bataille en figure de procureurs et advocas/ de pledoians/ lequel office
chascun peut faire s’il veult sinon que droit le contredie expressement
tout ainsy est de champions car quiconques veult le peut estre sinon que
droit le contredie pour aucune occasion/ car ung baron ou aultre qui par
avant auroit commis aucun grant criesme n’y seroit pas receu ne nul
homme quil fust infame/ & la raison y est bonne/ car se ung tel homme
entroit en champ pour aultruy/ & il y fust vaincu on cuideroit que ce
seroit par ses propres pechez/ & non pas pour la cause de l’imposition
de celluy qui est accusé.
Cy devise comment champ de bataille monte et represente aucunement fait
et proces de pledoierie/ et se c’est droit que a l’entree les champions
facent serment. x.e cha.
Mais quoy que gaige de bataille si que t’ay dit cy devant soit de nos
docteurs reprouvé. Neantmoins pource que c’est chose en usage es faitz
de nobles et en chevalerie/ & que telz debatz ont esté sont et seront
jugés par les princes et seigneurs selon tel droit que avoir y peut dont
la coustume ne deffaudra pas en tous lieux est bon encore d’en parler a
l’enseignement de ceulx qui les ont a juger/ & aussy de ceulx qui les
entreprennent/ car je tiens que la moindre partie des nobles quoy que
plusieurs en parlent/ sache bien ce qui en est contenu ou doibt estre
contenu en tel debat juger entreprendre et faire sy t’en diray.
Tout premierement doibs savoir et il appert que icelles particulieres
batailles monstrent en figure nature de jugement car ainsy que en ung
jugement est le juge/ aussy celluy qui demande & le respondant les
tesmoings/ et apres la sentence vient/ semblablement en champ cloz est
le juge c’est le seigneur pardevant lequel se fait la bataille/ le
appellant et le deffendant sont les deux parties contradictoires/ les
tesmoings sont les coups qui s’entredonnent et les armes dont ilz sont
saizis. Par lesquelz coups et armes chascun s’efforce de bien prouver
son intention/ & apres vient la victoire qui est escheue a l’un des deux
qui represente la sentence diffinitive.
Maistre or te pri que nul ne t’ennuye se ung petit rons ta parolle pour
toy faire une petition. Pource que j’ay ouy dire que a entrer au champ
les champions font serment se c’est chose juste que jurement y facent/
car il sembleroit que non/ et que ja n’en fust besoing pource que en
bataille generalle en laquelle seroient deux roys et leurs gens n’y
seroit fait nul serment. et pour quoy le feront deux personnes.
Amy je te respons que de faire serment est le droit de tel debat/ &
n’est pas bonne la raison que tu dis que es grans batailles ne se fait
nul serment/ scez tu la cause pource que les grandes et generalles
batailles/ sont par deliberation de grant conseil jugees par les
seigneurs/ sy n’y affiert point de jurement/ mais en tel debat
particulier le prince ne peut pas la verité de la querelle bien savoir/
& pource veult avoir le serment de ce qu’ilz prennent a tesmoingner par
leurs corps/ si l’appelle la loy lombarde le jurement de la teste/ & se
jurement si est de nature calompnie lequel se doibt damner de tout le
plait/ ou lors jure le demandant qu’il fait bonne et juste demande.
