adversaire tant que son ost est divisé au passer grans fleuves/ ou que
las soient de cheminer/ ou entreprins de palus/ ou d’aucuns estroiz
passages/ si que eulx occupez d’empeschemens soient avant occis que
ordonnez/ mais se le capitaine scet que ses ennemys soient fors et de
grant couraige contre lui et desireux de combatre/ semblablement se
doibt pener d’estre contre eulx.
S’il advient que jusques au logis viennent l’ost assaillir/ a l’eure
qu’ilz ne cuident pas que on les doive assaillir: il se deffendra sans
plus faisant semblant de non voulloir yssir/ mais quant iceulx auront
les dos tournez/ s’il advise que aucunement soient defrontez ou amusez a
prendre quelque proie adonc se son point voit/ sauldra hors en tresbel
arroy et hardiement leur coura sus en portant leur dommaige a son
povoir/ mais il doibt bien regarder de non faire saillir hors ses gens
en tant qu’ilz soient lassés par erre de longue voye ou grant journee/
car gens lassez sont demy vaincus. Et par celle voie assaillirent les
tressages rommains le trespuissant roy D’assirie D’aise/ et D’europe.
Anthiocus c’est assavoir par nuyt que son ost estoit travaillé et avoit
tresgrant besoing de reposer ne garde ne s’en prenoient ou les rommains
estans en assez petite quantité occirent plusieurs des gens au roy
Anthiocus plus de lx. mille si que l’istoire raconte.
Vegece.
Et dit vegece que comme bataille soit finee en deux ou en trois heures
Apres laquelle toute esperance est cheue a la partie desconfite. Et
pource que la victoire ne peult pas estre congneue avant le commencement
Le saige capitaine ne se doibt pas voulentiers ne de legier mettre en
bataille planiere se son grant avantage ne voit.
Que journee de bataille soit et face a redoubter comme chose trop
adventureuse bien l’esprouverent les rommains lors que leur grant ost
eurent envoyé en bataille que contre eulx s’estoit rebellee/ ou de la
bataille qui trouverent tost preste ne demoura d’eulx personne qui a
romme peust rapporter les nouvelles. Ains le sceurent apres longue
espace par autres estrangiers. Pource le sage capitaine se doibt souvent
pener de grever ses ennemys en belles escharmouches par agais et
embusches/ et par ses voies les diminuer par chascun jour le plus qu’il
peult.
Item dit aussi que quant il advient que on prent prisonniers durant la
guerre soit en escarmouches ou autrement/ que on ne doit iceulx traicter
si durement que on les rende desesperez de leur vie/ ou cas que on
attende bataille Car de tant que moins auroient d’esperance de trouver
pitié s’ilz estoient vaincus/ de tant se deffendroient ilz plus
aigrement. Car maintesfois a esté veu que petite quantité de gens
desesperez vainquoient grant et puissant ost/ par ce que mieulx aimoient
a mourir que cheoir es cruelles mains de leurs ennemis/ si est grant
peril de telz gens combatre/ car par leur grant ayr/ force leur croist a
double/ si doibt il bien savoir congnoistre et juger/ si que le
droicturier/ juge aussi bien la force de l’avantage de son adversaire et
de quoy/ et comment il le peult grever comme son fait propre/ et par ce
se peut saigement conseiller en fait d’agait Et par celle voye ont
plusieurs fois petit nombre de gens conduitz par bon et sage capitaine
vaincu grant multitude si que dit est.
Vegece.
Mais s’il advient ce dit vegece ennemy te presse de prendre jour de
bataille et qu’il te haste de combatre/ prens garde ce c’est a ton
avantage et a ton grief/ si n’en fais riens se ton meilleur n’y voys.
Cy devise les manieres que capitaine doibt tenir se il advient qu’il se
vueille partir du champ sans attendre ne donner la bataille. xix. cha.
Mais posons que le cas advienne que le prince mande au capitaine qu’il
s’en retourne sans livrer la bataille ne que plus en face/ ou que le
capitaine voulsist pour certaines causes laisser le champ/ est a
regarder quelle maniere il tiendra sans effraier ses gens nullement ne
que ses ennemis l’apperçoivent Car dit vegece/ que il n’est plus grant
villenye que soy partir du champ present ses ennemis ains que on
assemble se ce n’est pour avoir accord prins entre eulx/ car en ce
apperent deux choses malhonnorables/ l’une qu’il ait paour et que
couardie le meut. l’autre que petite fiance a en ses gens/ et avec ce
donne hardement aux ennemis. Et pour ce que le cas advient aucunesfois
que les deux ostz s’entrevoient sans assembler est bon de toucher la
meilleur voie puys que partir convient sicomme vegece l’enseigne qui dit
ainsy.
