Derechief dit le livre d’armes que se l’ost doibt demourer grant temps

au lieu/ & grant force d’ennemys a grant nombre actende. Le lieu doibt

estre de tresbons fossez fortiffié de xii. piez de large et de ix. de

parfont et que roides et droiz soient faiz du costé des ennemys &

broches de fer & autres choses encombrans y soient fichés aumoins s’on y

vouloit devaler. mais dist il se l’ost n’y doibt pas longuement demourer

& que grant puissance d’ennemis n’attende il n’est nul besoing de si

grant fortiffiement ains souffist assez se fossez on y veult faire

qu’ilz soient de viii. ou ix. piez de large et de vii. de parfont. Et

doibt le bon capitaine commettre bonnes gens d’armes avec trait pour les

ouvriers garder tandiz que icelles cloisons & bastilles se font.

Pour toutes telles choses faire le sage capitaine sera tresbien pourveu

de tous hostilz convenables/ de pelles ferrees/ de rateaulx de pics & de

tous instrumens a bastir et tendre logis tentes et pavillons et trefz

necessaires & de ouvriers qui de ce se scevent entremettre.

Vegece.

Nonpourtant dit vegece que gens d’armes doibvent eulx mesmes estre tous

maistres de copper bois faire chemin par hayes et buissons/ bastir logis

faire cloisons de merrien et ramilles/ doller ais pour faire pons/

emplir fossez de ramilles pour faire passaiges et faire eschelles et

toutes telles choses se besoing est/ Et selon ledit acteur les anciens

conquereurs menoient avec eulx forgeurs qui forgoient heaulmes et tous

harnois cultifz a faire ars saiettes javelines et toutes manieres de

harnois/ et estoit leur souveraine cure que tout ce dont on avoit

besoing on trouvast en l’ost comme en une cité/ car le retour n’estoit

pas souvent en leurs maisons. Ilz y menoient aussi mineurs qui savoient

miner la terre pour seurprendre despourveuement les ennemis. Avec ce

vegece devise les choses qui sont bonnes a garder pour tenir l’ost en

santé se longuement y doit sejourner et cinq choses y assigne. C’est

assavoir Lieu. Eaue: temps: medicine/ et exercite Lieu qui ne soit

d’emprez paluz ne marez fumeuz. Eaue qui ne soit malsaine orde ne

corrumpue en fosse plaine de vermines. Temps que en esté ne soient aux

grans chaleurs sans umbre des arbres & pavillons et que deffaulte ilz

n’aient de bonne eaue pour eulx et leurs bestes. Medecine que doivent

estre garnis de tous mires et de bons medecins et toutes choses qui a

malades conviennent tout ainsi que s’ilz fussent en une cité. Exercite

c’est que tant s’acoustument a suffrir peine et traveil et dures gestes

quant vient a la necessité de maladie par la non acoustumance ne leur

courre sus. Si sont ceulx convenables en bataille qui sont tous duis: et

aussi acoustumez de endurer froit/ chault/ dure giste et aspre vie/ car

nul riens ne leur peult advenir qu’ilz n’aient paravant essaié Ainsi et

par ceste guise selon vegece le sage capitaine fera bastir ses logis

esquelz par ordre establira ses capitaines avec leurs gens soubz divers

estandars et banieres ainsy qu’il doibvent aller en bataille par la

forme qu’il leur aura ordonné/ & il au milieu avec les siens sera avec

son estandart dressé en hault.

Cy devise le soing que le capitaine doibt avoir a prendre garde sur son

ost. xv. cha.

Entre les autres vertus convenables a capitaine d’ost est necessaire

qu’il soit preudomme et de grant loyauté ainsi que par exemple est

escript du bon fabricus rommain ducteur des ostz rommains qui pour sa

tresgrant vaillance et bonté Le roy pirus son adversaire luy voulut

donner la quarte partie de son royaume et de ses tresors/ mais que de sa

partie se voulsist consentir a estre son compaignon d’armes. Auquel il

respondit que trop faisoit a despriser richesse acquise par traïson et

mauvaistie. Et possible estoit que par armez peust estre vaincu mais par

desloyalté non.

Avec ce dist vegece que le capitaine auquel est commis si grant ost et

chose/ comme la charge de noblesse de chevalerie. Le fait du prince/ La

chose publique sceureté des citez et la fortune des batailles: doibt

estre non pas sans plus en general sur tout l’ost/ mais en particulier

sur chascun/ car se riens mesadvient le commun dommaige est attribué a

sa coulpe/ Et pource le vaillant capitaine d’ost commis de par le prince

si que dit est/ sera soingneux de prendre garde sur ses gens que bien se

gouvernent es logis comme de raison appartient.

