Je te respons que les champions commis par aultruy sont en ce fait de

bataille en figure de procureurs et advocas/ de pledoians/ lequel office

chascun peut faire s’il veult sinon que droit le contredie expressement

tout ainsy est de champions car quiconques veult le peut estre sinon que

droit le contredie pour aucune occasion/ car ung baron ou aultre qui par

avant auroit commis aucun grant criesme n’y seroit pas receu ne nul

homme quil fust infame/ & la raison y est bonne/ car se ung tel homme

entroit en champ pour aultruy/ & il y fust vaincu on cuideroit que ce

seroit par ses propres pechez/ & non pas pour la cause de l’imposition

de celluy qui est accusé.

Cy devise comment champ de bataille monte et represente aucunement fait

et proces de pledoierie/ et se c’est droit que a l’entree les champions

facent serment. x.e cha.

Mais quoy que gaige de bataille si que t’ay dit cy devant soit de nos

docteurs reprouvé. Neantmoins pource que c’est chose en usage es faitz

de nobles et en chevalerie/ & que telz debatz ont esté sont et seront

jugés par les princes et seigneurs selon tel droit que avoir y peut dont

la coustume ne deffaudra pas en tous lieux est bon encore d’en parler a

l’enseignement de ceulx qui les ont a juger/ & aussy de ceulx qui les

entreprennent/ car je tiens que la moindre partie des nobles quoy que

plusieurs en parlent/ sache bien ce qui en est contenu ou doibt estre

contenu en tel debat juger entreprendre et faire sy t’en diray.

Tout premierement doibs savoir et il appert que icelles particulieres

batailles monstrent en figure nature de jugement car ainsy que en ung

jugement est le juge/ aussy celluy qui demande & le respondant les

tesmoings/ et apres la sentence vient/ semblablement en champ cloz est

le juge c’est le seigneur pardevant lequel se fait la bataille/ le

appellant et le deffendant sont les deux parties contradictoires/ les

tesmoings sont les coups qui s’entredonnent et les armes dont ilz sont

saizis. Par lesquelz coups et armes chascun s’efforce de bien prouver

son intention/ & apres vient la victoire qui est escheue a l’un des deux

qui represente la sentence diffinitive.

Maistre or te pri que nul ne t’ennuye se ung petit rons ta parolle pour

toy faire une petition. Pource que j’ay ouy dire que a entrer au champ

les champions font serment se c’est chose juste que jurement y facent/

car il sembleroit que non/ et que ja n’en fust besoing pource que en

bataille generalle en laquelle seroient deux roys et leurs gens n’y

seroit fait nul serment. et pour quoy le feront deux personnes.

Amy je te respons que de faire serment est le droit de tel debat/ &

n’est pas bonne la raison que tu dis que es grans batailles ne se fait

nul serment/ scez tu la cause pource que les grandes et generalles

batailles/ sont par deliberation de grant conseil jugees par les

seigneurs/ sy n’y affiert point de jurement/ mais en tel debat

particulier le prince ne peut pas la verité de la querelle bien savoir/

& pource veult avoir le serment de ce qu’ilz prennent a tesmoingner par

leurs corps/ si l’appelle la loy lombarde le jurement de la teste/ & se

jurement si est de nature calompnie lequel se doibt damner de tout le

plait/ ou lors jure le demandant qu’il fait bonne et juste demande.

