Ne maine jamais chevalier en bataille s’il n’espoire la victoire/ car

s’il a petite esperance il est demy vaincu/ les soudaines choses

espouentent les ennemys. Qui son adversaire chasse follement la victoire

qu’il avoit eue luy convoicte a donner. Qui n’appareille la bataille en

l’ost il est vaincu sans fer. Tenir ordre de bataille selon le droit

donne victoire aux febles & aux fors.

Quant tu scez que les espies de ton ennemy si vont tappissans environ

ton ost/ fays tes gens retraire es logis. Se tu as soupeçon que ton

conseil soit revelé aux ennemys change ton ordonnance. Nulz consaulz ne

sont meilleurs que ceulx de quoy les ennemys n’ont congnoissance jusques

ad ce qu’en oeuvre soient mys. Adventure donne souvent victoire plus que

force impossible est juger au vray la fin de la bataille dont fortune

dispose.

Tout le contraire de tes ennemys doibs traicter avec plusieurs/ mais ton

propos doibs dire a pou de gens. Attrais les cueurs des estrangés par

dons et par promesses/ & chastie les tiens par menasses. Pource que bons

capitaines redoubtent la fortune de la bataille/ combatent envis a ost

assemblé. Grant sens est son ennemy contraindre plus par fain/ que par

fer.

A tant fine la premiere partie de ce livre Et en apres commence la

seconde partie ou il parle de cautelles d’armes.

[Illustration]

Cy commence le premier chapitre de la seconde partie de ce present livre

Auquel il parle de Scipion l’affrican. i. cha.

En ceste seconde partie apres ce que avons divisé selon vegece

principalement les manieres que jadiz tenoient les vaillans conquereurs

du monde en fait d’armes en leurs conquestes. Pource que iceulx se

seurent bien aider de plus d’une maniere de guerroier me semble affin de

croistre nostre matiere tousjours au proffit des poursuivans chevalerie

que adjoustons en ceste partie/ les manieres des cautelles et subtilités

qu’ilz tenoient en leurs fais. Lesquelles cautelles et subtilitez de

chevalerie appellerent les acteurs qui en ont parlé stratagenes d’armes

Desquelz stratagenes fist ung propre livre ung vaillant homme que on

nomma frontin/ ou il devise les propres faitz des dessusditz tresnobles

et vaillans conquereurs Lesquelz a oyr pevent estre de bon exemple a

semblablement ouvrer se bon semble a ceulx qui en telz cas se treuvent

selon les adversitez des adventures d’armes/ duquel livre avons a nostre

proffit extrait aucunes choses.

Ledit acteur dit ainsi au premier que le vaillant conquereur prince des

rommains Scipion l’affrican qui toute espaigne/ auffricque/ et

quartaige/ conquist a l’espee une fois entre les autres comme il fust a

tout grant ost tenant les champs contre le roy Ciphas/ qui semblablement

a tout moult grant nombre de gens estoit contre scipion/ envoya vers

ledit roy sicomme pour certaine ambaxade faire ung de ses chevaliers

nommé Lelius Avec lequel commist aller de ses plus sages capitaines en

armes/ en maniere de valletz ou de petis serviteurs affin que bien en

toutes guises advisassent l’ordre la maniere et la quantité dudit roy

Ciphas Lesquelz la venus si tresbien en firent leur debvoir que riens

n’y oublierent/ et pour mieulx choisir l’ost en long et en lé/

laisserent aller leurs chevaulx faintement comme s’ilz leurs fussent

eschappez et eulx apres courans ça et la/ advindrent ad ce qu’ilz

queroient/ c’est assavoir a tout/ en bref temps adviser comme tresexpers

& aprins en tel mestier. Par quoy eulx retournez et leur rapport fait a

leur duc Scipion/ comme il sceust par iceux que planté de ramilles y

avoit en l’ost dudit roy ciphas/ trouva maniere de subtillement par nuyt

y faire bouter le feu en plusieurs lieux Et ce fait ainsy comme ilz

entendoient a secourir leurs chevaulx et leurs logis. Le vaillant duc

Scipion leur courut sus en tresbonne ordonnance/ et par ce les

desconfist du tout.

Cy parle du duc marius de Certorius de Duelius et de periclés. ii.

chapitre.

Marius treschevalereux duc de l’ost des rommains: quant il se debvoit

combatre. Contre fieres gens que on disoit les combres et les

ceconicques avoit en son ost plusieurs chevaliers de gaule.

