= Définition
Un logiciel de traduction automatique (TA) analyse le texte dans la
langue à traduire (langue source) et génère automatiquement le texte
dans la langue désirée (langue cible), en utilisant des règles précises
pour le transfert de la structure grammaticale. L'être humain
n'intervient pas au cours du processus, contrairement à la traduction
assistée par ordinateur (TAO), qui implique une interaction entre
l'homme et la machine.
Si la traduction automatique reste très approximative, les logiciels de
traduction sont toutefois très pratiques pour fournir un résultat
immédiat et à moindres frais sinon gratuit. Ces logiciels n'ont cessé
de s'améliorer au fil des ans, sans toutefois avoir la prétention
d'égaler le travail du cerveau humain. De plus, depuis décembre 1997,
des logiciels en accès libre sur le web permettent de traduire en
quelques secondes une page web ou un texte court, avec plusieurs
combinaisons de langues possibles.
SYSTRAN, société franco-américaine pionnière dans le traitement
automatique des langues, explique sur son site web: «Un logiciel de
traduction automatique traduit une langue naturelle dans une autre
langue naturelle. La traduction automatique prend en compte la
structure grammaticale de chaque langue et elle utilise des règles pour
transférer la structure grammaticale de la langue source (texte à
traduire) vers la langue cible (texte traduit). La traduction
automatique ne remplace pas et n'est pas destinée à remplacer le
traducteur humain.»
L'EAMT (European Association for Machine Translation) donne pour sa
part la définition suivante: «La traduction automatique (TA) est
l'utilisation de l'ordinateur pour la traduction de textes d'une langue
naturelle à une autre. Elle fut un des premiers domaines de recherche
en informatique. Il s'est avéré que cet objectif était difficile à
atteindre. Cependant il existe aujourd'hui un certain nombre de
systèmes produisant un résultat qui, s'il n'est pas parfait, est de
qualité suffisante pour être utile dans certaines applications
spécifiques, en général dans le domaine de la documentation technique.
De plus, les logiciels de traduction, qui sont essentiellement destinés
à aider le traducteur humain à produire des traductions, jouissent
d'une popularité croissante auprès d'organisations de traduction
professionnelles.»
= Historique
L'intéressant historique donné sur le site de Globalink, une société
spécialisée dans les logiciels et services de traduction (disparue
depuis), est résumé dans les paragraphes suivants.
Dès leurs débuts, la traduction automatique et le traitement de la
langue naturelle progressent de pair avec l'évolution de l'informatique
quantitative. Pendant la Seconde guerre mondiale, le développement des
premiers ordinateurs programmables est accéléré par les premiers
efforts cryptographiques pour tenter de fissurer les codes secrets
allemands et autres codes de guerre. Suite à la guerre, la traduction
et l'analyse du texte en langue naturelle procurent une base de travail
au secteur émergent de la théorie de l'information.
Pendant les années 1950, la recherche sur la traduction automatique
prend forme au sens de traduction littérale (mot à mot) sans utiliser
de règles linguistiques. Le projet débuté à l'Université de Georgetown
au début des années 1950 représente la première tentative systématique
pour créer un système de traduction automatique utilisable pour le
russe.
Jusqu'au milieu des années 1960, plusieurs projets de recherche aussi
bien universitaires que gouvernementaux sont menés aux États-Unis et en
Europe. Au même moment, les progrès rapides dans le domaine de la
linguistique théorique culminent en 1965 avec la publication du livre
Aspects de la théorie syntaxique de Noam Chomsky, et transforment
radicalement les concepts permettant de comprendre la phonologie, la
morphologie, la syntaxe et la sémantique du langage humain.
En 1966, le rapport ALPAC (Automatic Language Processing Advisory
Committee) remis au gouvernement des États-Unis fait une estimation
prématurément négative de la valeur des systèmes de traduction
automatique et des perspectives sur leurs applications pratiques,
mettant ainsi fin au financement et à l'expérimentation dans ce domaine
pour la décennie suivante.
Il faut attendre la fin des années 1970 pour que des expériences
sérieuses soient à nouveau entreprises, parallèlement aux progrès de
l’informatique et des technologies des langues. Cette période voit le
développement de systèmes de transfert d’une langue à l’autre et le
lancement des premières tentatives commerciales. Des sociétés comme
SYSTRAN et METAL sont persuadées de l'utilité et de la viabilité d’un
tel marché. Elles mettent sur pied des produits et services de
traduction automatique reliés à un serveur central.
Mais les problèmes restent nombreux, par exemple des coûts élevés de
développement, un énorme travail lexicographique, la difficulté de
proposer de nouvelles combinaisons de langues, l’inaccessibilité de
tels systèmes pour l’utilisateur moyen, et enfin la difficulté de
passer à de nouveaux stades de développement.
