11 septembre.

Je travaille beaucoup pour les pauvres. Quand mes mains sont ainsi

occupées, il me semble que Dieu me pardonne l'amertume de mes

pensées, et je maîtrise mieux mes tristesses.

Mais aujourd'hui, je me suis oubliée sur la grève. Debout dans

l'angle d'un rocher, le front appuyé sur mes mains, j'ai pleuré

librement, sans contrainte, et j'aurais pleuré longtemps sans ce

bruit des vagues qui semblait me dire: La vie s'écoule. Chaque flot

en emporte un moment.

Misère profonde! il me faut la pensée de la mort pour supporter la

vie. Et suis-je plus à plaindre que beaucoup d'autres? J'ai passé

par des chemins si beaux, si doux, et sur la terre, il y en a tant

qui n'ont jamais connu le bonheur, qui n'ont jamais senti une joie

vive.

Que d'existences affreusement accablées, horriblement manquées.

Combien qui végètent sans sympathies, sans affection, sans

souvenirs! Parmi ceux-là, il y en a qui auraient aimé avec

ravissement, mais les circonstances leur ont été contraires. Il leur

a fallu vivre avec des natures vulgaires, médiocres, également

incapables d'inspirer et de ressentir l'amour.

Combien y en a-t-il qui aiment comme ils voudraient aimer, qui sont

aimés comme ils le voudraient être? Infiniment peu. Moi, j'ai eu ce

bonheur si rare, si grand, j'ai vécu d'une vie idéale, intense. Et

cette joie divine, je l'expie par d'épouvantables tristesses, par

d'inexprimables douleurs.

Angéline de Montbrun · 第 72 / 95 题