Pendant les quarante jours qui suivirent le 10 août, Paris fut dans

l'anarchie la plus complète: c'était la multitude ignorante, brutale,

sanguinaire qui venait de remporter la victoire; ce fut elle qui

domina dans la commune insurrectionnelle, composée presque entièrement

de gens sans instruction et sans probité. Alors commença le règne de

cette fameuse Commune, qui, usurpant tous les pouvoirs, domina pendant

deux ans la représentation nationale, Paris et la France, qui

déshonora la révolution par ses crimes, qui précipita violemment sa

marche, qui ne tomba que lorsque s'arrêta la révolution elle-même!

Pendant les premiers temps de sa puissance, elle siégeait nuit et jour

et rendait en vingt-quatre heures deux cents arrêtés. Elle envoya

Louis XVI et sa famille dans la tour du Temple et les fit garder avec

la plus grande rigueur. Elle fit enterrer les victimes du 10 août

«sans les momeries sacerdotales, inutiles à la mémoires d'hommes

libres, qui ne reconnaissent d'autre dieu que la liberté et d'autre

culte que celui de l'égalité.» Elle ordonna la destruction des statues

des rois, des monuments et des emblèmes «qui rappelaient au <p.145>

peuple les temps de l'esclavage sous lequel il avait gémi;» et alors

furent renversées la statue de Louis XIII à la place Royale, celles de

Louis XIV à la place Vendôme, de Louis XV à la place qui prit le nom de

la Révolution, et même celle de Henri IV, jadis si populaire. Elle fit

casser le directoire du département, accusé de royalisme, suspendre

les six tribunaux de Paris, dissoudre les bataillons des

Filles-Saint-Thomas et des Petits-Pères, bouleverser la garde

nationale par le décret du 18 août, décret qui donna à cette garde le

nom de _sections armées_, abolit les compagnies de grenadiers et de

chasseurs, composées de gens riches, et fit entrer pêle-mêle dans les

compagnies tous les citoyens avec ou sans uniformes, avec ou sans

armes, ce qui mit Paris sous la domination des piques et des

sans-culottes. Elle institua un comité de surveillance, qui eut la

police de Paris, exerça réellement la dictature la plus tyrannique et

domina la Convention elle-même. Elle força l'Assemblée à créer un

tribunal révolutionnaire, dont les membres furent élus par les

sections, qui jugeait sans appel et envoya à l'échafaud, dressé en

face des Tuileries encore fumantes et ensanglantées, vingt-deux

royalistes ou _conspirateurs_ du 10 août. Enfin, quand le danger

extérieur s'aggrava, quand les Prussiens eurent passé la frontière et

pris Longwi, elle décréta qu'il serait formé un camp à Montmartre, que

les cloches seraient converties en canons, les fers des grilles en

piques, l'argenterie des églises en monnaie; que des visites

domiciliaires seraient faites pour découvrir les armes, arrêter les

suspects et enchaîner les conspirateurs. En effet, du 29 au 30 août,

les barrières furent fermées, la Seine barrée, les voitures arrêtées,

les rues désertes, et, à une heure du matin, les commissaires de la

commune, assistés des sections armées, firent leurs visites. Tout

citoyen trouvé hors de son domicile fut réputé suspect, et l'on jeta

ainsi dans les prisons cinq à six mille individus; nobles, prêtres <p.146>

réfractaires, gens de l'ancienne cour, officiers de la garde

nationale, etc.

