L'internet étant une source d'information à vocation mondiale, il
semble indispensable d'augmenter fortement les activités de traduction.
Auteur des Chroniques de Cybérie, une chronique hebdomadaire en ligne
des actualités du réseau, Jean-Pierre Cloutier déplore en août 1999
«qu’il se fasse très peu de traductions des textes et essais importants
qui sont publiés sur le web, tant de l’anglais vers d’autres langues
que l’inverse. (...) La nouveauté d’internet dans les régions où il se
déploie présentement y suscite des réflexions qu’il nous serait utile
de lire. À quand la traduction des penseurs hispanophones et autres de
la communication?»
Créé à Amsterdam (Pays-Bas) par la firme Vorontsoff, Wesseling &
Partners, Aquarius est le premier répertoire non commercial de
traducteurs et interprètes. En novembre 1998, il comprend 6.100
traducteurs, 800 sociétés de traduction, 91 domaines d'expertise et 369
combinaisons de langues. Le site permet de localiser particuliers et
sociétés et de les contacter directement, sans intermédiaire. La
recherche est possible par lieu, par combinaison de langues et par
spécialité.
De plus, depuis décembre 1997, des logiciels de traduction automatique
sont en accès libre sur le web - à commencer par ceux de SYSTRAN sur
AltaVista - et permettent de traduire en quelques secondes une page web
ou un texte court, avec plusieurs combinaisons de langues possibles. Il
va sans dire que la traduction automatique n’offre pas la qualité de
travail des professionnels de la traduction, et qu’il est préférable de
faire appel à ces derniers lorsqu'on a le temps et l’argent
nécessaires. Ces logiciels sont toutefois très pratiques pour obtenir
une traduction approximative en quelques secondes.
De plus en plus utilisée, la traduction assistée par ordinateur permet
de coupler traduction automatique et travail du traducteur
professionnel. Elle est une branche de l'ingénierie du langage, tout
comme le traitement de la langue naturelle et la traduction automatique
(traitée dans le chapitre suivant).
Lancé en janvier 1999 par la Commission européenne, le site HLTCentral
(HLT: Human Languages Technologies) propose une courte définition de
l'ingénierie du langage: «L'ingénierie du langage permet de vivre en
toute convivialité avec la technologie. Nous pouvons utiliser notre
connaissance du langage pour développer des systèmes capables de
reconnaître à la fois la parole et l'écrit, de comprendre un texte
suffisamment en profondeur pour être capable de sélectionner des
informations, de le traduire dans différentes langues et de générer
aussi bien un discours oral qu'un texte imprimé. L'application de ces
technologies nous permet de repousser les limites actuelles de notre
utilisation du langage. Les systèmes à commande vocale sont appelés à
jouer un rôle prépondérant et à faire partie intégrante de notre vie
quotidienne.»
Contrairement à la traduction automatique (TA) qui analyse le texte
dans la langue source et génère automatiquement le texte correspondant
dans la langue cible, sans intervention humaine pendant ce processus,
la traduction assistée par ordinateur (TAO) est basée sur l'interaction
entre l'homme et la machine pendant le processus de traduction.
La TAO est par exemple adoptée dès le milieu des années 1990 par le
Bureau des services linguistiques de l'Organisation mondiale de la
santé (OMS) à Genève (Suisse). Ce bureau travaille dans les six langues
officielles de l'organisation: anglais, arabe, chinois, espagnol,
français et russe.
Des expériences de traduction automatique (TA) sont également tentées,
à plusieurs reprises, mais les traductions obtenues demandent un
travail de révision trop important, si bien que, compte-tenu du type de
documents à traduire, la TAO semble bien préférable.
Au sein de l'OMS, l'Unité de traduction assistée par ordinateur et de
terminologie (CTT) explore les possibilités techniques offertes par les
systèmes les plus récents de TAO, qui reposent sur la notion de
«mémoire de traduction».
Comme expliqué sur le site web, «ces systèmes permettent au traducteur
d'avoir immédiatement accès au patrimoine du "déjà traduit" dans lequel
il peut puiser, quitte à rejeter ou modifier les solutions retenues par
ses prédécesseurs, son choix définitif venant ensuite enrichir la
mémoire. Ainsi, en archivant la production quotidienne, le traducteur
aurait vite à sa disposition une "mémoire" colossale de solutions
toutes faites à un nombre important de problèmes de traduction.»
En complément, le CTT utilise aussi plusieurs applications pour
l'archivage électronique et la recherche en texte intégral,
l'alignement de textes bilingues et multilingues, la gestion de
mémoires de traduction et de bases de données terminologiques, et enfin
la reconnaissance vocale.
Basé à Washington, D.C., au sein de l'Organisation panaméricaine de la
santé (OPS), le Bureau régional de l'OMS pour les Amériques utilise par
contre un système de traduction automatique développé par les
linguistes computationnels, traducteurs et programmeurs de l'OPS.
Le service de traduction utilise SPANAM (de l'espagnol vers l'anglais)
depuis 1980 et ENGSPAN (de l'anglais vers l'espagnol) depuis 1985, ce
qui lui a permis de traiter plus de 25 millions de mots entre 1980 et
1998 dans les deux langues officielles de l'OPS. Le personnel et les
traducteurs extérieurs post-éditent ensuite l'information brute avec un
gain de productivité de 30 à 50%. Le système est installé sur le réseau
local du siège de l'organisation et dans plusieurs bureaux régionaux
pour pouvoir être utilisé par le personnel des services techniques et
administratifs. Il est également diffusé auprès d'organismes publics et
d'organismes à but non lucratif aux États-Unis, en Amérique latine et
en Espagne. Ce système est plus tard renommé PAHOMTS, avec
l'introduction de nouvelles paires de langues pour le portugais.
Autre expérience, celle de Wordfast. Lancé en 1999 par Yves
Champollion, Wordfast est un logiciel de traduction avec terminologie
disponible en temps réel et contrôle typographique. Il est compatible
avec d'autres logiciels très utilisés comme le WebSphere Translation
Server d’IBM et les logiciels de TMX ou de Trados. Une version
simplifiée de Wordfast est téléchargeable gratuitement, avec un manuel
d’utilisation disponible en seize langues.
Wordfast devient au fil des ans le numéro un mondial des logiciels de
traduction utilisables sous toute plateforme (Windows, Mac, Linux), et
le numéro deux mondial en nombre de ventes (après SDL Trados), avec
20.000 clients dans le monde en 2009, dont les Nations Unies, Nomura
Securities, la NASA (National Aeronautics and Space Administration) et
McGraw-Hill.