7 août.

Près de la Pointe aux Cèdres, dans un ravin sans ombrage, sans

verdure, sans eau, deux jeunes époux sont venus s'établir. Ils ont

acheté et réparé, tant bien que mal, une chétive masure qui tombait

en ruines, et y vivent heureux. Le bonheur est au dedans de nous, et

qui sait si la magie de l'amour ne peut pas rendre, une pauvre

cabane aussi agréable que la grotte de Calypso.

Il m'arrive souvent de passer par le ravin. Je porte à ces nouveaux

mariés un intérêt dont ils ne se doutent guère. Cet après-midi, je

voyais la jeune femme préparer son souper. Quand il fait beau, trois

pierres disposées en trépied, auprès de sa porte, lui servent de

foyer, et quelques branches sèches suffisent pour cuire le repas.

Elle est attrayante, et porte ses cheveux blonds _à la suissesse_,

en lourdes nattes sur le dos. C'est charmant de la voir assise sur

une bûche devant son humble feu, et surveillant sa soupe, tout en

tricotant activement. Je suppose qu'elle n'a pas d'horloge, car elle

interroge souvent le soleil--ô charme de l'attente!--Je me sens plus

triste encore quand je la vois. Voudrais-je donc qu'il n'y eût plus

d'heureux sur la terre? _Heureux!_ oui ils le sont, car ils ont

l'amour et tout est là.

Je leur ai fait dire de venir cueillir des fruits et des fleurs,

aussi souvent qu'il leur plaira.

Angéline de Montbrun · 第 47 / 95 题