DE L'ASCII À L'UNICODE

= L'ASCII

Communiquer dans plusieurs langues implique d’avoir des systèmes

d'encodage adaptés à nos alphabets ou idéogrammes respectifs.

Le premier système d'encodage informatique est l’ASCII (American

standard code for information interchange). Publié en 1968 aux États-

Unis par l’American National Standards Institute (ANSI), avec

actualisation en 1977 et 1986, l'ASCII est un code standard de 128

caractères traduits en langage binaire sur sept bits (A est traduit par

«1000001», B est traduit par «1000010», etc.). Les 128 caractères

comprennent 33 caractères de contrôle (qui ne représentent donc pas de

symbole écrit) et 95 caractères imprimables: les 26 lettres sans accent

en majuscules (A-Z) et minuscules (a-z), les chiffres, les signes de

ponctuation et quelques caractères spéciaux, le tout correspondant aux

touches du clavier anglophone.

L'ASCII permet uniquement la lecture de l’anglais et du latin. Il ne

permet pas de prendre en compte les lettres accentuées présentes dans

bon nombre de langues européennes, et à plus forte raison les langues

non alphabétiques (chinois, japonais, coréen, etc.). Ceci ne pose pas

de problème majeur les premières années, tant que l’échange de fichiers

électroniques se limite essentiellement à l’Amérique du Nord. Mais le

multilinguisme devient bientôt une nécessité vitale. Des variantes de

l’ASCII (norme ISO-8859 ou ISO-Latin) prennent en compte les caractères

accentués de quelques langues européennes. La variante pour le

français, par exemple, est définie par la norme ISO-8859-1 (ISO-Latin-

1).

= L'Unicode

Avec le développement du web, l’échange des données s’internationalise

de plus en plus. On ne peut plus se limiter à l’utilisation de

l’anglais et de quelques langues européennes, traduites par un système

d’encodage datant de 1968. De plus, le passage de l’ASCII original à

ses différentes extensions devient vite un véritable casse-tête, y

compris au sein de l’Union européenne, les problèmes étant entre autres

la multiplication des variantes, la corruption des données dans les

échanges informatiques ou encore l’incompatibilité des systèmes, les

pages ne pouvant être affichées que dans une seule langue à la fois.

Olivier Gainon, fondateur de CyLibris et pionnier de l’édition

électronique littéraire, écrit en décembre 2000: «Il faut que le réseau

respecte les lettres accentuées, les lettres spécifiques, etc. Je crois

très important que les futurs protocoles permettent une transmission

parfaite de ces aspects - ce qui n’est pas forcément simple (dans les

futures évolutions de l’HTML ou des protocoles IP, etc.). Donc il faut

que chacun puisse se sentir à l’aise avec l’internet et que ce ne soit

pas simplement réservé à des (plus ou moins) anglophones. Il est

anormal aujourd’hui que la transmission d’accents puisse poser problème

dans les courriers électroniques. La première démarche me semble donc

une démarche technique. Si on arrive à faire cela, le reste en découle:

la représentation des langues se fera en fonction du nombre de

connectés, et il faudra envisager à terme des moteurs de recherche

multilingues.»

Publié pour la première fois en janvier 1991, l’Unicode est un système

d'encodage universel sur 16 bits spécifiant un nombre unique pour

chaque caractère. Ce nombre est lisible quels que soient la plateforme,

le logiciel et la langue utilisés. L’Unicode peut traiter 65.000

caractères uniques et prendre en compte tous les systèmes d’écriture de

la planète. A la grande satisfaction des linguistes, il remplace

progressivement l’ASCII, avec des variantes UTF-8, UTF-16 et UTF-32

(UTF: Unicode transformation format) en fonction du nombre de bits

utilisés. Il devient une composante des spécifications du World Wide

Web Consortium (W3C), l'organisme international chargé du développement

du web.

L’utilisation de l’Unicode se généralise à partir de 1998, par exemple

pour les fichiers texte sous plateforme Windows (Windows NT, Windows

2000, Windows XP et versions suivantes), qui étaient jusque-là en

ASCII.

Mais l’Unicode ne peut résoudre tous les problèmes, comme le souligne

en juin 2000 Luc Dall’Armellina, co-auteur et webmestre d’oVosite, un

espace d’écriture hypermédia: «Les systèmes d’exploitation se dotent

peu à peu des kits de langues et bientôt peut-être de polices de

caractères Unicode à même de représenter toutes les langues du monde;

reste que chaque application, du traitement de texte au navigateur web,

emboîte ce pas. Les difficultés sont immenses: notre clavier avec ses ±

250 touches avoue ses manques dès lors qu’il faille saisir des Katakana

ou Hiragana japonais, pire encore avec la langue chinoise. La grande

variété des systèmes d’écriture de par le monde et le nombre de leurs

signes font barrage. Mais les écueils culturels ne sont pas moins

importants, liés aux codes et modalités de représentation propres à

chaque culture ou ethnie.»

