Fortis a traduit:
Che mai biancheggia [là] nel verde _bosco_.
Nodier a traduit _bosco_ par _plaine verdoyante_; c'était mal
tomber, car on me dit que gorje veut dire colline. Voilà mon
histoire. Faites mes excuses à M. Pouchkine. Je suis fier et
honteux à la fois de l'avoir attrapé, _etc._
Cette lettre, reproduite presque dans toutes les éditions du poète
russe, est restée inconnue des mériméistes français[922]; nous croyons
qu'il n'était pas superflu de la donner en entier, bien que nous en
ayons déjà cité plusieurs passages. Remarquons toutefois qu'elle paraît
avoir eu une suite que Pouchkine n'imprima pas, parce qu'elle n'avait
pas trait à _la Guzla_. À Paris, Mérimée avait souvent soupé en
compagnie de Sobolevsky[923],--qu'il appelait _Boyard_[924];--il est
probable qu'il lui envoya à cette occasion les derniers potins de la
capitale. Sans nul doute, nous lirons une collation nouvelle et complète
de cette lettre dans l'édition définitive des OEuvres de Pouchkine que
publie en ce moment l'Académie Impériale russe. Pour l'instant,
contentons-nous de constater que, même après avoir été si bien informé
sur le caractère fictif d'Hyacinthe Maglanovich, le poète d'_Eugène
Oniéguine_, réimprimant la Notice de Mérimée, reconnut avec une parfaite
loyauté: «J'ignore si Maglanovich a jamais existé. Quoi qu'il en soit,
les dires de son biographe ont un charme extraordinaire d'originalité et
de vraisemblance[925].»
Pour conclure, nous pourrions dire que Pouchkine n'a pas eu tort de
traduire les ballades de ce barde imaginaire, et de les publier. Il
n'était point un érudit, lui, et n'avait pas à compromettre sa science.
Il était poète et, comme il avait trouvé la poésie dans ces ballades,
qui le blâmera d'avoir su leur donner ce qui leur manquait pour être de
vrais poèmes: la forme du vers? Il était artiste aussi, qui lui
reprochera d'avoir su serrer davantage les récits déjà si condensés de
Mérimée, d'avoir mis plus de couleur sur des dessins qui pouvaient
sembler parfaits[926]?
§ 2