dit sera cy apres lesquelles pevent estre sont en aucunes choses
differentes des ordonnances du temps present. la cause est par aventure
pource que adonc se combatoient les gens plus a cheval que a pié/ et
aussy comme il ne soit quelconque chose es ordres des humains qui par
espace de champ de temps ne se mue et change me semble bon toucher en
bref aucunement en termes plus entendibles des ordonnances communes du
temps present/ sicomme assés est sceu de ceulx qui les armes exercent/
c’est assavoir faire son avant garde a longue estandue des gens d’armes
arrengez ouniement serrez ensemble et que l’un ne passe l’autre/ les
meilleurs & les plus esleuz au premier front/ les mareschaux empres eulx
avec les estandars & banieres et fait on eles aux costés devant
esquelles est le trait canonniers arbalestriers & archiers semblablement
arengez.
Apres la premiere bataille que on dit avant garde vient la grosse
bataille ou toute la flote des gens d’armes est mise arengez tous par
ordonnance de leurs capitaines qui sont entre eulx/ leurs banieres et
enseignes levees sont par plusieurs rengz les ungs apres les autres
ouniement mis. Si fait le connestable crier sur la hart que nul ne se
desroute. Et dient aucuns que se quantité de gens de commune y a on
doibt de icelles gens efforcer les eles des costez par beaulx rengs par
derriere le trait et que commis soient a bons capitaines et aussi les
mettre au devant de la grosse bataille si que se fuyr vouloient que les
gens d’armes d’appres les en gardassent. Au millieu de ceste grosse
bataille est mis le prince de l’ost/ la principale baniere devant soy a
laquelle est le regard de la bataille/ et a ceste cause est baillee a
tenir a l’un des meilleurs et esprouvez hommes d’armes pour la sceureté
tant du prince comme de la baniere devant soy a laquelle est le regard
de bataille/ vient la tierce que on dit arriere garde. Laquelle est
ordonnee pour aider a conforter ceulx de devant/ qui semblablement sont
mis par belle ordre/ et par derriere icelle sont les valletz a cheval
qui aident les autres se besoing est et y sont bons & les chevaulx de
leurs maistres la tiennent et estachent que par derriere on ne vienne
envaÿr la bataille/ de laquelle chose se assez y a de gens d’armes et on
se doubte que par la venissent les ennemys/ ceulx qui sagement veullent
combatre font une autre bataille qui tourne le dos vers la dicte
bataille toute preste de recevoir ceulx qui viendront avant/ & avec
toutes ces choses communement est ordonnee une quantité d’ommes duitz du
mestier monstez sur bons destriers tous prestz a costez de venir rompre
& desrenger la bataille des ennemis a course de chevaux quant assemblez
seront/ et pource est souvent la bataille gaignee de la partie de ceulx
qui mieulx s’en scevent aider/ et conseillent aucuns expers d’armes quoy
que ceste maniere d’arrenger ost soit la plus commune/ que quant il
advient que on n’a pas trop grant quantité de commune/ mais plus de
bonnes gens d’armes que toute l’assemblee soit mise devant si que dit
est. Et dient que plus sceurement on s’i combat Et ceste maniere de
combatre fut bien tenue en la bataille de Rosbetre ou le roy de france
charles sixiesme de ce nom eut victoire contre quarante mille flamans.
Et semblablement fut fait n’a pas longtemps en la bataille du Liege ou
Jehan duc de bourgongne qui fut filz de philippe filz du roy de france
atout asés petite quantité de bonnes gens d’armes fut victorieux comme
vaillant prince contre xxxv mille liegois.
Cy Devise selon vegece et les anciens l’ordre de arrenger bataille.
xxiiii. chapitre.
