Comme vegece mette plusieurs manieres d’arenger ost en bataille si que

dit sera cy apres lesquelles pevent estre sont en aucunes choses

differentes des ordonnances du temps present. la cause est par aventure

pource que adonc se combatoient les gens plus a cheval que a pié/ et

aussy comme il ne soit quelconque chose es ordres des humains qui par

espace de champ de temps ne se mue et change me semble bon toucher en

bref aucunement en termes plus entendibles des ordonnances communes du

temps present/ sicomme assés est sceu de ceulx qui les armes exercent/

c’est assavoir faire son avant garde a longue estandue des gens d’armes

arrengez ouniement serrez ensemble et que l’un ne passe l’autre/ les

meilleurs & les plus esleuz au premier front/ les mareschaux empres eulx

avec les estandars & banieres et fait on eles aux costés devant

esquelles est le trait canonniers arbalestriers & archiers semblablement

arengez.

Apres la premiere bataille que on dit avant garde vient la grosse

bataille ou toute la flote des gens d’armes est mise arengez tous par

ordonnance de leurs capitaines qui sont entre eulx/ leurs banieres et

enseignes levees sont par plusieurs rengz les ungs apres les autres

ouniement mis. Si fait le connestable crier sur la hart que nul ne se

desroute. Et dient aucuns que se quantité de gens de commune y a on

doibt de icelles gens efforcer les eles des costez par beaulx rengs par

derriere le trait et que commis soient a bons capitaines et aussi les

mettre au devant de la grosse bataille si que se fuyr vouloient que les

gens d’armes d’appres les en gardassent. Au millieu de ceste grosse

bataille est mis le prince de l’ost/ la principale baniere devant soy a

laquelle est le regard de la bataille/ et a ceste cause est baillee a

tenir a l’un des meilleurs et esprouvez hommes d’armes pour la sceureté

tant du prince comme de la baniere devant soy a laquelle est le regard

de bataille/ vient la tierce que on dit arriere garde. Laquelle est

ordonnee pour aider a conforter ceulx de devant/ qui semblablement sont

mis par belle ordre/ et par derriere icelle sont les valletz a cheval

qui aident les autres se besoing est et y sont bons & les chevaulx de

leurs maistres la tiennent et estachent que par derriere on ne vienne

envaÿr la bataille/ de laquelle chose se assez y a de gens d’armes et on

se doubte que par la venissent les ennemys/ ceulx qui sagement veullent

combatre font une autre bataille qui tourne le dos vers la dicte

bataille toute preste de recevoir ceulx qui viendront avant/ & avec

toutes ces choses communement est ordonnee une quantité d’ommes duitz du

mestier monstez sur bons destriers tous prestz a costez de venir rompre

& desrenger la bataille des ennemis a course de chevaux quant assemblez

seront/ et pource est souvent la bataille gaignee de la partie de ceulx

qui mieulx s’en scevent aider/ et conseillent aucuns expers d’armes quoy

que ceste maniere d’arrenger ost soit la plus commune/ que quant il

advient que on n’a pas trop grant quantité de commune/ mais plus de

bonnes gens d’armes que toute l’assemblee soit mise devant si que dit

est. Et dient que plus sceurement on s’i combat Et ceste maniere de

combatre fut bien tenue en la bataille de Rosbetre ou le roy de france

charles sixiesme de ce nom eut victoire contre quarante mille flamans.

Et semblablement fut fait n’a pas longtemps en la bataille du Liege ou

Jehan duc de bourgongne qui fut filz de philippe filz du roy de france

atout asés petite quantité de bonnes gens d’armes fut victorieux comme

vaillant prince contre xxxv mille liegois.

Cy Devise selon vegece et les anciens l’ordre de arrenger bataille.

xxiiii. chapitre.

