Ung autre decret dit puis que ung homme a vaincu ung autre/ il est tenu

de luy pardonner le mesfait et par especial de luy rendre la vie/ si te

dy bien que c’est contre tout droit et toute gentillesse de occir celuy

qui se rend/ & te dy que les parens en pourroient poursuivir comme de

tort fait/ s’il n’estoit ainsi que le prince l’ostast des mains de

celluy qui l’auroit prins & que par bonne et juste cause s’il l’avoit

bien desservy et que conseil eust que grant mal pourroit venir a luy et

a sa terre de le laisser aller/ le fist mourir en autre usage seroit

chose tresmerveilleuse et moult inhumaine et trop grant cruaulté.

Et se tu me dis que les anciens avoient loy que s’il leur plaisoit de

faire mourir leurs prisonniers ou les vendre a autres/ ou leur faire

faire leur labour.

Je te respons que entre cristiens desquelz la loy est du tout fondee sur

misericorde et pité ne loist pas user de tel tirannye. Car selon nostre

loy ce sont choses excommuniees et reprouvees.

Or te forme autre question c’est assavoir a qui le prisonnier doibt

estre ou au seigneur ou a celluy qui l’a prins/ car il m’est advis que

cy devant as bien dit que une loy tesmoingne que le prisonnier est a la

voulenté de cellui qui le prent/ & puis que a sa voulenté est dont

sembleroit il qu’il fust sien.

Bel amy il semble que tu ayes oublyé ce que par cy devant t’ay dit. Si

te dis derechief que quoy que voirement soient de divers maistres

plusieurs oppinions pro et contra en ce cas Neantmoins est conclud que

toutes proyes prinses si que ja pieça t’ay dit doibvent estre en la

voulenté du prince/ auquel il appartient les distribuer selon

discretion.

Bien t’entans maistre. Or me dy puys que ainsy est que nous cristiens

avons laissé les loix anciennes de mettre en servitude ou occir les

prisonniers. Je te demande se justement on peut demander finance d’or

d’argent ou autre meuble selon ce que on use en fait de guerre

communement/ car se bien m’en souvient tu as cy devant dit que au

prisonnier est deue misericorde/ & on luy fait doncques tort de luy

faire paier raençon comme on ne luy face nulle misericorde.

Je te respons derechief que voirement lui est deue misericorde en deux

manieres/ c’est assavoir que la vie luy doibt estre respitee Et plusfort

te dy que le maistre est tenu par droit et obligé de faire ayde et

deffendre a son prisonnier contre ung autre qui le vouldroit offencer.

Item avec ce luy est deue misericorde en telle maniere que s’il estoit

possible que ung homme d’armes eust tout son vaillant sur soy a l’eure

que il est prins tout peut estre au maistre s’il ne luy fait aucune

misericorde/ mais de droit escrit il luy doibt faire tellement que en

prenant raençon de luy laquelle chose est previse en droit d’armes par

especial une nation contre une autre nation quant ilz se combatent

sicomme une nation de françoys & l’autre nation d’angloys. Et doibt

estre regardé par raison que la raençon ne soit si cruelle que l’omme en

soit desert/ femme et enfans mis en povreté/ car autrement ce seroit

tirannie et contre tout droit d’armes/ car il n’appartient pas que le

gentil homme soit mendiant apres sa raençon Ains luy doibt demourer de

quoy vivre et son estat tenir Bien fait a priser l’usance d’italie

esquelles guerres quant l’omme d’armes est prins ne pert de commun usage

que son cheval & harnois/ sy ne luy fault vendre sa terre ne soy

desherter pour sa raençon paier. Si peus veoir en quelle maniere raençon

convenable est juste selon le droit d’armes/ laquelle est permise/ mais

de mettre l’omme en mauvaise prison et le contraindre par tourmens a

paier plus qu’il ne peult est erreur inhumaine et fait de mauvais tirant

crestien pire que juif. Et si sachez de vray que ce qu’il en a par celle

voye est tresmauvaisement acquis et est tenu de le rendre ou c’est a sa

damnation si s’en garde ung chascun.

Cy devise se c’est chose de droit de prendre sur terre d’ennemis les

simples laboureurs qui ne se meslent de la guerre. xxii.e chapitre.