Quoy qu’il soit cy devant dit et apres des manieres de combatre et
arrenger ost Dient les anciens qui de ceste matiere/ ont parlé que la
meilleur maniere de ordonner bataille est en rondeur et que on mette
plusieurs batailles ou front devant et du costé ou les ennemys doibvent
venir soient mys les meilleurs et les plus esprouvez/ et se serrez se
tiennent ensemble a peine pourront estre desconfitz posé que les autres
soient plus/ & s’il advient que les adversaires soient moins de gens/ la
bataille doibt estre ordonnee en maniere d’un fer de cheval. Et par
ceste maniere dist il les enclorras se tu y donnes bonne ordre. Et se
les autres sont foison ordonne ta bataille sicomme ague devant pour
partir/ mais bien enseigne vegece le capitaine que a l’eure que la
bataille assemble ne se advise de changer autre ordre & mener ailleurs
aucun nombre de gens qu’il face partir de l’ordonnance: car ce seroit
pour tout honnir et mettre trouble en ses batailles/ ne riens dist il ne
prouffite plus que garder l’ordre qui doibt estre tenue et l’espace qui
entre les rens doibt estre. Car on doibt regarder par grant cure que
trop ne s’empressent ne amoncellent/ ne aussi qu’ilz ne se laschent/
mais soient convenablement serrez/ car autrement perdroient la fiance de
combatre et empescheroient l’un l’autre et trop cler entreluisant Et
donneroient entree aux ennemis/ aussi en peril seroient d’estre rompus
et esparpillez dont la paour de eulx mesmes les rendroit tous esperduz.
Icelluy vegece dit que par belle ordre doivent yssir a champ auquel le
capitaine ja par plusieurs foys les ait mis en ordonnance pour monstrer
comment quant a la bataille viendra se deveront maintenir. La premiere
bataille estandue ainsy qu’elle doibt/ et puis la seconde bataille et
les autres. si que l’ordre soit gardee entre eulx si que dit est.
Aucuns capitaine dist il ont eu maniere de faire tourner leurs batailles
en esquerre/ et puis en triangle que on appelloit lors bersueil Et ceste
maniere d’ordonnance a/ a plusieurs proffité en bataille/ et quant force
d’ennemys leur courroit sus se mettoient en rondeur les meilleurs au
premier reng tout devant si gardoient les leurs d’eux tourner en fuite
et que trop de dommaige ne leur survenist. Et avoient les anciens
maniere que jamais tout leur ost ne mettoient en une assemblee/ ains
faisoient plusieurs batailles affin que les nouveaux venissent secourir
aux lassez. Et par celle voye a peine pevent estre desconfitz du tout/
car ce que l’une bataille perdoit l’autre recouvroit. Neantmoins sont
faitz de batailles adventureux par quoy nul ne sy doibt fier/ car
aucunesfois advient tout le contraire de ce que paravant on pensoit.
Exemple qui eust pensé/ que des tresgrans ostz assemblez des cartaginois
aux rommains deust estre l’ocasion si egale en la bataille que une fois
en advient/ car il n’en demoura homme nul d’une part ne d’autre.
Il dist aussi que le jour que la bataille doibt estre est convenable de
pou menger affin d’avoir plus longue alaine et estre plus mouvables et
plus legiers/ mais bon vin doibt on boire qui peut pource que aux
membres donne grant vigueur et esjoist l’esperit de celluy qui en prent
convenablement et sans trop.
Il advient dist il que aucques tous les couraiges des hommes se
troublent quant aller doibvent en la bataille/ mais a ceulx qui sont
ayrez leur croist force et hardement et oublient tout peril/ et pource
le sage capitaine pour donner cause a ses gens d’estre ayrez et plus
fiers les doibt avoir/ ains la bataille fait plusieurs escharmoucher aux
ennemis affin que par recevoir coups & blecheures d’eulx soient plus
afelonnis contre eulx. Et dit que les moins sages et les moins hardiz
seulent lever le cry ains que la bataille commence/ laquelle chose ne se
doibt faire/ car les corps doibvent venir avec le cry.
Les anciens avoient regard en l’assemblee de leurs batailles que les
hommes d’armes ne fussent pas espouentez pour le cry que font
aucunesfois les gens de commune quant l’ost assemble/ ou que font ceulx
qui ont paour/ & pource les advisoient par certain son de trompettes.
Aussy ceulx doubtent la bataille qui n’ont aprins l’exercite/ et pource
dit le livre telz gens sont a occupper en autres chosez que en armes.
Car ceulx qui ne veirent oncques occir homme ne espandre sang en ont
frayeur/ et pource quant ilz y sont pensent plus de fuyr que de
combatre/ sy pevent plus empescher que valoir a tout le moins s’ilz ne
sont mys soubz bon capitaine. Aucuns dient qu’ilz doibvent estre mis
tous ensemble et autres dient que non/ & qui doibvent estre meslez avec
les bons.