Le comité de surveillance, où régnait Marat, voyant le nombre des

prisonniers et croyant ou feignant de croire qu'un nouveau succès des

Prussiens exciterait une insurrection royaliste, résolut de faire une

Saint-Barthélémy dans les prisons. C'était la pensée féroce de la

multitude, qui, voyant partout des traîtres, était dans une exaltation

poussée jusqu'à la rage et ne demandait que la mort de ses ennemis. On

ne parlait que des projets de vengeance des royalistes; on répandait

le bruit qu'une armée entière de nobles et d'anciens gardes du roi

était prête à égorger les patriotes; on ajoutait que le plan des rois

du Nord était d'exterminer toute la population parisienne. «Qu'ils

viennent, disait un des orateurs populaires à l'Assemblée, qu'ils

viennent relever les murs de la Bastille, ces brigands du Nord, ces

anthropophages couronnés. Si la victoire trahit notre cause, les

torches sont prêtes... Ils ne trouveront que des cendres à recueillir

et des ossements à dévorer!» Enfin, dans le comité de défense de

l'Assemblée, on agita la question d'abandonner Paris; mais Danton: «La

France est dans Paris, dit-il; si vous abandonnez la capitale à

l'étranger, vous lui livrez la France... Il faut nous maintenir ici

par tous les moyens et nous sauver par l'audace... Il faut... (et avec

un geste effrayant) il faut faire peur aux royalistes!...»

Paris, menacé de ruine par l'étranger, en proie à l'anarchie, dominé,

égaré par quelques hommes sanguinaires, était alors fou de terreur et

de haine et présentait dans toutes ses parties le spectacle le plus

terrible: des troupes de volontaires partant pour l'armée, des bandes

d'ouvriers allant travailler au camp de Montmartre; les femmes

fabriquant dans les églises des habits et des tentes; des orateurs

populaires semant l'alarme dans les rues; les places publiques

occupées par des théâtres d'enrôlement; les barrières fermées; des <p.147>

hommes armés, des canons, des patrouilles, des postes partout. Tout à

coup, le 2 septembre (c'était un dimanche), le bruit se répand que

Verdun est pris, que les Prussiens marchent sur Paris, que les

royalistes s'agitent dans leurs hôtels et les prisons pour leur livrer

la ville. La Commune fait placarder des affiches menaçantes; deux

sections (Poissonnière et Luxembourg) décrètent de massacrer les

prisonniers; on tire le canon d'alarme; on sonne le tocsin; on arbore

le drapeau noir sur les tours Notre-Dame; toute la population semble

frappée de terreur ou de vertige: «Courons aux prisons! ce cri

terrible, raconte un témoin, retentit à l'instant d'une manière

spontanée, unanime, universelle, dans les rues, dans les places

publiques, dans tous les rassemblements, enfin dans l'Assemblée

nationale même: qu'il ne reste pas un seul de nos ennemis vivants pour

se réjouir de nos revers et frapper nos femmes et nos enfants[89].»

Alors des rassemblements se forment autour des prisons, principalement

autour de celle de l'Abbaye, où l'on amenait vingt-quatre prêtres;

deux ou trois cents hommes, la plupart, dit-on, ouvriers ou gens de

boutique des rues voisines, excités par les satellites du comité de

surveillance, se jettent sur ces vingt-quatre prêtres et les

massacrent; puis, enivrés de leur crime, ils courent aux Carmes et à

Saint-Firmin, et égorgent dans ces deux prisons deux cent

quarante-quatre prêtres. Ils reviennent à l'Abbaye et tuent encore

soixante-quatre Suisses ou gardes du roi; puis ils forment un tribunal

présidé par un huissier du faubourg Saint-Antoine, Maillard, l'un des

assaillants de la Bastille, le général des femmes du 5 octobre, et ils

y font comparaître cent six prisonniers: quarante-cinq sont «mis en

liberté par jugement du peuple;» les autres «condamnés à mort et

exécutés sur-le-champ[90].» Un des membres de la commune, <p.148>

Billaud-Varennes, encourage les meurtriers, leur fait distribuer des

vivres, promet à chacun 24 liv. «pour son travail.»

[Note 89: _La vérité entière_, par Méhée.]

[Note 90: Ce sont les termes du registre des écrous, qui

existe encore.]