Maistre je te demande quant ung roy ou prince a guerre a ung autre

quelle qu’elle soit/ juste ou non/ s’il peut de droit courir la terre de

son ennemy et prendre se il peut a prisonniers toutes manieres de gens/

c’est assavoir ceulz du menu peuple gens de labeur et telz gens/ il

sembleroit que non Car pour quelle raison doivent ilz porter la

penitance de ce qu’ilz ne se meslent comme ilz ne sachent mestier

d’armes et ne soit leur office/ ne que a juger guerre ne soient appellez

et que par eulz ne vient Ains leur en desplaist/ sicomme a ceulz qui

tousjours vouldroient vivre en paix ne plus ne demandent si en doibvent

estre francs sicomme il me semble ainsy que par droit font religieux

prestres & toutes gens d’esglise. pource que leur estat n’est pas d’eulz

entremettre aucunement de fait de guerre Et avec ce quel honneur peut ce

estre ne quel pris d’armes de occir ceulz qui oncques harnois ne

porterent ne ne s’en sauroient nullement aider ne les povres

pastoureaulx & innocens qui ne font nulle autre office que garder les

bestes.

Amy ad ce je te respons supposant en telle maniere/ posons que le peuple

d’engleterre ne voulzist faire aucune ayde a leur roy pour grever au roy

de france/ & les françoys allassent sur eulx sans faulte par droit et

selon loy ne deveroient en riens meffaire ne a corps ne es biens du

peuple ne de ceulx qu’ilz savoient qui en riens ne seroient en aide tant

de chevance comme de conseil a leur roy.

S’il est ainsy que les subgectz d’icelluy roy ou d’autre en cas pareil

soient ilz riches ou povres donnent aide confort et faveur de maintenir

la guerre/ les françoys selon droit d’armes pevent courir le païs et

prendre tout ce qu’ilz trouveront/ c’est assavoir prisonniers de tous

estas mondains & toutes choses sans ce que par droit y soient tenuz de

les rendre/ car je te dis que par droit determiné tel est droit de

guerre/ que se une guerre est jugee par les conseulz des deux roys les

gens d’armes pevent gaigner l’un sur l’autre/ & se aucunesfois les

povres et simples/ posons qu’ilz ne s’arment le comperent ne peut estre

autrement/ car les mauvaises herbes ne se pevent esracher des bonnes

quant pres sont l’une de l’autre que les bonnes ne s’en sentent/ mais

vray est a droit regarder que les vaillans hommes d’armes se doivent le

plus qu’ilz pevent garder de destruire hommes povres ne souffrir que

leurs gens les tirannisent car autrement ilz seroient sarrazins et non

pas cristiens. Et se j’ay dit que misericorde soit deue aux ungs saiges

que moins ne l’est pas aux autres/ sy doivent grever ceulx qui mainnent

la guerre & de leur puissance espargner les simples et paisibles.

Cy devise se ung estudiant anglois estoit aux escolles a paris trouvé/

ou semblablement d’autre terre aux françoys ennemie s’il pourroit estre

prins a raençon. xxiii. c.

Mais puis qu’en matiere de prisonniers en fait de guerre sommes entrés

je vueil que toy mesmes juges selon ton advis de tel debat et par tel

exemple le te proposeray. On scet assez car c’est chose notoire comment

le roy de france et celluy d’angleterre ont communement guerre entre

eulz. Je prens que ung estudiant licencié de la cité de lomdres soit

venu a paris a l’estude pour estre gradué en la science de decret ou de

theologie. Advient que ung françoys homme d’armes entent qu’il est

anglois & a prisonnier le prent A laquelle chose l’autre forment

s’oppose & tant que devant justice vient la question. Auquel debat

l’engloys qui en droit fonde ses raisons/ dit qu’il a cas expres de la

loy qui fait pour soy pour cause des grans previleges d’eulx aux

escoliers et deffent que on ne leur face nul mal ne nul desplaisir/ mais

honneur et reverence/ & vecy dist il la raison que la loy y assigne qui

seroit celluy dist la loy qui n’auroit escoliers pour recommandez/

lesquelz pour savoir et science acquerir ont delaissé richesses delitz

et toutes aises de corps/ leurs amis charnelz & leur pays ont prins

estat de povreté/ & ainsy que banis de tous biens ont relenqui le monde

et tous autres plaisirs pour l’amour de science/ si seroit bien plain de

toute descongnoissance qui mal ne encombrier leur feroit.