Puys que partir te veux garde bien que les tiens ne sachent en quelque
façon que ce soit pour eschever l’assemblee/ mais fais courir la voix
entre eulx que c’est pour aucune cautelle trouvee pour grever en autre
lieu et rataindre mieulx les ennemys qu’ilz ne s’en donnent garde/ et
les autres par certains agaitz.
Vegece.
Car vegece dit se tes gens savoient que partir voulsissez sans en plus
faire/ tantost petit a petit leveroient le champ/ pource qu’ilz
penseroient que tu fussez espouenté de donner la bataille si pourroit
estre a ton grant honte.
Apres dist il tu doibs garder que tes ennemis ne l’apperçoivent/ car
tantost te pourroient courir sus. Et pource aucuns en tel cas
aucunesfois ont fait assembler une flotte de gens a cheval & courir ça
et la pour faire umbre a ceulx de pié qui endementiers passoient oultre.
Aultres se sont partis de nuyt qui est une maniere merveilleusement
honteuse/ car ceste appert estre droicte fuite. Et autres en belle
bataille arrengee s’en partent plainement/ mais ses manieres de partir
ce dist il ne sont pas a louer se grant necessité pour l’ost sauver ne
le fait faire/ Mais meilleur maniere est dist il que ceulx de pié
legierement armez se partent tout coiement et voisent prendre ung
certain champ dont le lieu soit a leur avantage et la se treuve tout
l’ost. Et se les ennemys se mettent a chasser les premiers venus leur
soient audevant tant que l’ost s’assemblera/ Adonc de l’avantaige de la
place avec leur force se pourront aider a eulx contrester & vendre chier
leur fuite/ car dist il nulle riens n’est plus perilleuse a ceulx qui
follement chassent que eulx embatre sur agait ou en lieu qui au chois
soit pourpris des adversaires.
Quant on se part de la place/ une partie de l’ost voise par le grant
chemin bien ordonneement/ ou cas que les ennemys tendent a les suyvir/
et les autres soient envoiez secretement par autres costiant leurs
compaignons. Sy advient communement que ceulx qui chassent par le grant
chemin pource que entour eulx peust veoir se delaient ça et la & puys
s’en partent/ mais quant cuident estre delivrez & que la chasse ont
laissee et ne leur chault plus d’ordonnance comme ceulx qui cuident
estre asseur. Adont les embusches lez quelque terre leur courent sus par
grant vigueur/ et par celle voye moult adommaiger. Et comment qu’il soit
celluy qui part de son ennemy doibt en toutes guises pourveoir s’il est
chassé que les chasseurs aient aucun meschief au retourner ou par bastir
agait ou par pas enforcer ou en quelque autre maniere. S’il advient que
a iceulx chassans conviengne passer aucun fleuve ou rivieres fay ton
agait pour courir sus aux premiers passez/ & ordonne autre partie de tes
gens se tu peulx par derriere ceulx qui encores attendent a passer. Et
s’il te convient mesmes passer par aucuns boys au destroitz envoye
devant personnes feables et saiges qui te sachent rapporter le pas/ et
se embusches y a/ car moins honteuse chose seroit a recevoir dommaige en
combatant a son ennemy appertement que avoir encombrier par ung agait/
dont on ne seroit donner garde par grande negligence.
Cy devise se le capitaine d’ost chiet en traictié de paix ou de trieves
avecque ses adversaires ou ennemys. Et comment il se peult preserver et
garder des merveilleux et tresgrans perilz ausquelz il peut estre deceu.
Chapitre xx.
Affin que riens qui convenable soit expedient a mettre en nostre livre
ne soit oublyé des cas qui en armes souvent adviennent et advenir peust
est bon de parler d’une chose qui trop durement peult grever l’ost/ et
plus vaincre que fer ne quelconques autres choses/ et qui souverainement
fait a eschever et s’en garder quoy que mout forte chose soit a
destourner quant en ost c’est embatue si que declairé sera cy apres.
