, et le climat

tiède et humide est merveilleusement favorable à leur développement. Il

faudrait un volume entier pour les décrire, mais comme on peut trouver

leur description dans un ouvrage d’histoire naturelle, je me bornerai à

une brève énumération. Il est curieux de faire remarquer que le grand

ouvrage de Buffon les décrit déjà avec une très grande exactitude; il

cite même les animaux spéciaux à la Guyane, car Louis XIV avait chargé

une mission de s’en occuper.

Parmi les mammifères, les plus curieux sont la sarigue, l’opossum, le

tamanoir, le tatou, le paresseux, le tapir, le pécari, l’agouti,

l’acouchi, le cabiai, qui est un rongeur de grande taille, il a quatre

pieds de long; le porc-épic, le cougouar, le jaguar, le chat-tigre, peu

redoutables pour l’homme. Le seul lion est le puma qui également redoute

l’homme. Il y a toute espèce de singes: l’ouistiti, le macaque, le

sagouin, le coatta, etc. Beaucoup de ces animaux ont des particularités

curieuses: la sarigue et l’opossum sont remarquables par le pénis bifide

du mâle, la poche marsupiale et la double vulve de la femelle. Le cabiai

a les pattes à demi palmées et plonge aussi bien qu’un canard. Le tapir

ou maïpouri, gros comme un petit cheval, a une trompe comme l’éléphant,

mais plus courte. Le tatou a près de cent dents. Le porc-épic peut à

volonté détacher ses piquants. Le vampire est connu pour sucer le sang

des autres animaux. Le singe rouge a un appareil vocal double, lui

permettant d’émettre aussi bien des sons aigus que des sons graves.

Les seuls animaux redoutables pour l’homme sont certains reptiles: le

serpent-corail, le serpent à sonnettes, le serpent chasseur, le serpent

agouti, et les grages, tous venimeux. Le boa constrictor ou grande

couleuvre, comme on l’appelle en Guyane, n’est pas venimeux, mais il est

capable d’étouffer un homme comme il étouffe les autres animaux, et de

même le devin. Les autres serpents: le jacquot qui est vert, le rouleau,

le réseau, le serpent à deux têtes ou maman-fourmis, qu’on trouve

souvent au fond du nid des fourmis-manioc, etc., ne sont pas dangereux.

Les sauriens présentent des individus remarquables: un caméléon,

l’agama; l’iguane vert, dont la chair blanche est fine et recherchée,

ainsi que les œufs; puis le caïman également mangeable quand il est

jeune; il est peureux et n’attaque pas l’homme comme l’alligator du

Brésil; il y a toute espèce de tortues; l’une d’elles passe à tort pour

venimeuse, mais sa morsure est très douloureuse.

Il faudrait citer d’autres êtres désagréables: les fourmis qui ont tant

de variétés, dont quelques-unes dangereuses pour l’homme; les

moustiques, les tiques, les chiques qui pullulent en certains endroits

et peuvent, si l’on ne s’en débarrasse pas, atrophier le pied auquel

elles s’attaquent. Enfin les araignées avec la gigantesque

araignée-crabe qui est venimeuse.

Mais il faut en venir aux oiseaux qui sont le grand charme du _bois

sauvage_; ce sont les plus beaux du monde: on en avait fait une

splendide collection qui fut enlevée en 1809 lors de l’invasion

anglo-portugaise, elle figure maintenant au British Museum, à Londres.

Je citerai le pélican, la frégate, le phaéton, le goéland, le

bec-en-ciseaux; puis la bécasse, le héron, la grue, le râle, le jacana,

le serpentaire, le kamichi dont les ailes sont armées d’un ergot,

l’agami, l’aigrette, l’ibis. J’ai cité dans mon voyage les hoccos, si

délicieux à manger, ils ont un panache et de belles plumes frisées; puis

les marayes, les perdrix, les cailles, etc.; les torcols, les mésanges,

les grives, les rossignols, les alouettes, les papes, les cardinaux, les

évêques, tous aux couleurs éclatantes; les colibris et enfin les

toucans, couroucous, aracaris, etc. Parmi les oiseaux rapaces, l’urubu

pullule à Cayenne; dans la forêt, il y a le grand aigle, le condor,

l’effraye, la harpie, etc. J’allais oublier l’immense variété des

oiseaux chanteurs aux couleurs voyantes: perroquets, aras, perruches,

bleus, verts et rouge écarlate qui jettent leurs cris aigus dans le

bois, sur les fleuves, en tranchant de leurs teintes vives sur le vert

des arbres.

