comment de dieu estoit permis aux enfans d’israel que a quelque heure de
jour que on venist sur eulx qu’ilz se deffendissent et yssissent hors
pour donner la bataille/ pource te dy/ que en cas de necessité on peut
bien a jour de feste faire bataille/ c’est assavoir que au cas qu’il
fust assailly/ mais sans faute de emprendre journee de bataille a jour
de feste n’appartient pas quoy que au jourd’uy soient christiens de sy
foyble foy et pou de reverence aient en dieu et aux saints que compte
n’en font gens d’armes/ mais que leur advantaige voient de chevaucher
escheller ou escarmoucher & piller aussy au vendredi benoist ou au jour
de pasques que en autre temps laquelle chose ne se doit nullement faire
se grant necessité n’en contraint ou que grant bien de la commune
utilité soit.
Je te demande maistre se nous devons tenir que ung homme d’armes se
puisse sauver en excersant office d’armes/ car tresgrant doubte y
pourroit avoir veu les maulx que necessairement convient que on y face/
& aussy que qui meurt en voulenté de grever son voisin ne va pas en
bonne voye si me semble que tel est le desir de gens d’armes qui vont en
guerre contre les ennemys lesquelz dieu veut que on aime/ & dont qui y
meurt comment pourroit il estre sauvé.
Amy sur ce en bref te respondray par troys conclusions.
La premiere que sans faire doute selon que declaire le decret/ le
chevalier ou homme d’armes qui meurt en bataille contre les mescreans
pour l’exsaucement de la foy de nostre seigneur jesucrist: mais que de
ses pechez soit repentans/ il s’en va ainsy que martir tout droit en
paradis.
La seconde que se ung homme d’armes meurt en juste bataille pour aider
au droit ou que ce soit pour la juste deffence de la contree & pour le
bien publicque ou que ce soit pour garder les franchises ou bonnes
coustumes du lieu se autre pesché ne l’empesche/ son ame n’en est pas
agrevee/ ains y a grant merite et peut estre tel le cas et la querelle
qu’il s’en va droit en paradis/ et est determiné que cellui bien meurt
qui expose sa vie pour deffendre justice le droit de son prince et la
contree/ & le peuple/ qui est chose moult meritoire.
La iii.e est au contraire/ c’est assavoir que se ung homme meurt en
bataille en laquelle fust contre sa conscience/ c’est assavoir qu’il
pensast que la querelle fust mauvaise & pour tollir et usurper droit
d’aultruy dont il ne lui en chaille/ mais que tollir peust piller ou
gaigner ses sauldees/ sans faulte se tel homme n’a loisir de avoir grant
repentance en la fin nous ne pourrions presumer qu’il fust en voye de
sauvement/ sy se advisent bien tous ceulx qui s’i mettent/ car ame et
corps exposent en grant peril se en faulses querelles soustenir se
habandonnent. En ce doivent singulierement avoir regard sauldoiers
estranges/ et est moult contre ceulx ausquelz il ne chault de la
querelle/ mais que bien paiés soient de leurs gaiges/ & que bien
puissent piller/ mais telz gens font trop pis et moins sont a excuser
que ceulx a qui il convient estre soit droit ou tort soubz peine de
perdre leurs fiefz et terres avec leur naturel ou souverain seigneur/
combien qu’ilz doivent se leur seigneur a tort mettre peine a destourner
et eschever la guerre.
Je te prie dy moy se clercs pevent ne doivent sans mesprendre aller en
bataille. Je te dy voirement que de ce font nos docteurs plusieurs
questions et selon l’oppinion d’aucuns aller pevent en armes deffensives
et non pas envaÿes/ c’est assavoir qu’ilz pevent deffendre/ et non pas
envaÿr/ & aultres dient qu’il ne leur loist saillir hors de leur lieu
pour quelconque cas mais seulement leur est permise la deffence de la
cité ou forteresse ou ilz sont/ soit aux murs ou aux fenestres a pierres
et telz bastons que avoir pevent sans traire de fer/ et autres dient que
de toutes armes pevent user en cas de deffence sans attendre que envaÿs
soient/ car aucunesfois pour sauver son corps fault offendre et non pas
attendre que on soit offencé/ car telle pourroit estre l’actende que on
viendroit a tart pour y remedier.
