Depuis hier, je suis aux Aulnets. En arrivant, j'ai été voir la
tombe de Mlle Désileux, où croissent déjà quelques brins d'herbe. La
maison était fermée depuis les funérailles. Sa vieille servante est
venue m'ouvrir la porte, et quelle impression m'a faite le silence
sépulcral qui régnait partout.
Je n'osais avancer dans ces chambres obscures, où quelques rayons de
lumière pénétraient, à peine, entre les volets fermés.
Pauvre folle que je suis! je suis venue pour me fortifier par la
pensée de la mort, et je me surprends sans cesse, songeant à
Maurice, à ce qu'il éprouvera quand il reviendra à Valriant--car il
y reviendra. C'est à lui que je laisserai ma maison.
Que lui diront les scellés partout, les chambres vides et sombres,
le silence profond. Cette maison, qu'il appelait _son paradis_,
pourra-t-il en franchir le seuil sans que son coeur se trouble?
Les souvenirs ne se lèveront-ils pas de toutes parts, tristes et
tendres, devant lui? La voix du passé ne se fera-t-elle pas entendre
dans ce morne silence?
Ô mon Dieu! voilà que je retombe dans mes faiblesses. Que m'importe
qu'il me pleure? Rien ne saurait-il m'arracher à ce fatal amour?
Quoi! ni l'éloignement, ni le temps, ni la religion, ni la mort!...
Malheur à moi! j'ai beau me dire que je n'existe plus pour lui, je
l'aime, comme les infortunés seuls peuvent aimer.