Les assassins, les jours suivants, au nombre de quatre cents au plus,

se partagent par petites bandes et se portent à toutes les prisons, où

ils tuent non-seulement les prisonniers politiques, mais les détenus

ordinaires qui s'y trouvaient: à la Force, on forma un tribunal comme

à l'Abbaye, et, sur 375 prisonniers, 167 périrent; au Châtelet, on tua

189 voleurs ou faussaires; aux Bernardins, 60 forçats; à la

Salpêtrière, 30 filles publiques; à Bicêtre, des fous, des employés,

des enfants. «C'était un épurement, disaient les meurtriers, c'était

le peuple-Hercule nettoyant les écuries d'Augias.» Le massacre était

devenu un spectacle, une jouissance; une foule sanguinaire faisait

cercle autour des victimes, applaudissait aux assassins, et, à la

Force, les profanations les plus sauvages furent commises sur le

cadavre de la princesse de Lamballe. Il y eut, dit-on, près de mille

victimes qu'on jeta dans des charrettes et qu'on porta tout à

découvert au cimetière de Clamart. Paris resta immobile pendant ce

long crime, et trois à quatre cents assassins, la plupart ivres,

parcoururent ses rues pendant quatre jours sans qu'une main se levât

contre eux! Santerre, complice du comité de surveillance, refusa de

convoquer la garde nationale; le maire Pétion courut à la Force et vit

son pouvoir méconnu; le ministre Roland fut menacé du sort des

royalistes; enfin, l'Assemblée, terrifiée après une vaine tentative,

se tint dans un lâche silence!

Le comité de surveillance avoua hautement qu'il avait ordonné le

massacre; sa puissance ou la terreur qu'il inspirait s'en trouva

augmentée, et alors il se livra à tous les excès. Ses membres

dévastèrent les propriétés nationales, dilapidèrent les fonds publics,

contribuèrent au pillage du garde-meuble; ils s'emparèrent des

richesses des églises, du mobilier des émigrés, des dépouilles des <p.149>

victimes de septembre; ils désorganisèrent la police ordinaire,

laissèrent la force publique sans action: alors les voleurs eurent

libre carrière, et l'on en vit dans les promenades arrachant les

bijoux des femmes, pour en faire, disaient-ils, un don à la patrie.

Paris parut retombé dans l'état sauvage, et, comme au moyen-âge, les

habitants de quelques sections se confédérèrent pour se garantir

mutuellement leurs biens et leur vie. «Commune active, mais despote,

disait Roland à l'Assemblée, peuple excellent, mais dont une partie

saine est intimidée ou contrainte, tandis que l'autre est travaillée

par les flatteurs et enflammée par la calomnie; confusion de pouvoirs,

mépris des autorités, force publique faible ou nulle par un mauvais

commandement, voilà Paris!» «Et les Parisiens osent se dire libres!

s'écriait l'intrépide, l'éloquent Vergniaud; ils ne sont plus

esclaves, il est vrai, des tyrans couronnés, mais ils le sont des

hommes les plus vils, des plus détestables scélérats!»

C'est au milieu de cette anarchie que se fit le départ des bataillons

de volontaires parisiens, au nombre de trente et un, forts chacun de

cinq à six cents hommes, et formant, avec les trois bataillons partis

en juillet, un effectif de dix-huit mille combattants. Leur

organisation avait été retardée, avant le 10 août, par la tiédeur ou

l'incurie du pouvoir exécutif, après le 10 août, par le désordre

général de l'administration; mais, à la nouvelle de la prise de

Longwi, leur départ fut précipité; il commença le 1er septembre et

continua les jours suivants, au milieu du massacre des prisons et sans

qu'aucun d'eux détournât ses regards sur les victimes royalistes[91].