Derechief pour dire en bref et recapituler ce qui est convenable a
garder en ordonnance de bataille enseigne sept choses ou le capitaine
doit regarder. La premiere qu’il ait prins place a son advantage s’il
peut si que dit est/ ou il ait mis les siens en bonne ordonnance. La
seconde qu’ilz soient d’un costé targez de montaigne affin qu’on ne luy
puisse nuyre & par devant eulx une belle riviere si que on ne puisse a
eulx venir. La iii. qu’ilz n’aient pouldre ne soleil qui a l’oeil
puissent nuyre. La iiii. qui mout leur peut valloir est s’ilz sont
advisez de l’estat de leurs ennemis et bien informez quant ilz font leur
ordonnance/ et par ou ilz viennent. Car selon ce se pevent ordonner et
les attendre a leur advantage. La v. qu’ilz ne soient soulez ne
affoiblis par fain. La vi. qu’ilz soient tous d’un couraige a tenir
place & mieulx aimer mourir que fuyr/ sy ne seront pas telz gens legiers
a desconfire. La vii. que leurs ennemis ne sachent pas leur intention ne
se qu’ilz tendent a faire et de quelz tours sont advisez. Neantmoins si
que dessus est dit merveilleuses sont les adventures des batailles. Il
advient aucunesfois tellement qu’il semble que dieu vueille aider a
l’une des parties et point a l’autre. Si qu’il advint lors que les
rommains se combatoient aux deux roys d’orient de grant puissance
jugurta/ et boctius. Adonc comme l’ardeur du soleil fust sy grande ou
champ que a pou ilz n’y attaignoient/ souvent si se leva ung vent si
grant que le traict des arcs dont iceulx roys avoient grant planté n’eut
sicomme point de puissance. Et apres vint une grosse pluye qui tout
rafreschit les rommains/ & fut aux autres choses merveilleusement
contraires/ car les cordes de leurs arcs se laschoient. Et les oliphans
dont foison y avoit/ qui sont grandes bestes qui ne pevent souffrir eaue
ne se pondrent mouvoir et les chaingles qui soustenoient les chasteaulx
chargés d’eaue. Si ne leur fut pas encombrier/ et par celle voye desja
resvigourez pour la frescheur si asprement les envaÿrent que ja soit ce
qu’ilz feussent plus petite quantité de gens si eurent ilz la victoire.
Cy devise selon vegece de vii. manieres d’arrenger ost et de combatre.
xxv. c.
Derechief selon vegece sont vii. manieres de batailles ordonneez et de
combatre a ost en champ en son iii. livre au xxi. chapitre/ lesquelles
quoy qu’il les baille assez obscurement et qu’elles ne soient a entendre
du tout fors a ceulx qui maistres sont en l’exercite et office des armes
ay mises sy ensuivant.
La premiere maniere d’arenger ost en champ dit vegece est celle qui se
fait au long front ainsy que on fait maintenant/ mais ceste maniere sy
qu’il dist n’est pas tresbonne pource qu’il convient que l’espace soit
longue et que l’ost soit tout estandu et qu’il ne chiet pas/ tousjours
champ propice a ce faire. Et quant il y a fossez ou vallees ou mauvais
pas/ par la est legierement la bataille rompue/ Avec ce se les
adversaires sont grant multitude de gens/ il yra au costé dextre ou au
senestre/ & ensçaindra la bataille ou grant peril y a. Si dist ainsy
l’acteur ou cas dist il que tu n’ayes plus grant foison de gens qui
soient ordonnez et mis contre les ennemys se ad ce tu es venu prens tes
meilleurs hommes et enchain les ennemis se peux au chain de ton ost.
La seconde maniere est meilleure et se par icelle tu ordonnes ung pou de
gens vaillans et bien esprouvez en lieu propre tu pourras avoir victoire
posé que ton adversaire eust plus de gens/ & est de celle telle la
maniere de combatre que quant les batailles viennent pour assembler.
Lors changeras ta senestre ele/ de son lieu en autre affin que tu voyes
loing au dextre cor de ton ennemy et que on n’y puisse traire ne lancer/
et ta dextre ele/ joings a la senestre. Et illec par les meilleurs de
tes gens commence la bataille aspre et forte et par grant vigueur a
cheval et a pié soit tellement envaÿe ladicte senestre ele ou tu es
joint que tu voises en boutant & courant sus par telle maniere que tu
viengnes au doz de tes ennemys/ et se tu en peux une fois partir les
adversaires approchans tes gens sans doubte tu auras victore/ et ceste
partie de ton ost que tu auras substraicte des autres demourra sceure.
