Aujourd'hui j'ai fait une promenade à cheval. Maintenant que mes
forces me le permettent, je voudrais reprendre mes habitudes.
D'ailleurs les exercices violents calment et font du bien.
En montant ce noble animal que mon père aimait, j'avais un terrible
poids sur le coeur, mais la rapidité du galop m'a étourdie. Au
retour j'étais fatiguée, et il m'a fallu mettre mon beau Sultan au
pas. Alors les pensées me sont venues tristes et tendres.
Je regrette de n'avoir rien écrit alors que ma vie ressemblait à ces
délicieuses journées de printemps, où l'air est si frais, la verdure
si tendre, la lumière si pure. J'aurais du plaisir à revoir ces
pages. J'y trouverais un parfum du passé. Maintenant le charme est
envolé; je ne vois rien qu'avec des yeux qui ont pleuré. Mais il y a
des souvenirs de bonheur qui reviennent obstinément comme ces épaves
qui surnagent.