La nuit est très avancée, mais je veille en pensant à Mina qui, dans
quelques heures, prononcera ses voeux. Ô noblesse de la vie
religieuse! Et qui donc a dit que dans l'âme humaine il y a un
mystère d'élévation? Mina est la soeur de Maurice, elle a été l'amie
chérie de ma jeunesse, et pourtant, malgré la douceur de ces
souvenirs, ce n'est pas l'image de la Mina d'autrefois qui domine
dans mes pensées; c'est celle de la vierge qui dort là-bas sous la
garde des anges, en attendant l'heure de sa consécration au
Seigneur.
Chère Mina! que lui dira Celui qu'elle a choisi lorsque le son de la
cloche l'avertira qu'enfin l'heure est venue? Ah, je voudrais être
là pour la voir, pour l'entendre! Mais il faudrait rencontrer
Maurice, et je ne m'en suis pas senti la force.
Pensera-t-il à moi?... Quand Mina prit l'habit religieux, j'étais à
côté de lui dans la chapelle Sainte-Philomène. Avant la cérémonie,
nous fûmes longtemps au parloir seuls avec Mina. Sa toilette de
mariée lui allait à ravir, et qu'elle était calme! et avec quelle
tendresse céleste elle nous parla!
Le soir, Maurice vint chez ma tante. Quelqu'un s'étant élevé contre
la vie religieuse, Maurice, encore sous le coup des émotions de
la journée, répondit en lisant cette partie d'une conférence
de Lacordaire, où l'illustre dominicain prouve la divinité de
Jésus-Christ par l'amour qu'il inspire, par les sacrifices qu'il
demande, et _dont tous les siècles lui apportent l'hommage._ Maurice
lut admirablement ces pages éloquentes, et je crois l'entendre
encore quand il disait: «Il y a un homme dont l'amour garde la
tombe.»
«Il y a un homme flagellé, tué, sacrifié, qu'une inénarrable passion
ressuscite de la mort et de l'infamie, pour le placer dans la gloire
d'un amour qui ne défaille jamais, d'un amour qui trouve en lui
paix, l'honneur la joie et jusqu'à l'extase.»
Ô merveilleux Jésus, cela est vrai!
«Pour nous, comme disait encore Lacordaire, poursuivant l'amour
toute notre vie, nous ne l'obtenons jamais que d'une manière
imparfaite, et qui fait saigner notre coeur.»
Oui, Mina a choisi la meilleure part. L'amour chez l'homme est comme
ces feux de paille qui jettent d'abord beaucoup de flammes, mais qui
bientôt n'offrent plus qu'une cendre légère que le vent emporte et
disperse sans retour.