Tacite,» Prudhomme ajoute: «On ne manquera pas de calomnier le peuple
à ce sujet, mais la réponse la plus péremptoire aux imputations
odieuses dont on va s'efforcer de noircir Paris à cette occasion,
c'est le calme qui régna la veille, le jour et le lendemain du
supplice de Louis Capet, c'est la docilité des habitants à la voix du
magistrat. Les travaux ont été un moment suspendus, mais repris
presque aussitôt. Comme de coutume, la laitière est venue vendre son
lait, les maraîcheux ont apporté leurs légumes et s'en sont retournés
avec leur gaieté ordinaire, chantant les couplets d'un roi guillotiné.
Les riches magasins, les boutiques, les ateliers n'ont été
qu'entr'ouverts toute la journée, comme jadis les jours de petite
fête. Il n'y eut point de relâche aux spectacles: ils jouèrent tous.
On dansa sur l'extrémité du pont ci-devant Louis XVI. Le soir, dans
les rues, aux cafés, les citoyens se donnaient la main et se
promettaient, en la serrant, de vivre plus unis que jamais[96].»
[Note 96: _Révol. de Paris_, t. XVI, p. 206.]
Trois jours après, un représentant, Lepelletier de Saint-Fargeau,
ayant été assassiné dans un café du Palais-Égalité pour avoir voté la
mort du roi, des funérailles lui furent faites avec une pompe
extraordinaire, un appareil saisissant, qui témoignent, après les
scènes que nous venons de retracer, les étranges émotions de cette
terrible époque.
Le corps de Lepelletier fut déposé sur le piédestal de la statue <p.158>
renversée de Louis XIV, à la place Vendôme. «Les habits percés et tout
sanglants de la victime, le sabre teint encore de son sang, ce corps
étendu et laissant voir la blessure mortelle qu'il avait reçue, la
tête penchée de l'infortuné martyr, pâle, mais non défiguré, les
dernières paroles de l'illustre mort transcrites sur le piédestal, son
frère, morne et chancelant, derrière; autour une foule de canonniers
se disputant l'honneur de partager le glorieux fardeau; devant, un
choeur de musique faisant entendre de loin en loin des accents
plaintifs; la statue de la Loi étendant son bras comme pour atteindre
l'assassin de Lepelletier; joignez à cela un ciel nébuleux, des
torches funéraires, des cyprès, un silence religieux et surtout les
souvenirs de la journée du 21, tout concourait à laisser dans l'âme
une impression profonde[97].» Le cortége, composé de la Convention, des
ministres, de la Commune, des tribunaux, de la garde nationale, de
tout Paris, après avoir stationné devant les clubs des Jacobins et des
Cordeliers, porta Lepelletier au Panthéon.
[Note 97: _Révol. de Paris_, t. XVI, p. 225.]
§ IX.
Deuxième et troisième levées de volontaires.--État de Paris.
«La tête de Louis XVI était, au dire des Jacobins, le gant jeté à la
vieille Europe;» la vieille Europe presque entière déclara la guerre à
la France; la Convention ordonna une levée de 300,000 hommes de la
garde nationale. Vingt-quatre heures après que le décret eut été rendu
(25 février 1793), les sections de Paris firent défiler dans
l'Assemblée leurs contingents partiels, composant un effectif de 7,650
hommes. Le contingent général du département était de 16,150 hommes;
mais il fut réduit au chiffre que nous venons de dire, à cause des <p.159>
trente-quatre bataillons que Paris avait déjà donnés à l'armée, et
aussi pour ne pas dégarnir de tous ses défenseurs le foyer de la
révolution. Cette deuxième levée de la population parisienne ne fut
pas formée en nouveaux bataillons, mais elle s'en alla renforcer les
bataillons de l'armée du Nord, qui avaient fait de grandes pertes dans
la campagne précédente.
Cependant, la lutte continuait entre la Gironde et la Montagne,
celle-ci, étant appuyée par la commune de Paris, qui prenait
l'initiative de toutes les mesures révolutionnaires. Ainsi, nos armées
ayant éprouvé des revers en Belgique, la Commune appela aux armes les
hommes du 10 août, fit fermer les théâtres, arborer le drapeau noir;
elle vint demander à la Convention l'établissement d'un impôt sur les
riches et d'un tribunal révolutionnaire (9 mars). La Gironde s'y
opposa; alors les clubs résolurent de se débarrasser d'elle par la
violence, et une bande de Jacobins marcha sur l'Assemblée pour la
décimer; Santerre et Pache (celui-ci avait succédé à Chambon dans la
mairie) la dispersèrent, mais les décrets demandés furent votés.