Autres oppinions tiennent que en mandement de pape lequel est souverain
sur tout le clergié ilz pevent faire l’un et l’autre/ & autres dient que
les clers & les evesques qui juridictions de terre et de justice
tiennent des princes sicomme du roy de france tiennent plusieurs prelatz
leur temporel sont tenuz d’aller en guerre avecques leur seigneur s’il
le veult/ & par especial les pers prelatz de france lesquelz pevent bien
dire aux gens d’armes qu’ilz prengnent et emprisonnent/ mais qu’ilz
tuent non/ car irreguliers seroient/ mais nullement ne leur appartient
ferir homme ne a combatre si non qu’on voulzist ferir sur eulx/ car il
n’est evesque ne prelat qui deffendre justement ne se peust en cas que
premier envahy seroit sans ce que inregulier fust & mesmement s’il
occioit/ mais a dire que armés soient gens d’eglise en bataille pour
ferir mesmement en champ n’est point de droit.
Cy commence a parler de fait de armoierye se chascun peut prendre telz
armes qu’il luy plaist. xv. c
Maistre sans faulte je voy & congnoys que ton savoir est en bien souldre
proprement toutes questions que me pourroit estre l’importunité de mon
ignorance/ & comme assez doibt suffire sans toy plus travailler ce que
declaré m’as de droit d’armes s’il te plaist encore ung mot pour moy
faire sage d’aucune chose assez deppendans des precedentes/ c’est
assavoir de droit d’armes/ apres lesquelles demandes que trop ne
t’ennuye je te prendray fin en con[cluant mon livre. C’est que tu me
dies du fait des] devises d’armes banieres et penonceaux que seigneurs
ont acoustumé de porter & faire paindre en leurs paremens se chascun les
peut prendre & porter a son vouloir.
Amy chier de ses armes qui premierement furent trouvees par noblesse/
affin que en bataille chascun noble homme fust recongneu par ses armes
troys differences y a/ dont les unes furent faictes et ordonnees des le
temps ancien pour l’estat des dignités et non pas de leur personne ne de
leur lignage/ sicomme est le signe de l’aigle/ lequel est deputé pour la
dignité imperial Si ne le doibt nul porter s’il n’est empereur.
Item semblablement y a autres armes qui sont d’office/ sicomme nous
dirons les capitoliers de thoulouse/ lesquelz durant leur office portent
unes propres armes ad ce deputees es choses qui a office appartiennent.
Semblablement les consulz de monpellier/ mesmement se assemblee on
faisoit en la ville ces propres armes d’office porteroient/ & se autres
prenoient/ on les reprendroit & ne leur seroit souffert Et semblablement
en divers lieux sont propres armes.
Item la seconde difference d’armes est de celles qui purement viennent
par succession de linage aux roys ducs contes et aultres seigneurs plus
petis sicomme est l’ermine pour le duc de bretaigne/ la croix d’argent
au duc de savoye et ainsy des aultres seigneurs Et de ceulx par especial
ne deveroit nulz prendre les armes/ & encores peux tu veoir que on
congnoist tousjours le chief de la seigneurie ad ce qu’il porte les
plaines armes sans difference & que ceulx qui sont du lignaige tous
aultres gentilz hommes/ sy te dy bien que de droit & raison nul ne se
doibt embatre de riens prendre sur armes de gentilz hommez ne porter
choses semblables ne mesmement gentil homme sur l’autre s’il n’est ainsy
que de ancienneté puisse monstrer qu’elles aient esté a ses
predecesseurs/ ou que aucun seigneur eust donne bende/ quartier ou
aucune partie de ses armes a luy ou a ses bons predicesseurs/ car par
ainsy les pourroit il bien porter sans ce que le linage y peust
contredire/ car a aucuns barons chevaliers et gentilz hommes ont esté
donnees les armes qu’ilz portent d’ancienneté ou les differences qui y
sont par aucuns princes ou grans seigneurs/ si ne doibvent estre prinses
par nul autre si que dit est/ mais bien est vray que s’ilz avoient ou
veoient que ung homme estrange venist en place qui portast les mesmes
armes & toutes pareilles d’aucun gentil homme de france ou d’autre part/
que d’ancienneté semblablement eussent porté ses predecesseurs/ il ne
feroit tort a personne ne riens ne luy en pourroit estre demandé.