Apres jure le deffendant qu’il a juste deffence/ & tout ainsy fait on en
champ clos/ mais affin que tu l’entendes se il y a subtile maniere de
donner serment/ car se l’appellant jure absolutement contre l’autre de
la chose dont il n’est pas bien certain sicomme de dire sur sainctes
evangilles que tu as meurdry mon pere ou mon frere/ & toutesvoies il
n’en sera pas bien certain/ car il ne l’aura pas veu/ mais l’aura
paraventure ouy dire ou pour quelque couleur le suspicionnera/ le
serment est follement fait/ car nul ne doibt jurer absolutement chose
que de veue ou par propre sceue n’en soit certain. Et par ce fait peut
estre sa querelle mauvaise s’il n’est ainsy qu’il dit il se parjure/
mais du deffendeur est aultre chose/ car il ne peut estre ignorant de la
querelle: car bien scet se du fait est coulpable ou non/ & pource est sa
querelle meilleure au cas qu’il ne se sente estre coulpable/ mais se a
son escient se parjure trop est pire sa cause que de l’appellant qui
verité cuide dire. Pource en greigneur sceurté d’avoir juste querelle/
l’appellant doibt jurer sans plus qu’il tient fermement que l’autre luy
ait occis son pere dont il l’appelle/ & par ainsy sera sa querelle
meilleure/ si doibt dire devant le prince la cause pour quoy il est meu/
la maniere & le cas/ & le prince sur ce doibt estre saige et advisé par
les circonstances se ce peut estre vray Car se ledit criesme eust esté
fait le jour devant pres du boys/ & cellui qui en seroit accusé povoit
prouver que ledit jour eust esté bien loingz de la ou toute la journee
autrepart/ ne deveroit point donner de foy a tel appellant de la chose
qui impossible seroit/ si doibt bien adviser que la querelle soit juste
ains qu’il l’accepte/ et non pas ouyr tous appellans par frivoles folz
mouvemens/ folles oppinions & cuidiers/ car moult en est de sy pou
saiges qui se vouldroient ad ce follement exposer sans nulle cause ou a
pou d’occasion et leur sembleroit fait tresglorieux/ parce que petit ont
de consideration/ si n’est pitié quant a ceulx en prent mal mais a ceulx
de leur partie est compassion qu’ilz convient qu’ilz se deffendent/ ou
s’ilz ne se deffendoient l’usaige d’armes leur courroit sur et donneroit
blasme et deshonneur voire selon l’oppinion des jeunes et non sages en
ce cas.
Et je te demande se l’appellant et l’appellé voulzissent combatre es
plains champs ou en l’absence du prince suffiroit il/ Je dy que non/ car
c’est cas dont la congnoissance luy appartient et en doibt juger/ duquel
leur vouloir ne peut faire providence/ ains fault que ledit seigneur ou
celluy qui commis y est Aussy ceulx qui garder les doivent soient
presens et que chascun d’eulx soit en sceureté de toute autre personne/
ne homme du monde n’y doibt parler sur peine d’en estre grandement
pugni/ se ce n’est par le commandement du seigneur qui doit juger en la
fin lequel des deux eust vaincu ou vainqueur.
Cy devise s’il advient que l’un des champions perde en soy combatant
aucune de ses armes soit espee ou autre baston se par droit on luy
deveroit rendre et lequel doibt envaÿr l’autre.
Item se le roy pardonnoit au vaincu se l’autre luy pourroit demander ses
despens.
Et s’il est ainsy que ung homme soit trouvé a tort accusé & appellé de
combatre que on doit faire de cellui qui l’accuse. xi.e chapitre
Je demande maistre s’il escheoit entre deux combateurs en champ cloz que
l’un rompist l’espee de l’autre ou la jecte hors de la closture/ car je
tiens bien qu’ilz facent du pis qu’ilz pevent suppose que celluy n’ait
hache dague maillet ne autre baston pour soy deffendre se par raison on
luy donneroit nouvel baston de deffence Car puis qu’il est en la maniere
que tu l’as dit/ c’est assavoir que les armes de deffence sont en figure
de tesmoings dont on se aide en plaidoierie/ sembleroit que on leur
deust rendre derechief ou livrer harnoys si qu’ilz le requierent/ car se
pour prouver mon intention avoie produit aucuns tesmoings posons que
ceulx la me faillissent par mort ou autrement/ si en puis je bien
produire d’aultres assez s’ilz ne sont pour mauvais accusez. Pourquoy
doncques se icelluy champion n’a peu par son baston ou autre harnoys son
intention prouver n’en peut il ravoir ung autre.
Bel amy a dire voir selon raison de tel droit qu’il y compte/ y a regard
au juge de telz chose juger/ car grant differences y a se l’espee cheoit
legierement d’aventure hors de la main/ ou se l’autre la lui tolloit
brisoit ou jectoit hors ou se par sa follie la perdoit/ mais se son
espee rompoit d’aventure par les coups qu’il mesmes en donneroit et non
pas par l’effort de son adversaire et plus n’eust harnois pour soy
deffendre/ & que par celle maniere fust/ sans faulte/ aucuns maistres
dient que on luy feroit tort/ qui autre ne luy bailleroit/ mais trop pou
adviendroit que homme entrast en champ sans estre garny de plus de ung
baston ou que tous les perdist/ si se peut ayder de l’autre quant l’un
est sailly.