Quelques jours après, la Commune demanda, et, malgré l'opposition des
Girondins, la Montagne fit décréter: l'inscription sur les portes de
chaque maison des noms de ses habitants, la création de comités
révolutionnaires dans les sections, la formation d'une garde populaire
salariée aux dépens des riches, la création du comité de salut public,
etc.
En même temps, la Commune tenait le peuple en haleine, soit par la
fête de l'_Hospitalité_, donnée aux Liégeois réfugiés, et par les
funérailles de Lajowski, l'un des chefs du 10 août, soit en lui
faisant signer des pétitions pour demander l'expulsion de vingt-deux
girondins, soit en l'excitant à porter en triomphe Marat, qui, accusé
par les Girondins, venait d'être acquitté par le tribunal
révolutionnaire, soit, enfin, en lui laissant satisfaire sa haine
contre les riches, les marchands, les accapareurs. Ainsi, la <p.160>
guerre ayant été déclarée à l'Angleterre et à la Hollande, il se fit
une hausse subite sur le sucre, le café, le savon et d'autres
marchandises; la multitude, qui souffrait déjà de la disette, cria à
l'accaparement, et, Marat s'étant avisé d'écrire: «Le pillage de
quelques magasins, à la porte desquels on pendrait les accapareurs,
mettrait bientôt fin à ces malversations,» une foule de femmes, avec
ou sans armes, envahit les boutiques et magasins d'épicerie surtout
dans la rue des Lombards, les pilla ou contraignit les marchands à
vendre à bas prix, sans éprouver aucun empêchement de la part des
autorités ou de la force armée.
A cette époque, l'insurrection de la Vendée éclata, et la plupart des
grandes villes du centre de la France décrétèrent l'envoi de
volontaires pour la réprimer; la commune de Paris suivit cet exemple:
elle ordonna la levée de douze mille hommes pris parmi _les oisifs et
les égoïstes_, les clercs de procureurs et les commis de banquiers, un
emprunt forcé de 12 millions sur les riches et la mise en réquisition
de tous les chevaux de luxe. Paris, ainsi que nous l'avons vu, avait
fourni aux armées presque toute sa population jeune et dévouée; la
levée des douze mille hommes éprouva donc les plus grands obstacles.
D'abord, les oisifs et les égoïstes excitèrent de tels troubles dans
les sections que la levée fut réduite, par un nouveau décret, à six
mille hommes; ensuite, les riches refusant de s'enrôler, les sections
furent obligées d'engager des volontaires à raison de quatre à cinq
cents livres par homme; enfin, on ne parvint à faire partir que la lie
de la population, des mendiants, des vagabonds, des hommes de sang et
de pillage, qui ne se distinguèrent dans la Vendée que par leurs
cruautés et leurs déprédations. Cette troisième levée de la population
parisienne forma douze bataillons de cinq cents hommes chacun,
commandés par Santerre, et qui furent incorporés dans l'armée des
côtes de la Rochelle.
<p.161>
+----------------------+-------------+-----------------------------------+
| NOMS | DATE | NOMS |
| des | | des |
| BATAILLONS. | DU DÉPART | COMMANDANTS |
+----------------------+-------------+-----------------------------------+
| | | |
|1er. |13 mai 1793.|Royer. |
| | | |
|2e ou du Panthéon. |14 mai. |Pradier. |
| | | |
| | /Bonnetête, prisonnier au |
|3e. |10 mai. < combat de Saumur. |
| | \Richard, tué aux Sables-d'Olonne. |
| | | |
| | |Commain, général de division |
|4e ou 2e des |14 mai. | en septembre 1794, mort |
|Gravilliers. | | l'année suivante de ses blessures.|
| | | |
|5e ou de l'Unité. |16 mai. |Moreau se signale aux combats |
| | | de Doué et de Vihiers. |
| | | |
|6e ou du Luxembourg. |16 mai. |Tanche. |
| | | |
|7e. |28 mai. |Loutil. |
| | | |
|7e _bis_ ou des |14 juin. |Cartry. |
|Cinq-Sections réunies.| | |
| | | |
|8e ou 2e des Lombards.|1er juin. |Deslondes se signale à la bataille |
| | | de Chollet. |
| | | |
|8e _bis_ ou du |14 mai. |Foin. A ce bataillon appartenait |
|Faubourg-Antoine. | | l'orfèvre Rossignol, |
| | | qui devint général en chef |
| | | de l'armée de la Vendée. |
| | | |
|9e ou de la Réunion. |21 mai. |Richard. |
| | | |
|10e ou du Muséum. | mai. |Menand, général de brigade |
| | | en l'an IV. |
+----------------------+-------------+-----------------------------------+
Au reste, malgré la gravité de la situation, malgré les événements
dont il était chaque jour le théâtre, malgré la domination de la
multitude brutale et farouche, Paris était moins triste, moins agité,
moins malheureux que nous ne le supposons: «Malgré quatre années de
révolutions, dit Prud'homme, et deux ans de guerre, Paris est un peu
moins peuplé peut-être, mais il jouit du calme et va rire à la <p.162>
représentation de Marat (sur le théâtre de l'Estrapade). Dans d'autres
temps et en pareilles circonstances, Paris nagerait dans le sang et ne
serait bientôt plus. On bâtit dans toutes les rues. L'officier
municipal suffit à peine à la quantité des mariages. Les femmes n'ont
jamais mis plus de goût et plus de fraîcheur dans leur parure. Toutes
les salles de théâtres sont pleines...»
