12 juin.

Mon Dieu, donnez le bonheur éternel à celle qui a tant souffert.

Pardonnez si parfois elle a faibli sous le poids de sa terrible

croix.

Je relis souvent sa lettre. Cette voix qui n'est plus de ce monde me

fait pleurer. Pauvre fille! Son souvenir ne me quitte pas. La pensée

de ce qu'elle a souffert m'arrache au sentiment de mes peines.

La nuit dernière, j'ai fait un rêve qui m'a laissé une étrange

impression.

Il me semblait que j'étais dans un cimetière. L'herbe croissait

librement entre les croix, dont plusieurs tombaient en ruines. Je

marchais au hasard, songeant aux pauvres morts, quand une tombe

nouvelle attira mon attention.

Comme je me penchais pour l'examiner, la terre, fraîchement remuée,

devint soudain transparente comme le plus pur cristal, et je vis

Véronique Désileux au fond de sa fosse. Elle semblait plongée

dans un recueillement profond; sous le drap qui les couvrait, on

distinguait ses mains jointes pour l'éternelle prière.

Je la regardais, invinciblement attirée par le calme de la tombe,

par le repos de la mort, et je l'interrogeais, je lui demandais si

elle regrettait d'avoir souffert, de n'avoir jamais inspiré que de

la pitié.

Angéline de Montbrun · 第 23 / 95 题