S’il advenoit que par violence leur roy feist prendre leurs biens par

force pour alouer en ses guerres. Je te dis que de ce ne pevent mais/ sy

ne seroient pourtant tenuz d’estre prins ne de paier raençon ne estre

prins ne retenuz comme ennemys de nulle partie/ mais aultrement est.

S’il advient que aucun prebstre voise en guerre ou se ingere de ce

aucunement/ s’il estoit prins sans faulte il ne deveroit estre espargné/

que toute rigueur de rudesse ne luy fust faite/ fust prelat ou autre en

fait de paier raençon et diroie que tel homme fust mené au pape qui bien

le pugnist/ mais autrement d’emprisonner les hommes d’eglise est chose

descouvenable.

Cy devise se ung gentil homme prisonnier de guerre doibt mieulz aimer a

mourir que faulser son serment. xxvii.e chapitre.

Or te vueil faire aucunes demandes qui en cas de prisonniers de guerre

assés des precedens deppendent. Je prens que ung chevalier a prins en

guerre son ennemy et en ung chastel ou aultre prison l’a mis. Je te

demande se ledit prisonnier voit son lieu de s’en aller par cautelle ou

subtilité s’il le peut faire justement selon droit de guerre/ car je

fays doubte que non pour plusieurs raisons La premiere car il luy a

baillé sa foy si n’en peut partir sans soy parjurer. La seconde que

droit ne veult que on face a autruy ce que on ne vouldroit que on luy

feist/ & icelluy prisonnier ne vouldroit pas que son prisonnier ainsy

luy feist si trespasse ceste loy en ce faisant. La tierce qu’il est

ainsy que son serf & en son mercy jusques a tant que quitte soit de sa

raençon/ si me semble qu’il se meffait en tant qu’il mesmes luy oste/

sicomme le sien/ par propre qui est chose qui faire ne se peult sans

mesprendre.

Or bel amy ad ce te respondray pour l’autre partie et bien y a/ a

regarder/ Car il convient determiner selon les circonstances. Je te dy

que on peut dire pour l’autre qu’il n’a riens mesprins/ car il l’a fait

selon la loy de nature/ laquelle veut que toute personne soit en

liberté.

Item quant il donna sa foy ce fut par force et par merveilleuse

contraincte qui lui fist faire/ & promesse faicte par force la loy ne

contraint pas a le tenir/ & autres raisons y pourroit dire/ mais au fort

quant a droit d’armes/ lequel est permis par toute loy tout ce y fait

petit/ car au droit aller Je te ditz que quant ung homme est prins &

qu’il donne sa foy de tenir prison. Sans faulte il ne peut sans foy

meffaire vers dieu & vers le monde/ s’en partir sans l’accord de son

maistre voire aucuns cas reservez et que bien l’entendez/ c’est assavoir

que ledit maistre ne luy face autre mal ne grief sinon le tenir en

prison convenable ainsi que le droit l’a limitté/ mais je t’accorde bien

que s’il estoit tenu si destroit & sy mal mené que en peril en fust de

sa vie et que on luy fist chose cruelle et inhumaine. Je te afferme que

se voye trouvoit de s’en aller Il feroit tresgrant sens Ne en riens ne

deveroit estre reputé meffait Ou que le maistre ne voulsist prendre deue

finance selon son povoir/ & il luy auroit offerte plusieurs foys et prié

qu’il la voulsist prendre.

Item et au cas que ledit maistre fust tant cruel que acoustumé eust de

faire mourir ou tourmenter ou languir en prison ses prisonniers et

telles rudesses qui sont contre loy de gentillesse/ celluy qui de tel

homme est tenu n’est pas contraint de luy tenir foy se par quelque voye

peut eschapper/ car celle foy bailler est a entendre que ainsy que le

maistre est sire du prisonnier par vertu de droit d’armes/ que aussy il

le doibt tracter humainement si que ledit droit le donne et non pas le

tenir comme beste ou pis que sarrazin ou juif/ lesquelz mesmement ne

loist traicter si durement que on leur donne cause de desespoir. Et

pource te dis que celluy qui premier brise a autruy et trespasse le

droit dessert aussy que pareillement luy soit fait.