Quoy qu’il soit cy devant dit et apres des manieres de combatre et

arrenger ost Dient les anciens qui de ceste matiere/ ont parlé que la

meilleur maniere de ordonner bataille est en rondeur et que on mette

plusieurs batailles ou front devant et du costé ou les ennemys doibvent

venir soient mys les meilleurs et les plus esprouvez/ et se serrez se

tiennent ensemble a peine pourront estre desconfitz posé que les autres

soient plus/ & s’il advient que les adversaires soient moins de gens/ la

bataille doibt estre ordonnee en maniere d’un fer de cheval. Et par

ceste maniere dist il les enclorras se tu y donnes bonne ordre. Et se

les autres sont foison ordonne ta bataille sicomme ague devant pour

partir/ mais bien enseigne vegece le capitaine que a l’eure que la

bataille assemble ne se advise de changer autre ordre & mener ailleurs

aucun nombre de gens qu’il face partir de l’ordonnance: car ce seroit

pour tout honnir et mettre trouble en ses batailles/ ne riens dist il ne

prouffite plus que garder l’ordre qui doibt estre tenue et l’espace qui

entre les rens doibt estre. Car on doibt regarder par grant cure que

trop ne s’empressent ne amoncellent/ ne aussi qu’ilz ne se laschent/

mais soient convenablement serrez/ car autrement perdroient la fiance de

combatre et empescheroient l’un l’autre et trop cler entreluisant Et

donneroient entree aux ennemis/ aussi en peril seroient d’estre rompus

et esparpillez dont la paour de eulx mesmes les rendroit tous esperduz.

Icelluy vegece dit que par belle ordre doivent yssir a champ auquel le

capitaine ja par plusieurs foys les ait mis en ordonnance pour monstrer

comment quant a la bataille viendra se deveront maintenir. La premiere

bataille estandue ainsy qu’elle doibt/ et puis la seconde bataille et

les autres. si que l’ordre soit gardee entre eulx si que dit est.

Aucuns capitaine dist il ont eu maniere de faire tourner leurs batailles

en esquerre/ et puis en triangle que on appelloit lors bersueil Et ceste

maniere d’ordonnance a/ a plusieurs proffité en bataille/ et quant force

d’ennemys leur courroit sus se mettoient en rondeur les meilleurs au

premier reng tout devant si gardoient les leurs d’eux tourner en fuite

et que trop de dommaige ne leur survenist. Et avoient les anciens

maniere que jamais tout leur ost ne mettoient en une assemblee/ ains

faisoient plusieurs batailles affin que les nouveaux venissent secourir

aux lassez. Et par celle voye a peine pevent estre desconfitz du tout/

car ce que l’une bataille perdoit l’autre recouvroit. Neantmoins sont

faitz de batailles adventureux par quoy nul ne sy doibt fier/ car

aucunesfois advient tout le contraire de ce que paravant on pensoit.

Exemple qui eust pensé/ que des tresgrans ostz assemblez des cartaginois

aux rommains deust estre l’ocasion si egale en la bataille que une fois

en advient/ car il n’en demoura homme nul d’une part ne d’autre.

Il dist aussi que le jour que la bataille doibt estre est convenable de

pou menger affin d’avoir plus longue alaine et estre plus mouvables et

plus legiers/ mais bon vin doibt on boire qui peut pource que aux

membres donne grant vigueur et esjoist l’esperit de celluy qui en prent

convenablement et sans trop.

Il advient dist il que aucques tous les couraiges des hommes se

troublent quant aller doibvent en la bataille/ mais a ceulx qui sont

ayrez leur croist force et hardement et oublient tout peril/ et pource

le sage capitaine pour donner cause a ses gens d’estre ayrez et plus

fiers les doibt avoir/ ains la bataille fait plusieurs escharmoucher aux

ennemis affin que par recevoir coups & blecheures d’eulx soient plus

afelonnis contre eulx. Et dit que les moins sages et les moins hardiz

seulent lever le cry ains que la bataille commence/ laquelle chose ne se

doibt faire/ car les corps doibvent venir avec le cry.

Les anciens avoient regard en l’assemblee de leurs batailles que les

hommes d’armes ne fussent pas espouentez pour le cry que font

aucunesfois les gens de commune quant l’ost assemble/ ou que font ceulx

qui ont paour/ & pource les advisoient par certain son de trompettes.

Aussy ceulx doubtent la bataille qui n’ont aprins l’exercite/ et pource

dit le livre telz gens sont a occupper en autres chosez que en armes.

Car ceulx qui ne veirent oncques occir homme ne espandre sang en ont

frayeur/ et pource quant ilz y sont pensent plus de fuyr que de

combatre/ sy pevent plus empescher que valoir a tout le moins s’ilz ne

sont mys soubz bon capitaine. Aucuns dient qu’ilz doibvent estre mis

tous ensemble et autres dient que non/ & qui doibvent estre meslez avec

les bons.