Apres jure le deffendant qu’il a juste deffence/ & tout ainsy fait on en

champ clos/ mais affin que tu l’entendes se il y a subtile maniere de

donner serment/ car se l’appellant jure absolutement contre l’autre de

la chose dont il n’est pas bien certain sicomme de dire sur sainctes

evangilles que tu as meurdry mon pere ou mon frere/ & toutesvoies il

n’en sera pas bien certain/ car il ne l’aura pas veu/ mais l’aura

paraventure ouy dire ou pour quelque couleur le suspicionnera/ le

serment est follement fait/ car nul ne doibt jurer absolutement chose

que de veue ou par propre sceue n’en soit certain. Et par ce fait peut

estre sa querelle mauvaise s’il n’est ainsy qu’il dit il se parjure/

mais du deffendeur est aultre chose/ car il ne peut estre ignorant de la

querelle: car bien scet se du fait est coulpable ou non/ & pource est sa

querelle meilleure au cas qu’il ne se sente estre coulpable/ mais se a

son escient se parjure trop est pire sa cause que de l’appellant qui

verité cuide dire. Pource en greigneur sceurté d’avoir juste querelle/

l’appellant doibt jurer sans plus qu’il tient fermement que l’autre luy

ait occis son pere dont il l’appelle/ & par ainsy sera sa querelle

meilleure/ si doibt dire devant le prince la cause pour quoy il est meu/

la maniere & le cas/ & le prince sur ce doibt estre saige et advisé par

les circonstances se ce peut estre vray Car se ledit criesme eust esté

fait le jour devant pres du boys/ & cellui qui en seroit accusé povoit

prouver que ledit jour eust esté bien loingz de la ou toute la journee

autrepart/ ne deveroit point donner de foy a tel appellant de la chose

qui impossible seroit/ si doibt bien adviser que la querelle soit juste

ains qu’il l’accepte/ et non pas ouyr tous appellans par frivoles folz

mouvemens/ folles oppinions & cuidiers/ car moult en est de sy pou

saiges qui se vouldroient ad ce follement exposer sans nulle cause ou a

pou d’occasion et leur sembleroit fait tresglorieux/ parce que petit ont

de consideration/ si n’est pitié quant a ceulx en prent mal mais a ceulx

de leur partie est compassion qu’ilz convient qu’ilz se deffendent/ ou

s’ilz ne se deffendoient l’usaige d’armes leur courroit sur et donneroit

blasme et deshonneur voire selon l’oppinion des jeunes et non sages en

ce cas.

Et je te demande se l’appellant et l’appellé voulzissent combatre es

plains champs ou en l’absence du prince suffiroit il/ Je dy que non/ car

c’est cas dont la congnoissance luy appartient et en doibt juger/ duquel

leur vouloir ne peut faire providence/ ains fault que ledit seigneur ou

celluy qui commis y est Aussy ceulx qui garder les doivent soient

presens et que chascun d’eulx soit en sceureté de toute autre personne/

ne homme du monde n’y doibt parler sur peine d’en estre grandement

pugni/ se ce n’est par le commandement du seigneur qui doit juger en la

fin lequel des deux eust vaincu ou vainqueur.

Cy devise s’il advient que l’un des champions perde en soy combatant

aucune de ses armes soit espee ou autre baston se par droit on luy

deveroit rendre et lequel doibt envaÿr l’autre.

Item se le roy pardonnoit au vaincu se l’autre luy pourroit demander ses

despens.

Et s’il est ainsy que ung homme soit trouvé a tort accusé & appellé de

combatre que on doit faire de cellui qui l’accuse. xi.e chapitre

Je demande maistre s’il escheoit entre deux combateurs en champ cloz que

l’un rompist l’espee de l’autre ou la jecte hors de la closture/ car je

tiens bien qu’ilz facent du pis qu’ilz pevent suppose que celluy n’ait

hache dague maillet ne autre baston pour soy deffendre se par raison on

luy donneroit nouvel baston de deffence Car puis qu’il est en la maniere

que tu l’as dit/ c’est assavoir que les armes de deffence sont en figure

de tesmoings dont on se aide en plaidoierie/ sembleroit que on leur

deust rendre derechief ou livrer harnoys si qu’ilz le requierent/ car se

pour prouver mon intention avoie produit aucuns tesmoings posons que

ceulx la me faillissent par mort ou autrement/ si en puis je bien

produire d’aultres assez s’ilz ne sont pour mauvais accusez. Pourquoy

doncques se icelluy champion n’a peu par son baston ou autre harnoys son

intention prouver n’en peut il ravoir ung autre.

Bel amy a dire voir selon raison de tel droit qu’il y compte/ y a regard

au juge de telz chose juger/ car grant differences y a se l’espee cheoit

legierement d’aventure hors de la main/ ou se l’autre la lui tolloit

brisoit ou jectoit hors ou se par sa follie la perdoit/ mais se son

espee rompoit d’aventure par les coups qu’il mesmes en donneroit et non

pas par l’effort de son adversaire et plus n’eust harnois pour soy

deffendre/ & que par celle maniere fust/ sans faulte/ aucuns maistres

dient que on luy feroit tort/ qui autre ne luy bailleroit/ mais trop pou

adviendroit que homme entrast en champ sans estre garny de plus de ung

baston ou que tous les perdist/ si se peut ayder de l’autre quant l’un

est sailly.