§ X.
Journées des 31 mai et 2 juin.
Cependant l'ennemi avait envahi nos frontières, et l'insurrection
vendéenne prenait des proportions menaçantes. La Commune, accusant les
Girondins de complicité avec les étrangers et les royalistes, reprit
ses complots et ses projets d'extermination. Le 16 mai, dans une
réunion des sections, celle du Temple proposa «d'enlever trente-deux
représentants, de les conduire aux Carmes et de les faire disparaître
du globe.» La Gironde avait conçu pour la population parisienne, si
docile à tous les meneurs, si crédule, si passionnée, si changeante,
un profond mépris; elle ne le cachait pas: «Jamais la Constitution,
disait-elle, ne pourra être faite dans une ville souillée de crimes»
Elle dénonça les complots de la Commune à la Convention et obtint
d'elle la création d'une commission de douze membres, qui devait
examiner les actes de la municipalité et rechercher les auteurs des
conspirations tramées contre la représentation nationale. La
Convention se mit sous la sauvegarde des bons citoyens, ordonna à tous
les Parisiens de se rendre dans les sections armées et prescrivit aux
Douze de lui présenter les grandes mesures qui devaient assurer la
liberté publique.
Alors la Commune résolut d'en finir avec la Gironde par une <p.163>
insurrection, et des commissaires, nommés par les sections, se
formèrent en comité central révolutionnaire. Les Douze lancent des
mandats d'arrêt contre ces commissaires et contre Hébert. Aussitôt,
les sections et les clubs se mettent en permanence; la Commune vient
demander justice de la commission des Douze. Le président était
Isnard, l'un des plus fougueux Girondins: «Écoutez ce que je vais vous
dire, dit-il à la députation; si jamais par une de ces insurrections
qui se renouvellent depuis le 10 mars, il arrivait qu'on portât
atteinte à la représentation nationale, je vous le déclare, au nom de
la France entière, Paris serait anéanti; oui, la France entière
tirerait vengeance de cet attentat, et bientôt on chercherait sur
quelle rive de la Seine Paris a existé.»
Cette menace barbare, ce cri de guerre des départements contre la
capitale, furent répétés dans les clubs, les faubourgs, les cabarets,
et mirent en fureur le peuple parisien, qui croyait sincèrement qu'il
avait sauvé la France, qui voulait que les provinces lui en fussent
reconnaissantes. Alors la destruction du parti girondin fut résolue.
Le 30 mai, une assemblée, formée de commissaires de la Commune, des
sections, des clubs, se tient à l'Évêché et arrête le plan de
l'insurrection. Le lendemain, le tocsin sonne, la générale est battue,
les barrières sont fermées; les commissaires des sections se rendent à
l'Hôtel-de-Ville et déclarent la Commune _révolutionnaire_,
c'est-à-dire chargée de la dictature. Celle-ci nomme pour commandant
général des sections Henriot, chef du bataillon des Sans-Culottes;
elle donne une solde de 40 sous à tout citoyen pauvre qui prendra les
armes; elle prescrit le désarmement de tous les citoyens suspects;
elle entraîne autour des Tuileries les sections armées, même les
sections de la Butte-des-Moulins, du Mail, des Champs-Élysées, qui
étaient dévouées aux Girondins; puis elle se présente à la Convention
et lui demande la suppression des Douze et l'arrestation des <p.164>
députés qui «ont voulu perdre Paris dans l'opinion publique et détruire
ce dépôt sacré des arts et des connaissances humaines.» L'Assemblée
décrète seulement la suppression des Douze; comme réparation à la
ville de Paris, «si indignement calomniée», elle déclare qu'elle a
bien mérité de la patrie, et, pour la réconcilier avec les provinces,
elle décrète une fédération générale pour l'anniversaire du 10 août.