Derechief pour dire en bref et recapituler ce qui est convenable a

garder en ordonnance de bataille enseigne sept choses ou le capitaine

doit regarder. La premiere qu’il ait prins place a son advantage s’il

peut si que dit est/ ou il ait mis les siens en bonne ordonnance. La

seconde qu’ilz soient d’un costé targez de montaigne affin qu’on ne luy

puisse nuyre & par devant eulx une belle riviere si que on ne puisse a

eulx venir. La iii. qu’ilz n’aient pouldre ne soleil qui a l’oeil

puissent nuyre. La iiii. qui mout leur peut valloir est s’ilz sont

advisez de l’estat de leurs ennemis et bien informez quant ilz font leur

ordonnance/ et par ou ilz viennent. Car selon ce se pevent ordonner et

les attendre a leur advantage. La v. qu’ilz ne soient soulez ne

affoiblis par fain. La vi. qu’ilz soient tous d’un couraige a tenir

place & mieulx aimer mourir que fuyr/ sy ne seront pas telz gens legiers

a desconfire. La vii. que leurs ennemis ne sachent pas leur intention ne

se qu’ilz tendent a faire et de quelz tours sont advisez. Neantmoins si

que dessus est dit merveilleuses sont les adventures des batailles. Il

advient aucunesfois tellement qu’il semble que dieu vueille aider a

l’une des parties et point a l’autre. Si qu’il advint lors que les

rommains se combatoient aux deux roys d’orient de grant puissance

jugurta/ et boctius. Adonc comme l’ardeur du soleil fust sy grande ou

champ que a pou ilz n’y attaignoient/ souvent si se leva ung vent si

grant que le traict des arcs dont iceulx roys avoient grant planté n’eut

sicomme point de puissance. Et apres vint une grosse pluye qui tout

rafreschit les rommains/ & fut aux autres choses merveilleusement

contraires/ car les cordes de leurs arcs se laschoient. Et les oliphans

dont foison y avoit/ qui sont grandes bestes qui ne pevent souffrir eaue

ne se pondrent mouvoir et les chaingles qui soustenoient les chasteaulx

chargés d’eaue. Si ne leur fut pas encombrier/ et par celle voye desja

resvigourez pour la frescheur si asprement les envaÿrent que ja soit ce

qu’ilz feussent plus petite quantité de gens si eurent ilz la victoire.

Cy devise selon vegece de vii. manieres d’arrenger ost et de combatre.

xxv. c.

Derechief selon vegece sont vii. manieres de batailles ordonneez et de

combatre a ost en champ en son iii. livre au xxi. chapitre/ lesquelles

quoy qu’il les baille assez obscurement et qu’elles ne soient a entendre

du tout fors a ceulx qui maistres sont en l’exercite et office des armes

ay mises sy ensuivant.

La premiere maniere d’arenger ost en champ dit vegece est celle qui se

fait au long front ainsy que on fait maintenant/ mais ceste maniere sy

qu’il dist n’est pas tresbonne pource qu’il convient que l’espace soit

longue et que l’ost soit tout estandu et qu’il ne chiet pas/ tousjours

champ propice a ce faire. Et quant il y a fossez ou vallees ou mauvais

pas/ par la est legierement la bataille rompue/ Avec ce se les

adversaires sont grant multitude de gens/ il yra au costé dextre ou au

senestre/ & ensçaindra la bataille ou grant peril y a. Si dist ainsy

l’acteur ou cas dist il que tu n’ayes plus grant foison de gens qui

soient ordonnez et mis contre les ennemys se ad ce tu es venu prens tes

meilleurs hommes et enchain les ennemis se peux au chain de ton ost.

La seconde maniere est meilleure et se par icelle tu ordonnes ung pou de

gens vaillans et bien esprouvez en lieu propre tu pourras avoir victoire

posé que ton adversaire eust plus de gens/ & est de celle telle la

maniere de combatre que quant les batailles viennent pour assembler.

Lors changeras ta senestre ele/ de son lieu en autre affin que tu voyes

loing au dextre cor de ton ennemy et que on n’y puisse traire ne lancer/

et ta dextre ele/ joings a la senestre. Et illec par les meilleurs de

tes gens commence la bataille aspre et forte et par grant vigueur a

cheval et a pié soit tellement envaÿe ladicte senestre ele ou tu es

joint que tu voises en boutant & courant sus par telle maniere que tu

viengnes au doz de tes ennemys/ et se tu en peux une fois partir les

adversaires approchans tes gens sans doubte tu auras victore/ et ceste

partie de ton ost que tu auras substraicte des autres demourra sceure.

