Marc est mort hier. La veille il semblait mieux. Nous avons eu un
assez long entretien ensemble. Il me rappelait mon enfance, mon beau
poney dont il était aussi fier que moi.
Son vieux coeur de cocher se ranimait à ces souvenirs. Nous étions
presque gais,--du moins j'essayais de le paraître,--mais quand je
lui ai parlé de son rétablissement, il m'a arrêtée avec un triste
sourire, et m'a demandé naïvement: «Avez-vous quelque chose à lui
faire dire?»
Cette parole m'a fait pleurer, et j'ai répondu avec élan: «Dites-lui
que je l'aime plus qu'autrefois. Dites-lui qu'il ait pitié de sa
pauvre fille!»
Il serra mes mains entre ses mains calleuses, et reprit avec calme:
«Ma chère petite maîtresse, je sais que la terre vous paraît aussi
vide qu'une coquille d'oeuf, je sais que la vie vous semble bien
dure. Mais croyez-moi, c'est l'affaire d'un moment. La vie passe
comme un rêve.»
Pauvre Marc! la sienne est finie. Je l'ai assisté jusqu'à la fin.
Non, Dieu n'a point fait la mort--la mort qui sépare--la mort si
terrible même à ceux qui espèrent et qui croient.