28 juillet.

C'est une chose étonnante comme ma santé s'améliore. Ma si forte

constitution reprend le dessus, et souvent, je me demande avec

épouvante, si je ne suis pas condamnée à vieillir--à vieillir dans

l'isolement de l'âme et du coeur. Mon courage défaille devant cette

pensée.

Pour me distraire, je fais tous les jours de longues promenades.

J'en reviens fatiguée, ce qui fait jouir du repos. Mais qu'il est

triste d'habiter avec un coeur plein une maison vide. Ô mon père, le

jour de votre mort, le deuil est entré ici pour jamais. Parfois, je

songe à voyager. Mais ce serait toujours aller où nul ne nous

attend. D'ailleurs, je ne saurais m'éloigner de Valriant, où tout me

rappelle mon passé si doux, si plein, si sacré.

Autant que possible je vis au dehors. La campagne est dans toute sa

magnificence, mais c'est la maturité, et l'on dirait que la nature

sent venir l'heure des dépouillements. Déjà elle se recueille, et

parfois s'attriste, comme une beauté qui voit fuir la jeunesse et

qui songe aux rides et aux défigurements.

Angéline de Montbrun · 第 44 / 95 题