Ce matin, à mon réveil, j'ai aperçu un petit serin qui voltigeait
dans ma chambre.
Monique, qui tricotait au pied de mon lit, m'a dit: «C'est un
présent des jumeaux. Ils l'ont apprivoisé pour vous et vous l'ont
apporté ce matin, en se rendant au catéchisme.»
J'ai tendu la main à l'oiseau, qui après quelques coquetteries, s'y
est venu poser. Ce cher petit! je ne l'ai que depuis quelques
heures, et ça me ferait de la peine de le perdre. Il est si gentil
et chante si bien. N'est-ce pas aimable de la part de ces enfants
d'avoir pensé à me faire plaisir?
Ce soir, il m'a pris fantaisie d'aller les remercier. Je les ai
trouvés assis sur le seuil de leur petite maison. Marie, jolie et
fraîche à faire honte aux roses, enfilait des graines d'actée pour
s'en faire des colliers, et Paul la regardait faire.
En la voyant si charmante, je me rappelai ce que j'étais, alors que
Maurice m'appelait «_La fleur des champs»_ et une tristesse amère me
saisit au coeur.
Rien de plus aimable, de plus touchant à voir, que la mutuelle
tendresse de ces deux beaux enfants. «Ils ne peuvent se perdre de
vue», dit leur grand-mère, et c'est bien vrai.
Pauvres petits! que deviendra celui des deux qui survivra à l'autre?
Une grande affection, c'est le grand bonheur de la vie, mais aux
grandes joies les grandes douleurs. Pourtant, même après la
séparation sans retour, quel est celui qui, pour moins souffrir
consentirait à avoir moins aimé.
Mon père aimait ces vers de Byron: «Rendez-moi la joie avec la
douleur: je veux aimer comme j'ai aimé, souffrir comme j'ai
souffert».