Adonc pour ensuivir l’enseignement du sage qui dist/ espreuve l’omme

ains que moult t’y fyez/ voulut esprouver la loyauté et obeissance

d’iceulx gaules si leur envoya lettres lesquelles entre les autres

choses disoient qu’il leur deffendoit que bien se gardassent de ouvrir

unes petites lettres/ lesquelles estoient encloses es grandes lettres

qui leur envoioit jusques a certain jour qui nommé y estoit/ mais

ainçoys que icelluy jour fust venu/ il les renvoya querir avec les

ouvertes/ et comme iceulx eussent passé son commandement/ congneut bien

qu’ilz ne leur estoient pas feaulx/ sy ne s’y fia plus en grant chose.

Item ung vaillant homme nommé Certorius conduiseur de grant ost vint en

espaigne auquel lieu eut a passer une riviere/ et comme ses ennemys les

suivissent de moult pres/ affin de leur courir sus au destroit du

passage Se advisa adonc de une cautelle/ il s’arresta sur le rivaige et

fist son logis en maniere de ung demy circle assez loing de la riviere

qui tout estoit fait de ramille et de boys & y fist bouter le feu et

endementiers qu’il ardoit passa son ost sceurement oultre le gré de ses

ennemys qui ne le povoient approcher sans passer au travers du grant

feu.

Item duelius duc de ung grant ost rommain une fois trop hardiement

c’estoit embatu au port de la cité de ciracuse son ennemye/ auquel lieu

pour l’enclorre fut levee la chayne/ & la poppe qui est la partie de

derriere demoura devers terre/ et puys incontinent fist tirer toutes ses

gens a la poppe/ et ainsy par le pesant de la poppe/ la proue qui estoit

legiere s’esleva/ et ainsy par force de rimes passa la nef par dessus la

chayne/ et par ce moyen eschappa de ce peril le bon homme duelius.

Item periclés qui fut duc de athenes fut une fois par tresgrant force de

gens de la cité de polopenese qui le chassoient moult merveilleusement

et de grant couraige tant qu’il se bouta en ung lieu cloz de

tresmerveilleuses & haultes montaignes ou n’y avoit en tout le circuitu

de l’encloz que deux yssues. Et quant il veit ce incontinent apres sans

grant tardement il fist faire ung merveilleux grant et parfont fossé/

ainsy que s’il le feist/ affin que ses faulx et desloyaulx ennemys ne

peussent par quelque façon ou maniere venir a lui par celluy lieu. Et de

l’autre part mena ses gens ainsy que se par force voulsist tendre a

yssir.

Dont quant les faulx ennemys veirent et apperceurent ce/ pource qu’ilz

ne cuidoient pas que par le fossé s’en peust ou deust aller se misrent

tous a regarder icelle issue comme a siege/ mais periclés qui

malicieusement le faisoit fist tantost mettre bons pons de boys que il

avoit commandé & fait faire par dessus la fosse/ et par ce moyen

franchement s’en saillit sauf: sans le sceu de ses ennemys.

Cy parle de la cité de voiaux/ de hanibal et de denis le tirant. iii.

chapitre.

Au temps des conquestes de romme advint une foys que l’ost des rommains

deut passer par la forest latine pour aller sur la cité de voyaulx. Et

quant les habitans le sceurent ilz allerent en la forest et syerent tous

les grans arbres par ou passer devoient tant qu’ilz ne tenoient que ung

pou/ si s’embuscherent pres de illec en la fueillie de la forest. Et

quant ledit ost fut dedens entré ceulx qui embuschez y estoient

saillirent sus et bouterent tous ces arbres syez sur l’ost rommain. tant

que la plus grant partie en agraventerent/ et par ce furent d’icelluy

ost delivrez/ & pareillement a autresfois esté fait.

Item hanibal prince et empereur de cartage et auffricque avoit de

coustume mener oliphans en bataille. Advint une fois que a passer eut

une grande riviere sy n’y avoit voie pour faire entrer dedens esditz

oliphans/ mais de telle cautelle se advisa. Il avoit en sa compaignie

ung tressouverainement bon nageur qui de grant hardiesse estoit. par

icelluy fist navrer blescher et mehaigner ung desditz oliphans qui tous

les avoit faitz mener sur la rive. Et quant la beste eut bien arguee/

l’omme se ficha hastivement en l’eaue apres luy pour soy venger/ &

pareillement si misrent tous les autres/ & ainsy passerent ilz oultre.