Voire maistre s’il advient que ung gentil homme prenne ung aultre en

bonne guerre/ et nonobstant que le prisonnier ait juré au maistre de

tenir prison ledit maistre le tiengne en bonne tour ou en forte prison

encloz. Je te demande se tel homme voit son point s’en peut aller sans

mesprendre/ car aucuns pourroient pencer que si/ veu que le maistre ne

se fie pas au serment ne en la foy du prisonnier/ & puys que ainsi est

qu’il ne s’i fie quelle foy doncques luy peul[t] il rompre ne briser/

car il ne se attent pas nullement au premier lier/ mais ainçoys luy

baille autre plus fort/ & ou mieulx s’attend. Pource comme il sembleroit

ne brise pas le prisonnier sa foy. veu que son maistre la repute pour

nulle.

Je te respons derechief que le droit a distincte des choses d’armes/ se

le gentil homme jure a tenir prison s’il est ainsy que son maistre luy

donne a menger et a boire suffisamment et logis non trop destroit/ &

vueil traicter de deue finance quant temps sera/ & que pour la prison

qu’il luy donne ne puisse prendre mort ne declinement de son corps & de

sa santé/ se tel prisonnier s’en va nonobstant que maistre le tiengne en

bonne garde qu’il brise son serment & fait contre droit de guerre & de

son deshonneur car s’il est gentil homme il doibt faire ce qu’il

appartient/ c’est assavoir tenir son serment a son maistre/ lequel l’eut

occis a l’eure qu’il le print s’il eust voulu/ et posons qu’il le

tiengne enclos il ne luy fait nul tort/ car il promist tenir prison bien

& loyaument sans la briser/ si ne se peut excuser tel fuitif qui n’ait

fait mal Car puys qu’il se mist en peril de la bataille C’est assavoir

d’estre mort ou prins Il debvoit savoir que prison n’est pas lieu

d’esbatement ne de feste si doibt doncques puys qu’il est encheu au

peril porter bien doulcement et patiamment la penitance en esperance de

une autrefoys escheoir a meilleur fortune.

Cy devise se ung gentil homme prisonnier de guerre doit mieulx aimer a

mourir que briser son serment. xxviii.e chapitre.

Je supose maistre que ung chevalier ou homme d’armes soit en la prison

d’un autre ou de ung seigneur ou de une ville mais sy grant rigueur luy

soit faicte que on luy afferme que ce dedens certain temps n’a fait sa

finance Il sera occis/ pour quoy il quiert pour dieu et en pitié que

l’en le laisse aller en son pays faire finance et que sans faulte

retournera a tout dedens le jour promis. A bref dire on le laisse aller

sur son serment fait sur les sainctes evangiles. Par lequel serment il

jeure que pour encourir la mort ne fauldra qu’il ne retourne dedens le

jour promis. Or advient que impossible luy est de finer sa raençon si

est assavoir s’il doibt retourner pour soy retourner mettre a la mort/

laquelle par ses adversaires luy est promise/ car mesmement il est

escript es hystoires de romme/ que ainsy le firent jadiz les nobles

conquereurs rommains/ qui ains s’exposoient a la mort que enfraindre le

jurement de prison. Et ce iceulx qui paiens et mescreans estoient

juroient leurs faulx dieux/ ilz le tenoient toutesvoyes mieulx le

doivent tenir les christiens quant ilz jurent sur la saincte foy

catholicque.

Bel amy tu dis bien. et encore plus de raisons y pourras a ton propos

alleguer/ mais a la verité du fait en y a trop/ qui pourroient excuser

l’omme en tel cas/ quoy que aucuns docteurs veullent maintenir que

mieulx deveroit l’omme vouloir mourir que parjurer le nom de dieu

Laquelle chose est vraye en aucun cas/ mais quant a cestuy qui est chose

violente et fait ainsy que par force pour sauver sa vie/ n’est pas

determiné qu’il vaulsist mieulx a mourir/ & qu’il n’y soit tenu te diray

les raisons. Je te dy que selon droit escript/ serment contre bien et

utilité et mesmement contre bonnes meurs ne fait pas a tenir/ et quoy

que mal soit de soy parjurer est encore trop pis fait de tel serment

tenir si doibt estre esleu de deux maulx celluy qui est le moindre

criminel. sicomme ung homme aura juré sur les sainctes evangilles ou sur

le corps jesucrist sacré/ qu’il occira ung homme ou fera quelque grant

malfait/ si n’est pas doubte que pis seroit d’occir ung homme ou bouter

feu en une maison/ ou aultre grant mal que de soy parjurer/ quoy que

pesché mortel feist des qu’il jura/ car choses desraisonnables a faire

ne se doibvent pas jurer.