L'exaltation révolutionnaire étouffait-elle donc tout sentiment <p.150>

de pitié dans ces bataillons qui n'étaient pas uniquement composés de

tailleurs et de savetiers, ainsi que le disaient les émigrés, mais de

la jeunesse bourgeoise la plus éclairée[92]? Ils partirent pour la

croisade révolutionnaire pleins d'un sombre enthousiasme, d'une

allégresse fiévreuse, aux chants de la _Marseillaise_ et du _Ça ira_,

accompagnés par la musique des sections, au milieu de la foule qui

criait: Vive la nation! à travers les embrassements, les larmes, les

transports des femmes, qui leur donnaient de l'argent, des armes, des

vêtements. La plupart conservèrent les noms des sections où ils

avaient été levés, et l'on vit figurer glorieusement dans les

bulletins de nos victoires les noms parisiens de Mauconseil, des

Lombards, des Gravilliers, etc. Ces bataillons si jeunes, qui savaient

à peine se servir de leurs armes, à Jemmapes, tinrent ferme sous le

triple feu des redoutes autrichiennes, reçurent le choc des dragons

impériaux et enlevèrent d'un bond les hauteurs gardées par les

grenadiers hongrois. Ce furent eux qui quittèrent les derniers le

champ de bataille de Neerwinden, qui décidèrent le gain de la bataille

de Hondschoote, qui formèrent la terrible garnison de Mayence; ils

figurèrent dans toutes les batailles de la Vendée. C'étaient dans <p.151>

ces bataillons que se trouvaient ces _enragés_ dont parle Dumouriez, qui

dansaient la _Carmagnole_ sous le feu des canons ennemis. Leurs

commandants, jeunes, braves, intelligents, arrivèrent rapidement aux

plus hauts grades; quelques-uns même ont pris place parmi les

illustrations militaires de la France. Enfin, de leur rangs sont

sortis le maréchal Maison, grenadier au 3e bataillon; le général

Dutaillis, capitaine au bataillon des Filles-Saint-Thomas; le général

Friant, l'une des célébrités de l'Empire; les généraux Leval,

Thiébault, Gratien, etc.

[Note 91: On ne cite qu'un seul volontaire qui ait pris part

aux massacres de septembre: c'est le nommé Charlot,

perruquier, l'un des assassins de la princesse de Lamballe;

mais, en arrivant à l'armée, il fut tué par ses

camarades.--Deux bataillons, celui de Mauconseil et le 1er

Républicain, se souillèrent, à Réthel, du sang de quatre

déserteurs de l'armée des princes, domestiques d'émigrés qui

venaient se jeter dans l'armée française et qu'ils prirent

pour des émigrés nobles. Les deux bataillons furent cernés,

désarmés par le général Beurnonville; on leur ôta leurs

drapeaux, on les fit bivouaquer dans les fossés de Mézières,

enfin on ne leur rendit leur rang dans l'armée qu'après la

punition des plus coupables et les plus touchantes marques de

repentir.]

[Note 92: Il y avait quelques femmes dans ces bataillons;

parmi elles on peut citer la citoyenne _Garnejoux_, du 12e

bataillon, dit de la République, qui se trouva aux batailles

de Vibiers, Doué, Saumur, Châtillon, «où elle combattit avec

le courage d'un vrai républicain,» et reçut une récompense

nationale; la citoyenne _Minard_, qui partit avec son mari,

le citoyen Fortier: pendant trois campagnes, elle fit le

service de canonnier dans le 10e bataillon, et reçut une

récompense nationale; la citoyenne _Rocquet_, etc.]

Voici les noms de ces bataillons, la gloire de Paris, avec ceux de

leurs commandants, la date de leur départ, les lieux où ils se

distinguèrent:

DÉPART DES BATAILLONS DE VOLONTAIRES. <p.152>

+---------------------+--------+---------------------+-------------------+

|Noms. |Date de |Commandants. |Batailles ou |

| |Départ. | |Sièges |

+---------------------+--------+---------------------+-------------------+

|1er bataillon de |22 |J. B. Perrin |Bataille de |

| Paris. |juillet | | Jemmapes. |

| |92 | | |

| | | | |

| | / \ |

| | |Haquin, gén. de |Combat de |

| | | division en l'an III| Linselles. |

| | |Malbrancq, général de| |

| | | brigade en |Prise de Menin. |

|2e id. |20 juil.< l'an II, mort en > |

| | | 1823. |Bat. de l'Ourthe. |

| | |Gratien, commandant | |

| | | en 2e, général | |

| | | de division en 1804,| |

| | | mort en 1814 | |

| | \ / |

| | | | |

|3e id. |14 juil.|Prudhon, général de |Bat. de Jemmapes. |

| | | brigade en | |

| | | l'an II. | |

| | | | |

|4e ou 1er des Sent. |3 sept. |Altemez. |Bat. de |

| armées | | | Hondschoote. |

| | | | |

|5e. |5 sept. |Grandjean. |Bat. de Neerwinden.|

| | | | |

| | /Duclos. \ |

| | | | |

|6e. |7 sept. <Doucret, commandant >Bat. de Neerwinden.|

| | | en 2e, général de | |

| | | division en l'an IV,| |

| | \ mort en 1817. / |

| | | | |

|6e bis ou de |12 sept.|Sabot, mort dans les |Garn. de Condé. |

| Bonconseil. | | prisons de | |

| | | l'Autriche. | |

| | | | |

|7e ou du |8 sept. |Joannis. |Garn. du Quesnoy. |

| Théâtre-Français. | | | |

| | | | |

| | /Dejardin. \ |

| | | | |

|7e bis. |2 sept. <Hardy, comm. en 2e >Garn. de Condé. |

| | | gén. de division en | |

| | | l'an III, mort à | |

| | \ Saint-Domingue. / |

| | | | |

|8e ou de |31 sept.|Dockers, tué à |Bat. de |

| Sainte-Marguerite. | | Rousselaër, an II. | Hondschoote. |

| | | | |

|9e ou de |16 sept.|Vieilleville |Bat. de Jemmapes. |

| Saint-Laurent. | | | |

| | | | |

|9e bis ou de |11 sept.|Friant, général de | |

| l'Arsenal. | | division en l'an | |

| | | VII, mort en 1829. | |

| | | | |

| | /Maillet, tué en l'an \ |

| | | II. | |

|10e ou des Amis de |4 sept. < >Bat. de Neerwinden.|

| la patrie. | |Clément, mort à Bonn | |

| | \ en l'an III. / |

| | | | |

|11e ou 11e de la |1er sept|Boussard, général de |Garn. de Mayence. |

| République. | | brigade en l'an II. | |

| | | | |

|12e ou 12e de la |1er sept|Gosson. |Vendée. Embarqué |

| République. | | | pour l'Ile-de-Fr. |

| | | | l'an IV |

| | | | |

|1er bat. de la |5 sept. |Lebrun. |Bat. de Jemmapes. |

| Montagne ou de la | | | |

| Butte-des-Moulins. | | | |

| | | | |

|14e de la République | |Joly. |Garn. de Mayence. |

|ou des Piques. | | | |

| | | | |

|Bataillon de Molière.|24 sept.|Lefebvre, général de |Bat. de Neerwinden.|

| | | brigade en l'an IV. | |

| | | | |

|1er bataillon |24 sept.|Pichot. |Bat. de Menin. |

|Républicain. | | | |

| | | | |

|1er bataillon des |4 sept. |Bernier. |Garn. de |

|Gravillier. | | | Valenciennes. |

| | | | |

| | /Lavalette, général \ |

| | | de brigade en l'an | |

| | | II. | |

| | | | |

| | |Vallelaus, comm. en | |

| | | 2e, gén. de brigade | |

|1er b. des Lombards. |5 sept. < en l'an III, mort en> Prise de Courtray.|

| | | Espagne en 1811. | |

| | | | |

| | |Lorge, capitaine | |

| | | général de division | |

| | | en l'an VII, mort en| |

| | \ 1826. / |

| | | | |

|B. du Pont-Neuf. |2 sept. |Fleury. | |

| | | | |

|B. de la Commune et | | | |

|des Arcis. |13 sept.|Dumoulin, général de |Bat. de Fleurus. |

| | | brigade. | |

| | | | |

|D. de Popincourt. |5 sept. |Touronde. |Attaque de |

| | | | Pellingen. |

| | | | |