La Commune, heureuse de cette victoire, ordonne une illumination
générale, et les sections, mêlées et confondues, font une promenade
civique aux flambeaux. Mais pour la Montagne la victoire n'était pas
complète: aussi, dès le soir du 1er juin, le tocsin sonne de nouveau,
et le comité insurrectionnel décide que la Convention sera assiégée
jusqu'à ce qu'elle ait livré les Vingt-Deux et les Douze. La nuit se
passe à convoquer les sections armées, et, le lendemain, les Tuileries
sont enveloppées par cent mille hommes avec cent soixante canons et
tout l'appareil de la guerre. Jamais Paris n'avait donné un pareil
exemple de docilité aveugle et ignorante à ses autorités, ou, pour
mieux dire, à une poignée d'individus qui venaient de s'emparer du
pouvoir municipal: de toute cette armée qu'on tint sur pied pendant
trois jours, il n'y avait pas six mille hommes qui connussent, qui
comprissent le but de l'insurrection; tout le reste croyait défendre
l'Assemblée et assurer son indépendance.
La Commune entre dans la Convention et lui signifie de nouveau les
volontés du peuple. L'Assemblée, se voyant captive, essaie de sortir
de la salle et de se montrer au peuple pour recouvrer sa liberté; elle
arrive dans la cour royale, mais Henriot tourne contre elle ses
canons; elle rétrograde dans le jardin, mais elle trouve ses issues
fermées et gardées; alors elle rentre humiliée et décrète
l'arrestation des trente-quatre proscrits. La représentation
nationale, violée et décimée, tombait sous la domination de la <p.165>
Commune de Paris.
§ XI.
Lutte de Paris et des provinces.--Levée en masse.--Fêtes
révolutionnaires.
La ville de saint Louis et de Louis XIV avait été, sous la monarchie,
le centre du gouvernement et la première cité du royaume; mais elle
était à demi étrangère pour les autres villes, qui, ayant une
existence distincte et une sorte d'indépendance, ne subissaient ni son
action ni son influence et voyaient en elle non une maîtresse, non une
soeur, mais une rivale trop favorisée, trop puissante, dont elles
étaient jalouses; Paris, en un mot, était la tête de la France, il
n'en était pas le coeur. Depuis quatre ans, depuis que l'unité
française, réellement et définitivement établie, avait fait de la
capitale l'expression de cette unité, Paris, fier de la révolution que
son courage avait enfantée, défendue, propagée, semblait avoir changé
de rôle envers les provinces et pris un air de gouvernant et de
dominateur: à lui seul la pensée, l'inspiration, l'initiative; aux
départements l'imitation et l'obéissance; il leur envoyait, pour ainsi
dire toutes faites, leurs lois et leur histoire. Enfin, Paris semblait
devenu ce qu'était Rome dans l'empire romain. Le fait le plus
éclatant, le plus odieux de cette domination de la capitale sur les
provinces est la révolution du 31 mai, coup de main hardi de quelques
hommes, surprise arrogante d'une faction, mais qui avait eu tout Paris
pour complice. Aussi les provinces indignées y répondirent par la
guerre, et cinquante départements se soulevèrent contre la capitale et
la Convention. Mais, malgré ses erreurs et ses crimes, la cause de
Paris était celle de la révolution, c'était la cause de
l'indépendance du pays; au contraire, derrière les provinces <p.166>
soulevées combattaient l'ancien régime et l'étranger. Paris opposa donc
au fédéralisme des provinces sa formidable unité, sa centralisation
salutaire, et la Convention fut victorieuse; mais par quels moyens! Le
gouvernement révolutionnaire, la dictature du comité de salut public,
la levée en masse, le maximum, la loi des suspects, les échafauds, la
terreur! L'instrument principal de cette victoire fut le peuple de
Paris, «ce peuple, dit Robert Lindet, qui faisait à la patrie le
continuel sacrifice de ses travaux, de ses vêtements, de ses
subsistances, s'oubliant pour elle et recommençant chaque jour son
dévouement!»--«Ce qui me passe, disait un autre révolutionnaire, c'est
que les ouvriers, les manoeuvres, les indigents, en un mot, les
classes de la société qui perdaient tout à la révolution et que des
législatures vénales avaient exclus du rang des citoyens, soient les
seules qui l'aient constamment soutenue; si ces classes avaient été
moins nombreuses au sein de la capitale, il était impossible qu'elle
se soutînt contre ses ennemis.»