Or est il ainsy et nul ne doibt le contraire pencer que nul homme n’est

maistre de son corps mettre en prison pour occir ne ses membres trencher

ne qu’il seroit de ung autre Et il appert qu’il n’en soit en luy Car

s’il se occioit luy mesmes/ justice pugniroit le corps honteusement au

gibet/ aussy s’il trenchoit ses membres ainsy seroit il pugni par

justice que se a ung autre l’avoit fait.

Pource derechief te dis qu’il n’est pas en luy ne en son povoir de soy

obliger par celle voye ne point le lie le serment ains est nul. Et plus

te dy nous disons de droit escrit/ que se ung homme peut ung autre

garder & preserver de mort/ et il ne l’en garde a son povoir qu’il

l’occist doncques ne mesprent pas s’il garde a soy mesmes le droit que a

nature est tenu a garder/ c’est assavoir s’il eschieve la mort/ & cecy

est quant a excuser l’extremité de la chose et supplier ce qu’il n’a peu

admender de la raençon paier/ mais pourtant ne te dis je pas qu’il ne

soit tenu de faire finance tout le plus tost qu’il pourra et y mettre

toute peine de soy en acquiter.

Cy fine la tierce partie de ce livre. Et commence la quarte et derniere

partie laquelle parle de droit d’armes en fait de saufconduit/ de treve/

de marque et de champ de bataille.

[Illustration]

Au premier chapitre demande le disciple au maistre se ung seigneur

envoye saufconduit a ung aultre son ennemy chevalier baron ou qui qu’il

soit/ et que audit saufconduit ne ait si non contenu de sauf venir/ s’il

peut bien par celle cautelle l’arrester selon droit au partir. Premier

cha.

Au commencement de ceste quarte partie treschier maistre vueillez

saillir en ung autre different propos de guerre/ combien qu’il soit tout

dependant du fait dessusdit c’est assavoir en une maniere d’asseurement

qui se donne aux allans et venans entre les parties par lettres qu’on

dit saufconduit. De laquelle chose premierement te vueil faire demande.

Je suppose que ung baron ait guerre a ung chevalier de laquelle guerre

les amys d’une part et d’autre se mettent merveilleusement en tresgrant

peine de y trouver paix par quoy ledit baron envoye saufconduit au

chevalier de venir vers soy et luy demande que sur icelluy viengne

sceurement. Le chevalier s’i fie et y vient/ mais quant ensemble ont

parlé et que partir s’en veult le baron le fait arrester et dit que son

prisonnier est Car dist il vous estes de guerre contre moy ce scet

chascun/ si vous puis prendre a mon advantaige se je vous y treuve.

L’autre respont qu’il ne peut par la vertu de son mesmes saufconduit/ Le

baron replicque en disant. mon saufconduit que baillé vous avoye parloit

de sauf venir/ mais du partir neant pource ne luy fay nul tort s’il le

retient. Si te demande se le baron a bonne cause. Et sembleroit que ouy

veu & consideré qu’il suffist entre ennemys tenir le contenu des

lettres. Et puys que sy fol a esté le chevalier qu’il n’a sagement

entendu s’il en porte la penitance/ ce n’est pas mal employé/ car il

loist en fait de guerre si que toy mesmes l’a cy dessus tesmoingné en

usant de cautelles pour decepvoir l’un l’autre/ si s’en garde qui

pourra.

Je te respons bel amy que tu t’abuses en cest endroit/ car s’il estoit

ainsy que tu dis trop d’inconveniens s’en pourroient ensuyvir. Et pource

y a la loy pourveu/ qui deffent expressement que nul ne deçoive par

parolles cauteleuses/ car cuideroies tu doncques que ung homme fust ouy

en jugement pour dire j’ay vendu cent livres de terre pesant et

semblablement d’autres telles choses te dis bien qu’elles ne seroient

pas reputees en jugement fors trufferies/ & l’omme trompeur qui user en

vouldroit en seroit pugni. Et pour ce a nostre propos l’omme ne se doit

fier en telle lettre se elle n’est bien expresse de sauf venir/ sauf

demourer et sauf en retourner et les autres circunstances/ et ne veult

la loy que le malice du frauduleux deceveur prengne si estroictement la

simplesse de l’omme qui y va de bonne foy. Si doibt estre entendu que le

saufconduit est selon l’intention de celluy auquel on le donne/ par

lequel se tient asseuré/ de sauf aller sauf demourer et sauf retourner/

ou autrement se ne seroit pas saufconduit Ains seroit une traïson

couverte qui trop seroit a blasmer/ et telle en est la verité.