Devisé avons comment ung ost se peult partir le plus sceurement du champ
en cas que meilleur conseil lui dist de non combatre. Or supposerons
autrement. C’est assavoir que en champ soient les deux ostz a grant
effort d’une part et d’autre appareillés de prendre journee de bataille/
mais par certains moiens entrent en tractié de paix/ si est assavoir que
en ce cas est necessaire ce que devant avons tant dit: c’est que le
capitaine soit sage. Affin que en toutes choses ce sache tenir au
mieulx/ et pour ensuyvir la voye que sagesse peult enseigner
premierement advisera/ a deux principalles choses.
La premiere est qu’il considerera qui sont les personnes qui traictent
et de quel mouvement leur peut venir.
La seconde quel et sur quelz poins est fondé celluy traictié/ quelle est
la demande que on luy fait ou quelle est l’offre.
A la premiere des deux fait a/ adviser se ceulx qui traictent sont ses
amis ou s’il les repute/ ou s’ilz sont gens moyens non adherens d’un
costé ne d’autre/ ou se simplement sont deceuz de l’autre partie/ s’il
est ainsy qu’il viengne simplement de l’autre partie moult s’imposera de
bon signe se fraude n’y a car ou dieu les a inspiré/ ou il appert qu’ilz
doubtent [et] resoingnent la bataille. Neantmoins doit bien adviser la
maniere de la demande & aussy l’offre Et pource que quant se vient grant
poix porte/ la chose se conseillera avec les sages de son conseil et
bien advisera sur tous les poins tant que au respondre ne se montre
ignorant et qu’il n’y ait riens oublié. En laquelle responce gardent
l’onneur et preu de leur prince et aussi le leur.
Il ne sera trouvé reffusant de la voye d’accord a ses bons poins
raisonnablement Lequel accord ou appointement en quelque maniere ne
doibt estre achevé sans la licence du prince Lequel est en escript tout
par ordre la demande et l’offre demandee Car bien doit estre advisé de
soy garder d’en agreer quelconques convenances aux ennemys sans licence
et voulenté de luy de son conseil/ par l’exemple de ung tresbon
conduiseur de l’ost rommain qui avoit esté envoyé devant la cité de
magence dont il fut desconfit avec quarante mille de ses gens. Et pource
que apres la desconfiture il agrea paix aux magenciens sans la licence
de ceulx de romme/ ilz ne la tindrent pas Ains envoierent ledit
conduiseur de l’ost rommain prins et lyé a magence et rompirent l’accord
Et icy fait a regarder/ car se tu peux appercevoir que on te tiengne en
parolles par loing traing trouvant aucunes choses sans necessité pour
alonger temps/ saches de vray que tout est decepvance et cautelle/ en
attendant aucun secours delayer sans plus la bataille/ ou affin que tes
garnisons soient tandiz dissipees et que tes gens se ennuyent du long
sejour et se partent pou ou pour quelque autre cause Item se ledit
traictié vient de ung autre moyen si que se le pappe y avoit envoié ung
legat pour mettre paix/ ou ung autre prince ou seigneur meu par bonne
voulenté/ quoy que devers le prince deust estre allé premierement ou
supposé que toy mesmes soyes le prince doibs a celluy moien bien
declarer l’occasion/ la cause le bon droit et la juste querelle que as
de mener guerre contre l’autre partie affin que ledit traicteur qui
veult sans sang espandre mettre fin en ceste guerre soit advisé de ce
faire telle admende et satisfacion qu’il appartient monstrant aux
ennemys leur grant tort. et aussy se les ennemis dient avoir meilleur
droit ne soies aveugle que voulenté te destourne a toy submettre a
raison/ & se tu sens que en aucunes choses ayes droit et es autres non/
tu te doibs plus legierement condescendre a traictié et accorder partie
du voulloir des autres sans ton deshonneur se mieulx ne peulx faire et
que laisse aller aucune chose de ton droit. Posons encore que l’ost des
ennemys fust amoindry en quantité & que la tienne fust multipliee de
gens et puissance et le leur amoindry par aucune puissance autre ou
quelque fortune par quoy redoubtant la bataille bien voulsissent
traicter et faire paix toy faisant bonnes offres pour eulx mieulx mettre
en son devoir/ et eschever effusion de sang/ ou qu’ilz fussent inspirés
de vouloir faire paix et tresbon et loyal accord/ combien que leur