A ces raisons l’omme d’armes replicque ainsy. frere je te dy que entre

nous françoys ne faisons force des loix de l’empereur Auquel nous ne

suymes pas subgectz/ si n’y a que veoir/ l’escolier respond. loix ne

sont autre chose que droictes raisons ordonnees selon sagesse/ & se cure

n’en avez ja pource ne demeure que le roy de france et les bons

seigneurs ne usent de raison et de choses raisonnables/ & de ce que eulx

mesmes ont ordonné/ car charlemaine termina l’estude generalle a paris

par la voulenté du pape/ laquelle estude se tenoit pour lors a romme/ et

y donnerent grans et notables previleges/ & pource envoya le roy de

toutes pars querir escoliers & maistres de tous langaiges & les comprint

esditz previleges & pourquoy doncques ne pourroient ilz de tous pays

venir quant du roy ont licence/ comme tous roys jurent a leur advenement

tenir lesditz previleges. A dist l’omme d’armes supposé ce que vous

dictes vous devez savoir que puis que guerre fut entre nostre roy et le

vostre nul angloys ne doibt en france venir pour telle occasion ne

quelconque autre sans avoir bon saufconduit/ et bonne y est la raison/

car vous pourriés soubz l’ombre de l’estude escripre et faire savoir

nostre estat en vostre terre/ & pourriez faire des secretz maulx se vous

voulliés/ sy n’est raison que au roy ne a sa terre doive tourner a

prejudice nul previlege. Ces raisons ouyes amy dy moy ce qu’il t’en

semble.

Sans faulte maistre puys qu’il te plaist que mon petit advis en ceste

partie serve. Je te dis puys que ainsy est et sans fraude que icelluy

que tu dictz soit vray escolier/ c’est assavoir que fainctement ne fust

venu/ a occasion d’estude par faulse couleur pour espier ou autre mal

faire je tiens sa cause a bonne & que prisonnier estre ne debveroit

reserve se ainsy n’estoit que le roy eust fait mandement especial que

angloys quelconque ne venist estudier en son royaume et que suffisamment

fust publié si que de tous peust estre sceu. Tu as moult bien jugé et

sagement distincté/ car mesmement se l’eves[c]hié de paris vacquoit ou

l’archeveschié de rouen de sens et d’autres vacquoient & ung angloys y

avoit esté esleu/ le roy y pourroit par droit contredire/ La raison est

qu’il n’est pas expedient au roy ne au royaume y avoir ses ennemys/ mais

encore me respons a ce.

Suppose que l’estudiant ne doive estre emprisonné que me diras tu de ses

serviteurs s’il en a amené deux ou troys ou plus d’angleterre/ car le

previlege que les escoliers ont ne fust pas donné aux serviteurs. En

bonne foy maistre soubz ta correction nonobstant celle raison il m’est

avis & me semble que soubz le previlege du maistre lequel soit vray

escolier si que dit est doibvent estre comprins ses serviteurs & toute

sa famille/ mais a toy maistre vueil demander une chose dont on pourroit

faire doubte.

Je suppose que ledit estudiant fut agrevé de maladie le pourroit par

droit son pere venir veoir & visiter.

Ad ce je te respons que selon droit escript mais que cautement et

falacieusement n’y venist y pourroit et deveroit seurement venir. La

raison est pource que trop plusgrant est le droit de nature que celluy

de guerre Aussy est tant previlegié amour de pere et de mere a enfant

que nul droit d’armes ne pourroit celluy surmonter. Et encore plus fort

je dy mesmement que se le pere alloit veoir et visiter son enfant estant

en estude tout sain/ voire en estude generalle et previlegié ou que ce

fust autant autrepart que a paris pour luy porter livres ou argent qu’il

ne doit estre a celle occasion prins arresté ne emprisonné de

quelconques contrees amyes ou ennemyes que fussent/ & ceste sentence est

determinee en droit escript si que je le dis. Et semblablement ne doibt

estre le frere parent ne serviteur qui argent ou livres luy apporteroit/

voire je presuppose les causes dessusdictes reservees/ et tout ce est

par la vertu des previleges que ont estudians en toutes estudes

generalles.

Cy devise se ung grant seigneur d’angleterre capitaine de guerre posé

qu’il fust trouvé seul en une forest/ auquel lieu il tout hors du sens

s’en fust fuy/ se on le pourroit prendre et mettre en prison et raençon

luy estant hors du cens. xxiiii. chapitre.