Neantmoins peut estre que aucuns de fait sans nul droit ne sans quelcune

raison en aient usé qui a leur tresgrant deshonneur et villennie

debveroit tourner/ mais chascun n’a pas povoir de faire tout le mal

qu’il feroit voulentiers.

Cy devise se ung chevalier ou autre gentil homme avoit saufconduit luy

x.e S’il pourroit par droit mener avec lui ung seigneur au lieu de l’ung

des x. sur la terre des ennemis et se ung capitaine de petite quantité

de gens d’armes peut donner saufconduit a plusgrant et plus puissant que

soy. ii.e chapitre.

Puys que entrez sommez en matiere de saufconduit/ respons moy d’une

question. ung chevallier angloiz a saufconduit du roy de france pour luy

x.e a cheval venir en france/ pour cause d’aucun affaire/ advient que

ung grant baron ou seigneur d’angleterre luy prie qu’il soit l’un des x.

compaignons. car grant voulenté a de veoir france et soy y venir

esbatre. laquelle chose ledit chevalier octroie/ & avec luy s’en vient.

dont il advient que quant ilz sont pres de paris en l’ostellerie logez

ledit baron est congneu de ung chevalier de la court du roy lequel

tantost bien acompaigné vient a luy en luy disant qu’il se rende/ car

son prisonnier est. A laquelle chose le chevalier qui le conduit soy

opposant a l’encontre dist que ce ne peut il pas faire/ car par le

saufconduit qu’il a peut aller luy x.e si est celluy l’un des x. Car

telz les povoit prendre qu’il luy plaisoit. Le chevalier replicque. vous

n’estes que ung simple chevalier/ si ne povés plus grant de vous mener

sur vostre saufconduit/ car se ainsy estoit/ donc pourriés pareillement

avoir admené vostre roy ou ung de ses enfans/ laquelle chose n’est pas

raisonnable/ & mesmement celluy que vous menés/ vous deveroit selon

raison mesmes mener/ car trop est plusgrant que vous dist l’anglois. Je

ne le maine pas a mon saufconduit/ mais a celluy du roy de france Si

demande & requiers que tenu me soit en terme selon ce qu’il se contient.

Ceste question venue en jugement Je demande lequel a droit.

Je te respons que c’est le françoys/ car selon droit escript en telle

generalité ne doibt estre entendu plusgrant homme de soy/ car se ung

homme donne a ung autre procuration de certaines choses faire/ n’est pas

pourtant a entendre qu’il lui donne generalle procuration ne qu’il en

doibve personne abuser/ & par especial en fait d’armes. Jamais telle

chose ne seroit soufferte a passer/ car tourner pourroit a prejudice a

la personne qui le donneroit.

Item je suppose que ung capitaine d’ost françoys qui de par le roy soit

envoyé sur les frontieres die et afferme qu’il ait puissance de donner

saufconduit par toute guyenne/ & pource y mande au senechal qui vienne

sur la terre de france/ car moult desire a parler a luy/ sy luy envoye

pour ce faire saufconduit par quoy ledit seneschal de bordeaux se part

sur celle sceurté pour venir en lieu determiné/ mais il advient que en

chemin il est rencontré de françoys/ lesquelz le prennent et mettent

prisonnier. Si te demande se ledit capitaine est tenu de l’en jecter

hors a ses propres despens/ car sembleroit que ouy veu que par son

asseurement est echeu en ce dommage.

Je te respons que non/ scez tu pour quoy/ pource que on dit communement

que sans cause seroit tenu ung homme pour fol se de sa folie n’a nul

dommaige/ & il est tout cler que le seneschal ne devoit pas croire ung

capitaine si non que certiffié fust que les françoys gardassent son

saufconduit/ se simple a esté/ le mal luy en demeure/ car avecques ce

deust bien savoir que ung capitaine n’a povoir de soy tenir sur ce non

de ses gens/ dont puis que ce n’ont il pas fait/ de quoy luy est il

tenu/ & avecques ce n’est pas de droit que ung homme donne previlege

d’aller sur le royaume a plus grant de soy/ ne mesmement s’il estoit

obligé de le garder si ne luy vaudroit tout riens/ si te concludz que

quoy que le capitaine eust donné ledit saufconduit de bonne foy que tout

ce n’eut riens valu/ s’il est gentil homme il est tenu de pourchasser de

sa puissance sa delivrance devers le roy/ pource que par sa coulpe est

encheu en tel inconvenient.

