13 septembre.

Une hémorragie des poumons a mis tout à coup ce pauvre Marc dans un

grand danger.

Je l'ai trouvé étendu sur son lit, très faible, très pâle, mais ne

paraissant pas beaucoup souffrir. «Je m'en vas, ma chère petite

maîtresse,» m'a-t-il dit tristement.

Le docteur intervint pour l'empêcher de parler. «C'est bon, dit-il,

je ne dirai plus rien, mais qu'on me lise la Passion de

Notre-Seigneur.»

Il ferma les yeux et joignit les mains pour écouter la lecture.

L'état de ce fidèle serviteur me touchait sensiblement, mais je ne

pouvais m'empêcher d'envier son calme.

Tout en préparant la table qui allait servir d'autel, je le

regardais souvent, et je pensais à ce que mon père me contait du

formidable effroi que ma mère ressentit lorsqu'elle se vit, toute

jeune et toute vive, entre les mains de la mort. Son amour, son

bonheur lui pesait comme un remords.

«J'ai été trop heureuse, disait-elle en pleurant, le ciel n'est pas

pour ceux-là.»

Mais lorsqu'elle eut communié, ses frayeurs s'évanouirent. «Il a

souffert pour moi, répétait-elle, en baisant son crucifix.»

Mon père s'attendrissait toujours à ce souvenir. Il me recommandait

de remercier Notre-Seigneur de ce qu'il avait si parfaitement

rassuré, si tendrement consolé ma pauvre jeune mère à son heure

dernière. «Moi, disait-il, je ne pouvais plus rien pour elle.»

Horrible impuissance, que j'ai sentie à mon tour. Quand il agonisait

sous mes yeux, que pouvais-je? Rien... qu'ajouter à ses accablements

et à ses angoisses. Mais en apprenant que son heure était venue, il

demanda son viatique, et le vainqueur de la mort vint lui adoucir le

passage terrible. Il vint l'endormir avec les paroles de la vie

éternelle. Qu'il en soit béni, à jamais, éternellement béni!

Paix, dit le prêtre quand il entre avec le Saint-Sacrement, paix à

cette maison et à tous ceux qui l'habitent!

Je suis donc comprise dans ce souhait divin que l'église a retenu de

Jésus-Christ. Ah! la paix! j'irais la chercher dans le désert le

plus profond, dans la plus aride solitude.

Ce matin, à demi cachée dans l'ombre, j'ai assisté à tout, et comme

je me prosternais pour adorer le Saint-Sacrement, il se répandit

dans mon coeur une foi si vive, si sensible. Il me semblait sentir

sur moi le regard de Notre-Seigneur et depuis...

Ô maître du sacrifice sanglant! je vous ai compris. Vous voulez que

les idoles tombent en poudre devant vous. Mais ne suis-je pas assez

malheureuse? N'ai-je pas assez souffert? Oh! laissez-moi l'aimer

dans les larmes, dans la douleur. Ne commandez pas l'impossible

sacrifice, ou plutôt Seigneur tout-puissant, Sauveur de l'homme

tout entier, ce sentiment où j'avais tout mis, sanctifiez-le qu'il

s'élève en haut comme la flamme, et n'y laissez rien qui soit _du

domaine de la mort._

Angéline de Montbrun · 第 73 / 95 题