|B. de Franciade ou |7 sept. |Marais. |Att. du moulin de |

|Saint-Denis. | | | Bossut. |

| | | | |

|1er des Amis de la |27 sept.|Roche. |Garn. de Mayence. |

|République. | | | |

| | | | |

|1er de la |15 sept.|Le Pareur. |Guerre de la |

|République. | | | Vendée. |

| | | | |

|2e de la |15 oct. |Bossou, tué à |Garn. de Mayence. |

|République. | | Quiberon. | |

| | | | |

|3e de la |17 oct. |Richard, général de |Guerre de la |

|République. | | brigade en 1793. | Vendée. |

| | | | |

|1er de la Réunion. | |Richard François. |Aux Antilles. |

| | | | |

|1er de Grenadiers. |8 sept. |Leval, général de |Bat. de Jemmapes. |

| | | division en l'an | |

| | | VII, mort en 1834. | |

| | | | |

|Chasseurs répub. des |4 sept. |Aldebert. |Garn. de Mayence. |

|Quatre-Nations. | | | |

| | | | |

|Chasseurs du Louvre. | |Bache. |Passage de la |

| | | | Sambre. |

| | | | |

|Chasseurs francs de | |Lauvray. | |

|l'Égalité. | | | |

| | | | |

+---------------------+--------+---------------------+-------------------+

§ VIII. <p.154>

Paris sous la Convention.--Procès et mort de Louis XVI.--Paris le 21

janvier.

Pendant que les volontaires parisiens couraient à l'ennemi, les

élections à la Convention se faisaient sous l'influence des journées

de septembre, et cette assemblée ouvrait sa longue et terrible

session. La Constitution de 91 n'existait plus; il n'y avait plus de

différence entre les citoyens actifs et les autres citoyens; tout le

monde fut donc appelé à voter, et, bien que l'élection se fît à deux

degrés, Paris envoya à la Convention les démocrates les plus ardents,

les chefs du parti de la _Montagne_, les hommes du 10 août et du 2

septembre[93]. La plupart des élections dans les provinces furent

faites, au contraire, dans le sens _girondin_, c'est-à-dire favorable

à la domination des classes moyennes, dans un sentiment d'hostilité

contre la capitale, dans la volonté d'arrêter le despotisme sanglant

de la Commune. «Il faut, disaient les Girondins, que Paris soit réduit

à son quatre-vingt-troisième d'influence, comme chacun des autres

départements.» Et ils reprochèrent aux Parisiens les massacres de

septembre, dont ils exagéraient les horreurs; ils demandèrent que la

Convention se fît garder par les citoyens des provinces, et, sous le

prétexte de secouer le joug de la _ci-devant capitale_ de la _ville de

Pandore_ (c'étaient les noms qu'ils donnaient à Paris), ils

témoignèrent des projets de décentralisation qui auraient perdu la

France.

[Note 93: _Députés de Paris à la Convention_: Robespierre,

Danton, Collot-d'Herbois, Manuel, Billaud-Varennes, Camille

Desmoulins, Marat, Lavicomterie, Legendre, Raffron, Panis,

Sergent, Robert, Dussaulx, Fréron, Beauvais, Fabre

d'Églantine, Osselin, Robespierre jeune, David, Boucher,

Laignelot, Thomas, Égalité (duc d'Orléans).]

Ces attaques n'eurent qu'un faible retentissement dans la <p.155>

population parisienne. La ville avait repris un peu de calme, au moins à

l'extérieur. La Commune du 10 août fut remplacée par une commune

régulièrement élue (23 novembre 1792), et, bien que composée des mêmes

éléments et presque des mêmes hommes, elle s'occupa avec activité de

la police, de la sécurité publique, surtout des subsistances, car il y

avait encore à cette époque une grande disette. Pétion fut remplacé à

la mairie par Chambon, homme faible et nul, qui eut pour substituts

deux hommes infâmes, Hébert et Chaumette, le premier, rédacteur du

journal le _Père Duchêne_, qui dépravait le peuple par ses calomnies

et ses prédications sanguinaires.

