Je laissai sur la montagne le vénérable Azeb dans un accablement de
pensées; & respectant sa profonde méditation, je descendis tout ému,
pour m'abandonner solitairement à mes réflexions sur cette scene
auguste dont j'avois été le témoin.
Les paroles d'Azeb étoient gravées dans mon cœur; il me sembloit
encore l'entendre annonçant le Dieu de l'univers. Tout avoit pris
autour de moi une ame; tout crioit autour de moi, _il existe!_ & en
même tems tout me donnoit une preuve invincible de sa haute sagesse.
J'avois senti l'Auteur de tant d'œuvres admirables; mais je ne
l'avois pas encore reconnu. Je le vis empreint dans le vol de l'oiseau,
dans la cime flottante de l'arbre, & le nom de l'Eternel me parut fait
pour être exalté par toute la terre.
La création me sembla plus brillante: tout m'intéressoit, jusqu'à
l'herbe des campagnes; tout étoit pour moi une représentation visible
de la Divinité. Ma raison avoit remonté sans peine à une premiere
Cause, éternelle, infinie. Dès qu'elle éclaira mon entendement, je fus
facilement & parfaitement convaincu de cette grande vérité: elle me
parut évidente & nécessaire. J'apperçus de même le rapport sensible
des êtres créés; toutes les créatures correspondoient entr'elles sous
la main du Dieu unique: la nature étoit vivante sous l'œil d'un
Dieu vivant; j'étois moi-même une portion animée d'un souffle divin,
enveloppée dans une masse terrestre, & je disois dans ma pensée: Tu ne
périras point; tu vivras toujours avec l'unité sublime, avec l'harmonie
éternelle: je me sentois alors plus de force & d'activité. La nature
développoit à mes yeux sa grace & sa majesté: je vis que, dans ses
ouvrages, les uns étoient mâles, les autres délicats; & chaque jour
ajoutoit à l'idée que j'avois de la grande Intelligence, parce que
toute chose me l'annonçoit, & que cette étude remplissoit mon ame
d'une joie délicieuse. La création étoit la splendeur réfléchie de
la Majesté suprême; & convaincu que je serois toujours le compagnon
de l'Eternel, je sentois un noble orgueil qui me donnoit un profond
contentement.
Ce fut moi qui annonçai à Zaka un Dieu créateur. Je lui donnai l'idée
d'un Être dont la main alluma le soleil & imprima en même tems à un
ver de terre & à moi la faculté de se mouvoir: je lui appris que la
perfection de Dieu étoit dans son unité, & que ses qualités infinies
n'appartenoient nécessairement qu'à lui. Je voulus que mon amante eût
ma religion: elle adopta sans peine un Dieu qui étoit le mien; elle
raisonnoit peu, mais elle sentoit vivement. Pouvoit-elle ne pas chérir
avec tendresse ce Dieu qui avoit créé le plaisir & réuni nos cœurs?
Une plaine agréable, une colline verte, voilà le temple où nous
l'adorions. Nos vœux étoient simples & souvent formés par un soupir;
mais ce soupir du cœur étoit sincere: les tendres embrassemens
de Zaka invitoient mon ame à célébrer de nouveau le Maître bienfaisant
de l'univers: la lune voyoit notre hommage, & le soleil levant nous
trouvoit à genoux. Azeb avoit marqué cette heure solemnelle pour le
moment de la priere.
O jours fortunés! je ne séparois Dieu de Zaka que par le sentiment d'un
respect muet & profond; & quand la terre étoit en fleurs, qu'un beau
jour avoit prêté à la verdure une couleur plus vive, Azeb nous prenant
par la main, disoit avec recueillement: _Du haut des cieux Dieu nous
sourit_.
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