puissance fut a la tienne assez egale/ que doibs tu faire/ te doibs tu
enorgueillir/ pourtant les cuidant avoir si que d’avantage se a la
bataille venoit/ par quoy nullement ne voulsisse venir/ a accord Ains
plus te feroit on d’offres et plus seroies trouve rebelle et dur Certes
nenny/ car a peine seroit trouvé que oncques advenist que les reffusans
justes offres quelque droit qu’ilz eussent ne quelque grant quantité de
gens qu’ilz fussent contre petite/ que mal ne leur en advenist au
derrenier. Et semble que en tel fait dieu pugnisse iceulx reffusans/
mais vecy ou tu doibs regarder & la est le peril c’est que par traïson
ne puisse estre deceu par desloyaulx moiens soubz umbre de traicter
paix/ et a quoy le pourras tu congnoistre/ certainement par ses raisons
pourras avoir couleur de toy douter & estre sur ta garde/ par quoy s’il
est ainsi que le mouvement d’entrer en traicté/ soit venu d’aucuns des
tiens par la condition de luy pourras penser quelles pourroient estre
les causes qui l’ont meu a vouloir faire traicté/ car se sage est et
preudomme et de juste conscience et que tu le saches bien/ tu ne te dois
esmerveiller se tel homme vouldroit voulentiers trouver voye pour
eschever effusion de sang par aucun bon et honnorable traicté et que
paix fust/ mais s’il est homme non acoustumé de soy trouver en telz cas
et lasche de courage quoy qu’il puist estre malicieux et bien parlant tu
peus bien pencer que de laschetté et de couardise luy peult venir/ Mais
non pourtant ne doibs tu du tout debouter ses raisons/ mais adviser se
elles sont bonnes & a ton honneur et proffit.
Une aultre chose fait a considerer c’est que en bien escoutant celluy
qui la voye d’accord & de traictié te conseille advise se la paix peut
mieulx estre & venir a son proffit que la guerre & se en parlant il se
efforce de toy mettre en couraige de faire paix Laquelle pour le grant
desir qu’il a ne te soit pas bien honnorable. Ou se c’est homme
couvoiteux auquel par dons ou promesses on luy eust par aventure fait
dire/ a ceulx icy se savoir ne peulx tu ne dois adjouster en aucune
maniere nulle foy/ mais les bouter arriere tant que tu pourras se
souffisamment en es informé. Car le tresmauvais et desloyal conseilleur
ne chasse tousjours fors a son proffit/ & le loyal vise plus au bien
publicque que au sien propre.
Or est necessaire que durant le traictié que ainsy comme les
ambassadeurs viennent vers toy de dela/ que tu y renvoies des tiens. Si
doibs en ceste chose estre si bien advisé que n’en soyez deceu/ car
moult y peult avoir grant peril se preudommes ne sont/ car par telz
moyens et ambassadeurs plusieurs citez pays et royaumes sicomme Troyes
jadiz et autres plusieurs ont esté deceuz par faulx et traytres
ambassadeurs eulx monstrans estre loyaulx et bons Ne il n’est pas de
pareil peril a cestuy pource que tant est couvert que a peine nul tant
soit sage ne se peut de trayteur garder se par traïson a entreprins a le
grever.
Contre ce peril y a meilleur remede que de y envoier des plus prochains
de son sang se avec soy en a qui grant compte facent de sa mort et
destruction et de tes meilleurs amis/ non pas par adventure de ceulx en
qui plus te fies/ car par iceulx ont plusieurs esté deceuz/ mais de
ceulx que tu auras mis en hault degré et qui perderoient se tu n’estoies
& aultres de qui tu sentiras la vie et conscience bonne honnesté et
loyale/ et de loyauté user en tours de guerres et batailles et que de
traïson ne soient reprovez selon la sentence des bons/ bien le demonstra
le tresvaillant fabricius dont tant avons parlé/ Lors qu’il estoit ost
contre le roy pirus/ qui moult grevoit par ses batailles les rommains.
Et le medicin d’icelluy roy pirus vint a Fabricius et luy offrit
emprisonner son maistre mais que bien le voulsist guerdonner. Le
vaillant homme luy respondit que ce n’estoit pas l’usage des rommains
vaincre par traïson/ si le fist renvoier a son maistre lequel quant il
sceut le cas dist a haulte voix. Or avant tourneroit le soleil de son
cours que fabricius se partist de loyauté. Si s’en partit le roy pirrus
sans donner ceste fois la bataille pour la cause de ceste grant bonté.