Ceste maniere de bataille est ordonnee en maniere de ung a de lettre. Et

se tes adversaires l’ordonnent ainsy premier dont isse des tiens grant

rengee de gens venans de front et les assemble a ton senestre cor et en

telle maniere contresteras a ton ennemy par force qu’il ne te boutera

arriere par art de combatre.

La iii. maniere de combatre est semblable a la seconde et ne differe

fors en ce que ton senestre cor commence a combatre au dextre cor de ton

adversaire/ & se tu as ta senestre ele meilleur que la dextre/ lors

adjouste avec tresfors combateurs a cheval et a pié/ et a l’assembler

joings premierement ta senestre ele a la dextre ele de ton ennemy/ &

tant comme tu pourras bouter arriere la senestre ele de ton ennemy et te

haste d’enchaindre. Et l’autre de ton ost ou tu scez qu’ilz ne sont pas

si fors desqueuvre tant que tu pourras de l’ele senestre des autres/ si

que glaves ne dars n’y puissent parvenir/ et icy tu doibs garder que tes

ennemys ne facent ber[s]ueil de leurs gens pour rompre ta bataille au

travers/ et en ceste maniere se combat on proffitablement/ & en especial

se le cas advient que ton adversaire ait son senestre cor moins fort

assez que ton cor senestre.

La iiii. maniere de combatre est telle que quant tu auras ordonné tes

batailles avec iiii. ou v. cens combatans ainçois que tu approches tes

ennemys qui de ce riens ne scevent/ tu esmouveras soudainement ambedeux

tes eles si que de l’un & l’autre cor tes ennemys non pourveux seront

contrains de trouver les doz/ et se isnellement peuz ce faire tu auras

victoire/ mais ceste maniere ja soit ce que tu ayes tresfors et

exercitez gens d’armes je le tiens a perilleuse/ car se la moictié de la

bataille est contrainte a diviser et descourir ton cor en deux parties

et ton ennemy n’est vaincu a la premiere emprainte/ ilz ont occasion

d’envaÿr tes gens d’armez divisez & le milieu qui seroit departi de tes

eles.

La v. maniere de combatre est semblable a la quarte/ mais s’il y a plus

que les archiers et les legierement armez/ arrenge les devant la

premiere bataille affin que ceulx ne puissent estre derompuz/ car aussy

bien de ton dextre cor envaÿs et assaulx le senestre cor de ton ennemy

et du senestre le dextre/ et se ainsy le peux chastoier tantost sera

vaincu/ mais la bataille du milieu n’est pas en peril pource qu’elle est

deffendue des legierement armez et des archiers.

La vi. maniere de combatre est tresbonne et quasi semblable a la

seconde/ & de ceste se ont acoustumé aider les loings combateurs en

esperance de victoire/ Posons que pou de gens soient/ par bien ordonner

leurs batailles/ la bataille arrengee aux ennemys joings ton dextre cor/

a l’autre senestre/ et illec commence la bataille avecques les meilleurs

que tu as a cheval & a pié. Et l’autre partie de ton ost suive de loings

la bataille de ton ennemy et estende icelle pa[r]tie tout droit/ et se

tu peus venir au costé de la senestre ele de tes ennemys il convient

qu’ilz tournent le doz/ & ne peult l’adversaire estre secouru de sa

dextre ele/ ne de son milieu ne ne peut aider aux autres. Car la queue

de l’ost est estandue au semblant de la plus longue lettre que on

appelle. l. et longue se depart de ton ennemy.

Cy parle encore de mesmes propos en poursuivant la matiere du precedent

chapitre. xxvi. chapitre.

La vii. maniere de combatre est quant le lieu et la place sont propices

a celluy qui prent premier champ C’est assavoir se tu as d’une part

empeschement/ Par lequel tes ennemys ne puissent venir si que dit est/

comme maretz fleuve ou montaigne ou autre empeschement. Posons que pou

de gens ayez/ lesquelz par tresbonne ordonnance soient arrengez en

bataille/ et de la partie ou n’est ledit empeschement metteras tes gens

a cheval et lors te combas sceurement se tu es envaÿ/ car d’une part

l’empeschement te garde et de l’autre part la force de ceulx a cheval.