Après les animaux, l’homme s’intéresse surtout aux fruits parmi les

végétaux. Il faudrait donc les énumérer d’abord, mais ils sont

innombrables: les Guyanais eux-mêmes ne les connaissent pas tous. Je

citerai les plus fameux: ce sont la noix de coco, et les amandes des

divers palmiers qui donnent en outre le chou palmiste; l’igname,

l’ananas, la banane, la vanille, la pomme cannelle, la barbadille, le

mari-tambour, et d’autres variétés, l’avoca, la mangue, le mombin, la

pomme de Cythère, l’anis, le sapotille, la poire de Guyane, la prune de

Guyane, la cerise de Guyane, la goyave, le parépou. Les fruits ne se

décrivent pas, ils se goûtent; le plus fameux, selon moi, est la mangue,

qui mériterait des efforts pour être transportée en Europe. Je citerai

aussi le café, les piments, le melon d’eau, la calebasse, puis la

patate, le manioc, l’igname, etc., qui sont des racines; puis le

gingembre, le poivre, la muscade, le cacao; puis le calou ou gombo, qui

est un légume; enfin la canne à sucre que tous les indigènes sucent et

qui pousse à l’état sauvage. Presque tous ces fruits ont l’avantage de

se manger tels qu’ils sont sur l’arbre, sauf pourtant les racines.

Avant de décrire les ressources forestières de la Guyane, nous dirons

quelques mots des cultures qui ont été entreprises, et qui ont été plus

ou moins abandonnées.

Sur 12 millions d’hectares, à peine 3,500 sont-ils mis en culture,

formant 1,500 exploitations, qui occupent 6,000 travailleurs; leur but

unique, ou presque, est la culture vivrière: il n’est pas question ici

de la colonie pénitentiaire.

La canne à sucre est tombée de 1,571 hectares en 1836 à 15 hectares en

1885. La production, qui était de 3,000 tonnes, est tombée à 52 tonnes.

La production de rhum, en 1897, n’était que de 24,000 litres, et le

centre principal est Mana, où les plantations et la fabrication du rhum

sont l’œuvre d’une communauté religieuse de femmes. Le rhum de Mana est

le meilleur des Antilles.

Le cacao, qui rendait 40,000 kilos en 1832, n’en rendait plus qu’une

vingtaine de mille il y a quelques années. Il est en reprise depuis que

le gouvernement offre une prime d’un franc par pied de cacao replanté.

Le café rendait 46,000 kilos en 1835, et seulement 17,000 en 1885.

Depuis, il ne cesse de baisser encore.

On cultivait en 1879 près de 1,000 hectares de rocouyer, et à peine 300

en 1890. La baisse ne fait que continuer.

Les cultures vivrières: bananes, manioc, igname, sont stationnaires; par

contre, les fourrages verts sont en bonne croissance, et réussissent

bien.

Comme débouchés, la Guyane a d’abord la France pour le cacao, le café,

le thé, la vanille, le coton qu’elle a malheureusement abandonné; puis

le caoutchouc, le balata depuis quelques années, les peaux, les plumes,

les bois de teinture et de construction, le bois de rose, etc., comme

nous le verrons.

Pour les animaux de boucherie et les bois, la Guyane aurait les

Antilles; et enfin pour tous les articles de consommation vivrière, la

Guyane pourrait se fournir elle-même au lieu d’en importer chaque année

pour deux millions de francs: conserves, légumes, etc.

Ce ne sont pas les terrains favorables qui manquent; ils sont au

contraire en grande abondance, et pour toute espèce de culture, les uns

pour de riches et vastes pâturages, les autres pour les arbustes à

épices, le cacao, le café, etc., et enfin pour les arbres fruitiers.

La Guyane possède un terrain très fertile, produisant sans engrais et

sans labours profonds. La seule difficulté, et elle est assez grande,

c’est le défrichement de ces arbres immenses sur un sol humide; on les

abat assez bien, car ils ont peu de racines, mais il est très difficile

d’y mettre le feu.

Nous allons examiner avec plus de détail les productions naturelles du

sol, en les classant, suivant leurs propriétés.

1º _Plantes féculentes._--La principale est le _manioc_, susceptible de

produire en quinze mois: il donne comme produits le couac très goûté des

créoles; la cassave, qui est une galette; et le tapioca, très employé en

Europe.

La _patate_ blanche, ou rouge, peut donner des produits en trois mois.

L’_igname_ produit en dix mois.