Soit lassitude des agitations politiques, soit affaissement provenant

de ses souffrances, Paris ne sortit pas complétement de son repos,

même pendant le procès de Louis XVI. A part les Jacobins, qui

envahissaient les tribunes de la Convention et effrayaient les députés

de leurs cris et de leurs menaces, à part quelques bandes tumultueuses

qui entourèrent la salle du Manége quand le captif du Temple comparut

devant ses juges, la population sembla indifférente à ce terrible

débat. Cependant, le sentiment monarchique n'était pas complétement

éteint dans Paris: la foule s'amassait tristement autour de la prison

du Temple, et elle devint telle, qu'en attendant la construction d'une

muraille, on entoura la tour d'un ruban tricolore, qui fut respecté.

Dans les places publiques, aux Halles, dans les guinguettes, on

s'entretenait de la famille royale, on plaignait son malheur, on

lisait les nombreuses brochures écrites en sa faveur, et une

complainte royaliste fut tellement répandue, devint si populaire,

«qu'elle fit oublier, dit Prudhomme, la _Marseillaise_... J'ai vu,

ajoute-t-il, le buveur qui l'écoutait laisser tomber des larmes dans

son verre.» Mais la pitié du peuple n'alla pas plus loin; et, dans le

terrible jour où la Convention prononça la sentence de mort contre <p.156>

Louis XVI[94], sur la place du Carrousel, «sur le lieu, dit le même

journaliste, où Capet commit son dernier crime, des fédérés des

départements unis à leurs frères de Paris, sous l'oeil des magistrats,

chantaient l'hymne de la liberté et l'air _Ça ira_, dansaient de gaies

farandoles et ne formaient qu'une seule chaîne de plusieurs milliers

de citoyens des deux sexes, se tenant par la main. Les officiers

municipaux présidaient la fête, et l'on prononça le serment

d'exterminer tous les tyrans et toutes les tyrannies[95].» Enfin, quand

la Commune convoqua toute la population armée pour mener Louis XVI au

supplice, quand elle fit placer des canons sur les places et les

quais, quand elle ordonna la fermeture des boutiques et des fenêtres

dans les lieux que devait traverser le funèbre cortége, nul des cent

mille hommes des sections armées ne manqua à l'appel, et, sur le

passage de la voiture par la rue du Temple, les boulevards et la place

Louis XV, de cette foret de baïonnettes et de piques, il ne sortit pas

un cri de grâce, un mot d'indignation, un murmure! Ce n'est pas tout;

et le tableau que présentait la capitale en ce triste jour serait

incomplet, si, malgré l'horreur qu'elles nous inspirent, nous

n'ajoutions pas ces lignes, tirées des _Révolutions de Paris_:

«Après l'exécution, quantité de volontaires s'empressèrent de tremper

dans le sang du despote le fer de leurs piques, la baïonnette de leurs

fusils ou la lame de leurs sabres. Beaucoup d'officiers du bataillon

de Marseille et autres imbibèrent de ce sang impur des enveloppes de

lettres qu'ils portèrent à la pointe de leurs épées, en tête de leur

compagnie, en disant: Voici du sang d'un tyran! Un citoyen monta sur

la guillotine même, et, plongeant tout entier son bras nu dans le <p.157>

sang de Capet, qui s'était amassé en abondance, il en prit des

caillots plein la main et en aspergea par trois fois la foule des

assistants qui se pressaient au pied de l'échafaud pour en recevoir

chacun une goutte sur le front. Frères, disait le citoyen en faisant

son aspersion, frères, on nous a menacés que le sang de Louis Capet

retomberait sur nos têtes: eh bien! qu'il y retombe. Républicains, le

sang d'un roi porte bonheur!»

[Note 94: Tous les députés de Paris votèrent la mort du roi,

à l'exception de Dussaulx, Thomas et Manuel.]

[Note 95: _Révol. de Paris_, t. XVI, p. 283.]

Histoire de Paris depuis le temps des Gaulois jusqu'à nos jours - I · 第 12 / 26 段