LA VIE DOMESTIQUE DANS «LA GUZLA» (_suite_)

Si les Illyriennes de Mérimée ne le sont que de nom, ses Illyriens sont

plus vrais. Sans doute, les traits qui les distinguent sont parfois

grossièrement accusés, ils ne manquent pas toutefois d'une certaine

«couleur», ou du moins, on démêle dans les portraits que Mérimée en a

laissés l'intention d'y mettre de la «couleur». Initié par le _Voyage en

Dalmatie_, l'auteur de _la Guzla_ réussit quelquefois à trouver des

sujets et des motifs que l'on rencontre fréquemment dans la véritable

poésie serbe. C'est le cas des ballades qu'il a brodées sur le chapitre

que consacre Fortis aux _Amitiés morlaques_.

Mais pour être moins loin de la vérité, ces ballades n'en sont pas

beaucoup meilleures; le choix du sujet est plus heureux, mais la manière

de le traiter bien défectueuse encore.

L'amitié joue, en effet, un rôle important dans les _piesmas_.

Nombreuses sont les histoires serbes qui nous racontent les glorieux

exploits et les sublimes sacrifices d'un ami qui veut délivrer de la

prison turque ou vénitienne celui avec lequel il s'est lié d'amitié. On

risque sa vie en attaquant l'ennemi, ou bien on paie une rançon

exorbitante («trois charges d'or»). Le dévouement conduit à la mort ou à

la misère, mais toujours à la gloire. Dans une des plus jolies ballades

qui se rattachent au cycle de Marko Kraliévitch, ce héros légendaire

chevauche avec son _pobratime_ Miloch, à travers une forêt et le prie de

lui chanter quelque chanson; il s’endort et la _blanche Vila_ de la

montagne, jalouse de la voix superbe du beau Miloch, perce avec une

flèche la gorge du chanteur. Il faut voir alors la grande colère de

Marko et l’ardeur avec laquelle il poursuit la _Vila_ pour la forcer de

guérir son _pobratime_!

Sur l’amitié, Mérimée a trouvé chez Fortis les renseignements suivants

qu’il a reproduits dans une des notes qui accompagnent _la Flamme de

Perrussich_:

"La Guzla" de Prosper Mérimée · 第 70 / 231 题