soit oppressé de guerre a grant tort et peché d’aucun seigneur ou
chevalier/ a l’ayde de laquelle veit ung gentil chevalier meu de pitié &
pour garder le droit des dames & croistre sa renommee en vaillance et
chevalerie/ & a tout dire y fait tant de proesse que par sa proesse met
ladicte dame a paix de sa guerre/ & luy face avoir plaine restitution/
pourroit icelluy apres ces choses demander sallaire de ses biens faitz
comme celluy qui bien l’auroit desservy.
Je te respons que non/ car par mandement ne estre prins a gaiges ne la
peut contraindre. Et se dire me veulz que grandement ait fait le proffit
de la dame. Je te respons que plus grant a fait le sien propre en tant
que en honneur et renommee il en est exaulcez. A laquelle cause il vient
si est ja paié du sallaire qu’il queroit/ mais bien est vray que se la
dame est puissante & ait de quoy elle doit tant faire pour luy/ que
exemple luy donne/ & mesmement aux autres tel/ que se autrefoys en avoit
a faire fust voulentiers secourue.
Cy devise se ung roy a guerre a ung autre et luy vueille aller courir
sus a grant ost. se les seigneurs par ou il doibt passer luy pevent par
droit calenger le passage. posé que mal n’y face ne vivres n’y prengne
fors que pour l’argent. xii. c.
Des choses d’armes te vueil faire une autre question. Je suppose que le
roy de france vueille pour aucune querelle faire guerre au roy de
honguerie par quoy assemble son ost pour aller sur luy/ pour laquelle
cause rescript au duc d’austriche qu’il prendra son chemin par son pays/
mais il l’asseure que mal ne grief par luy ne par ses gens n’aura sa
terre ne ses hommes/ ains bien et proffit en tant que pour son argent
prendra vivres par tout ou il passera. Le duc d’austriche qui de ce fait
doubte. Respond au roy que de ce veult estre sceur par bons hostagiers
avoir que restitué sera se dommaige luy est fait. Si te demande qu’en
est de droit a faire. Car le duc dist qu’il est prince en son pays si ne
passera nul par la en armes s’il ne luy plaist & d’autre part posé qu’il
le consente si seroit ce fort que tel ost peust passer sans faire moult
d’outraiges/ & pource veult avoir de la restitution bonne sceureté.
Amy je te respons que par droit escrit celluy pour son bon droit et
juste querelle va en armes peut et doibt avoir son chemin et passage es
voyes publicques par tous pays et royaumes par tel sy que nul grief ne
soit par luy ne par ses gens fait au païs. & dont puis que ainsy est il
n’est nul besoing ne il n’appartient pas qu’il donne hostagiers quant il
y a raison qu’il soit fait. Et ce tesmoingne le decret la ou il recite
l’istoire comment quant le peuple d’israel s’en alloit contre les
ennemys Il les convint passer par le pays des amonees/ lesquelz
voulurent contredire le passage/ mais quant ilz veirent que par amour
n’en povoient finer Ilz gaignerent par force le passage que dieu leur
ordonna Si dis que semblablement seroit de droit et de raison de ainsy
faire en tous cas pareil.
Je te demande maistre/ je prens que ung baron de france ait meu guerre a
tort et mauvaise cause a ung chevalier en laquelle mout luy fait de
griefz et de dommaiges/ mais pour celle foys ne peut trouver droitement
voye d’avoir droit par justice de luy. Neantmoins assemble ses amis avec
grant route de gens d’armes pour courir sus audit baron lequel de sa
part si bien se deffent que entrer ne peut sur son païs ne dommaiger sa
terre. Et pource que fait/ il dommage les terres voisines et foule a
icellui baron pource que adherens et favourables luy sont Sy prent ledit
chevalier proye de toutes pars tant que moult en enrichist et qu’il peut
bien valoir autant comme il avoit eu de dommaige.
Advient ung temps apres que a paris s’entretreuvent/ auquel lieu le
chevalier fait convenir ledit baron a la court de parlement et la luy
demande restitution des dommaiges que fait luy avoit a tort & sans cause
en ladicte guerre. A laquelle chose l’autre respont que bien luy doibt
suffire ce qu’il a gaigné a cause d’icelle/ car comme devant fust ung
povre chevalier il estoit devenu riche et plain d’avoir par la proye
qu’il avoit conquise & prinse. Le chevalier replicque que de ce n’a que
faire/ car ce qu’il a gaigné en pou[r]suivant son droit n’estoit de
riens du scien/ & que se pugny avoit les voisins du peché de ce qu’ilz
le soustenoient a tort contre luy n’estoit raison que leurs biens prins
et qui n’estoient pas siens lui deussent tourner au proffit de sa debte.