Comment l’acteur s’esmerveille veu la petite foy qui au monde court/

comment personne se ose fier en ses saufconduitz Et puis demande s’il

advient que aucun roy ou prince crestien donne saufconduit a ung

sarrazin se les aultres cristiens par ou il passe le doivent tenir.

iii.e cha.

Maistre sans faulte/ ce me semble a mon advis tresgrant merveille veu la

petite loyauté qui au jourd’uy court au monde comment ung prince ou

seigneur ou gentil homme/ et mesmement quelque homme que ce soit se ose

fier par saufconduit de aller en lieu ou ses ennemys soient plus

puissans et fors de soy.

Amy se tu t’en esmerveilles ce n’est pas sans cause combien que

saufconduit selon l’ancienne coustume de droit d’armes et aussy de toute

la loy deue selon la nature eust esté sceure entre parties et ennemys

mortelz que nous appellons en nos loiz capitaulx Lesquelles lettres de

sceurté les bons et vaillans conquereurs du temps passé n’eussent

enfraint pour mourir/ mais a present pour les baratz et subtilités

trouvez/ par lesquelz on n’a honte de mentir ne rompre foy ne sermens

entre cristiens trop moins que juifz ou mescreans n’auroient/ &

conseille par aucuns de nos maistres que en saufconduit on ne se fie de

legier/ comme le temps soit venu que ce que les droitz appellent fraude

et barat est appellé subtilité & cautelle et ainsy y est le peril grant/

car se de fait ung homme de quelque estat ou condicion qu’il soit veult

faire traïson/ puis qu’il a la personne en place ou en lieu ou plus fort

se treuve/ il trouvera assez de couleurs d’avoir occasion de le faire

occir/ ou par prisons ou comme se cas d’aventure fust/ ou par faire

esmouvoir aucun ou bouter feu en la maison & aussy en diverses guises &

puisque fait seroit il n’est droit qui y venist a temps/ & pour ces

doubtes dit a bon droit la loy/ que pour sceurté de la personne quant il

se met au povoir de son ennemy ne se pourroit donner previleges trop

grans car apres le fait restitution seroit nulle/ sans faulte maistre

c’est pure verité/ mais encore me ditz une question selon droit.