Item denis le tirant prince de ciracuse en secile sceut que ceulx de

cartage devoient venir en cecile contre lui a tresgrant ost et multitude

de gens. Si fist tresbien garnir les villes de gens et aussy les

chasteaux et loings & pres/ par ou passer devoient et donna ordonnance

que quant les ennemys pres seroient que iceulx laissassent les chasteaux

comme se paour eussent et s’en venissent a luy a ciracuse/ Laquelle

chose faite les cartaginois qui tout cuidoient avoir gaignié saisirent

les places & tresbien les garnirent de leurs gens et d’autant fut

amoindry leur ost et creut ceulx de den[i]s/ & cellui de denis multiplia

tant qu’il se veit pareil aux ennemis. Si leur donna bataille ou ilz

furent vaincus et ceulx des forteressez vaincus par fain.

Cy devise de amulcar de alixandre/ de leptenes et de hanibal. iiii. cha

Une fois les espagnolz se deurent combatre contre Amulcar/ ducteur d’un

ost cartaginois ou moult avoit grans gens & bien ordonnez. se adviserent

de telle cautelle pour rompre la bataille de leurs ennemys. Ilz

prindrent plusieurs beufz tirans a la charue et oindirent de soulfre et

de poy ung baston courve qu’ilz portoient soubz la queue et bien le

couvrirent d’estouppes temprees en huyle/ & iceulx beufz misrent au

front de la bataille quant assembler deurent et le feu bouté soubz la

queue chasserent les beufs devers leurs ennemis/ si allerent fuiant

tellement qu’ilz rompirent toutes les batailles/ pour laquelle chose

amulcar fut desconfit.

Item alixandre prince de pirre avoit guerre contre une maniere de gens

que on disoit yliriens qui portoient habitz differens des autres. Si

print ledit alixandre de ses gens une grant quantité et leur bailla

habis de hiliriens/ qu’il avoit euz de ceulx qui autresfoys avoient esté

prins es batailles/ et ainsy vestus leur commanda quant les yliriens

seroient pres si que veoir les peussent qu’ilz se meissent a bouter le

feu en leurs mesmes bledz ainsi que s’ilz fussent bien embesoingnez de

tout gastez De laquelle chose advint que ledit commandement acomply/ les

ennemys qui veirent se cuiderent que ce fust de leurs gens et suivirent

ceulx la qui alloient devant eulx tout gastant/ jusques a tant qu’ilz

furent en ung destroit auquel alixandre avoit mys son embusche/ et la

furent les yliriens tous mors et prins.

Item pareillement fist leptenes prince de siracuse/ a ceulx de cartaige

qui sur luy venus estoient en bataille/ car il fist de ses gens mesmes

en ses propres villes et chasteaux bouter le feu par quoy les

cartaginois qui cuiderent que ce fussent leurs gens qui alloient

gastant/ voulurent venir celle part pour eulx aider/ mais leptenes avoit

fait embuscher par ou passer devoient qui tous les occirent.

Item hanibal de cartage dont parlé ay cy dessus/ le sage guerroieur se

deult une foys combatre contre ceulx d’auffricque qui s’estoient

rebellés si savoit bien que iceulx affricans estoient moult gloux apres

le vin/ si en fist prendre grant cantité et mesler dedens de la

mandegloire qui enyvre & endort et apres ce fist ordonner une petite

bataille de laquelle commanda a ses gens qu’ilz s’en fuyssent ainsi que

par paour de leurs ennemis et quant les autres vindrent pres d’eulz a la

mynuit qui tout cuidoient avoir gaignié hanibal faindi que actrendre ne

les osoit & qu’il s’en fuieroit & laissa son logis garny de tous biens

et de ce bon vin qu’il avoit ainsi fait ordonner et mixctionner dont au

matin tout pillerent a grant joye et comme gens qui la estoient affamez

mengerent gloutement et burent de ces vins mixctionnez & mal

appareilliez pour eulz. Car tous en furent apesantis endormis et enyvrez

dont ilz gisoient comme mors sans nul sens ne entendement si retourna

hanibal quant adverty en fut par les espies et tous les mist a l’espee.

Item ceulz qui se combatoient contre une maniere de gens que on nommoit

heritees prindrent les espies et leur firent recongnoistre leur convine

si prindrent leurs robes et en vestirent de leur gens qui estoient quasi

de leur grandeur et les firent aller sur une montaigne ou on lez povoit

choisir de l’ost et pour ce que lesdiz ennemis avoient aux espies

commandé que selon ce qu’ilz trouveroient leur feissent signes leur

faisoient signe qu’ilz venissent plus avant et ainsi le firent pour ce

qu’ilz cuidoient que ce fussent leurs espies tant que embatus se furent

es embusches de leurs ennemis ou ilz furent tous mors et detrenchez a

deul et a hasquie.