Autre question te fais doulz maistre je supose que ung duc ou conte se

parte d’angleterre viengne en france avec ses gens pour guerroier le

roy. Advient qu’il pert le sens et enragé devient si que tout fol et

forsenné s’en va fuyant par boys et par hayes/ la ou il est trouvé de

nos françois qui bien l’ont congneu Je demande se prison doit tenir/ car

sembleroit que ouy veu la faulce intention qui le menoit estoit pour

grever et guerroier le roy et le royaume.

Ad ce je te respons que nous trouvons en droit escrit que ung homme

forsené durant celle fureur ne peut estre reputé pour ennemy/ car il n’a

arbitre de franche voulenté ou raison puisse ouvrer/ par quoy s’il

occioit adonc cent hommes ne seroit pugny par justice ne reputé homicide

si ne se peut tel homme rendre ne bailler foy de raençon paier/ comment

donc sera prisonnier l’omme malade/ de laquelle maladie tout noble homme

se deveroit pener de luy administrer santé de cens & advis/ quelle

vaillance seroit Si te dis qu’il ne peut ou doit par droit tenir prison

ne raençon paier/ ains doibt estre tenu et rendu aux amys/ et plus fort

je te dis que posons que en la prison guerit si ne deveroit il estre

retenu ne contraint a paier la cause est telle.

Quant il fut prins il n’avoit sens ne povoir de soy deffendre de

laquelle chose a droit juger d’armes nul ne doibt estre prins s’il

mesmes ne se rent de signe ou de parolle/ mais comment le feist/ car en

religion ne peut entrer tel homme ne faire testament lesquelles choses

requierent franche voulenté/ & mesmement ne pourroit recevoir batesme se

batisé n’estoit/ lequel on ne donne a homme se de franche voulenté ne le

requiert puys qu’il est en aage. Et pource n’y a nulle cause selon droit

de le retenir.

Comment maistre tu me dis merveilles se je tenoie ung mien ennemy mortel

en ma baillee/ qui peut estre luy de moy partis me occiroit ou durement

greveroit s’il povoit/ a tout le moins bien sçay que a son povoir s’en

efforceroit et que bonne voulenté en auroit seroit ce donc sens a moy

l’en laisser aller ainsy franchement.

Bel amy ad ce je te respons que cest homme dont je dy posons qu’il soit

ton ennemy au cas dessusdit tu ne pensases a le retenir si non pour en

avoir deniers par raençon & quant les deniers en seroient paiés/

lesquelz sans raison auroies receuz de quoy seroies tu plus asseuré de

luy que devant Certes de riens/ & ce ne requiert pas droit d’armes que

on face tort l’une partie a l’autre/ ains doibvent tous nobles hommes y

garder le droit a autruy/ s’ilz osoient demander et requerir que on leur

gardast. Si te dis derechief que le mieulx que en ung tel homme on

pourroit faire/ ce seroit que on feist tant qu’il promist de jamais soy

armer contre le roy de france/ & au cas que ad ce mener on ne le

pourroit ou que l’omme d’armes ville ou pays qui le tiendroit auroient

paour d’estre reprins de l’en laisser aller pour la cause de sa

puissance/ que encore pourroit grever le royaume/ le plus seur seroit

pour en tous cas eulx en descharger qu’ilz le rendissent au prince/

lequel par l’advis de son bon conseil en fera ce que bon en seroit a

faire. Et toutesfoys affin que bien l’entendés ce que je dis du

françoys/ a l’angloys. J’entens semblablement de l’anglois au françoys/

et en cas pareil de tous autres.

Cy devise que s’il advenoit que sur les frontieres fust prins aucun

homme anglois bourgois qui oncques en sa vie de la guerre ne se mesla/

se par droit tel homme doibt paier raençon/ et semblablement de ung

petit enfant/ et aussy de ung aveugle. xxv.e c.