En effet, les trois levées faites dans Paris en juillet 92, février et
mai 93, avaient tiré de la ville plus de 31,000 hommes; mais cette
pépinière de soldats de la révolution semblait inépuisable: 2
bataillons nouveaux, formant 1,300 hommes, en sortirent pour marcher,
en juillet, contre les fédéralistes de l'Eure; et la loi du 23 août
1793, portant réquisition permanente de tous les Français pour le
service des armées, encore bien qu'elle n'eût demandé à Paris, qu'on
croyait épuisé, que trois bataillons, en fit sortir en moins de deux
mois 25 bataillons nouveaux formant un effectif de 20,773 hommes.
Voici leurs noms, ceux de leurs commandants et la force de chacun
d'eux:
<p.167>
+---------+----------------------------+------------+----------+
| NUMÉROS.| NOMS DES BATAILLONS | CHEFS. | EFFECTIF.|
+---------|----------------------------|------------|----------+
| 1er | Maison-Commune. | Compagnon. | 1,020 |
| 2e | Réunion. | Peret. | 978 |
| 3e | Gravilliers. | Morant. | 1,015 |
| 4e | Sans-Culottes. | Bertrand. | 829 |
| 5e | Panthéon-Français. | Pâris. | 920 |
| 6e | La Montagne. | Roidot. | 1,020 |
| 7e | Guillaume-Tell. | Dupré. | 852 |
| 8e | Du Temple. | Liénard. | 729 |
| 9e | Amis de la Patrie. | Lefebvre. | 733 |
| 10e | Halle-aux-Blés. | Salatz. | 795 |
| 11e | Tuileries. | Grant. | 750 |
| 12e | Fraternité. | Chrétien. | 656 |
| 13e | Faubourg-Antoine. | Auvache. | 1,094 |
| 14e | Contrat-Social. | Vallot. | 840 |
| 15e | Indivisibilité. | Bessat. | 1,042 |
| 16e | Bonne-Nouvelle. | Antoine. | 743 |
| 17e | Bonnet-Rouge. | Fournier. | 564 |
| 18e | Unité. | Roy. | 864 |
| 19e | Théâtre-Français. | Sautray. | 600 |
| 20e | Piques. | Gontalier. | 779 |
| 21e | L. M. Le Pelletier. | Bellet. | 782 |
| 22e | Gardes-Françaises. | Hébert. | 694 |
| 23e | Lombards. | Le Bourbon.| 889 |
| 24e | Bataillon de Franciade. | | 653 |
| 25e | -- de Bourg-Égalité | | 935 |
+---------+----------------------------+------------+----------+
Ainsi, en moins de quinze mois, la ville du 14 juillet, que la
révolution avait pourtant privée d'une partie de sa population, qui ne
comptait guère à cette époque que 520,000 habitants, avait envoyé sur
les frontières CINQUANTE-TROIS MILLE HOMMES[98]! Tel est le glorieux
contingent de Paris et de sa banlieue dans la première guerre de <p.168>
la révolution[99]!
[Note 98: Il faut ajouter à ce chiffre celui de l'armée dite
_révolutionnaire_, dont la formation fut décrétée le 5
septembre 1793, et qui se composa de 6,000 hommes, dont 1,200
canonniers. Cette année fut recrutée par enrôlement
volontaire parmi les plus fougueux républicains de Paris, les
hommes du 10 août et du 31 mai, qui passèrent tous au scrutin
épuratoire de la société des Jacobins. Elle était destinée à
comprimer les mouvements contre-révolutionnaires et «à
appuyer partout où besoin serait les mesures de salut public
décrétées par la Convention.» Elle devint l'instrument du
parti hébertiste, et, après la chute de ce parti, elle fut
licenciée le 27 mars 1794.]
[Note 99: Paris fournissait annuellement à l'armée, avant
1789, 6,339 recrues.]