Item la iii.e difference est des armes que chascun jour sont trouvees a
voulenté sicomme il advient aucunesfoys que fortune eslieve les hommes a
son plaisir si que les bien petis montent en hault estat/ & aucunefoys
advient par la suffisance des personnes ou en armes science sagesse ou
conseil ou par autre vertu avoir en soy que hommes se font diversement/
si n’est pas mal employé a ceulx qui le vallent par noblesse de vertu/ &
adonc quant ceulx se voient en estat monter prennent armes a leur
voulenté & de tel devise qu’il leur plaist dont les aucuns se fondent
sur leurs surnoms/ sicomme ung homme qui aura nom pierre maillart
prendra les mailletz/ & ainsy diversement/ ou d’autre devise se mieux
leur plaist/ & puis les hoirs qui de luy descendront porteront a
tousjours icelles/ et par celle voye prennent premierement armes.
Cy devise en quelle maniere ung gentil homme peut calenger les armes de
ung autre xvi.e cha.
Or me dy que je l’entende je prens que mon pere ait prins son plaisir en
ces armes/ une biche de gueulles a troys estoilles par dessus/ et ung
autre homme qui riens n’appartient a mon pere eust prins les pareilles
les peut il doncques par droit porter sans contredit.
Je te respons que sur ce debat font les maistres des loix celle
question/ que se ung homme ou linage avoit prins unes nouvelles armes
puys que plublicquement les auroit portees/ & il advenist que ung autre
homme de la ville ou mesmement du païs dont il seroit les voulzist
prendre ou que depuis les eust prinses n’est pas raison qu’il les porte/
ains doibvent demourer au premier ne le seigneur du lieu ne le doibt
suffrir se complaincte en estoit faite/ car telles armez furent trouvés
pour la difference ains seroit confusion/ & il appartient au premier et
a sa justice de pas souffrir a ses subgetz que l’un face tort ne honte a
l’autre et prendre armes que ung aultre auroit ja prinses sembleroit
sicomme ung despris fait par despit ou despris pour commencer contencion
& riote l’un sur l’autre.
Maistre or me respons de ung aultre debat qui assez pourroit advenir.
Ung gentil homme allemant vient a paris pour servir le roy et estre de
sa court Auquel lieu treuve ung autre gentil homme qui porte les propres
armes de son lignage De laquelle chose l’allemant lui veut calenger/
mais le françoys respond qu’il ne les a pas trouvees/ ains les portoient
anciennement ses predicesseurs/ l’allemant dit que plus est ancien son
linage & pource luy doivent demourer & que plus est pourtant que le
françoys le contredit & nye Il respond que en ceste querelle se
combatra/ & de fait gecte son gaige devant le roy sy te demande s’il a
bonne cause et se par droit d’armes le roy y doit juger bataille.
En bonne foy que bataille pour celle occasion y soit jugee ne
accorderoit nul droit/ evidente en est la raison/ car quel dommaige ne
deshonneur peut venir a L’alemant se ung françoys qui n’est pas du pays
dont il est/ & ne sont soubz ung mesme seigneur ne de une terre porte
armes aux siennes semblables. Puis que mesmement sont siennes
d’ancienneté/ pour quoy les luy peut il calenger ne sa longue possession
empescher/ certes de ce ne appartient juger bataille ne aultre droit
fors que chascun se tiengne en son vouloir. Je ne dy pas que s’il
advenoit que pour faulcement dissimuler ung chevalier ou ung homme
d’armes de france ou d’aultre part/ que homme fust de tresmauvaise vie
et prensist les armes de ung chevalier allemant avec lesquelles fist les
mauvaistés Ledit allemant n’auroit pas mauvaise cause de les luy
calenger ains seroit sa querelle juste et bonne/ mais autre bataille ne
seroit a juger contre ce mauvais homme si non les fourches car il ne
seroit pas droit que ung homme se meist en peril contre ung mauvais
homme qui evidamment seroit de mauvaise vie/ & pour cestuy barat
d’autruy armes prendre pourroit on estre pugny par droit en plusieurs
manieres/ car se ung sauldoier de simple linage alemant ou d’autre part
venoit en france es guerres du roy pour estre prins et retenu a gaiges &
portast les armes d’aucun ancien linage de son païs duquel selon la
renommee eussent acoustumé d’estre tresbonnes gens d’armes/ et pour plus
estre honnoré et d’avoir meilleur gaige et greigneur estat les eust
prinses/ n’est pas doubte que se telle chose venoit a congnoissance et
le lignage s’en reclamast de tort il en seroit pugni par droit & aussy
qui contreferoit la marque d’un autre/ car se telle chose estoit
soufferte se pourroient faire infiniz debatz et baratz.
Des armes et penonceaux et des couleurs plus nobles d’armoyerie. xvii.e
cha.