L’_arrow-root_ à l’état sauvage, produit en douze mois.

Le _riz_ produit en cinq mois, deux fois par an.

Le _maïs_ donne trois récoltes par an.

Le _bananier_, avec ses nombreuses variétés, peut produire 24,000

kilogrammes de fruits par hectare, donnant 5,800 kilogrammes de farine.

Un régime de bananes peut atteindre le poids de 25 à 30 kilogrammes.

Le _topinambour_, la _citrouille_, le _châtaignier_ de Guyane

réussissent. L’_arbre à pain_, qui n’a pas de gluten, est impropre à

faire du pain.

2º _Plantes aromatiques et condimentaires._--La première est la

_vanille_: c’est une orchidée qui, à l’état sauvage, donne le

_vanillon_, valant déjà 25 à 30 francs le kilogramme. On la cultive sous

trois variétés: la grosse vanille, la petite et la longue, également

parfumées. Le fruit a la forme d’une baie charnue à trois côtes remplie

d’une fine semence brune. En deux ou trois ans, un hectare produit de

200 à 500 kilogrammes de gousses marchandes, valant 30 à 70 francs le

kilogramme, suivant la qualité et la longueur. Il est étonnant, dit M.

Bassières, que cette culture, qui n’exige ni main-d’œuvre considérable,

ni grands capitaux, ne soit pas pratiquée en grand à la Guyane.

Les _cannelliers_ donnent des produits supérieurs, qui ont contribué

beaucoup autrefois à la prospérité agricole de la Guyane.

Le _poivrier_, le _giroflier_, le _muscadier_, le _gingembre_ sont très

estimés, ce dernier surtout, par les Anglais, qui en mettent dans tous

leurs aliments et même dans leurs boissons. Il faut citer aussi le

_safran_, le _vétiver_, le _bois d’Inde_, l’_oranger_, le _citronnier_,

l’herbe appelée _citronnelle_, qui a un goût prononcé de citron sans

être acide, et passe pour un fébrifuge; enfin, le _bergamotier_, le

_diapana_, le _mandarinier_, le _cerisier de Cayenne_, etc.

Parmi les plantes aromatiques seulement, il y a une série de bois dont

le principal est le _bois de rose_: son essence est jaune, a le parfum

de rose et vaut 25 francs le litre. La Guyane exporte en France à la

fois l’essence et le bois. Les autres plantes aromatiques guyanaises

sont le _sassafras_, le _gaïac_, dont l’amande parfumée est très

recherchée, le _couchiri_, la _maniguette_, la _liane-ail_,

l’_ambrette_, le _couguericou_, etc.

3º _Plantes tinctoriales._--La principale est le _rocouyer_, qui produit

la bixine, matière colorante jaune rougeâtre. L’_indigotier_ pousse sans

culture et abonde en certains endroits. Le _safran_ contient une résine

jaune employée en cuisine et en médecine, sans parler de la chimie et de

la teinturerie; il abonde en Guyane.

Parmi les essences forestières, il y a le _bois de campêche_, le _bois

de grignon_ servant pour le tannage, le _bois du Brésil_, l’_aréquier_,

le _palétuvier_, la _gomme-gutte_ qui donne une couleur jaune.

Le _caraguérou_ donne une couleur rouge. Le _bougouani_ donne une

couleur foncée, tirant sur le noir. Le _simira_ donne un rouge vif. Le

_balourou_ donne le pourpre. Enfin, le _bois violet_ est déjà par

lui-même d’une magnifique couleur violet sombre. Il faudrait citer

encore le _goyavier_, le _génipa_, le _mincoart_, etc., etc.

4º _Plantes oléagineuses._--L’_arachide_, si cultivée en Afrique et dans

l’Amérique du Nord, est naturelle en Guyane; or, la France importe

annuellement plus de cent mille tonnes d’arachides, valant 200 francs la

tonne.

Le _cocotier_ donne l’huile de coco, le coprah, et le beurre de coco.

Le _ricin_ pousse abondamment en Guyane.

Le _cacaoyer_ et le _muscadier_ donnent les beurres de cacao et de

muscade.

On tire aussi des huiles du _médicinier_, du _sésame_. Le palmier

_aoura_ donne l’huile de palme. L’_acajou_ donne l’huile des Caraïbes.

Le _carapa_, le _coupi_, le _yayamadou_, le _palmier maripa_, l’_ouabé_,

le _patawa_ donnent des huiles, des graisses, de la cire. L’huile de

_pekea_ peut rivaliser pour la cuisine avec l’huile d’olives.