Aussi, dans la Convention, à la Commune, dans les sections, on ne
parlait du peuple de Paris qu'avec des transports d'enthousiasme, de
respect et presque d'adoration. «Il était tout, disait Prudhomme, il
pouvait tout, il avait droit sur tout, il commandait à ses chefs, il
gouvernait ses gouvernants, il cassait ses propres arrêts, il
désobéissait à sa volonté et n'était jamais inconséquent. «On le
nourrit avec la loi du maximum; on le tint sur pied en assignant une
solde de 40 sous aux citoyens qui assisteraient aux assemblées de
sections; on lui donna à surveiller, à arrêter les suspects aux moyens
des comités révolutionnaires; on satisfit ses ardeurs de vengeances en
entassant les royalistes dans les prisons, en lui donnant à détruire
les tombeaux de Saint-Denis, en envoyant à l'échafaud Marie-Antoinette,
les Girondins, Bailly, etc.; on fit pour lui la constitution de 93; on
le laissa tous les jours, à chaque instant, interrompre les travaux de
l'Assemblée pour apporter des pétitions, des fleurs, des chants, des
dons civiques[100]; on lui donna de ces fêtes païennes qu'il aimait
tant et dont nous allons raconter les plus étranges et les plus <p.169>
solennelles: les funérailles de Marat, la fédération du 10 août, la
fête des Victoires.
[Note 100: Citons pour exemple le bulletin de la séance du 6
juillet: «La section de 92 est admise dans l'intérieur de la
salle; elle annonce son acceptation de l'acte
constitutionnel.--Les artistes Chenard, Narbonne et Vallière
entonnent des hymnes patriotiques, dont la Convention décrète
l'impression et l'envoi aux départements.--La section du
Mont-Blanc porte en triomphe le buste de Lepelletier. Une
citoyenne couvre le président d'un bonnet rouge et en reçoit
la cocarde.--Les citoyennes de la section du Mail jettent des
fleurs sur les bancs des législateurs.--Trois cents élèves de
la patrie, précédés d'une musique militaire, viennent
remercier la Convention d'avoir préparé la prospérité du
siècle qui s'ouvre devant eux.--Une société patriotique de
citoyennes est suivie de la section des Gardes françaises,
qui offre des fleurs, de celle de la Croix-Rouge, qui dépose
sur le bureau une couronne de chêne, et dont les citoyennes
jurent de ne s'unir qu'à de vrais républicains.--La section
de Molière et La Fontaine présente une médaille de Franklin.
Un décret ordonne la suspension de cette médaille à la
couronne de chêne qui surmonte la statue de la Liberté.--Les
Enfants-Trouvés, aujourd'hui enfants de la République,
défilent, mêlés parmi les citoyens de la section des Amis de
la patrie. La Convention décrète que ces enfants porteront
désormais l'uniforme national.--Les sections de la
Butte-des-Moulins, du Temple, de la Cité, des Marchés, des
Champs-Élysées défilent successivement. Toutes annoncent
avoir librement et unanimement accepté la constitution.»
(_Révolut. de Paris_, t. XVII, p. 709.)]
Le 13 juillet, Marat avait été assassiné par Charlotte Corday: la
Convention lui décerna les honneurs du Panthéon, et il y fut porté
avec une grande pompe. Le club des Cordeliers réclama son coeur,
l'enferma dans une urne magnifique, provenant du garde-meuble, et lui
dressa un tombeau de gazon avec un autel dans le jardin de l'ancien
couvent; là, pendant plusieurs jours, on fit des processions, on
chanta des hymnes, on répandit même des libations autour des
_reliques_ du martyr de la liberté. «Un orateur, disent les
_Révolutions de Paris_, a lu un discours qui a pour épigraphe: _Ô cor
Jésus, ô cor Marat!_ Coeur, sacré de Jésus, coeur sacré de Marat, vous
avez les mêmes droits à nos hommages. L'orateur compare dans son
discours les travaux du fils de Marie avec ceux de l'ami du peuple;
les apôtres sont les Jacobins et les Cordeliers; les publicains sont
les boutiquiers; les pharisiens sont les aristocrates: Jésus est un
prophète; Marat est un Dieu. «Paris fut alors inondé de bustes, de
portraits, de biographies de Marat. On lui éleva une pyramide sur <p.170>
la place du Carrousel; on donna son nom à plusieurs rues, et la butte
Montmartre devint le _Mont-Marat_.