= Quelques avis
Contrairement aux prévisions optimistes des années 1950 annonçant
l'apparition imminente de la machine à traduire universelle, les
systèmes de traduction automatique ne produisent pas encore de
traductions de bonne qualité. Pourquoi? Pierre Isabelle et Patrick
Andries, du laboratoire RALI (Laboratoire de recherche appliquée en
linguistique informatique) à Montréal (Québec), expliquent ce échec
dans La traduction automatique, 50 ans après, un article publié en 1998
dans les dossiers du magazine en ligne Multimédium.
Ils écrivent: «L'objectif ultime de construire une machine capable de
rivaliser avec le traducteur humain n'a cessé de fuir par devant les
lentes avancées de la recherche. Les approches traditionnelles à base
de règles ont conduit à des systèmes qui tendent à s'effondrer sous
leur propre poids bien avant de s'élever au-dessus des nuages de
l'ambiguïté sémantique. Les approches récentes à base de gros ensembles
de textes, appelés corpus - qu'elles soient fondées sur les méthodes
statistiques ou les méthodes analogiques - promettent bien de réduire
la quantité de travail manuel requise pour construire un système de TA
[traduction automatique], mais il est moins sûr qu'elles promettent des
améliorations substantielles de la qualité des traductions machine.»
Reprenant les idées de Yehochua Bar-Hillel exprimées dans The State of
Machine Translation, un article publié en 1951, Pierre Isabelle et
Patrick Andries définissent trois stratégies d'application de la
traduction automatique: (a) une aide pour «balayer» la production
écrite et fournir des traductions approximatives; (b) des situations de
«sous-langues naturelles simples», comme l'implantation réussie en 1977
du système METEO qui traduit les prévisions météorologiques du
ministère de l'Environnement canadien; (c) et enfin, pour de bonnes
traductions de textes complexes, le couplage de l'humain et de la
machine avant, pendant et après le processus de traduction automatique,
un couplage qui n'est pas forcément économique comparé à la traduction
traditionnelle.
Les auteurs penchent plus pour «un poste de travail pour le traducteur
humain» que pour un «traducteur robot». Ils expliquent: «Les recherches
récentes sur les méthodes probabilistes ont permis de démontrer qu'il
était possible de modéliser d'une manière extrêmement efficace certains
aspects simples du rapport traductionnel entre deux textes. Par
exemple, on a mis au point des méthodes qui permettent de calculer le
bon "appariement" entre les phrases d'un texte et de sa traduction,
c'est-à-dire d'identifier à quelle(s) phrase(s) du texte d'origine
correspond chaque phrase de la traduction. Appliquées à grande échelle,
ces techniques permettent de constituer, à partir des archives d'un
service de traduction, un mémoire de traduction qui permettra souvent
de recycler des fragments de traductions antérieures. Des systèmes de
ce genre ont déjà commencé à apparaître sur le marché (Translation
Manager II de IBM, Translator's Workbench de Trados, TransSearch du
RALI, etc.). Les recherches les plus récentes se concentrent sur des
modèles capables d'établir automatiquement les correspondances à un
niveau plus fin que celui de la phrase: syntagmes et mots. Les
résultats obtenus laissent entrevoir toute une famille de nouveaux
outils pour le traducteur humain, dont les aides au dépouillement
terminologique, les aides à la dictée et à la frappe des traductions
ainsi que les détecteurs de fautes de traduction.»
Fondé en 1990, Globalink est une société spécialisée dans les logiciels
et services de traduction. Elle offre des solutions sur mesure à partir
d'une gamme de logiciels, options en ligne et services de traduction
professionnelle. La société diffuse ses logiciels de traduction en
allemand, anglais, espagnol, français, italien et portugais, et propose
des solutions aux problèmes de traduction des particuliers, petites
sociétés, multinationales et gouvernements, que ce soit pour un produit
individuel donnant une traduction préliminaire rapide ou un système
complet permettant de gérer des traductions de documents
professionnels.
Le site web donne les informations suivantes en 1998: «Avec les
logiciels d'application de Globalink, l'ordinateur utilise trois
ensembles de données: le texte à traiter, le programme de traduction et
un dictionnaire de mots et d'expressions dans la langue-source, ainsi
que des informations sur les concepts évoqués par le dictionnaire et
les règles applicables à la phrase: règles de syntaxe et de grammaire,
y compris des algorithmes gouvernant la conjugaison des verbes,
l'adaptation de la syntaxe, les accords de genre et de nombre et la
mise en ordre des mots. Une fois que l'utilisateur a sélectionné le
texte et lancé le processus de traduction, le programme commence à
comparer les mots du texte à traiter avec ceux qui sont stockés dans le
dictionnaire. Une fois l'adéquation trouvée, l'application prépare une
notice complète qui inclut des informations sur les significations
possibles du mot et, d'après le contexte, ses relations avec les autres
mots dans la même phrase. Le temps requis pour la traduction dépend de
la longueur du texte. Un document de trois pages et 750 mots demande un
traitement de trois minutes environ pour une première traduction.»