Si est a regarder de quelque partie que tu vouldras combatre que

tousjours tu mettes devant les plus vaillans et quelque pou de gens que

tu ayes ne t’esbahis/ car victore a bien acoustumé d’estre eue par pou

de combatans/ mais que le sage duc les ordonne la ou proffit et raison

requiert. Et est assavoir que mesmes en icelluy temps se aidoient en

leurs batailles de plusieurs manieres d’engins & cautelles pour rompre

les batailles si que dit est parcidevant des beufz atout le feu soubz

les queues chassez vers la partie adverse. Et mesmement usoient des

adonc des auques semblables engins a ceulx que on appelle ribaudequins.

Car tout ainsi et en telle maniere estoient assis sur roes ung homme

dedens/ sicomme en ung petit chastel de fer et tiroit de canon ou

d’arbalestre & y avoit a chascun costé ung Archier et fers argus/ par

devant y avoit comme lances et a force de gens ou de chevaulx les

faisoient plusieurs de ung front aller heurter ensemble par grant

vigueur aux ennemys.

Cy devise l’ordre et la maniere que le capitaine doibt tenir quant

bonnes fortunes sont pour luy de la bataille. xxvii. chapitre.

Aucuns qui ne congnoissent pas bien les tours des armes se cuident moult

aider en bataille par enclorre en certain lieu leurs adversaires et

ennemys ou par bien les enchaindre tellement que par multitude de gens

ne puissent issir/ mais ce fait est moult a doubter/ car aux encloz

croist le hardement pource que de tant qu’ilz se tiennent plus pour mors

et qu’il leur semble qu’ilz n’ont povoir de issir ne d’eschapper/ de

tant plus chier se vendent/ et pource fut loee la sentence de Scipion

l’affrican qui dit que on doibt faire voye aux ennemis par ou ilz

puissent fuir et mettre embusche par ou ilz doibvent passer/ car quant

ilz sont fort oppressez et ilz voient l’issue par laquelle ilz se

cuident sauver en fuyant. Adont pevent mieulx estre occis en fuyant que

en eulx deffendant Car plusieurs gettent jus leurs armes pour plus

legierement fuyr Si sont par les chassans occis comme bestes Et plus

sont grant nombre et plus est leur confusion/ Car la ne doibt on

regarder nul nombre ou les courages sont ja desconfitz par force de

paour/ dont dient les sages d’armes que quant bonne fortune vient a

l’une des parties si quelque vainque l’autre en bataille doibt

poursuivir ce du tout jusques en fin de sa bonne fortune tant qu’elle

dure/ jusques ad ce que tous soient destruis endementiers qu’ilz sont

effrayez et non pas sy fort esjoyr ne enorguillir au commencement que on

laisse tout pour y cuider recouvrer comme plusieurs qui en ont esté

deceuz/ qui oncques puis advenir n’y peurent. Tesmoing par ung nommé

hanibal lequel se apres la bataille de canes fust allé tout droit a

romme il l’eust prinse de legier sans contredit/ car tant estoient les

rommains plains de doulleur et d’effroy pour leur grant perte que a

l’eure n’y eussent sceu contredire/ mais luy qui ad ce cuida retourner a

son bon plaisir/ entendant tousjours a despouiller de ce ne fist compte

A laquelle chose ilz oncques puys pour toute sa puissance tant s’en

efforçast luy et tout son ost n’y peut advenir.

Cy devise l’ordre et la maniere que le capitaine doibt tenir quant la

fortune de la bataille luy vient contraire. xxviii. chapitre.