Cy devise les manieres que le capitaine d’ost doibt tenir le jour qu’il
espoir pour certain avoir bataille. xxi. c.
Apres ces choses pour venir au point que fait de guerre conclud/ c’est
assavoir assemblee de bataile comme ce soit le fait principal disons
ainsi/ & s’il advient a toutes fins que necessité de combatre contraint
l’ost de assembler a certain jour aux ennemis adonc ne doibt pas estre
despourveu le sage capitaine de tout ce qu’il luy convient faire et
adviser au mieulx & sont aucunes choses qui ne sont pas a oublier/ que
fera il doncques il n’aura pas pou a penser/ car plus grant fait entre
les hommes ne peut estre fait que cellui ou gist le plain fais de toute
la contree l’estat du prince et la vie de infinies personnes/ l’onneur
ou deshonneur du seigneur ou de la chevalerie et de tous nobles.
Adonc assemblera il tous les capitaines de l’ost devant soy et vouldra
en audience parler a eulx presens tous ceulx qui estre y pourroient dire
en telle ou semblable maniere. Treschiers freres compaignons et amis
nous sommes icy assemblez si que vous savez par le commandement de
nostre bon prince pour garder et tenir sa place ceste part comme ces
lieutenans pour maintenir a l’espee la juste querelle de son bon droit
que ses nobles predicesseurs ont par long temps soustenue/ ou qu’il a/ a
bonne cause entreprise contre tel roy ou seigneur Duquel a receu
plusieurs griefz/ c’est chose vraye sicomme nous en sommes bien informez
Si sommez tenuz comme loyaulx subgetz ou ses advoez prenans de luy
gaiges et souldees de garder & soustenir sa bonne cause en exposant
corps et biens sicomme promis l’avons par nos sermens bien & loyaument
sans deguerpir la place pour paour de mort. Or faisons donc tant et de
ce vous supplie tous et requiers sicomme a chevaliers freres amys et
compaignons que par nous et l’effort de noz corps & verde hardy couraige
a nostre predit bon prince rapportons la victoire de ceste bataille si
qu’il en ait l’onneur & preu et nous avec lui en soyons tousjours
honnorez et prisez et que sa bonne grace nous puissons desservir. Si
avons bonne cause beaulz seigneurs d’assaillir de fier couraige et
envaÿr de grant voulenté ses ennemis/ bien le vous sçay a dire/ car ilz
ont tort et nous droit. Si est dieu devers nous lequel sans faulte nous
aidera a les vaincre se en nous ne tient. Or vueillés donc mes chiers
amis chascun en droit soy si bien le faire que je aye cause de rapporter
de vous telle relation que a tousjours mais il vous en soit mieulx. Et
quant est de moy je vous jure sur ma foy que qui bien se portera a ceste
besoigne je le pourverray a sa vie en honneur et grant proffit. Or
allons hardiement mes enfans contre ces gens nos ennemis en nous
commandant a dieu & lui priant qu’il nous en doint la victoire sicomme
nous le desirons/ Telz manieres de parlers dira le saige capitaine aux
siens & que ainsy doit estre fait se accordent tous acteurs qui en ce
cas ont parlé/ & dient que ces manieres tenoient Scipion/ Julius cesar/
Pompee & les autres conquereurs Avec ce afferment que le capitaine doibt
estre large et habandonné/ et est assavoir que les livres de chevalerie
ne appreuvent quelconques couvoitises en capitaine avoir prins en
honneur d’armes/ & certes ce demonstra bien le tresvaillant fabricius
lequel pour l’exemple de sa bonté replicquons tant de fois en ce livre
quant le roy pyrrus son ennemy qui moult le desiroit a traire de sa
partie pour sa grant vaillance luy envoya grant quantité de vaisselle
d’or et d’argent/ pource qu’il avoit entendu que si povre estoit que a
sa taible n’estoit servy que en vaisselle de bois/ mais il la refusa en
disant qu’il aimoit mieulx menger a honneur en vaisselle de boys que a
honte et reproche en vaisselle d’argent. Il affiert aussi que le
capitaine soit doulx & bening entre ses gens/ autrement n’est digne de
tel office/ car ilz dient que par le moien de sa largesse & benignité il
peut plus attraire les cueurs des siens que par nulle autre chose/ et sa
