M. L. est venu m'annoncer que j'héritais de Mlle Désileux. Je ne
voulais pas le recevoir, mais il a tant insisté que j'y ai consenti.
Heureusement, cette homme d'affaires est aussi un homme de tact. Pas
de ces marques d'intérêt qui froissent, pas de cette compassion qui
fait mal. Seulement, en me quittant, il m'a dit: «Vous avez beaucoup
souffert, et cela se voit. Mais pourtant, vous ressemblez toujours à
votre père.»
Cette parole m'a été bien sensible. Ô chère ressemblance, qui
faisait l'orgueil de ma mère et sa joie à lui.
M. L. m'a parlé au long de la conduite de mon père envers la pauvre
Mlle Désileux, et m'a raconté plusieurs traits qui prouvent
également un désintéressement et une délicatesse bien rares.
«Soyez sûre, m'a-t-il dit, qu'il en est beaucoup que nous ignorerons
toujours.»
Oui, cette divine loi de la charité, il la remplissait dans sa large
et suave plénitude. Avec quel soin ne me formait-il pas à ce grand
devoir!
J'étais encore tout enfant, et déjà il se servait de moi pour ses
aumônes. Pour encouragement, pour récompense, il me proposait
toujours quelque infortune à soulager, et sa grande punition,
c'était de me priver de la joie de donner. Mais il pardonnait vite.
Et la douceur de ces moments où je pleurais, entre ses bras, le
malheur de lui avoir déplu.