Il faut citer aussi le _cirier d’Amérique_, le _pinot_, le _comou_, le

_palmiste_, le _carnaübe_, le _conana_, qui sont des palmiers; enfin, le

_savonnier_, le _sablier_, le _touka_, l’_arouman_, le _lilas du Japon_,

etc., donnant tous des substances grasses. On compte beaucoup les

utiliser pour les fabrications du savon et des bougies.

5º _Plantes textiles._--Le _coton de Guyane_, dit coton longue soie, que

produisait autrefois la colonie, était très estimé. Il a été abandonné.

Cependant, cette culture pourrait être reprise avec fruit, quand on

songe que la France est tributaire des Etats-Unis pour cette plante.

Elle produit surtout entre trois et cinq ans, mais peut durer dix ans en

donnant deux récoltes par an, soit 300 kilogrammes de coton marchand par

hectare et par an.

La _ramie_, qui a de très belles fibres ayant la longueur exceptionnelle

de 1m,85, a aussi un très bel avenir. La France en consomme annuellement

pour 300 millions de francs, dit M. Bassières.

L’_agave_ a des feuilles très longues, de 1m,50 à 2 mètres, qu’on coupe

au moment de la floraison: elles donnent une filasse blanche et

brillante dont on fait des cordages, des filets et des objets de luxe:

tapis, bourses, etc.

Les feuilles du _voaquois_ servent à fabriquer des nattes, des sacs

d’emballage, des chapeaux créoles, etc. Le voaquois a été introduit en

Guyane, et avec succès.

L’_ananas_ a des fibres très fines, mais difficiles à isoler. L’_yucca_

également.

On fait également de la filasse avec le _moucou-moucou_,

l’_ouadé-ouadé_, le _rose de Chine_, le _calou_ ou _gombo_ (_okra_ en

Californie), et avec des fibres de grands arbres comme le _maho_, le

_balourou_, le _canari macaque_.

Les larges feuilles en éventail de l’_arouman_ donnent avec leurs côtes

des lanières dont on fait en Guyane toute espèce d’objets en vannerie et

en sparterie, d’une solidité à toute épreuve. Les indigènes les teignent

en rouge par le rocou, ou en noir par le génipa, et, en entremêlant les

couleurs, font des dessins pittoresques. On pourrait en faire des

chaises de paille, etc.

Le _fromager_ a ses graines enveloppées d’un duvet cotonneux, long, de

couleur brune, appelé _soie du fromager_. Aux Antilles on en fait des

matelas et des oreillers. Aux Etats-Unis, on en fait des chapeaux de

soie.

Je citerai encore, comme textiles, le _kérété_, le _piaçaba_, le

_bambou_, la _feuille à polir_, le _cocotier_, l’_aouara_, les _bâches_,

beaucoup d’autres palmiers très nombreux en Guyane, et enfin toute

espèce de lianes, dont on fait des cordes, des liens grossiers, même des

manches de fouet.

6º _Plantes médicinales._--L’_ipéca_ est fourni par beaucoup de plantes,

rubiacées, violacées, ménispermées, etc.

Le _bois piquant jaune_, usité comme vulnéraire, diurétique,

odontalgique, est, paraît-il, d’un usage courant aux Etats-Unis.

Le _coachi_ remplace, paraît-il, le houblon dans la fabrication de la

bière; il sert en infusion (bois et racines) contre les fièvres

intermittentes. C’est aussi un tonique et un apéritif énergique. Il a

été étudié à Marseille par le Dr Heckel. Le _simarouba_ a des propriétés

analogues.

Les racines du _pareira_ sont un vomitif, et sont employées aussi contre

la morsure des serpents.

7º _Gommes et résines._--Il y a en ce moment en Guyane un arbre qui

prend une grande importance industrielle: c’est le _balata_. Il donne,

outre un bois de construction hors ligne, une gomme tout à fait analogue

à la _gutta-percha_ de la Malaisie. On la préfère même à la

gutta-percha, car elle se prête mieux encore à l’industrie électrique, à

la galvanoplastie, aux câbles sous-marins, aux instruments de chirurgie.

Un arbre produit chaque année 5 à 6 kilogrammes de gomme, au maximum, et

un kilogramme au moins. La valeur du balata est de 5 francs le

kilogramme à Cayenne: on l’exploite déjà sur la rivière Mana, et

ailleurs, avec succès.

La Guyane inconnue: Voyage à l'intérieur de la Guyane française · 第 13 / 19 段