Or sire et s’il advient que le premier jour le juge ne puisse
congnoistre lequel est vaincu/ sont ilz tenuz de retourner l’endemain Je
te respons certainement que ouy s’il est en leur puissance/ & que a
oultrage aient emprins a combatre/ au cas que autre condition n’y auroit
esté mise/ si n’en pourroit estre absoubz ne quitte jusques a ce que
l’un soit vaincu/ quoy qu’il demeure/ reservé que le prince commandast
le contraire ou que eulx mesmes s’accordassent par le commandement du
seigneur/ car aultrement ne le pourroient ilz faire puys que en champ
sont entrés mais le prince en doibt estre piteux et avoir mercy de ses
deux hommes qui en peril sont de perdre ame corps et honneur.
Dy moy encore maistre lequel des deux doit premierement ferir quant ilz
sont en champ/ car je n’ay pas oublyé ce que cy dessus as dit que ceste
bataille tient en partie/ nature de plaidoierie par quoy il semble que
l’appellant doibt premier tenir son baston/ & ferir/ car en plaidoierie
celluy qui est acteur donne premier sa demande & apres respond le
deffendeur.
Amy combien que tes raisons soient consonantes. neantmoins en ce cas y
convient faire par autre voye que plait ne se gouverne/ car la est
exploicté par parolles/ & icy par voye de fait/ & pource/ la ou homme
est en peril de mort ne doibt pas attendre le premier coup/ car tel
pourroit il estre sy grant & si pesant que tart viendroit a soy
deffendre/ comment n’a pas doncques assez encommencé l’appellant quant
son gaige a donné et appellé l’autre de combatre/ et se en jugement
l’acteur donne premier sa demande ce n’est que par parolles/ dont il est
grant marche ou par ung pou d’escrit. Sy n’est ce pas si perilleux comme
seroit ung coup de hache ou de lance Et puis qu’ilz sont enclos & on
leur escrive faictes vos devoirs/ ne scet pas bien chascun ce qu’il a a
faire/ & pource te dy que selon toute raison en tel cas/ soit par raison
barat ou aultre subtil engin cautelle force appertise ou autrement puis
que la sont/ celluy qui est appellé peut ferir premier s’il a loisir et
en tous cas peut prendre l’avantaige s’il peut ou scet/ mais vray est
qu’il doibt attendre premier que l’autre se parte de sa place ung pas ou
deux ou face semblant de venir vers lui.
Item derechief te fais aultre demande. Je prens que le roy qui voit deux
champions ainsy combatre ait pitié de celluy qui voit sur le point de
desconfiture/ fait arrester par le cry de son connestable. Neantmoins le
mieulx combatant requiert au roy qu’il luy face justice & juge le droit
pour lui Le roy respond je te juge l’onneur de la bataille/ mais je
pardonne a l’autre/ car c’est mon plaisir/ cestui requiert ses despens/
les doibt il avoir/ car il sembleroit que non/ pource que le roy ne luy
a pas condemné et qu’il n’a pas aussy confessé le fait comme vaincu.
Je te respons que s’il estot convaincu du tout & le roy luy pardonnast
le delict/ laquelle chose est en sa puissance/ sil ne peut il pourtant
faire tort a partie/ laquelle a bon droit les requiert mais s’il est
dit. Ho/ qui est a dire cessez ains qu’il en soit du tout attaint et
vaincu/ il n’y est pas tenu/ car quoy que le roy me fait crier/ quant le
pis a de la bataille sil n’a il pas encore confessé la chose en quoy
gist la droicte victoire au vainqueur/ c’est assavoir quant a l’autre
fera confesser le droit qu’il a/ & aussy y pourroit encore avoir
esperance que aucun coup pourroit estre lancé qui occiroit celluy qui le
meilleur cuide avoir/ sicomme on a veu aucunesfoys/ que celluy qui
dessoubz attaindoit l’autre en lançant de dague ou d’espee qu’il
l’occioit/ car de fait de bataille quoy qu’il en semble ne peut estre
bonnement jugé jusques en la fin.
Et maistre s’il advenoit que il fust trouvé que aucun en tel cas eust
accusé a tort ung autre ou de murdre ou de crisme que deveroit il estre
fait de l’accusant.