En septembre 1998, Randy Hobler, consultant en marketing internet
auprès de Globalink, est résolument optimiste: «Nous arriverons
rapidement au point où une traduction très fidèle du texte et de la
parole sera si commune qu'elle pourra faire partie des plateformes ou
même des puces. A ce stade, lorsque le développement de l'internet aura
atteint sa vitesse de croisière, lorsque la fidélité de la traduction
atteindra plus de 98% et lorsque les différentes combinaisons de
langues possibles auront couvert la grande majorité du marché, la
transparence de la langue - à savoir toute communication d'une langue à
une autre - sera une vision trop restrictive pour ceux qui vendent
cette technologie. Le développement suivant sera la "transparence
transculturelle et transnationale" dans laquelle les autres aspects de
la communication humaine, du commerce et des transactions au-delà du
seul langage entreront en scène. Par exemple, les gestes ont un sens,
les mouvements faciaux ont un sens, et ceci varie en fonction des
normes sociales d'un pays à l'autre. La lettre O réalisée avec le pouce
et l'index signifie "OK" aux États-Unis alors qu'en Argentine c'est un
geste obscène.
Quand se produira l'inévitable développement de la vidéoconférence
multilingue multimédia, il sera nécessaire de corriger visuellement les
gestes. Le Media Lab du MIT [Massachusetts Institute of Technology],
Microsoft et bien d'autres travaillent à la reconnaissance informatique
des expressions faciales, l'identification des caractéristiques
biométriques par le biais du visage, etc. Il ne servira à rien à un
homme d'affaires américain de faire une excellente présentation à un
Argentin lors d'une vidéoconférence multilingue sur le web, avec son
discours traduit dans un espagnol argentin parfait, s'il fait en même
temps le geste O avec le pouce et l'index. Les ordinateurs pourront
intercepter ces gestes et les corriger visuellement. Les cultures
diffèrent de milliers de façons, et la plupart de leurs codes peuvent
être modifiés par voie informatique lorsqu'on passe de l'un à l'autre.
Ceci inclut les lois, les coutumes, les habitudes de travail,
l'éthique, le change monétaire, les différences de taille dans les
vêtements, les différences entre le système métrique et le système de
mesure anglophone, etc. Les firmes dynamiques répertorieront et
programmeront ces différences, et elles vendront des produits et
services afin d'aider les habitants de la planète à mieux communiquer
entre eux. Une fois que ces produits et services seront largement
répandus, ils contribueront réellement à une meilleure compréhension à
l'échelle internationale.»
D'autres sont moins enthousiastes.
François Vadrot, directeur de FTPress (French Touch Press), société de
presse en ligne, écrit en mai 2000: «Peut-on réellement penser que
toute la population du monde va communiquer dans tous les sens? Peut-
être? Via des systèmes de traduction instantanée, par écrit ou par
oral? J'ai du mal à imaginer qu'on verra de sitôt des outils capables
de translater les subtilités des modes de pensée propres à un pays: il
faudrait pour lors traduire, non plus du langage, mais établir des
passerelles de sensibilité. A moins que la mondialisation n'uniformise
tout cela?»
Alex Andrachmes, producteur audiovisuel, écrivain et explorateur
d'hypertexte, est tout aussi dubitatif. Il écrit en décembre 2000:
«J'attends les fameuses traductions simultanées en direct-live... On
nous les annonce avec les nouveaux processeurs ultra-puissants, mais on
nous les annonçait déjà pour cette génération-ci de processeurs. Alors,
le genre: vous/réservé/avion/de le/november 17-2000... Non merci. Plus
tard peut-être.»
Les progrès sont toutefois rapides et permettent de rêver à des
applications simples et universelles. Tel est le souhait de Tim
McKenna, écrivain et philosophe, qui écrit en octobre 2000: «Quand la
qualité des logiciels sera suffisante pour que les gens puissent
converser sur le web par écrit ou par oral en temps réel dans
différentes langues, nous verrons tout un monde s'ouvrir à nous. Les
scientifiques, les hommes politiques, les hommes d'affaires et bien
d'autres groupes seront à même de communiquer immédiatement entre eux
sans l'intermédiaire de médiateurs ou traducteurs.»