Mais pource que en ceste matiere entrez sommes et que ramentu me as les
banieres & armez des grans seigneurs/ te diray des couleurs que on y
repute les plus haultes & les plus riches/ car difference y a de
noblesse pour la representation qu’elles font selon nature. Les maistres
de loy d’armes treuvent que couleur d’or est la plus riche/ & la raison
est pource que l’or en sa nature est cler & luisant/ vertueux &
confortant tellement que les maistres de phisique le donnent pour
souverain confort a l’omme debilité pres de mort/ & avec ce represente
le soleil qui est tresnoble lumiere/ car la loy dit qu’il n’est chose
plus noble que clarté. Et pour ceste excellence disoit l’escripture que
le juste et la saincte personne resemble l’or & le soleil & pource que
l’or en sa proprieté est comparé au soleil en plusieurs choses
ordonnerent les anciennes loix que homme ne portast or si non les
princes si est doncques or la plus noble.
Item la seconde couleur est pourpre que nous disons vermeil ou rouge et
represente le feu/ si est le feu plus luisant en son corps apres le
soleil & le plus noble de tous les quatre elemens/ pour laquelle
noblesse semblablement ordonnerent les loix que on ne portast vermeil si
non les souverains seigneurs.
Item la tierce noble couleur est Azur/ laquelle pour sa figure
represente l’air/ lequel apres le feu est le plus noble des elemens/ car
il est en son corps subtil et penetratif et habille a recevoir les
influences.
Item la iiii.e couleur est le blanc que on dit en armoyerie argent/
laquelle couleur de blanc est la plus noble de celles qui cy apres
s’ensuivent/ car plus est prochain des corps luisans & avec ce signifie
pureté & innocence/ & dit l’escripture que les vestemens de nostre
seigneur apparoient aux appostres blancs comme noix. Et ceste couleur de
blanc represente l’eaue/ laquelle apres luy est la plus noble.
Item l’autre couleur est noir que on dit en armoyerie sable qui
represente la terre et signifie doleur/ car plus s’eslonge de clarté que
ne font les autres/ & pource fut trouvé que en signe de douleur noirs
habis appartenissent aux dolans si est la plus basse et la plus humble
qui soit/ & pource fut ordonné que religieux s’en vestissent.
Item l’autre couleur d’armoierie est vert qu’on dit sinople qui signifie
bois/ champs/ & prez. Et pource qu’elle n’est pas comptee des quatre
ellemens est reputee la moindre/ & d’icelles six couleurs sont
differencees toutes armes et banieres par diverses divises prinses par
haultesse des le temps tresancien.
Explicit le livre de droit d’armes subtilité & cautelle ad ce servans
selon Vegece de l’art de chevalerie. Imprimé le xxvi.e jour de Juing
Mil. CCCC. quatre vings & huit/ par Anthoine verard Libraire demourant a
Paris sur le pont nostre dame a l’ymage sainct Jehan l’evangeliste ou au
palaiz empres la chapelle ou on chante la messe de messeigneurs les
presidens.
[Marque d’imprimeur]
JESUS
Pour provocquier ta grant misericorde
De tous pecheurs faire grace et pardon
Anthoine Verard humblement te recorde
Ce qu’il a il tient de toi par don.
Icy sont declairees les douze vertus que ung noble homme et de noble
couraige doibt avoir en son cueur/ et en sa memoire et en user.
Vous yssus de noble maison
Et de gentil sang successeurs
Tant de vertus que de raison
Devez estre vrays possesseurs
De vos parfaitz predicesseurs
Avez le nom et heritaige
Mais douze vertus qui sont seurs
Font seulement noble couraige.
Ceulx qui gentilz nommer se veullent
Et nobles dire et maintenir
Et pour nobles tenir se veullent
Douze vertus doivent tenir
Cest abregé leur administre
S’ilz les veullent entretenir
Et de leur cueur faire registre.
Noblesse.
La vertu premiere est noblesse
Car le noble doibt estre extrait
De noble sang de gentillesse
Dont son nom et ses armes trait
Garde soy de faire faulz trait
Mais ce monstre filz legitisme
Et soit son cueur en vif pourtrait
De nobles meurs et bon regime.
Foy.
Par cas pareil doibt avoir foy
Tout noble homme premierement
Envers dieu le souverain roy
A l’eglise pareillement
Et a son prince entierement.
La doit garder sans quelque offence
Qui sa foy faulce ou son serment
Du tout pert honneur & credence.