Je te demande ung autre cas. Je prens que ung chevalier françoys soit en

armes vers les frontieres de calays ou de bordeaux Advient d’aventure

que ung bourgoys de la ville tresancien soit venu pour oyr messe ou pour

quelque autre affaire sur la terre françoise ou tantost ledit chevalier

le rencontre et le prent de fait/ & dit que son prisonnier sera/ mais

l’autre respond que ce n’est droit/ car es guerres du roy d’angleterre

oncques ne s’arma pour grever le roy de france ne conseil n’y donna/

ains a tousjours esté dolent et couroucé de la guerre/ lequel de son

povoir a tousjours desconseillé/ & se luy prouvera il pour verité/ &

avecques ce te dist il/ te dy comme homme ancien comme je suys qui n’est

taillé de porter armes ne doit selon droit tenir prison/ si ne devez

prendre/ les biens ne les personnes de ceulx qui de la guerre ne se

meslent/ si non qu’ilz donnassent aide et faveur a faire et maintenir la

guerre contre le roy de france/ de leur franche et bonne voulenté/ Car

par force ne par amour n’ay je riens fait/ & tout ce pourroye bien

prouver/ si te demande maistre se par droit l’omme d’armes le peut tenir

prisonnier.

Je te dis comme dessus que non/ au cas que la verité de ladicte

excusation fust suffisamment prouvee/ mais s’il estoit ainsy qu’il eust

donné ou donnast conseil pertinent a la guerre en quelque usage/ sicomme

assez de anciens hommes qui plus y font par leur conseil que plusieurs

autres jeunes par leurs armes et toutes leur force je diroye autrement.

Or me dis doncques se ung françoys avoit prins le petit enfant de ung

angloys en pourroit il aussy par droit demander raençon/ car il

sembleroit que si veu que celluy qui peut bien faire la plus grant chose

peut bien faire la moindre. sicomme quoy il pourroit bien emprisonner le

pere se le cas y escheoit/ pourquoy doncques ne pourroit aussy estre le

filz emprisonné.

Item et plus fort/ car il pourroit bien prendre les biens du pere/ si

doibt estre le filz comprins esditz biens. Je te dis semblablement que

par droit ne peut ne doit estre emprisonné le petit enfant/ car raison

ne veut que innocence soit grevee. Il est assez notoire que innocent et

non coupable est l’enfant de toute guerre et toutes choses/ si ne doibt

porter la peine de ce dont il n’a coulpe de conseil ne de biens ne en

riens n’a aydé/ car nulle ayde n’a voué.

Maistre suppose que ledit enfant fust demouré riche sans pere ne mere

deveroit il doncques paier/ car peut estre que ses tuteurs paient ayde

de ses biens pour aider a maintenir la guerre encore te dy je que non/

car quoy que ses tuteurs en paiassent ce ne seroit point de la voulenté

de l’enfant qui encore n’auroit aage de discretion.

Sans faulte maistre doncques n’est pas au jourd’uy ceste loy bien

gardee. Bel amy je le te confesse & que plus n’y sont gardés les droitz

anciens que tenoient les vaillans combateurs/ si abusent de droit

d’armes ceulx qui au temps present les excercent par la grant couvoitise

qui les surmonte/ si leur doibt tourner a tresmerveilleuse honte et

deshonneur d’emprisonner femmes ne enfans gens impotens ne vieillars. Et

ceste coustume que ont mise sus par especial les angloys leur doibt

estre reputee a grant reproche sicomme ilz l’ont maintenue au royaume de

france/ la guerre durant/ tant que fortune leur a esté propice ou ilz ne

depportoient dames ne damoiselles grandes moyennes ne petites quant la

fortune leur estoit/ avecques a prendre forteresses que tout ne fust mis

a raençon tous ceulx qui trouvés y estoient/ que grant honte leur est de

prendre ce que revenger ne se peut et leur deust bien avoir suffis la

saizine de la forteresse & que les dames quittes s’en allassent/ mais ce

qu’il leur en est au derrenier prins peut assez et doibt estre exemple

aux autres guerroieurs de autrement faire/ car dieu mercy il n’ont plus

de puissance de planté y emprisonner/ car soiés certain que avoir mal

acquis ne peut estre longuement possessé de la partie qui l’acquiert ou

de ses hoirs.

Item nous fault veoir de ung adveugle s’il est prins de ung homme

d’armes/ doibt il tenir prison. Je te dy que se ung aveugle vouloit par

folie et oultrecuidance estre homme d’armes que s’il est prins il est

digne de pis avoir que ung autre Et se puis je bien prouver par la

sainte escripture ou elle parle comment Cayn occist son frere Abel. Et

puis comment ung aveugle qui s’appelloit Lameth print ung arc et alloit

bersant par bois et par hayes les bestes sauvaiges sy ferit d’aventure

cayn et l’occist/ Dont dieu dist que le peché cayn seroit pugny sept

foys/ mais le pechié de lameth le seroit lxxvi. fois Par ce appert que

soy mettre en office auquel on ne soit suffisant est souveraine follie/

mais se ung aveugle estoit prins qui de la guerre ne se meslast pitié

luy est deue/ & s’il estoit tel qu’il eust aucunefoys veu/ & eust esté

homme d’armes & maintenant qu’il ne voit plus donnast conseil aux

angloys de faire bataille ou d’essillier aucunement par aucunes

cautelles d’armes le pays tel aveugle par juste raison peut bien estre

mys a raençon.