Cy devise de menole de stipion de certonis de hanibal. Et puis apres du

fort lantalus. v. chapitre.

Menole roy des rodz estoit a ost contre ses ennemis si avoit plus de

gens et de meilleurs a cheval que ses adversaires lesquelz se tenoient

es montaignes affin que menole ne les peust combatre si s’advisa de

telle cautelle pour les faire descendre. Il print ung de ses chevalliers

preux & hardie & lui charga qu’il se maintenist comme fuitif de l’ost et

comme mal content de lui et de sa paye se tournast de l’autre partie. Et

il ainsi le fist et avec les autres maulz qu’il dist de menole leur fist

acroire que par sa mauvaise ordonnence avoit moult grant discencion en

l’ost et que pour celle cause s’en deppartoient plusieurs. Et affin

qu’ilz creussent mieulx celle chose menole fist departir moult de ses

gens/ si que ceulx des montaignes les veissent en aller/ mais mettre les

faisoit ça & la en embusches. Par ceste decepvance descendirent ilz des

montaignes quant l’ost veirent si petit que bien en cuiderent venir a

chief/ mais tantost furent advironnez de toutes pars & enclos de ceulx

de cheval qui tous les occirent.

Item quant scipion deut aller a grant armee sur les espagnotz et

auffricquains/ le roy ciphas lui envoya messages disans grans menasses

parolles de grant espouentement/ tant de la dureté du pays/ comme des

gens & de leur force et quantité/ de laquelle ne s’esfraioit riens le

vaillant scipion/ mais affin que entre ses gens les ambassadeurs

n’estendissent celle chose si que espouentez en fussent les renvoya

tantost & fist semer partout son ost que celluy roy comme a amy luy

avoit mandé que tantost y allast sans longuement sejourner.

Item Certorius une fois se combatoit en une bataille en laquelle on luy

vint dire que son connestable estoit mort/ mais pareillement affin que

ses gens ne le sceussent et que de ce ne fussent espouentez. Il occist

le message qui luy avoit dit/ de une lance qu’il tenoit.

Item au temps que hanibal descendit en ytalie pour combatre les rommains

iii. mille charpentiers qu’il tenoit s’en fuirent en une nuyt/ et quant

il le sceut/ adonc affin que ses gens n’en fussent esbahis Il fist

courir une voix qu’ilz s’en estoient par son commandement allez/ & affin

de mieulx trouver ceste parolle veritable Il en renvoia encore de ceulz

taillez de pou faire et mal armez.

Item une fois que lentalus avoit assemblé grant ost pour combatre ses

ennemys avoit prins et acompaigné une coherte de macedonnes pour luy

aider. Une coherte sont vi. cens lxvi hommes/ mais quant il se cuida

aider d’eulz/ ilz s’aviserent tout a cop et de l’ost se partirent pour

eulx aller mettre a l’autre partie/ & quant lantalus qui assez de tours

d’armes sçavoit veit ce il ne fut pas esbahy. Ains sceut bien prendre

par leur mesme barat/ et aussy affin que son ost ne s’espouentast

d’estre de tant de gens amoindry/ fist courir une voix qui les envoioit

tout de fait apensé devant pour assembler premier aux ennemis/ & pour

mieux donner foy a ceste chose partit tantost et les suivy par quoy

advint en effect ce pour quoy il le faisoit/ car les ennemys qui veirent

venir les macedonnois cuiderent veritablement qu’ilz venissent contre

pour avoir la premiere bataille tournerent incontinent vers eulx & fort

prindrent a lancer et a courir sus/ si fut force aux macedonnois

voulsissent ou non. Et lantalus atout les sciens fut d’autre part qui

envaÿt ses ennemys/ & par celle voie furent a luy les macedonois

voulsissent ou non.

Cy devise des rommains de fulvius nobilius/ de pemmadas/ de fabius

maximus Et de scipion le second affriquant de certorius et de pemmadas.

vi. chapitre.