Or sire et s’il advient que le premier jour le juge ne puisse

congnoistre lequel est vaincu/ sont ilz tenuz de retourner l’endemain Je

te respons certainement que ouy s’il est en leur puissance/ & que a

oultrage aient emprins a combatre/ au cas que autre condition n’y auroit

esté mise/ si n’en pourroit estre absoubz ne quitte jusques a ce que

l’un soit vaincu/ quoy qu’il demeure/ reservé que le prince commandast

le contraire ou que eulx mesmes s’accordassent par le commandement du

seigneur/ car aultrement ne le pourroient ilz faire puys que en champ

sont entrés mais le prince en doibt estre piteux et avoir mercy de ses

deux hommes qui en peril sont de perdre ame corps et honneur.

Dy moy encore maistre lequel des deux doit premierement ferir quant ilz

sont en champ/ car je n’ay pas oublyé ce que cy dessus as dit que ceste

bataille tient en partie/ nature de plaidoierie par quoy il semble que

l’appellant doibt premier tenir son baston/ & ferir/ car en plaidoierie

celluy qui est acteur donne premier sa demande & apres respond le

deffendeur.

Amy combien que tes raisons soient consonantes. neantmoins en ce cas y

convient faire par autre voye que plait ne se gouverne/ car la est

exploicté par parolles/ & icy par voye de fait/ & pource/ la ou homme

est en peril de mort ne doibt pas attendre le premier coup/ car tel

pourroit il estre sy grant & si pesant que tart viendroit a soy

deffendre/ comment n’a pas doncques assez encommencé l’appellant quant

son gaige a donné et appellé l’autre de combatre/ et se en jugement

l’acteur donne premier sa demande ce n’est que par parolles/ dont il est

grant marche ou par ung pou d’escrit. Sy n’est ce pas si perilleux comme

seroit ung coup de hache ou de lance Et puis qu’ilz sont enclos & on

leur escrive faictes vos devoirs/ ne scet pas bien chascun ce qu’il a a

faire/ & pource te dy que selon toute raison en tel cas/ soit par raison

barat ou aultre subtil engin cautelle force appertise ou autrement puis

que la sont/ celluy qui est appellé peut ferir premier s’il a loisir et

en tous cas peut prendre l’avantaige s’il peut ou scet/ mais vray est

qu’il doibt attendre premier que l’autre se parte de sa place ung pas ou

deux ou face semblant de venir vers lui.

Item derechief te fais aultre demande. Je prens que le roy qui voit deux

champions ainsy combatre ait pitié de celluy qui voit sur le point de

desconfiture/ fait arrester par le cry de son connestable. Neantmoins le

mieulx combatant requiert au roy qu’il luy face justice & juge le droit

pour lui Le roy respond je te juge l’onneur de la bataille/ mais je

pardonne a l’autre/ car c’est mon plaisir/ cestui requiert ses despens/

les doibt il avoir/ car il sembleroit que non/ pource que le roy ne luy

a pas condemné et qu’il n’a pas aussy confessé le fait comme vaincu.

Je te respons que s’il estot convaincu du tout & le roy luy pardonnast

le delict/ laquelle chose est en sa puissance/ sil ne peut il pourtant

faire tort a partie/ laquelle a bon droit les requiert mais s’il est

dit. Ho/ qui est a dire cessez ains qu’il en soit du tout attaint et

vaincu/ il n’y est pas tenu/ car quoy que le roy me fait crier/ quant le

pis a de la bataille sil n’a il pas encore confessé la chose en quoy

gist la droicte victoire au vainqueur/ c’est assavoir quant a l’autre

fera confesser le droit qu’il a/ & aussy y pourroit encore avoir

esperance que aucun coup pourroit estre lancé qui occiroit celluy qui le

meilleur cuide avoir/ sicomme on a veu aucunesfoys/ que celluy qui

dessoubz attaindoit l’autre en lançant de dague ou d’espee qu’il

l’occioit/ car de fait de bataille quoy qu’il en semble ne peut estre

bonnement jugé jusques en la fin.

Et maistre s’il advenoit que il fust trouvé que aucun en tel cas eust

accusé a tort ung autre ou de murdre ou de crisme que deveroit il estre

fait de l’accusant.