Si te demande sur ce qu’il est de faire.
Ad ce je te respons que s’il estoit ainsy que le chevalier eust tant
fait qu’il eust des biens du baron ou de ses hommes tant que restitué
fust bien et suffisamment/ sans faulte par droit il luy deveroit
suffrir/ mais se menant icelle guerre il ait gaigné ou prins sur les
voisins par la maniere que tu l’as dit laquelle chose est droit de
guerre/ ledit baron n’en est de riens deschargé/ ains est tenu aux
dommaiges et interestz que fais luy avoit & bien argue le chevalier de
ce qu’il dit. Car ce l’autre vouloit dire que il n’appartient pas que
une debte soit payee deux fois/ & doncques puis que paié estoit il luy
debvoit bien suffire tout ce ne vault neant pource qu’il n’est pas au
regard du baron s’il a gaigné/ ains est en pugnition de ceulx qui
aidoient au baron contre luy.
Cy devise se ung homme avoit esté navré de ung autre lequel apres le
coup s’en fust fuy le poursuivist et le navrast se justice le vouldroit
pugnir. xiii. chapitre.
Maistre il me souvient que avez dit cy devant que a l’omme en soy
deffendant est permis de blescer ung autre/ & pource que toutes
blesceurez par maltalent faictes l’un sur l’autre sont et pevent estre
appellez des membres et deppendances de guerre te vueil faire telle
question.
Ung homme a ung autre navré et sy tost qu’il a donné le coup s’en fuyt
tant qu’il peut/ mais le navré tant le suyt qu’il l’ataint et
semblablement le blesce/ sy demande se celluy qui poursuyt doibt estre
pugny/ Car il sembleroit par les ditz que veu qu’il n’auroit pas passé
les mettes de justice que premier blescé estoit/ s’il a apres blescé et
mesmement s’il l’avoit occis/ par ce que j’entens de droit de deffence
si en deveroit il estre excusé/ & avec cela fait sans actendre/ car s’il
eust attendu jusques a autre jour/ je ne l’escuseroye pas pource que ce
seroit vengance.
Je te respons ad ce que le cas que tu ditz est difference de juste
deffence et privilegie/ c’est assavoir selon les droiz puis qu’il s’en
fuyoit apres son coup/ la loy ne octroye pas que l’autre le deust
poursuivir ne blescer/ & pour ce dessert pugnition/ mais vray est que
trop plus grande l’a desservie cellui qui blesça/ & le second a
desservye grande ou petite pugnition. Il y a entre les maistres
plusieurs oppinions mais pourtant n’est pas doubte que le premier
mouvement qui est de soy sentir feru justice n’y a que veoir puis que
feru auroit esté de fer/ car pour garder sa vie les droiz seuffrent
occir ung aultre/ & se tu me ditz peut estre que l’assaillant n’a pas
voulenté d’occir. Je te respons que ce ne scet pas l’assailly/ aussy ne
sont pas coups ferus a patron/ car tel cuide ferir qui occist. Et pour
ce pourroit bien tant actendre le premier feru a occir/ que par
l’assaillant se trouveroit occis.
Neantmoins doibt l’omme garder pour conscience et pour l’amour et
tremeur de dieu qui ne occye autruy. car nulle chose ne desplaist plus a
dieu que son semblable deffaire/ & celluy est le seul juge qui toutes
choses a son droit pugnist ne riens ne luy peut estre celé.
Cy fait mention se ung homme d’armes emprunte harnoys et chevaulz et il
les pert se rendre les doibt. xiiii. chapitre.
Maistre autre question te demande.
Ung chevalier d’allemaigne ou d’autre part vient a paris ou il treuve le
roy prest pour aller en la bataille/ ledit chevalier qui de ce n’estoit
adverti n’avoit pour lors harnoys qui fust propice pour soy/ mais comme
desireux de servir le roy et son honneur accroistre fait tant que ung
gentil homme qu’il le congnoist/ luy preste monture bonne et belle et le
pourvoit de tresbon harnoys tel que a luy affiert/ advient que en la
bataille celluy chevalier allemant pert chevaulz harnoys & tout ce qu’il
a/ si que a peine tout nud peut il eschapper Apres laquelle chose le
dessusdit gentil homme demande audit chevalier tout ce qu’il luy avoit
presté/ sy est assavoir s’il est tenu selon droit d’armes de les
restituer.