Patrick Rebollar, professeur de littérature française au Japon et

modérateur de la liste de diffusion LITOR (littérature et ordinateur),

donne son sentiment en janvier 2000: «Il s'agit d'abord d'un problème

logiciel. Comme on le voit avec Netscape ou Internet Explorer, la

possibilité d'affichage multilingue existe. La compatibilité entre ces

logiciels et les autres (de la suite Office de Microsoft, par exemple)

n'est cependant pas acquise. L'adoption de la table Unicode devrait

résoudre une grande partie des problèmes, mais il faut pour cela

réécrire la plupart des logiciels, ce à quoi les producteurs de

logiciels rechignent du fait de la dépense, pour une rentabilité qui

n'est pas évidente car ces logiciels entièrement multilingues

intéressent moins de clients que les logiciels de navigation.»

= ASCII et/ou Unicode

Le Projet Gutenberg est fondé dès 1971 par Michael Hart pour numériser

les œuvres littéraires et les mettre gratuitement à la disposition de

tous.

Les œuvres sont numérisées en mode texte, en utilisant l’ASCII original

sur sept bits ou, pour les langues avec accents, l'ASCII sur huit bits

pour une prise en compte des caractères accentués. Mais, même dans ce

cas, le Projet Gutenberg propose systématiquement en complément une

version ASCII sur sept bits sans accents. Sauf, bien entendu, dans le

cas de langues non encodables en ASCII, comme le chinois, qui est

encodé au format Big-5 pour le chinois traditionnel.

Surnommé à juste raison «le plus petit dénominateur commun», l'ASCII

sur sept bits est le seul format compatible avec 99% des machines et

des logiciels, et pouvant être converti dans de nombreux autres

formats. Il sera toujours utilisé quand d’autres formats auront

disparu. Il est l’assurance que les collections ne deviendront jamais

obsolètes, et survivront aux changements technologiques des prochaines

décennies ou même des prochains siècles. Il n'existe pas d'autre

standard aussi largement utilisé, y compris l'Unicode, système

d'encodage universel créé en 1991. Ce jusqu'en 2008, date à laquelle

les deux systèmes d'encodage sont également représentés sur le web.

Le Projet Gutenberg propose certains livres dans d’autres formats que

l'ASCII, notamment dans les trois formats répandus que sont les formats

HTML, XML et RTF. Des fichiers Unicode sont également présents et

remplacent peu à peu les fichiers ASCII sur huit bits pour les langues

avec accents comme le français. De plus, tout format proposé par tel ou

tel volontaire est généralement accepté (PDF, LIT, TeX et beaucoup

d'autres), dans la mesure où un fichier ASCII est également présent.

Les collections du Projet Gutenberg sont d'abord essentiellement

anglophones, puisque ce projet est basé aux États-Unis et qu'il sert en

priorité la communauté anglophone nationale et internationale. En

octobre 1997, Michael Hart annonce son intention d'intensifier la

production de livres dans des langues autres que l'anglais. Début 1998,

le catalogue comprend quelques œuvres en allemand, en espagnol, en

français (dix titres), en italien et en latin. En juillet 1999, Michael

écrit: «J'introduis une nouvelle langue par mois maintenant, et je vais

poursuivre cette politique aussi longtemps que possible.»

Le multilinguisme devient ensuite l'une des priorités du Projet

Gutenberg, tout comme l'internationalisation, avec le Project Gutenberg

Australia (créé en août 2001), le Projet Gutenberg Europe (créé en

janvier 2004), le Project Gutenberg Canada (créé en juillet 2007), et

d'autres Projets Gutenberg à venir dans divers pays, notamment au

Portugal.

Dans le Projet Gutenberg original, 25 langues sont représentées en

janvier 2004, 42 langues en juillet 2005, dont le sanscrit et les

langues mayas, et 50 langues en décembre 2006. À cette date, les

langues principales sont l’anglais, le français, l’allemand, le

finnois, le hollandais, l’espagnol, l’italien, le chinois, le portugais

et le tagalog.

Dès ses débuts en janvier 2004, le Projet Gutenberg Europe propose un

site multilingue pour gérer la relecture partagée entre les

volontaires, afin de prendre en compte les principales langues

nationales. En avril 2004, grâce à des traducteurs volontaires, le site

est disponible en douze langues. L'objectif à moyen terme est un site

en soixante langues, et donc soixante équipes linguistiques, avec prise

en compte de toutes les langues européennes. Le Projet Gutenberg Europe

utilise l'Unicode et non l'ASCII, pour pouvoir traiter des livres dans

un grand nombre de langues.

Les langues sur le web · 第 13 / 27 题