Sans faulte nos maistres determinent que on en deveroit faire pareille
pugnition comme le cas en donnoit que on deust faire de l’autre s’il en
eust esté attaint.
Cy demande se ung homme estoit pugni en champ de bataille d’aucun
meffait se justice a plus que veoir sur luy d’icelle cause. xii.e cha.
Et derechief je te demande se ung homme qui appelle ung aultre en champ
de bataille pour luy prouver par son corps qu’il est faulz parjure/ & la
pugnition selon le cas advient que de ce mesmes fait il est appellé &
poursuivy de justice/ doibt cest homme estre pugny plus de une foys de
ung mesmes cas/ car il ne sembleroit pas que juste chose fust ne dieu ne
le veult ne saincte escripture ne si accorde que pour ung peché on doive
estre condemné deux foys.
Bel amy ad ce te respondray quoy que les excusations que tu dis fussent
assez bonnes/ & mesmement assez d’autres pour l’omme accusé/ l’autre
partie pourroit respondre nous sommes en court de droit escript/ par
lequel doibt estre congneu et jugié des cas qui requierent pugnition/
mais comme gaige de bataille ne soit approuvé de nul droit escript/ par
lequel supposé que par celle voye a esté corrigé n’est pas pourtant
pugnition/ car justice n’y a pas veu et n’y eut autre chose au regard de
droit que ainsy que se ung pere avoit batu son enfant pour cause d’aucun
delict/ qu’il auroit fait/ ne suffiroit pourtant a justice ne a pugnir
ne le lairoit. Si t’en diray selon le voir de ces deux altercations
Sachez de vray que se la journee eust esté sy longuement differee de la
bataille d’entre l’accusant & l’accusé/ que le cas fust venu en ces
entrefaictes a congnoissance de justice. Je te dy bien que non obstant
ce l’entreprinse de ladicte bataille juste l’en peut pugnir comme se ce
fust chose prouvee/ mais se tu me demandoies se apres la pugnition
seroit tenu de tenir la tournee du champ. Je te responderoye que non Car
quel droit pourroit il avoir de soy deffendre de ce dont il est
convaincu/ mais s’il estoit ainsy que le prince ou celluy qui estoit
garde du champ l’eust pugny de ce meffait ou qu’il luy eust remys &
pardonné ce meffait fust par jurement ou autre/ certes tant est grande
l’auctorité des princes qui ceste coustume ont approuvee de prouver par
bataille par pugnir les a tant par celle voye que pugni soit une foys
sans plus ne les princes & seigneurs ne souffriroient pas aucunement
requerir leurs sentences.
Maistre s’il ne t’ennuye que tant t’enquiers sur ceste matiere me dis
encore ung mot a ce propos.
Ung chevalier accuse ung autre en l’appellant en champ de bataille et
puis s’en repent. se peut il depporter de l’appellation a son voulloir:
& que plus n’en soit de ce qu’il a dit/ car sembleroit que voirement
s’en peust deporter de l’apporter: veu que se ung homme accuse ung autre
ou en mesditz par couroux ou chaleur il s’en peut bien repentir et
depporter s’il veult si qu’il me semble.
Amy a ce je te respons que se ung gentil homme appelle d’aucune
adventure de gaige ung autre gentil homme pour quoy que ce soit en
l’absence de son seigneur ou du connestable ou d’autre juge competent &
apres s’en repent parce que par adventure estoit tresmal informé ou en
tresgrant ire ou merancolie ou apres boire Ceste chose se doibt assez
legierement remettre en maniere que a l’autre doit suffire sans le
poursuivir de l’appellation Car nul ne doibt estre de ce trop
malgratieux ne trop aigre comme ce soit chose merveilleusement
dangereuse quelque bon droit que on ait veu aussy que l’autre soit assez
tenté de soy repentir & refroider de la bataille/ de laquelle fol
mouvement a bien monstré qu’il n’estoit pas saige/ car trop est grant
honte de soy alleguer en parolle tellement que apres s’en conviengne
desdire. Neantmoins il vault trop mieulx soy repentir de la folie
ainçoys que on l’execute que d’entrer au champ/ a mauvaise querelle/ Ne
se n’est pas vice de soy repentir du mal mais c’est pechié & folie de
l’entreprendre et parfaire/ mais en cas que les parolles seroient tant
avant allees que devant le prince ou connestable ou aultre propre a le
recepvoir auroit jecté son gaige repentir ne s’en pourroit sans la
voulenté du prince et l’assentement de partie laquelle pourroit par
raison demander admende/ Car au propos que cy devant t’ay dit que champ
de bataille retrait a plaidoierie sy est ce gage en figure d’une plainte
que on donneroit en jugement. Apres laquelle icelluy qui la donne luy
faut poursuivir la plaidoierie se les parties ne se accordent/ mais bien
est vray que puys que ledit appellant s’en repent le prince doibt estre
large de pardonner aux repentans/ car ainsy le veult dieu.