Je te respons que ceste question est assez clere en droit et es loix/ &
pource te monstrer Je te dy au vray que puys que ledit chevalier a esté
en la bataille pour laquelle avoit emprunté lesditz harnoys et chevaulz
et que de riens n’en a fait fraulde n’est pas tenu de les rendre/ mais
se aultre part estoit allé ou pour bareter les eust empruntez et que
faintement monstrast les avoir perduz/ & que on peust savoir le
contraire. Je diroye autrement.
Maistre s’il estoit ainsy que toutes lesdictes choses eust prinses a
loyer de quelque marchant armurier les harnoys et les chevaulz de ung ou
deux marchans et perduz les eust si que dit est/ seroit il pas tenu de
paier & rendre le loyer.
Je te respons semblablement comme dessus que non/ en cas que autre
convenance expresse de les rendre/ quoy que advenir deust ne luy auroit
faicte.
Cy devise se cautelles & subtillités d’armes sont justes a faire. xv.e
chapitre.
Autre question differentiee du dessusdit propos te vueil faire/ dy moy
je t’en prye est ce bonne raison et selon droit que ung roy ou prince
par cautelle et subtilité face tant qu’il subjugue et ait son ennemy
soit en bataille ou autre part/ car il sembleroit que non veu qu’il
loist tenir droicture & raison sy ne pourroit estre dit qu’il deceust
autruy. Et aussy toute personne qui a juste cause/ doit avoir bonne
esperance en dieu que bien luy en prendra se par peine & diligence
pou[r]suit/ doncques celluy qui a juste querelle doit aller ce semble le
droit chemin de guerre sans y aller ne user de cautelle.
Chier amy tu dis moult bien/ mais neantmoins te certiffie que selon
droit d’armes veoir plus fort selon dieu et l’escripture on peut vaincre
son ennemy par cautelle engin ou barat sans tort d’armes/ puis que la
guerre est jugee et notiffiee entre les parties/ & qu’il soit vray
nostre seigneur en donna mesmes exemple quant il ordonna et enseigna a
Josué comment par cautelle surprendroit ses ennemys/ et de telles choses
user se peut on assez communement aider en armes/ mais je te confesse
bien qu’ilz sont certaines manieres de barter/ lesquelles sont
reprouvees et deffendues tant en fait d’armes comme en tous autres cas
Sicomme je assuroye aucun de venir vers moy en certain lieu & je y
seroye pour parler a luy/ & tant feisse par mon asseurement qu’il y
venist/ & la je le feisse surprendre par aucun agait pour luy mal faire/
occir ou prendre/ telle chose seroit traÿson mauvaise. Ou se par fainte
treve ou paix j’espioye mon point de grever autruy quant garde ne s’en
donneroit ou que despourveu seroit et en tous cas semblablez. Je feroye
mal mon grant deshonneur reproche & pechié Et pource dist la loy puis
que la loy est donnee a son ennemy on luy doibt tenir et garder/ mais
autre chose est se le vaillant capitaine ou homme d’armes scet ordonner
embusches par ou son ennemy ou adversaire doit passer qui garde ne s’en
donne ou aultres manieres de cautelles/ mais qu’elles ne soient contre
foy promises ne l’asseurement que on auroit fait/ & a la raison que tu
dis puys que on a bonne et juste cause que on s’en doit actendre a dieu/
quoy que en substance je le t’accorde Toutesfoys combien que bon droit
ait le roy de france contre le roy d’angleterre en cas pareil/ si
convient il aider a soustenir son bon droit le mieulz que on peut/ &
adont quant par sens et tresbonne diligence on fait son devoir/ doibt on
avoir tresgrande esperance en dieu le createur qu’il aidera la chose a
conduire & en bien parfaire.
Cy devise se ung homme d’armes estant a gaiges estoit destroussé en
quelque chemin s’il pourroit demander par droit au seigneur de par qui
il a esté envoyé ses dommaiges. xvi. chapitre.