Je suppose que ung roy cristien eust donné saufconduit a aucun sarazin/

Je te demande quelz gens des crestiens luy doivent tenir celluy

saufconduit/ car au propos de ce que cy devant as dit me peut sembler

tout premierement que les gens du pape n’en ont que faire comme ilz

soient a plusgrant seigneur que le roy n’est/ je sçay bien que tu veux

dire voirement n’y sont ilz pas tenuz/ & mesmement ne sont les autres

roys crestiens selon le tesmoing des loix/ lesquelles dient que hors de

sa juridiction homme ne peut faire mandement ne ordonnance/ sy t’en

diray/ car de ses subgectz mesmes aucuns pourroient doubter que pas n’y

fussent tenuz La cause est pource que les sarrazins sont ennemis

generaulx de toute la crestienté c’est chose vraye et aussy escrite/ par

quoy nul crestien ne doit recevoir quelconque ennemy de la loy de dieu

si est tout homme tenu de plus obeyr a dieu nostre pere que a son prince

temporel/ en tesmoing de la loy qui dist/ que a toute personne est

permis de contredire a son seigneur s’il est tel qu’il vueille porter

garder soustenir ne donner faveu[r] aux ennemys de la foy de dieu dont

par lequel droit seroit tenu le subgect dudit roy de garder cellui

saufconduit/ & avec ce les sarrazins n’ont pas seulement guerre contre

ung roy/ mais contre tous/ et droit dist que une chose qui touche a tous

doibt estre esprouvee a tous/ car autrement riens ne vault. Mais or y a

il aultre chose/ a entendre/ c’est assavoir que s’il est ainsy que pour

raisonnable chose luy ait donné/ sicomme pour traicter ou pourchasser la

finance d’aucun chevallier ou aultre crestien quel qui soit/ qui soit en

leurs mains prisonnier ou pour autre chose juste et raisonnable/ n’en

doutbtés pas que non pas seulement les subgectz dudit roy/ mais

generalement tous crestiens par ou il a a passer le doivent laisser

aller sceurement pour deux principalles raisons/ La premiere est que

entre eulx ne puissent dire que entre nous crestiens eussons pou de foy

et pou d’amour ensemble/ quant ne vouldrions pourchasser la delivrance

des gens crestiens qui entre leurs mains seroient prins pour la foy de

nostre seigneur. L’autre que se rudesse leur estoit faicte entre

crestiens s’ilz y viennent posons que ce fust pour marchander ou pour

ambaxade ou autre juste occasion/ ilz le pourroient chier vendre a nos

crestiens qui pour semblables cas vont souvent entre eulx Ainsy leur

doibt estre tel droit gardé que nous voulons qu’ilz gardent/ mais se

ainsy advenoit que ung roy ou une ville eust guerre contre ung aultre &

pour soy venger ou pour aultre chose non raisonnable faisoit venir a son

ayde aucun puissant sarrazin a son saufconduit/ en telz cas nulz

crestiens subgectz ne autres ne le doibvent souffrir ne ja pour ce les

vassaux ne seroient reputez parjures ne moins loyaulx a leur seigneur/

car mesmement dit la loy que se on treuve ung homme qui porte lettres

contre la publicque utilité on les peult oster et rompre. Et dit ung

autre semblablement que tout homme doibt bouter hors d’environ soy

contre la loy.

De treves et de marque.

Cy devise se durant treves entre guerroyeurs on peut par droit prendre

en aucune maniere chose qui soit l’une partie sur l’autre Et se l’une

partie enfraint les treves/ se l’autre partie est tenue de les tenir.

iiii. chapitre.

Maistre il me semble que ung autre asseurement de guerre est entre

ennemys/ que on nomme treves qui est une maniere de paix faicte durant

aucun certain terme de temps si te vueil ung pou faire de question

pource que ay aucunesfois ouy dire que en aucun pays/ & mesmement les

anglois en ont aucunefois usé contre les françoys/ quant treves

estoient/ & mesmement durant les treves que ce n’estoit pas mal fait se

on veoit son advantaige de prendre par aucune cautelle qui peut chastel/

ville ou quelque prisonnier/ & te demande s’il est vray que faire se

puisse sans tort.

Ad ce je te respons que vrayement tous ceulx qui le font enfraindent le

pur droit de treves/ & affin aussy que tu le puisses en ceste partie

mieux tesmoingner te diray que nos maistres en dient/ tout premierement

dient que c’est ung asseurement royal qui de ancien droit ne se doibt

briser sur peine capital sicomme loy droicturiere de roy ou de prince ne

doibt estre brisee.

Item dient qu’elle contient troys choses principalles/ c’est assavoir

qu’elle donne sceurté aux biens meubles & autres choses. Secondement aux

hommes Et tiercement qu’elle tire a traicté et esperance de paix Et

doncques puis puys qu’en soy treves contienent tant en general comme en

especial ces choses. par quel droit s’y pourroit prendre l’une partie

sur l’autre prisonniers ne quelconque aultre chose/ si te prie maistre

que tu le me dies.

Sans faulte amy ceulx qui le font ou qui maintiennent que sans tort se

puist faire n’ont que faire de droit si treuvent assez de manieres de

baretter/ & pis y a qu’ilz veullent couvrir leur faulceté de droit et de

loy laquelle est appertement contre eux la ou elle dist que toute chose

usurpee et prinse sur fiance de treves/ de droit doibt estre rendue et

restituee et tous les faiz payez/ & scés tu que le roy ou prince selon

la loy deveroit faire de ses gens qui telle villenie luy auroient faicte

comme de mentir et non entretenir sa promesse leur faire trencher les

testes sy y prendroient les autres exemple/ & se est la sentence de la

loy & de ce acqueroit sy bon los comme d’estre appellé tresbon justicier

prince cremu en seroit/ & par ce donneroit plus grant cause a ses

ennemys d’eulz plus voulentiers rendre a luy/ lesquelz se les treves

rompent/ & il puist tenir aucun d’iceulz a sa puissance/ pour nulle

raençon ne les doibt espergner ne deporter que pugnis ne soient comme il

appartient/ & je te demande maistre se le roy de france et celluy

d’angleterre avoient juré treves ensemble durant certain temps/ & le roy

d’angleterre les rompist seroit le roy de france tenu de les tenir: car

il pourroit sembler que si par celle maniere/ posons que aucun face mal

ung autre n’est pas tenu de le faire semblablement/ ains se doibt tout

homme tenir en sa loyauté.

L'art de chevalerie selon Vegece · 第 14 / 17 段