Leaulté.
Tiercement ensuyt leaulté
Que le noble doibt possesser
Comme la leur de sa bonté
En son cueur la doibt entasser
Pour nul cas ne la doit faulser
Soit vers son espouse ou sa dame
Car mieux vaut leal trespasser
Que desleal vivre en blasme.
Honneur.
Sur honneur doibt estre fondé
Du noble le desir finable
Qui veult estre recommandé
En tous ses faitz soit honnorable
Il ait la bouche veritable
Et cueur assiz plus hault que roche
Ainsy pourra estre semblable
Aux parfais qui sont sans reproche.
Droicture.
Apres honneur ensuyt droicture
Qui le noble fait obliger
A garder toute creature
En droit. et le mal corriger
Ses armes ne doibt encharger
S’il n’a bonne et juste querelle
Et ne doibt croire de legier
Mais partie ouye sans cautelle.
Prouesse.
Prouesse est la haulte vertu
Qui en cueur de noble recline
Son nom est mort et abatu
Se prouesse en luy ne domine
Preux et vaillans s’y determine
Pour louenge & renom acquerre
Ou aultrement il n’est pas digne
De tenir seigneurie ne terre.
Amour.
Amour est la vertu feable
Qui au noble fait dieu amer
Reffuge doulz & amiable/
Se doibt le noble a tous clamer
Faire se doibt aussy amer/
D’amour conduit et de franchise
En gardant par terre & par mer
Vesves orphenins et l’eglise.
Courtoisie.
Courtoisie est la vertu noble
Qui le noble peut decorer
C’est ung des beaulx fruitz du vignoble
Que gentil cueur peut savourer
Il doibt contendre & labourer
D’estre doulz et d’umble vouloir
Si se pourront en luy mirer
Tous et toutes pour mieulx valoir.
Diligence.
Diligence acquiert par son gré
Prouesse et honneur largement
Et met le noble en hault degré
S’il le veult croire seulement
Attaindre ne peut franchement
Les autres vertus l’exellence
Qui premier n’a le fondement
Et le moyen de diligence.
Necteté.
Cueur gentil qui a honneur chache
Doibt avoir necteté entiere
Car on veult que une seule tache
Deffait la robe tant soit chiere
En faitz en ditz et en maniere
Necteté la doibt esclarchir
C’est des haulx biens la tresoriere
Qui les nobles peut enrichir.
Largesse.
En noble cueur et gratieux
Doibt estre largesse comprinse
Car ung cueur avaricieux
Ne fera ja de haulte emprinse
Qui est large chascun le prise
Bien est servy et tant amé
Que par sa largesse bien prise
Il est haultement renommé.
Sobresse.
Sobresse fait l’arriere garde
Dont le noble homme est capitaine
Affin que ses vertus bien garde
En bonté dont n’ait gloire vaine
Ne dye parolle villaine
Et de pres se garde en tout lieu
Car ja n’aura vertu haultaine
Qui de son ventre fait son dieu.
Noble homme pas ne fourligne
Aime mieux honneur que peccune
Considere ta noble ligne
De ces vertus aime chascune
Et d’icelle n’oublie aucune
Car d’une çainture sont çaintes
Qui pert la lumiere de l’une
Toutes les aultres sont estaintes.
Estudie es nobles histoires
Des preuz des loyaulz des parfaiz
De leurs honnorables memoires
Peuz valoir en ditz et en faiz
Se tu portes le pareil faiz
A tes successeurs pourra plaire
Et leur seras se ainsi le faiz
Droicturier patron d’exemplaire.
Cy sont les vii. vertus que en noblesse doibt avoir Et par especial es
princes.
NOTE DU TRANSCRIPTEUR
L’orthographe, la ponctuation et l’usage des majuscules sont conformes à
l’original. On a cependant résolu les abréviations par signes
conventionnels (par exemple cõe pour comme), différencié u/v et i/j, et
ajouté cédilles, apostrophes et accents. Les pieds de mouche (¶) ont été
convertis en alinéas. On a suppléé à l’absence de point en fin de
paragraphe.
Seules ont été corrigées les erreurs manifestement imputables au
typographe (confusion entre lettres semblables, doublons, etc.). A
certains endroits où la lecture ne semblait pas fluide, on s’est appuyé
sur le manuscrit ms. 10476 de la Bibliothèque royale de Bruxelles pour
ajouter quelques lettres ou mots manquants, signalés entre crochets.