Ceste maniere de bataille est ordonnee en maniere de ung a de lettre. Et
se tes adversaires l’ordonnent ainsy premier dont isse des tiens grant
rengee de gens venans de front et les assemble a ton senestre cor et en
telle maniere contresteras a ton ennemy par force qu’il ne te boutera
arriere par art de combatre.
La iii. maniere de combatre est semblable a la seconde et ne differe
fors en ce que ton senestre cor commence a combatre au dextre cor de ton
adversaire/ & se tu as ta senestre ele meilleur que la dextre/ lors
adjouste avec tresfors combateurs a cheval et a pié/ et a l’assembler
joings premierement ta senestre ele a la dextre ele de ton ennemy/ &
tant comme tu pourras bouter arriere la senestre ele de ton ennemy et te
haste d’enchaindre. Et l’autre de ton ost ou tu scez qu’ilz ne sont pas
si fors desqueuvre tant que tu pourras de l’ele senestre des autres/ si
que glaves ne dars n’y puissent parvenir/ et icy tu doibs garder que tes
ennemys ne facent ber[s]ueil de leurs gens pour rompre ta bataille au
travers/ et en ceste maniere se combat on proffitablement/ & en especial
se le cas advient que ton adversaire ait son senestre cor moins fort
assez que ton cor senestre.
La iiii. maniere de combatre est telle que quant tu auras ordonné tes
batailles avec iiii. ou v. cens combatans ainçois que tu approches tes
ennemys qui de ce riens ne scevent/ tu esmouveras soudainement ambedeux
tes eles si que de l’un & l’autre cor tes ennemys non pourveux seront
contrains de trouver les doz/ et se isnellement peuz ce faire tu auras
victoire/ mais ceste maniere ja soit ce que tu ayes tresfors et
exercitez gens d’armes je le tiens a perilleuse/ car se la moictié de la
bataille est contrainte a diviser et descourir ton cor en deux parties
et ton ennemy n’est vaincu a la premiere emprainte/ ilz ont occasion
d’envaÿr tes gens d’armez divisez & le milieu qui seroit departi de tes
eles.
La v. maniere de combatre est semblable a la quarte/ mais s’il y a plus
que les archiers et les legierement armez/ arrenge les devant la
premiere bataille affin que ceulx ne puissent estre derompuz/ car aussy
bien de ton dextre cor envaÿs et assaulx le senestre cor de ton ennemy
et du senestre le dextre/ et se ainsy le peux chastoier tantost sera
vaincu/ mais la bataille du milieu n’est pas en peril pource qu’elle est
deffendue des legierement armez et des archiers.
La vi. maniere de combatre est tresbonne et quasi semblable a la
seconde/ & de ceste se ont acoustumé aider les loings combateurs en
esperance de victoire/ Posons que pou de gens soient/ par bien ordonner
leurs batailles/ la bataille arrengee aux ennemys joings ton dextre cor/
a l’autre senestre/ et illec commence la bataille avecques les meilleurs
que tu as a cheval & a pié. Et l’autre partie de ton ost suive de loings
la bataille de ton ennemy et estende icelle pa[r]tie tout droit/ et se
tu peus venir au costé de la senestre ele de tes ennemys il convient
qu’ilz tournent le doz/ & ne peult l’adversaire estre secouru de sa
dextre ele/ ne de son milieu ne ne peut aider aux autres. Car la queue
de l’ost est estandue au semblant de la plus longue lettre que on
appelle. l. et longue se depart de ton ennemy.
Cy parle encore de mesmes propos en poursuivant la matiere du precedent
chapitre. xxvi. chapitre.
La vii. maniere de combatre est quant le lieu et la place sont propices
a celluy qui prent premier champ C’est assavoir se tu as d’une part
empeschement/ Par lequel tes ennemys ne puissent venir si que dit est/
comme maretz fleuve ou montaigne ou autre empeschement. Posons que pou
de gens ayez/ lesquelz par tresbonne ordonnance soient arrengez en
bataille/ et de la partie ou n’est ledit empeschement metteras tes gens
a cheval et lors te combas sceurement se tu es envaÿ/ car d’une part
l’empeschement te garde et de l’autre part la force de ceulx a cheval.
