C'est une chose étonnante comme ma santé s'améliore. Ma si forte
constitution reprend le dessus, et souvent, je me demande avec
épouvante, si je ne suis pas condamnée à vieillir--à vieillir dans
l'isolement de l'âme et du coeur. Mon courage défaille devant cette
pensée.
Pour me distraire, je fais tous les jours de longues promenades.
J'en reviens fatiguée, ce qui fait jouir du repos. Mais qu'il est
triste d'habiter avec un coeur plein une maison vide. Ô mon père, le
jour de votre mort, le deuil est entré ici pour jamais. Parfois, je
songe à voyager. Mais ce serait toujours aller où nul ne nous
attend. D'ailleurs, je ne saurais m'éloigner de Valriant, où tout me
rappelle mon passé si doux, si plein, si sacré.
Autant que possible je vis au dehors. La campagne est dans toute sa
magnificence, mais c'est la maturité, et l'on dirait que la nature
sent venir l'heure des dépouillements. Déjà elle se recueille, et
parfois s'attriste, comme une beauté qui voit fuir la jeunesse et
qui songe aux rides et aux défigurements.