Cy devise les choses en quoy le roy ou prince doibt avoir regard/ ains
qu’il juge champ de bataille Et comment on doibt donner conseil a ceulx
qui combatre se doivent. xiii.e chapitre.
Des batailles en champ cloz dont tu m’as devisé te dyray qui a present
sont en usage en plusieurs pays et ont par long temps esté par tout le
monde tellement que par longue coustume de les avoir souffertes
nonobstant la deffence du decret et du droit canon si que tu dis sont
tournees sicomme en loy ce me semble que forte chose doit estre aux
princes de bien determiner et juger le cas que telles batailles
requierent/ car il n’est pas doubte que les seigneurs desirent et
veullent que droit soit fait a ung chascun Et pour celle cause
requierent et seuffrent telle bataille faire/ affin que les cas obscurs
& mussez soient attains.
Amy chier vray est ta parolle sans faulte et pource en affermant ce que
tu dis que telle bataille en soit le jugement moult perilleux me plaist
la doctrine et enseignement des nobles/ a laquelle fin tu laboures en
cestuy livre de mettre sans plus & desclairer aucunes rigles a tenir sur
ceste matiere.
La premiere rigle soit que nul prince seculier affin qu’il ne faille
tant soit prudent & sage quelque bon conseil de sages chevaliers qu’il
ait ne doibt juger champ de bataille/ quelque bon conseil qu’il ait
aussi de seculiers se ce n’est par le regard des saiges legistes pour ce
que de tous cas qui advenir pevent mieulx en sauront determiner que
autres gens/ car se leur enseigne leur science/ si est a eulx desclarer
des cas se c’est bon ou mal a faire se c’est chose reprouvee ou permise/
ou se ung cas a previlege devant ung autre/ & qu’il soit vray que telz
gens quant expers sont en sachent mieulx determiner que autres l’octroye
la loy civille/ laquelle dit que les advocas sont protecteurs &
gouverneurs d’humain lignage.
Encore y a autres raisons par quoy affiert a eulx en determiner devant
tous aultres/ c’est pource que chevaliers et seculiers autres gentilz
hommes sont plus legierement meuz a juger armez que autres gens qui ne
sont que clercs/ & leur vient de ung estatut qu’ilz ont en eulx qui
reputeront ung homme deshonnoré se tantost ne accepte le gaige de celluy
qui le donne qui est une oppinion mute sans nul regard de raison quant a
ce sauve leur reverence/ car moins deveroit estre honnoré celluy qui
donneroit/ ou accepteroit le gaige pour pou d’occasion ou pour fol ou
nice/ incontinent que celluy qui le refuseroit/ car sans faulte pas
n’est deshonneur/ ains est le contraire de non consentir et reffuser
folle entreprinse voire par especial de perdre si chier chastel comme
est l’ame avecques le corps/ & pourroit dire l’assailly/ mon amy se tu
as voulenté de combatre si te combas a par toy/ car quant est a moy je
ne vueil pas estre a ta follie participant.
La seconde rigle que le prince garder y doit est de quoy ung gentil
homme acceptast le gaige de ung aultre/ qui paradventure sera meu contre
luy par aucun malice/ par chaleur par quelque faveur/ par oultrecuidance
orgueilleuse pour l’autre cuider suppediter pour mieulx valoir ou par
quelque aultre mouvement sans raison.