benignité doibt donner hardiesse mesmes aux petis et de simple estat: de
lui oser dire & signifier aucune chose se bonne leur semble ou fait des
armes ainsi qu’il peut advenir que aucuns petis pevent avoir des bons
amys Si que dieu donne ses graces aucunesfois qu’ilz ne doivent pas
estre deboutez pour leur simple et povre estat. Et est escript que les
vaillans conquereurs preteritz departoient les conquestes et proyes
largement aux gens d’armes/ & pour eulx leur suffisoit seulement avoir
l’onneur des batailles/ et pource faisoient leurs gens tout ce qu’ilz
vouloient. Et que avec ce parolles attrayans soient bonnes ce dit vegece
que le bon admonnestement du vaillant duc croist a ost hardement et
courage/ et pource doibt souvent admonnester en demonstrant aux siens le
droit qu’ilz ont/ & le tort des ennemys et comment sont tenus au prince
et a la contree/ les admonnester de bien faire et promettre offices a
ceulx [qui] bien feront Et de fait pour donner exemple aux autres doibt
honnourer ceulx qui autresfois se seront bien portez et leur faire du
bien/ affin que meilleur cueur en ayent. Et par telles parolles peult
aussi croistre l’ire et maltalent des siens contre leurs ennemis et
l’amour en bon vouloir devers le prince.
Cy devise la maniere de prendre l’avantage du champ selon vegece. xxii.
cha.
Vegece dit que le capitaine doibt regarder au jour qu’il veult donner la
bataille quelle voulenté ses gens ont/ car il peult appercevoir s’ilz
ont paour/ par le viaire par les parolles et le mouvement du corps/ mais
il dist que ce n’est pas a entendre de ceulx qui ne l’ont aprins/ car ce
n’est pas merveilles s’ilz la ressoingnent/ mais se des exercitez
d’armes font doubte/ doit delaier s’il peult a ung autre jour Et s’il a
gens d’aucun païs jeunez et non usagés & qu’il doute de leur loyauté:
commettre les doibt a bons et loyaulx capitaines & qui bien les sachent
embesoigner & mettre en lieu ou fuir ne puissent Car par l’effroy de
telz gens peut estre la bataille en peril/ & les bien introduire que
obeissans soient/ Car nulle riens ne proffite plus en ost que obeyr aux
capitaines/ et pource dist il que pour une seule voix ceulx qui seront
loing de leur capitaine ne pevent savoir les soudaines necessitez qui
pevent venir en bataille/ trouverent les anciens de user de certains
signes par lesquelz hastivement faisoient savoir en l’ost ce que faire
devoient/ ou par son de trompes par different chant ou par buisines ou
autrement/ mais affin que par oyr plusieurs fois celle mesme maniere de
son les ennemis ne s’i entendissent parfoys le differoient/ & se leur
estoit avant le coup bien notiffié/ et des leur enfance on leur
monstroit l’usage d’armes. Ces manieres leur estoient aprinses affin que
par necessité des batailles en fussent duitz/ & pour celle cause furent
trouees les trompettes qui diversifient leurs sons selon les cas qui
adviennent. Or vient a point d’arrenger les batailles selon vegece. Si
advisera le sage capitaine se que dit est de prendre premier l’avantage
du champ en quoy troys principaulx poins sont a regarder. Le premier est
de prendre le hault de la place.
Le second que a l’eure que la bataille durera les ennemys aient le
soleil en l’oeil. Et le tiers que le vent leur soit contraire. Et se a
ses trois choses peut advenir luy sera prouffit en tant qu’il n’est pas
doubte que celluy qui est en la haulte place a avantage de force contre
celluy qui est en bas.
Item le soleil en l’oeil fait grant encombrier et pareillement le vent
qui les emplit de pouldre/ et aussi le trait porté par le vent en a plus
grant force/ & aussi a l’oposite oste & destourne la force et la partie
contraire/ et assavoir que par deux cautelles vainquirent les rommains
en bataille ceulx de cycambre et les tyars/ ce fut par adviser de les
envaÿr de tel costé que iceulx eussent le soleil au devant/ & l’autre
fust par si fort les haster que loisir ne eurent de eulx mettre en
ordonnance.
Cy devise en bref la maniere selon l’usaige du temps pour arrenger ost
en champ pour combatre. xxiii. c.