= Un marché en 2000
En 2000, la généralisation de l’internet et du commerce électronique
entraîne le développement d’un véritable marché, avec les produits et
services des sociétés SYSTRAN, Alis Technologies, Lernout & Hauspie,
Globalink et Softissimo, etc., avec des gammes de produits ciblant le
grand public, les professionnels et les industriels.
SYSTRAN (acronyme de: System Translation), pionnier dans le traitement
automatique des langues, est l’auteur du premier logiciel de traduction
gratuit du web, lancé en décembre 1997. AltaVista Translation, appelé
aussi Babel Fish, traduit les pages web de l'anglais vers les langues
suivantes : allemand, français, espagnol, italien et portugais, et vice
versa. Le siège de SYSTRAN est situé à Soisy-sous-Montmorency (France).
Sa succursale, située à La Jolla (Californie), assure les ventes et le
marketing, ainsi qu'une partie de la R&D (recherche et développement).
Basée à Montréal (Québec), Alis Technologies développe et commercialise
des solutions et services de traitement linguistique au moyen de
logiciels de traduction qui transforment des systèmes informatiques
unilingues en outils multilingues.
Basé à Ypres (Belgique) et Burlington (Massachusetts, États-Unis),
Lernout & Hauspie (racheté ensuite par ScanSoft) propose des produits
et services en dictée, traduction, compression vocale, synthèse vocale
et documentation industrielle. Les technologies couvertes incluent la
reconnaissance automatique de la langue, la compression numérique de la
parole, le passage du texte à la parole, et la traduction. Les produits
émanant des trois premières technologies sont vendus aux grandes
sociétés des industries suivantes: télécommunications, informatique,
multimédia, électronique grand public et électronique automotrice. Les
services de traduction sont à destination des sociétés en technologies
de l'information, des marchés verticaux et des marchés
d'automatisation.
De plus, le Machine Translation Group formé par Lernout & Hauspie
comprend des entreprises qui développent, produisent et vendent des
systèmes de traduction: L&H Language Technology, AppTek, AILogic,
NeocorTech et Globalink.
La société Softissimo commercialise la série de logiciels de traduction
Reverso, à côté de produits d’écriture multilingue, de dictionnaires
électroniques et de méthodes de langues. Reverso est utilisé par
exemple par Voilà, le moteur de recherche de France Télécom. Softissimo
diffuse aussi des logiciels d'apprentissage des langues, ainsi que des
dictionnaires, notamment l'Eurodico, le Grand Collins bilingue et le
Collins English Dictionary.
En mars 2001, IBM se lance dans un marché en pleine expansion avec un
produit professionnel haut de gamme, le WebSphere Translation Server.
Ce logiciel traduit instantanément en plusieurs langues (allemand,
anglais, chinois, coréen, espagnol, français, italien, japonais) les
pages web, courriels et chats (dialogues en direct). Il interprète 500
mots à la seconde et permet l’ajout de vocabulaires spécifiques.
= L'UNL, métalangage numérique
Développé à Tokyo (Japon) sous l'égide de l'Institute of Advanced
Studies (IAS) de l'Université des Nations Unies (UNU), l'UNL (universal
networking language) est un projet de métalangage numérique pour
l'encodage, le stockage, la recherche et la communication
d'informations multilingues. Il s'agirait d'une interlangue formant une
passerelle entre une langue source et une langue cible et offrant ainsi
une solution au problème de communication posé par la barrière des
langues.
Ce métalangage est développé à partir de janvier 1997 au sein de l'UNL
Program, un programme international impliquant de nombreux partenaires
dans toutes les communautés linguistiques. En 1998, 120 chercheurs de
par le monde travaillent sur un projet multilingue comportant seize
langues (allemand, anglais, arabe, brésilien, chinois, espagnol,
français, hindou, indonésien, italien, japonais, letton, mongolien,
russe, swahili et thaï).
Ce programme se poursuit ensuite sous l'égide de la Fondation UNDL
(Universal Networking Digital Language), créée en janvier 2001 pour
développer et promouvoir le projet UNL, avec un siège social à Genève
(Suisse). En 2004, la Fondation UNDL est accréditée par les Nations
Unies en tant qu'organisation non gouvernementale (ONG).
Comme expliqué dans un des wikis du projet en 2010, «l'UNL est une
langue artificielle créée pour prendre en compte les informations et
connaissances véhiculées par les langues humaines. Elle est dotée de
composantes lexicales, grammaticales et sémantiques, comme les langues
naturelles. Couplée à l’intelligence artificielle, l’UNL facilite la
communication entre l’homme et la machine, et par le biais de la
machine, entre tous les peuples dans la langue maternelle de chacun.
Notre première tâche est de compléter le système UNL. Ensuite, le
mettre au service des toutes les nations.»