Maistre a nostre propos me semble par ce que m’avez cy devant conclud/
c’est assavoir que se ung chevalier ou aucun homme d’armes envoyé
d’aucun seigneur pour garnison d’aucune forteresse/ sans que convenances
de gaiges ne de sauldees luy soient faictes et il advient que en chemin
soit destroussé/ se audit seigneur quil l’a envoyé peut par droit s’il
luy plaist faire demande de restitution. Et certes je vueil faire encore
autre question. Je suppose que ung capitaine de lombardie ou d’autrepart
ainsy que autresfoys on a fait venir en france eust avecques soy amené
cent ou deux cens bons brigans si fut luy & sa compaignee retenu chascun
a cinq francs pour le moys/ & envoiez en certain lieu/ auquel chemin fut
par ses ennemys assailly ou il perdit ses places son harnoys et ses
choses/ & ses compaignons leurs cuirasses leurs pavaix & toutes leurs
bagues Je te demande s’ilz pourroient demander au roy leur dommaige.
Ad ce je te respons que non au cas que autre convenance n’y auroit/ et
ne pevent demander que ce qui leur fut promis/ & se tu me veulz demander
pour quelle raison le capitaine n’a aussy grant accion de demander au
maistre qu’il l’envoye comme dit est. Je te dis pour ce que la loy porte
plus grant faveur a cellui qui pas n’est lyé & est mys en besoingne que
a cellui qui se lye/ & par exemple le peus veoir de ung homme qui aura
demouré avecques ung marchant ou autre homme an & jour sans ce que par
marchié fait se soit loué. Il peut faire trop plus grant demande des
biens de l’ostel et de la marchandise/ s’il n’y a aucune autre certaine
cause/ que ledit maistre s’excuse que celluy homme qui loué seroit par
marchié fait/ & pource te dis que l’omme n’est pas bien advisé qui prent
aucun pour residamment demourer en sa maison/ s’il ne fait avecques luy
aucun marché absolut/ car la loy presuppose l’omme ainsy demourant comme
compaignon du maistre ainsy que a gaigne et a perte.
Cy devise se gens d’armes venans a l’aide d’aucun prince s’ilz pevent
prendre vivres a eulz necessaires au moins de grief/ que faire se
pourroit sur les laboureurs/ ainçoys qu’ilz peussent estre arrivez au
païs dudit prince. xvii.e chapitre
Autre question te vueil faire. Supposons que ung seigneur eust envoyé
querre sauldoyers pour ung an en estrange pays pour le venir secourir en
sa guerre/ laquelle il esperast durer longuement/ Advenist que avant
icelle guerre et que icelles gens avecques leur capitaine puissent estre
arrivez au pays dudit prince quoy que de tout leur povoir se fussent
hastez/ s’ilz leur souffrent prendre tant seulement vivres necessaires
en passant oultre pour necessité de vie tant seulement soustenir/ au
moins de grief sur les povres laboureurs que faire se pourroit. Je te
respons que ouy/ voire non pas qu’ilz feissent comme les loups/ ausquelz
ne souffist pas quant au toit entrent d’une brebis Ains estranglent tout
le troppeau/ comme semblablement le font plusieurs de nos gens d’armes/
lesquelz s’ilz ont besoing d’un poullet ou d’un pinion ilz en occient x.
ou xii. Et tel oultraige font de biens comme s’ilz fussent loups
ravissans sans riens de conscience et comme s’il ne fust pas de dieu ne
que jamais deussent mourir. Helas bien sont aveuglez ceulz qui le font/
car plus en peril de mort vont que autre gens. et telz y ont moins de
regard que autrez.
Cy devise sy loist aux gens d’armes quant ilz sont bien paiés de prendre
vivres sur le païs. xviii. chapitre.
Maistre or m’escoute ung petit s’il te plaist. Je te demande quant gens
d’armes sont prins a gaiges/ ausquelz il n’ait deffaulte de payer/ s’il
leur loist avec leur gaiges prendre vivres sur le pays et pillier autres
choses comme au jourd’uy on le fait communement.