Sans faulte nos maistres determinent que on en deveroit faire pareille

pugnition comme le cas en donnoit que on deust faire de l’autre s’il en

eust esté attaint.

Cy demande se ung homme estoit pugni en champ de bataille d’aucun

meffait se justice a plus que veoir sur luy d’icelle cause. xii.e cha.

Et derechief je te demande se ung homme qui appelle ung aultre en champ

de bataille pour luy prouver par son corps qu’il est faulz parjure/ & la

pugnition selon le cas advient que de ce mesmes fait il est appellé &

poursuivy de justice/ doibt cest homme estre pugny plus de une foys de

ung mesmes cas/ car il ne sembleroit pas que juste chose fust ne dieu ne

le veult ne saincte escripture ne si accorde que pour ung peché on doive

estre condemné deux foys.

Bel amy ad ce te respondray quoy que les excusations que tu dis fussent

assez bonnes/ & mesmement assez d’autres pour l’omme accusé/ l’autre

partie pourroit respondre nous sommes en court de droit escript/ par

lequel doibt estre congneu et jugié des cas qui requierent pugnition/

mais comme gaige de bataille ne soit approuvé de nul droit escript/ par

lequel supposé que par celle voye a esté corrigé n’est pas pourtant

pugnition/ car justice n’y a pas veu et n’y eut autre chose au regard de

droit que ainsy que se ung pere avoit batu son enfant pour cause d’aucun

delict/ qu’il auroit fait/ ne suffiroit pourtant a justice ne a pugnir

ne le lairoit. Si t’en diray selon le voir de ces deux altercations

Sachez de vray que se la journee eust esté sy longuement differee de la

bataille d’entre l’accusant & l’accusé/ que le cas fust venu en ces

entrefaictes a congnoissance de justice. Je te dy bien que non obstant

ce l’entreprinse de ladicte bataille juste l’en peut pugnir comme se ce

fust chose prouvee/ mais se tu me demandoies se apres la pugnition

seroit tenu de tenir la tournee du champ. Je te responderoye que non Car

quel droit pourroit il avoir de soy deffendre de ce dont il est

convaincu/ mais s’il estoit ainsy que le prince ou celluy qui estoit

garde du champ l’eust pugny de ce meffait ou qu’il luy eust remys &

pardonné ce meffait fust par jurement ou autre/ certes tant est grande

l’auctorité des princes qui ceste coustume ont approuvee de prouver par

bataille par pugnir les a tant par celle voye que pugni soit une foys

sans plus ne les princes & seigneurs ne souffriroient pas aucunement

requerir leurs sentences.

Maistre s’il ne t’ennuye que tant t’enquiers sur ceste matiere me dis

encore ung mot a ce propos.

Ung chevalier accuse ung autre en l’appellant en champ de bataille et

puis s’en repent. se peut il depporter de l’appellation a son voulloir:

& que plus n’en soit de ce qu’il a dit/ car sembleroit que voirement

s’en peust deporter de l’apporter: veu que se ung homme accuse ung autre

ou en mesditz par couroux ou chaleur il s’en peut bien repentir et

depporter s’il veult si qu’il me semble.

Amy a ce je te respons que se ung gentil homme appelle d’aucune

adventure de gaige ung autre gentil homme pour quoy que ce soit en

l’absence de son seigneur ou du connestable ou d’autre juge competent &

apres s’en repent parce que par adventure estoit tresmal informé ou en

tresgrant ire ou merancolie ou apres boire Ceste chose se doibt assez

legierement remettre en maniere que a l’autre doit suffire sans le

poursuivir de l’appellation Car nul ne doibt estre de ce trop

malgratieux ne trop aigre comme ce soit chose merveilleusement

dangereuse quelque bon droit que on ait veu aussy que l’autre soit assez

tenté de soy repentir & refroider de la bataille/ de laquelle fol

mouvement a bien monstré qu’il n’estoit pas saige/ car trop est grant

honte de soy alleguer en parolle tellement que apres s’en conviengne

desdire. Neantmoins il vault trop mieulx soy repentir de la folie

ainçoys que on l’execute que d’entrer au champ/ a mauvaise querelle/ Ne

se n’est pas vice de soy repentir du mal mais c’est pechié & folie de

l’entreprendre et parfaire/ mais en cas que les parolles seroient tant

avant allees que devant le prince ou connestable ou aultre propre a le

recepvoir auroit jecté son gaige repentir ne s’en pourroit sans la

voulenté du prince et l’assentement de partie laquelle pourroit par

raison demander admende/ Car au propos que cy devant t’ay dit que champ

de bataille retrait a plaidoierie sy est ce gage en figure d’une plainte

que on donneroit en jugement. Apres laquelle icelluy qui la donne luy

faut poursuivir la plaidoierie se les parties ne se accordent/ mais bien

est vray que puys que ledit appellant s’en repent le prince doibt estre

large de pardonner aux repentans/ car ainsy le veult dieu.