Au temps que les rommains estoient en discencion les ungs contre les

autres. & que la guerre durant comme plusieurs nations depuis le temps

de leur prosperité/ eurent grant envye contre eulx/ s’ilz veoient leur

bel demonstrer. Sembla par especial a ceux de dace que temps estoit

adonc de leur courir sus Et comme de ce ja par plusieurs foys eussent

admonnesté leur duc Acariole qui pas n’en estoit d’accord/ a la parfin

pource que trop l’empressoient pour leur donner congnoissance par cest

exemple fist admener devant soy sur la place devant le palais plusieurs

chiens et harer les ungs contre les autres tant que fort se prindrent a

entrecombatre/ mais au plus fort de la bataille/ lors qu’il sembloit que

tant fussent affelonnis que riens ne les peust departir. Il fist saillir

empres eulx ung loup duquel il s’estoit pourveu/ et si tost que les

chiens le veirent laisserent la bataille d’entre eulx/ et tous d’un

accord coururent sus au loup/ & par cest exemple monstra le duc aux

siens que quelque chose que ceulx d’une nation eussent entre eulx ne se

laissent jamais fouler par nulz estrangiers qui se ambatent. Ains

feroient adonc accord pour faire grief a leur ennemy.

Item fulvius nobilius duc et capitaine de ung ost rommain se trouva une

fois si pres prins de ceulx de chamois/ que necessité et force lui

estoit de attendre la bataille/ de laquelle chose pource qu’il savoit

bien que ses gens s’en espouentoient moult pource que plus estoient ses

gens en petite quantité que leurs ennemys/ se advisa pour leur oster

celle paour de telle cautelle. Il dist a ses gens et par tout son ost le

fist publier qu’il avoit corrumpu par argent une legion de samites/

laquelle se tourneroit devers luy quant la bataille seroit commencee. Et

pour mieulx faire entendre celle chose. Il emprunta/ a ses gens tout

l’or et tout l’argent qu’ilz povoient avoir ainsi que ce fust pour paier

ladicte legion de samites. Une legion de gens est en nombre vi. mille.

vi. cens et lxvi. hommes. Si advint que par la fiance de ce rommain

eurent si grant hardement qu’ilz en envaÿrent baudement leurs ennemys/

qu’ilz trouverent assez despourveuz pource que si pou les cragnoient veu

que si pou de gens estoient envers eulx/ si les vainquirent.

Item paminades le vaillant duc de tebes se debvoit une fois combatre

contre ceulx de lacedemonne/ si se advisa de telle cautelle pour

croistre a ses gens leur force hardement et couraige. Tous les fist

venir devant soy et leur dist haultement en audience/ qu’il les vouloit

adviser de ce qui luy estoit venu pour verité a congnoissance/ c’estoit

que les lacedemoniens avoient ordonné affermeement que s’il avoient la

victoire ilz occiroient tous les hommes et femmes de tebes/ la cité

destruiroient/ et les petis enfans mis en servage perpetuel. Pour ceste

anonciation ceux de thebes meus de grant ire se combatirent comme

forsenez et vainquirent les lacedemoniens qui trop plus estoient de gens

que eulx.

Item fabius maximus se deut combatre contre ses ennemis si estoit son

ost moult efforcé et fortiffié de palis et de fort logis pour ce doubta

que ses gens se combatissent moins aigrement pour la fiance des lieux ou

ilz avoient leur retraicte et reffuge/ et pour ce les fist ardoir

ainçois qu’ilz se combatissent.

Item quant scipion le second affriquant mena son ost en auffrique.

Advint que quant il deut issir de la nef il cheut a terre/ tantost il

regarda ses gens et veit que a mauvais signe le prenoient. Et que ja en

estoient ainsy que desconfortez. Adont le sage guerroieur se advisa de

sage parolle pour rendre a ses gens sceureté de leur doubte. Il se print

a rire en disant baudement. O loué en soit dieu c’est icy bon signe

desja suis je saisi de la terre d’auffricque elle est nostre sans

quelque faulte/ & ainsy par telle parolle tourna la malle esperance de

ses gens en bonne/ laquelle exposition cauteleuse vint apres selon bon

desir.

Item comme certorius se deult une fois combatre apparut en son ost ung

merveilleux signe car les escus des gens de cheval & les poictrines des

chevaulx devindrent soudainement tous ensanglantez. Laquelle chose leur

fut grant espouentement/ mais de ceste chose les asseura leur vaillant

duc/ disant a chiere joieuse que c’estoit tresbon signe et que par ce

devoient entendre qu’ilz auroient la victoire/ car c’estoient les

parties qui souvent sont ensanglantees du sang de leurs ennemis.