Si est a regarder de quelque partie que tu vouldras combatre que
tousjours tu mettes devant les plus vaillans et quelque pou de gens que
tu ayes ne t’esbahis/ car victore a bien acoustumé d’estre eue par pou
de combatans/ mais que le sage duc les ordonne la ou proffit et raison
requiert. Et est assavoir que mesmes en icelluy temps se aidoient en
leurs batailles de plusieurs manieres d’engins & cautelles pour rompre
les batailles si que dit est parcidevant des beufz atout le feu soubz
les queues chassez vers la partie adverse. Et mesmement usoient des
adonc des auques semblables engins a ceulx que on appelle ribaudequins.
Car tout ainsi et en telle maniere estoient assis sur roes ung homme
dedens/ sicomme en ung petit chastel de fer et tiroit de canon ou
d’arbalestre & y avoit a chascun costé ung Archier et fers argus/ par
devant y avoit comme lances et a force de gens ou de chevaulx les
faisoient plusieurs de ung front aller heurter ensemble par grant
vigueur aux ennemys.
Cy devise l’ordre et la maniere que le capitaine doibt tenir quant
bonnes fortunes sont pour luy de la bataille. xxvii. chapitre.
Aucuns qui ne congnoissent pas bien les tours des armes se cuident moult
aider en bataille par enclorre en certain lieu leurs adversaires et
ennemys ou par bien les enchaindre tellement que par multitude de gens
ne puissent issir/ mais ce fait est moult a doubter/ car aux encloz
croist le hardement pource que de tant qu’ilz se tiennent plus pour mors
et qu’il leur semble qu’ilz n’ont povoir de issir ne d’eschapper/ de
tant plus chier se vendent/ et pource fut loee la sentence de Scipion
l’affrican qui dit que on doibt faire voye aux ennemis par ou ilz
puissent fuir et mettre embusche par ou ilz doibvent passer/ car quant
ilz sont fort oppressez et ilz voient l’issue par laquelle ilz se
cuident sauver en fuyant. Adont pevent mieulx estre occis en fuyant que
en eulx deffendant Car plusieurs gettent jus leurs armes pour plus
legierement fuyr Si sont par les chassans occis comme bestes Et plus
sont grant nombre et plus est leur confusion/ Car la ne doibt on
regarder nul nombre ou les courages sont ja desconfitz par force de
paour/ dont dient les sages d’armes que quant bonne fortune vient a
l’une des parties si quelque vainque l’autre en bataille doibt
poursuivir ce du tout jusques en fin de sa bonne fortune tant qu’elle
dure/ jusques ad ce que tous soient destruis endementiers qu’ilz sont
effrayez et non pas sy fort esjoyr ne enorguillir au commencement que on
laisse tout pour y cuider recouvrer comme plusieurs qui en ont esté
deceuz/ qui oncques puis advenir n’y peurent. Tesmoing par ung nommé
hanibal lequel se apres la bataille de canes fust allé tout droit a
romme il l’eust prinse de legier sans contredit/ car tant estoient les
rommains plains de doulleur et d’effroy pour leur grant perte que a
l’eure n’y eussent sceu contredire/ mais luy qui ad ce cuida retourner a
son bon plaisir/ entendant tousjours a despouiller de ce ne fist compte
A laquelle chose ilz oncques puys pour toute sa puissance tant s’en
efforçast luy et tout son ost n’y peut advenir.
Cy devise l’ordre et la maniere que le capitaine doibt tenir quant la
fortune de la bataille luy vient contraire. xxviii. chapitre.