Cy devise les choses en quoy le roy ou prince doibt avoir regard/ ains

qu’il juge champ de bataille Et comment on doibt donner conseil a ceulx

qui combatre se doivent. xiii.e chapitre.

Des batailles en champ cloz dont tu m’as devisé te dyray qui a present

sont en usage en plusieurs pays et ont par long temps esté par tout le

monde tellement que par longue coustume de les avoir souffertes

nonobstant la deffence du decret et du droit canon si que tu dis sont

tournees sicomme en loy ce me semble que forte chose doit estre aux

princes de bien determiner et juger le cas que telles batailles

requierent/ car il n’est pas doubte que les seigneurs desirent et

veullent que droit soit fait a ung chascun Et pour celle cause

requierent et seuffrent telle bataille faire/ affin que les cas obscurs

& mussez soient attains.

Amy chier vray est ta parolle sans faulte et pource en affermant ce que

tu dis que telle bataille en soit le jugement moult perilleux me plaist

la doctrine et enseignement des nobles/ a laquelle fin tu laboures en

cestuy livre de mettre sans plus & desclairer aucunes rigles a tenir sur

ceste matiere.

La premiere rigle soit que nul prince seculier affin qu’il ne faille

tant soit prudent & sage quelque bon conseil de sages chevaliers qu’il

ait ne doibt juger champ de bataille/ quelque bon conseil qu’il ait

aussi de seculiers se ce n’est par le regard des saiges legistes pour ce

que de tous cas qui advenir pevent mieulx en sauront determiner que

autres gens/ car se leur enseigne leur science/ si est a eulx desclarer

des cas se c’est bon ou mal a faire se c’est chose reprouvee ou permise/

ou se ung cas a previlege devant ung autre/ & qu’il soit vray que telz

gens quant expers sont en sachent mieulx determiner que autres l’octroye

la loy civille/ laquelle dit que les advocas sont protecteurs &

gouverneurs d’humain lignage.

Encore y a autres raisons par quoy affiert a eulx en determiner devant

tous aultres/ c’est pource que chevaliers et seculiers autres gentilz

hommes sont plus legierement meuz a juger armez que autres gens qui ne

sont que clercs/ & leur vient de ung estatut qu’ilz ont en eulx qui

reputeront ung homme deshonnoré se tantost ne accepte le gaige de celluy

qui le donne qui est une oppinion mute sans nul regard de raison quant a

ce sauve leur reverence/ car moins deveroit estre honnoré celluy qui

donneroit/ ou accepteroit le gaige pour pou d’occasion ou pour fol ou

nice/ incontinent que celluy qui le refuseroit/ car sans faulte pas

n’est deshonneur/ ains est le contraire de non consentir et reffuser

folle entreprinse voire par especial de perdre si chier chastel comme

est l’ame avecques le corps/ & pourroit dire l’assailly/ mon amy se tu

as voulenté de combatre si te combas a par toy/ car quant est a moy je

ne vueil pas estre a ta follie participant.

La seconde rigle que le prince garder y doit est de quoy ung gentil

homme acceptast le gaige de ung aultre/ qui paradventure sera meu contre

luy par aucun malice/ par chaleur par quelque faveur/ par oultrecuidance

orgueilleuse pour l’autre cuider suppediter pour mieulx valoir ou par

quelque aultre mouvement sans raison.