Item derechief se deult combatre peminades a ceulx de lacedemonne/ &

sicomme le cas advenist d’aucune dilation on luy apporta sa chaiere pour

soy seoir ung petit en actendant/ mais par cas d’aventure ceste chayere

tomba soubz luy/ dont ses gens moult s’esbahirent et le prindrent a male

signifiance. Adont le sage duc qui l’apperceut se leva vistement et dist

a chiere hardie. Or sus sus tost mes chevaliers/ les dieux nous

deffendent le seoir/ car par ce signe nous ont admonnesté de aller tost

a la bataille Car nostre en sera la victoire.

La seconde partie du livre de frontin parle des lacedemoniens/ de julius

cesar/ de papirius cursor et de pompee. vii. chapitre.

Au temps que les lacedemoniens avoient guerre contre ceulx de la cité de

mezine. Ilz sceurent une foys que les meziniens estoient de si grant ire

meuz contre eulx qu’ilz devoient mener a la bataille leurs femmes contre

eux et leurs enfans pour avoir meilleur couraige de vaincre/ ou pour

tous ensemble mourir/ pour laquelle chose se retrairent & differerent la

bataille.

Item julius cesar avoit une fois mené ses ennemys que eulx partant

mouroient de soif par quoy estoient en desesperance de leur vie/ & comme

tous forsenez yssirent pour eulx combatre a luy/ mais il ne voulut a

celle heure et retint ses gens/ car il ne luy sembla pas bon de combatre

au temps que ire et desesperance gouvernoient ses ennemys.

Item comme papirius cursor se deut combatre contre les samites/ et il

sceut par ses espies que plus de gens estoient par quoy les siens

doubtoient l’assembler/ tantost il print de ses gens en qui plus se

fioit/ & celeement leur commanda a prendre grant quantité de ramille des

boys & la trainnassent apres eux pour esmouvoir la pouldre/ & venissent

le pendant d’une montaigne en faisant le plusgrant tumulte qu’ilz

pourroient/ laquelle chose faite si tost que papirius les veit il

s’escria hault avecques plusieurs tant que ses gens et ses ennemys

l’oyrent que c’estoit son compaignon d’armes qu’il avoit laissé en

ambusche qui avoit desconfit une partie de ses ennemys & qu’ilz feissent

tant que son compaignon n’eust pas la gloire de la victoire sans eulx.

Si advint de ce comme il pensoit/ car les siens en furent enhardis/ et

perdirent paour/ et les samites qui pour la grant pouldriere cuiderent

que ce fust plus favourable a ses ennemys que a luy et que moult grant

secours et aide leur fist.

Item advint une foys que pompee requist aux habitans d’une cité/ ainçois

que oncques signe feist de les vouloir prendre qu’ilz voulzissent garder

plusieurs malades/ qui ne povoient suivir son ost jusques a son retour

pour eulx aiser et guerir/ et que or argent et biens assez porteroient

avec eulx pour guerdonner les biens qui a eulx seroient faitz. Et quant

pompee eut ceste chose octroyee a sa voulenté/ il fist mettre en

littieres de ses meilleurs et plus hardis lyez & bendez ainsy se

griefment fussent malades/ & en males et fardeaux firent porter leurs

harnoys comme se robes ou grant avoir fust. Pour laquelle chose quant

iceulx veirent leur plus bel s’armerent en leurs hostelz coiement/ &

puis a certaine heure determinee saillirent sus/ et firent tant qu’ilz

subjuguerent tous les cytoiens.

Cy parle de alixandre le grant/ de cesar augustus et de crates duc

d’athenes. viii. c.

Quant alixandre le grant eut subjugé la tierce partie d’aise pource

qu’il doubta que apres son departement ilz ne rebellassent il mena avec

lui/ ainsi que s’il le fist pour les honnorer tous les roys & princes du

pays & ceulx qui luy sembloient estre plus dolens d’estre vaincus et

subjuguez/ & au peuple qui demoura ordonna capitaines populaires et

leurs mesmes gens/ & par ainsy gaigna l’amour du peuple & des princes

pour l’onneur qu’il leur faisoit/ aussi pource qu’il leur laissa le

gouvernement d’entre eux Et ainsy se rebeller voulzissent/ n’eussent

peu/ pour ce que pas de chief n’avoient/ car peuple qui a aprins a estre

gouverné de souverain seigneur ou capitaine ne vault riens tout seul.

L'art de chevalerie selon Vegece · 第 6 / 17 段