Cy devise se le cas advenoit que aucuns ambassadeurs venissent vers le

roy de france et en passant parmy bordeaux eussent prins aucuns fardages

chevaux et charroy a loyer des anglois s’on pourroit icelles choses

pardeça arrester et prendre/ et se ung homme d’eglise anglois pourroit

en france estre mis a raençon. xxvi. chapitre.

Maistre autre question te vueil mettre en terme. Je prens que le roy

d’escoce envoye ses ambassadeurs en france/ lesquelz s’en viennent

descendre et prendre port a bordeaux ou a bayonne/ la ou ilz louent ou

par adventure empruntent chevalx muletz chariotz charectes et aultres

choses dont ilz avoient besoing/ & a tout ce vont a paris. Advient que

en leur chemin encontrent ung capitaine de gens d’armes/ ou aucun

saudoier françoys lequel comme il soit bien informé que lesditz chevaulz

charroy et mulez soient des anglois et non pas ausditz ambassadeurs les

arreste et dit que comme icelles choses aux ennemys du roy demourront

siennes/ car par droit d’armes retenir les peut et siennes sont

acquises/ or me dy maistre se par droit demourer luy doivent.

Je te dy que de droit escrit les ambassadeurs ont par tout previlege de

aller seurement eulx et leurs choses Et puys que au roy vont/ n’ont nulz

hommes d’armes aucun previlege de les empescher/ & que plusfort est tant

est grant le previlege que a ambassadeurs appartient que s’ilz estoient

obligés a aucuns marchans de france contraindre ne les pourroient

d’estre payés durant leur ambassade/ car droit ne seuffre convenir ne

contraindre ambassadeurs de prince se ce n’est de chose que prins

auroient en chemin Et mesmement veu que besoing leur estoit de prendre

chevaulx chariotz ou charettes pour eulx ou pour tous leurs fardages

porter/ si que maladie ou aultre essoine pourroit en chemin venir/ ou

peut estre pour porter certains presens au roy/ doibvent eulx & leurs

choses avoir sauf aller et sauf venir/ mais il peut bien estre que

aucune couleur du debat y pourroit avoir en cas que sans juste necessité

auroient mené avecques eulx aucuns angloys & que des bagues d’iceulx

chevaulx ou autres choses eust en la compaignie/ car de quelle auctorité

pourroient ilz mener en france les ennemys du royaume/ si ne seroit sans

cause debatu.

Pour plus savoir encore te requiers maistre que me dies se les françoys

par droit pourroient emprisonner ung anglois homme d’eglise/ ou aussy

bien les anglois les françoys lequel seroit evesque abbé ou prebstre

religieux.

Bel amy parce que ja plusieurs foys as conclud peut estre ta demande

solue/ c’est assavoir que nous disons que selon droit escrit l’office de

clergé est separee de toute guerre Car le service de dieu auquel ilz

sont ou doibvent estre les faitz inhabilles & rudes de porter armes ne

quelconques harnois de bataille temporelle ne leur appartient/ car il ne

leur affiert office fors d’assouldre les pechés & ramener a droite voye

les desvoyez & administrer les sacremens/ ne mesmes pour eulx deffendre

selon le decret ne leur loist fors benignité et doulceur. Si seroit

doncques bien merveilleuse chose et dure que ilz portassent penitance de

ce dont ilz sont ou doibvent estre innocens.

Car se tu me vouloyes dire voire ilz aydent de leurs rentes & de leurs

revenues au roy d’angleterre a maintenir la guerre & mesmement de leur

conseil. Je respons que ce ne doibvent ilz pas faire/ car ilz n’y sont

pas tenuz comme il n’appartient a homme d’eglise donner conseil de

guerre Ains est leur office de tousjours mettre paix entre les

cristiens:

L'art de chevalerie selon Vegece · 第 13 / 17 段