Le prince ou quelq’un son lieutenant doibt sur ce estre advisé meurement

de bien entendre la matiere de l’appellant et le bien noter Car aucuns

en y a qui veullent coulourer droit sur falace de parler & si folz sont

qu’ilz cuident tromper dieu/ mais ce leur vient sur le chief Avec ce

doibt bien considerer quelle est la cause qui le meut & quelle chose met

sur a l’autre/ & s’il est ainsi que le prince ait entendu que ce soit

pour cause de debte Il doibt demander a l’appellant pourquoy la debte

luy est deue/ en quel païs & en quel lieu la debte fut faicte s’il a de

ce lettre ne tesmoing & se fait fut sy secretement que ame n’y fust/ se

point d’escrit y a ou aultre seelle/ & s’il advient que apperceu soit

que aucun pou d’apparence de preuve y ait/ ou quelque couleur/ par quoy

jurement de droit y puisse congnoistre/ la doibt la cause commettre Car

en tel cas homme ne pourroit par droit soustenir que avoir y deust

bataille.

La tierce rigle est que le prince doibt faire proposer l’appellant la

cause et action qu’il a contre l’autre/ & aussy que le deffendeur soit

ouy present son conseil ou soient si que dit est les clers legistes/ &

la doibt estre bien veu lequel a juste cause/ & que chascun en die son

oppinion. Apres laquelle chose s’il est ainsy que trouvé soit que la

guerre soit esmute par orgueil follie ou presumption/ comme de dire Je

vueil prouver mon corps contre le sien en champ jusques a oultrance/

pour honneur acquerre et pour l’amour de ma dame ou que plus belle est

que la sienne/ et telles manieres de follie/ tantost doibt estre

deboutee ceste chose et non ouye et deffendre que plus n’en soit parlé &

encores te dy je/ que pour parolles quelconques tant soient injurieuses

se dictes sont en fureur ou chaleur par suspicion ou merencolie/ si que

celluy contre qui ont esté/ s’en vueille combatre/ n’y doibt pas avoir

de bataille: si non que celluy qui dictes les a les voulzist tousjours

maintenir et combatre en celle querelle qu’il fust ainsi comme il auroit

dit: a laquelle chose se ainsy advenoit encores se deveroit on pener de

amoderer l’un et l’autre que bataille ne se feist nullement si que dit

est ne doibt estre emprinse faicte ne jugee se trop grant cause n’y a/

ains deffendue et destournee tout le plus tost que on peut.

Mais s’il est ainsy d’aucune adventure que le cas soit grant sicomme de

traïson de meurdre d’efforcement d’avoir bouté feu ou d’autre grant

chose/ que l’appellant ne puist prouver ne monstrer fors par la preuve

de son corps et que le deffendant ne se puisse nullement excuser que

coulpe n’y ait/ a dont sy que dit est par le regard et consentement de

tout le conseil doibt le prince juger la bataille selon ce que la loy du

cas le requiert/ lequel est tel que tantost jugié sera quoy que

plusieurs soient orgueilleux qu’ilz ne se fient si non en la force de

leurs corps/ & ne font compte de dieu ne de son aide/ y doibt avoir

aucuns saiges preudommes ad ce commis qui monstrer leur doibt le grant

peril d’ame et de corps ou ilz se sont mis/ et que bien se advisent et

confessent a saiges confesseurs/ & en bon estat se mettent/ si appellent

dieu/ car encore leur en sera besoing Et ainsy admonnestent chascun a

par soy bien et saigement leur conseil a part/ leur dient comment telle

chose est pesant: ou il convient mourir ou estre deshonnoré/ sy se

advise que tart ne viengne au repentir/ & toutes telles choses banies/ a

ame et corps sache chascun conseil dire au scien et loyaument

admonnester ne point ne le laisse jusques a la fin de la chose ou il a

mestier d’estre bien conseillé mesmement es tours d’armes qui en telz

cas sont convenables tant a assaillir comme en deffence/ et pour ce

faire se c’est assavoir pour y conseiller d’une partie/ et l’autre leur

doibvent estre baillez chevaliers expers et sages en tel art et science.

Cy demande se bataille peut faire selon droit a jour de feste/ et se on

tient en droit que homme en armes se puisse sauver/ et se clercs pevent

ne doibvent de droit aller en bataille ne excerser armes. xiiii.e

chapitre.

Maistre or me dy se aucune bataille soit generalle ou especiale se peut

faire selon droit a jour de feste/ car il seroit advis que non veu que

les festes sont faictes et ordonnees pour dieu servir Si n’est pas

combatre l’un contre l’autre oeuvre ne service aplicqué a dieu.

L'art de chevalerie selon Vegece · 第 16 / 17 段