Or y a autre point c’est assavoir que ce partie de l’ost vainct et

l’autre s’enfuit/ le bout qui demeure bien encores esperoir la victoire

Et plusieurs fois est advenu/ que ceulx qu’on tenoit audessoubz ont

gaigné la bataille/ si se doibvent iceulx eslever par cry et par sons de

trompettes et par ce espouenter les adversaires et conforter les siens

comme s’ilz feussent vainqueurs de toutes pars. Et s’il advient que le

meschief adviengne en tout ton ost Neantmoins tu doibs querir le remede

car fortune a aucunesfois des fuitifz plusieurs recouvrez/ & les sages

d’armes dient que en fait de planiere bataille le bon capitaine doibt

estre pourveu de rassembler les siens Comme le bon pasteur ses oailles/

posé qu’ilz s’en fuyent/ doibt de tout son povoir estre ententif a

sauver les vaincus et les retraire ou aucun destour ou sur montaigne et

ele en derriere luy ou en aultre sceure place/ & s’il peult rassembler

aucun pou de ses gens vaillans & hardis et les mettre en bon conroy/

encores pourront grever leurs ennemys/ car communement advient que les

desroutez ça et la comme ceulx qui chassent follement se les adversaires

sont saiges/ sont remis en fuite et ainsy sont occis ceulx qui

premierement estoient chasseurs Si ne leur peult advenir plus

merveilleuse confusion que quant leur fierté leur change en paour.

Pource quelle que soit l’adventure on doibt radresser par convenables

exortations les vaincus et rassembler et garnir son ost de hommes

nouveaux lesquelz soient hardis et vaillans & fournis de harnois les

peult trover/ et convient adonc pourpenser soubdain aide et la soubdaine

adventure c’est assavoir adviser comment l’agait fait Si que les ennemys

qui longuement les ont suivis soient rencontrés en quelque lieu de repos

ou en plusieurs pars Et ainsy par le bon capitaine soit la paour des

fuitifz convertie en hardement de attendre et poursuivir se besoing est.

Et pourtant ne se doibt le bon capitaine desesperer quelque fortune

qu’il ait contre luy s’il est sage/ Car souvent advient que par bonne

escheance et propice fortune ceulx qui cuident tous avoir gaigné

s’eslievent en arrogance et par ce moins sagement/ qu’ilz ne cuident

s’embatent sur leurs ennemys. Lesquelz bien advisez les recueillent par

grant accueillie & les ruent jus/ & pource doibt estre advisé le sage

capitaine de ce que dit est que les vaincus estoient a leur retour

vaincqueurs et chassoient les autres.

Et que ainsy soit le demonstre le cas des rommains de l’adventure qui

leur advint apres la grant desconfiture de canes/ ou eulx tous

desesperez de jamais povoir recouvrer nul bon eur ne nulle bonne

prosperité voulurent deguerpir leur cité et autre part eslire

habitation/ mais de ce les garda ung vaillant prince des leurs qui dist

que a eulx se combatroit s’ilz s’en alloient Sil leur donna esperance de

meilleur fortune et les remist ensemble/ et de gens concueillie fist

chevaliers et a telle puissance que avoir peult/ alla assaillir ung

nommé hanibal/ qui ad ce riens ne pensoit et le surprint comme tout

despourveu. Si fut adonques a telle heure desconfit que oncques depuis

n’eut victoire sur eulx et illec le destruirent les rommains.

Cy recapitule en bref aucunes choses des ordres devant dictes. xxix.

chapitre.

Pour replicquer en bref toute la substance que vegece veult dire en son

li[vre]. Il se epilogue en la fin ainsy que a manieres de proverbes

disant.

Toy qui veux avoir honneur d’armes fay que la maniere de ta jeunesse et

ton acoustumance te apprengne a estre maistre es tours de chevalerie en

parfait aage/ car trop plus belle chose est que tu puisses dire je sçay

que se que tu dis/ ha pour quoy n’ay je aprins.

Tousjours fay a ton povoir chose qui puisse nuyre a ton ennemy et a toy

proffiter/ car de ce que tu le delaissez a grever tu te renoie mesmes/

fays que tu congnoisses le chevalier ains que tu le maines en bataille/

et s’il y est d’aventure ne t’y fie/ Car mieulx vault doubter son ennemy

en soy tenant sur sa garde que en bataille soy fier en gens que on ne

congnoist.

Grant sceureté est actraire son ennemy fuitif qui peut/ car plus pevent

grever aux ennemis les fuitifz que les occis/ & cellui est a peine

vaincu qui des siens & de son adversaire se peut aider.

Mieulx vault laisser apres arengie de bataille assez d’aides que trop

ample bataille faire/ car aulx lassez les nouveaux venus aydent/ car

plus aide vertu que multitude/ & souvent vault mieulx en bataille lieu

que force: l’omme proffite par labour et aneantit pour estre oyseux.

L'art de chevalerie selon Vegece · 第 5 / 17 段