Je te respons certainement que non & que telle chose n’est pas droit de
guerre/ ains est extortion mauvaise et violente faicte sur le peuple a
tort & a peché Car sicomme toy mesmes as cy devant dit a vouloir mener
juste guerre/ le prince avant la main doibt bien adviser en quel lieu et
comment pour ce faire finance sera prinse: & sur toutes choses doit
donner ordre que ses gens d’armes soient bien paiez pour paier justement
leurs vivres et ce qu’ilz prennent. & adonc seroit juste chose de bien
pugnir ceulz qui prendroient riens sans paier/ mais arguer me povoies
voir/ mais se par quelque adventure soubdain cas advenoit que les
ennemys survenissent sur le pays/ par quoy conviendroit deffendre/ ains
que le prince eust fait sy grant amas comme il appartiendroit a paier
gens d’armes de moys en moys/ car en tresor pas n’en auroit: Je te
respons que a toute chose necessaire se convient aider selon povoir/ car
quant en ce cas seroit le prince assez excusé/ de propres ouvriers du
roy mys en icelle besoingne pour lui & en son nom pource ne doibt estre
leur avecques leurs gaiges/ mais ce que le prince leur veult donner de
grace/ laquelle grace pour voir dire bien et largement leur affiert.
Sicomme a ceulz qui mettent a escot si chier chastel comme le sang les
membres et la vie/ et de leur bien remunerer est d’ancienneté noble
coustume/ de plus en plus a ceulz qui l’ont desservye & de proyes gaigné
et en guerre ne recepvoient quelque proffit les vaillans anciens/ Ains
leur suffisoit seulement en avoir l’onneur et que leurs gens en eussent
le preu. Et par ce tellement acqueroient l’amour des gens d’armes qu’ilz
en achevoient les grandes et merveilleuses emprinses comme il apparut.
Cy devise que on doibt faire des proies et choses qui sont prinses en
armes. xix. chapitre.
Autre maniere de question faire te vueil. Je te demande que on doibt
faire des choses gaignees sur les ennemys & en bataille.
Amy a ceste question convient respondre par distinction de cas. Car
premierement selon la loy civille est assy. de quel affaire est la
personne qui a conquis en armes et y a maniere d’entendre en quel cas et
en quelles guerres/ icelles loix pevent avoir lieu.
Premierement se une guerre se fait par mandement du roy ou prince qui
ait povoir de ordonner et mettre sus juste guerre Aucuns droitz sont
reservez a tel seigneur/ qui a autres gens ne sont pas/ c’est assavoir
que toute gaigne doibt estre a la voulenté du prince ou du lieutenant
capitaine/ car depuis que les gens d’armes sont aux gaiges du roy ou
prince selon les loix tout doibt estre au seigneur soit prisonnier ou
autre proye/ & ainsy anciennement le souloit on faire/ quoy que de grace
au temps present au païs de france ou quelque autre part par longue
coustume soit laissé es hommes d’armes ce qu’ilz conquierent se chose
n’est de sy grant poix qu’elle passe le pris et somme de dix mille
francs/ laquelle chose soit prisonnier ou autre meuble doit estre rendue
au roy/ par tel si qu’il est tenu de donner audit homme d’armes la somme
de x. mille francs/ & telle chose est de bonne coustume de pays/ mais la
dessusdicte loy y afferme le decret qui dit plainement que toute la
proye doibt estre a la voulenté du seigneur/ il la doibt justement
partir a ceulz qui luy ont bien aidé a gaigner a chascun selon sa
merite/ & que ceste chose soit vraye ne pourroit nul le contraire
soustenir/ car prouvee est par droit escript qui mesmement y assigne
telle raison/ c’est assavoir que se ainsy estoit que les prisonniers ou
proye feussent aux gens d’armes/ tout ainsy et par ceste mesme raison
deveroient estre des chasteaulz et villes qu’ilz prendroient a eulz
Laquelle chose seroit injuste & de mauvaise raison qu’ilz gaignassent
terre avec les sauldees du prince et a ses despens/ car ce qu’ilz font
est fait comme haste/ il ne auroit plus que faire de gens.
Je te demande se iceulx pourroient faire demande de toute l’annee ou
seulement du temps encouru puys la convenance Car il sembleroit que ouy/
car la loy dit que se ung advocat du roy ou de aucun seigneur prins a
pencion a commencé a faire son office/ les gaiges de toute l’annee luy
sont deuz posé qu’il mourust ses hoirs pourroient faire la demande/
pourquoy ne pourroient doncques ces gens joyr de ce mesme droit/ car
peut estre qu’il en ont perdu d’estre retenuz autre part ou asseurez
eussent esté pour toute l’annee. Et assez d’aultres raisons se
pourroient encore dire lesquelles pour briefté je laisse/ et te respons
en bref que en ceste raison et toutes aultres que dire y pourroyes sont
de pou de valleur Car je te certifie qu’ilz se doivent tenir contens
d’estre paiez seulement du temps qu’ilz ont servy/ & telle est la
raison.