Le prince ou quelq’un son lieutenant doibt sur ce estre advisé meurement
de bien entendre la matiere de l’appellant et le bien noter Car aucuns
en y a qui veullent coulourer droit sur falace de parler & si folz sont
qu’ilz cuident tromper dieu/ mais ce leur vient sur le chief Avec ce
doibt bien considerer quelle est la cause qui le meut & quelle chose met
sur a l’autre/ & s’il est ainsi que le prince ait entendu que ce soit
pour cause de debte Il doibt demander a l’appellant pourquoy la debte
luy est deue/ en quel païs & en quel lieu la debte fut faicte s’il a de
ce lettre ne tesmoing & se fait fut sy secretement que ame n’y fust/ se
point d’escrit y a ou aultre seelle/ & s’il advient que apperceu soit
que aucun pou d’apparence de preuve y ait/ ou quelque couleur/ par quoy
jurement de droit y puisse congnoistre/ la doibt la cause commettre Car
en tel cas homme ne pourroit par droit soustenir que avoir y deust
bataille.
La tierce rigle est que le prince doibt faire proposer l’appellant la
cause et action qu’il a contre l’autre/ & aussy que le deffendeur soit
ouy present son conseil ou soient si que dit est les clers legistes/ &
la doibt estre bien veu lequel a juste cause/ & que chascun en die son
oppinion. Apres laquelle chose s’il est ainsy que trouvé soit que la
guerre soit esmute par orgueil follie ou presumption/ comme de dire Je
vueil prouver mon corps contre le sien en champ jusques a oultrance/
pour honneur acquerre et pour l’amour de ma dame ou que plus belle est
que la sienne/ et telles manieres de follie/ tantost doibt estre
deboutee ceste chose et non ouye et deffendre que plus n’en soit parlé &
encores te dy je/ que pour parolles quelconques tant soient injurieuses
se dictes sont en fureur ou chaleur par suspicion ou merencolie/ si que
celluy contre qui ont esté/ s’en vueille combatre/ n’y doibt pas avoir
de bataille: si non que celluy qui dictes les a les voulzist tousjours
maintenir et combatre en celle querelle qu’il fust ainsi comme il auroit
dit: a laquelle chose se ainsy advenoit encores se deveroit on pener de
amoderer l’un et l’autre que bataille ne se feist nullement si que dit
est ne doibt estre emprinse faicte ne jugee se trop grant cause n’y a/
ains deffendue et destournee tout le plus tost que on peut.
Mais s’il est ainsy d’aucune adventure que le cas soit grant sicomme de
traïson de meurdre d’efforcement d’avoir bouté feu ou d’autre grant
chose/ que l’appellant ne puist prouver ne monstrer fors par la preuve
de son corps et que le deffendant ne se puisse nullement excuser que
coulpe n’y ait/ a dont sy que dit est par le regard et consentement de
tout le conseil doibt le prince juger la bataille selon ce que la loy du
cas le requiert/ lequel est tel que tantost jugié sera quoy que
plusieurs soient orgueilleux qu’ilz ne se fient si non en la force de
leurs corps/ & ne font compte de dieu ne de son aide/ y doibt avoir
aucuns saiges preudommes ad ce commis qui monstrer leur doibt le grant
peril d’ame et de corps ou ilz se sont mis/ et que bien se advisent et
confessent a saiges confesseurs/ & en bon estat se mettent/ si appellent
dieu/ car encore leur en sera besoing Et ainsy admonnestent chascun a
par soy bien et saigement leur conseil a part/ leur dient comment telle
chose est pesant: ou il convient mourir ou estre deshonnoré/ sy se
advise que tart ne viengne au repentir/ & toutes telles choses banies/ a
ame et corps sache chascun conseil dire au scien et loyaument
admonnester ne point ne le laisse jusques a la fin de la chose ou il a
mestier d’estre bien conseillé mesmement es tours d’armes qui en telz
cas sont convenables tant a assaillir comme en deffence/ et pour ce
faire se c’est assavoir pour y conseiller d’une partie/ et l’autre leur
doibvent estre baillez chevaliers expers et sages en tel art et science.
Cy demande se bataille peut faire selon droit a jour de feste/ et se on
tient en droit que homme en armes se puisse sauver/ et se clercs pevent
ne doibvent de droit aller en bataille ne excerser armes. xiiii.e
chapitre.
Maistre or me dy se aucune bataille soit generalle ou especiale se peut
faire selon droit a jour de feste/ car il seroit advis que non veu que
les festes sont faictes et ordonnees pour dieu servir Si n’est pas
combatre l’un contre l’autre oeuvre ne service aplicqué a dieu.