Or y a autre point c’est assavoir que ce partie de l’ost vainct et
l’autre s’enfuit/ le bout qui demeure bien encores esperoir la victoire
Et plusieurs fois est advenu/ que ceulx qu’on tenoit audessoubz ont
gaigné la bataille/ si se doibvent iceulx eslever par cry et par sons de
trompettes et par ce espouenter les adversaires et conforter les siens
comme s’ilz feussent vainqueurs de toutes pars. Et s’il advient que le
meschief adviengne en tout ton ost Neantmoins tu doibs querir le remede
car fortune a aucunesfois des fuitifz plusieurs recouvrez/ & les sages
d’armes dient que en fait de planiere bataille le bon capitaine doibt
estre pourveu de rassembler les siens Comme le bon pasteur ses oailles/
posé qu’ilz s’en fuyent/ doibt de tout son povoir estre ententif a
sauver les vaincus et les retraire ou aucun destour ou sur montaigne et
ele en derriere luy ou en aultre sceure place/ & s’il peult rassembler
aucun pou de ses gens vaillans & hardis et les mettre en bon conroy/
encores pourront grever leurs ennemys/ car communement advient que les
desroutez ça et la comme ceulx qui chassent follement se les adversaires
sont saiges/ sont remis en fuite et ainsy sont occis ceulx qui
premierement estoient chasseurs Si ne leur peult advenir plus
merveilleuse confusion que quant leur fierté leur change en paour.
Pource quelle que soit l’adventure on doibt radresser par convenables
exortations les vaincus et rassembler et garnir son ost de hommes
nouveaux lesquelz soient hardis et vaillans & fournis de harnois les
peult trover/ et convient adonc pourpenser soubdain aide et la soubdaine
adventure c’est assavoir adviser comment l’agait fait Si que les ennemys
qui longuement les ont suivis soient rencontrés en quelque lieu de repos
ou en plusieurs pars Et ainsy par le bon capitaine soit la paour des
fuitifz convertie en hardement de attendre et poursuivir se besoing est.
Et pourtant ne se doibt le bon capitaine desesperer quelque fortune
qu’il ait contre luy s’il est sage/ Car souvent advient que par bonne
escheance et propice fortune ceulx qui cuident tous avoir gaigné
s’eslievent en arrogance et par ce moins sagement/ qu’ilz ne cuident
s’embatent sur leurs ennemys. Lesquelz bien advisez les recueillent par
grant accueillie & les ruent jus/ & pource doibt estre advisé le sage
capitaine de ce que dit est que les vaincus estoient a leur retour
vaincqueurs et chassoient les autres.
Et que ainsy soit le demonstre le cas des rommains de l’adventure qui
leur advint apres la grant desconfiture de canes/ ou eulx tous
desesperez de jamais povoir recouvrer nul bon eur ne nulle bonne
prosperité voulurent deguerpir leur cité et autre part eslire
habitation/ mais de ce les garda ung vaillant prince des leurs qui dist
que a eulx se combatroit s’ilz s’en alloient Sil leur donna esperance de
meilleur fortune et les remist ensemble/ et de gens concueillie fist
chevaliers et a telle puissance que avoir peult/ alla assaillir ung
nommé hanibal/ qui ad ce riens ne pensoit et le surprint comme tout
despourveu. Si fut adonques a telle heure desconfit que oncques depuis
n’eut victoire sur eulx et illec le destruirent les rommains.
Cy recapitule en bref aucunes choses des ordres devant dictes. xxix.
chapitre.
Pour replicquer en bref toute la substance que vegece veult dire en son
li[vre]. Il se epilogue en la fin ainsy que a manieres de proverbes
disant.
Toy qui veux avoir honneur d’armes fay que la maniere de ta jeunesse et
ton acoustumance te apprengne a estre maistre es tours de chevalerie en
parfait aage/ car trop plus belle chose est que tu puisses dire je sçay
que se que tu dis/ ha pour quoy n’ay je aprins.
Tousjours fay a ton povoir chose qui puisse nuyre a ton ennemy et a toy
proffiter/ car de ce que tu le delaissez a grever tu te renoie mesmes/
fays que tu congnoisses le chevalier ains que tu le maines en bataille/
et s’il y est d’aventure ne t’y fie/ Car mieulx vault doubter son ennemy
en soy tenant sur sa garde que en bataille soy fier en gens que on ne
congnoist.
Grant sceureté est actraire son ennemy fuitif qui peut/ car plus pevent
grever aux ennemis les fuitifz que les occis/ & cellui est a peine
vaincu qui des siens & de son adversaire se peut aider.
Mieulx vault laisser apres arengie de bataille assez d’aides que trop
ample bataille faire/ car aulx lassez les nouveaux venus aydent/ car
plus aide vertu que multitude/ & souvent vault mieulx en bataille lieu
que force: l’omme proffite par labour et aneantit pour estre oyseux.