Ilz furent sauldoyers pour garder le pays ains qu’il fust perdu/ mais
puis qu’il est perdu ilz ne pevent plus nullement servir de ce pourquoy
ilz ont esté prins Et pour celle cauce ilz ne doibvent en nulle façon ne
maniere avoir ne recepvoir les gaiges du dessusdit service lesquelz ne
le pevent faire aucunement C’est assavoir garder le pays qui est perdu/
& nulle loy n’oblige l’omme a chose impossible/ car se contraindre
voulloient d’estre payez on leur pourroit respondre/ & on vous
contraindra de garder le païs qui est ja perdu comment sera ce fait. Et
par ce concludz ce que dit est.
Cy commence a parler de prisonniers de guerre. Et devise comment ung
puissant homme prins en guerre doit estre rendu au prince/ et aussi
comment non. xx. cha.
Et pource que cy devant t’ay dit que selon ladicte loy est assavoir de
quel affaire est la personne qui en armes a acquis/ & de se t’ay
declairé une partie. Or supposons autrement/ c’est assavoir que ung
baron feist guerre contre ung autre fust juste ou non/ ou deffendist sa
terre contre aucun aultre/ car pour soy deffendre et sa terre deffendre
et garder quelque soit le cas. Il convient juger juste guerre comme soy
deffendre soit doncques selon la loy et droit/ se celluy baron qui se
deffent prent celluy qui l’a envaÿ/ cuideroies tu doncques qu’il fust
sien.
Je te certiffie que non seroit ne autre droit selon la loy n’y auroit
qu’il pourroit sans plus tenir et garder sa personne tant qu’il la
pourroit presenter au seigneur souverain de qui il tiendroit sa
baronnye/ lequel en feist le jugement/ mais autre regard y peut avoir/
c’est assavoir que celluy qui le prent est tel qu’il ait povoir de la
souveraine justice justicer les hommes malfaiteurs et que de ce faire
soit acoustumé comme droit seigneur. sicomme ilz sont assez de
seigneuries de semblable auctorité. Je te dis que puis qu’il a trouvé
courant le païs robant & occiant ses hommes qu’il le pourra pugnir par
sa justice suppose encore que plus grant maistre fust que non obstant ce
que arguer on pourroit sur ce pas/ que l’omme ne doibt estre jugé en sa
propre cause. Je te respons qu’il le peut faire et par deux raisons.
L’une par la vertu de sa jurisdiction qui est de pugnir et faire justice
des malfaicteurs. L’autre qu’il pugnist le delict de celluy qui le fait
sur le propre lieu & de ce faire a povoir de la loy car se ung homme
assault ung autre & tout a l’offendre/ l’assailly peut faire a l’autre
ce que de luy pensoit a faire/ et te dy que c’est attemprance de
raisonnable deffence/ mais je te confesse bien que se ledit assailly que
jurisdiction n’auroit de ce faire pugnissoit de lui mesmes soubz tiltre
de justice son adversaire ou le tenoit en prison que feroit a son
seigneur/ & se mettroit en peril de perdre ce qu’il tiendroit de luy/ si
le doit tantost rendre audit seigneur car mesmement seroit il loisible
en tel cas a ung homme d’eglise pour raver ses choses.
Cy devise se on doibt faire mourir ung capitaine d’ost ou autre grant
homme d’armes en fait de guerre & s’il doit estre au prince/ et se c’est
chose de droit de faire paier a ung homme raençon pour sa delivrance.
xxi. chapitre.
Maistre puis que entrés sommes au propos des prisonniers en fait de
guerre. Je te demande s’il advient que le capitaine soit prins ou aucun
hault homme qui a la partie qui prins l’a/ ait esté fort nuysant et
pourroit encore estre s’il eschappoit se selon droit on le peut ou doit
faire mourir/ car par loy de nature sembleroit que ouy/ comme il soit
vray que toute chose tente a destruire son contraire.
Chier amy je te respons que quoy mesme la loy civile die que celuy qui
est prins en bataille est cerf et esclave de celluy qui le prent ne
doibt pas estre occis/ car le decret afferme que depuis que ung homme
est en prison misericorde lui est deue/ dont se deue lui est misericorde
comment pourroit il estre occis sans ce que tort luy fust fait Et encore
te diray plus fort.