Le livre dit que quant ces jeunes escuiers sont a repos/ ilz doibvent

eulx esbatre es forces d’armes en demonstrant que mieulx leur en plaist

l’exercice que l’oisiveté. De laquelle se meut souvent noise entre

jeunes gens. Et pource le capitaine doit prendre garde quant ilz sont

trop rioteux de s’en delivrer par bel non pas par les grever/ qu’ilz

n’alaissent d’autre part/ ou qu’ilz machinassent aucun mal/ mais par bel

les doit on envoier en quelque lieu faignant aucune occasion Et dit

oultre que se necessité contrainct mettre en telz gens medicine de fer

qu’ilz ne doivent pas estre espargnez Car plus droicturiere chose est en

user afin que les autres y prennent exemple/ que ce que on leur seuffre

offencer et faire outrage a plusieurs gens mais dist il les capitaines

sont plus a loer/ desquelz les gens d’armes sont a mesmes par rigle et

bonne doctrine que ceulx que la paour d’estre pugnis les en retarde.

L’acteur.

L’acteur dit que gens assemblés de plusieurs nations meuvent voulentiers

noises et tumulte/ et aussi aucunesfois advient par aucuns qui ont lache

voulenté de combatre en la bataille si faignent eulx couroucer afin que

on ne les y maine et leur vient pour l’une des deux causes ou pour

toutes les deux/ C’est assavoir ou pource que meilleur voulenté ont a la

partie contraire/ ou pource que acoustumé ont a estre oiseux ou peu

faire et vivre delicieusement. Et pource la griefté du traveil non

acoustumé leur tourne a ennuy. Et dient les livres que grant honneur a

le capitaine quant en l’ost ses gens se maintiennent convenablement.

A ce propos est dit que quant Thimoceus le message du roy Pirrus fut

envoyé en l’ost des rommains pour traicter entre eulz Il y trouva les

chevaliers de si noble et si haulte maniere et de si gracieux maintien

qu’il rapporta/ a pirrus que il avoit veu ung ost des roys/ Ainsi le

saige capitaine sera pourveu en toutes choses prendra grant cure et

soing que riens par sa faulte ne demeure impourveu. Aussi ne dormira

gaires/ et petit de repos prendra/ car le cueur ardant en quoy que ce

soit/ vient de grant labeur. Si sera curieux d’envoier subtillement

espies et escoutes ça et la pour savoir et enquerre l’ordonnance &

maintien de ses ennemys Si advisera combien il a de gens/ et combien ses

ennemis en ont/ Et laquelle partie a les meilleurs chevaulx/ le plus de

trait et de gens de commune/ et de quelle nacion quel secours et dont il

peult venir/ Et sur ces choses vouldra oyr l’oppinion de plusieurs

chevaliers bons et saiges capitaines preudommes plains de bon conseil et

en armes expers Il ne vouldra pas ouvrer selon l’advis de soy seul/ mais

par l’advis de plusieurs: & par leur regard luy avec eulx delibera le

meilleur a faire/ se la bataille donnera ou non/ ou s’il attendra que on

l’assaille soy estant sur sa garde pour decepvoir par aucune cautelle

ses ennemis mais s’il peut savoir que ses ennemis actendent secours il

les hastera de les combatre Ou s’il actend secours il retardera s’il se

sent le plus foible. Si fera ses aprestes et se tiendra sur sa garde il

sera soingneux que bon guet soit fait afin que en mengant ne

impourveuement ne puist estre surprins Car dit le maistre que en

greigneur seureté peult avoir greigneur peril et pour ce doit le

capitaine s’il voit son point assaillir ses ennemis quant ilz menguent

ou quan ilz dorment ou quant ilz sont lassez de cheminer ou que leurs

chevaulx paissent ou menguent lors que plus seurs cuident estre car a

ceulz dist il qui ainsi sont surprins vertu ou force ne leur a mestier

ne grant multitude ne leur peut aider Car a celui qui est vaincu en

plaine bataille ja soit ce que savoir art et usage d’armes ne lui a peu

prouffiter neantmoins il se peut complaindre en son couroux de fortune

mais celui qui est desconfit ou grevé par cauteleux agait ne s’en doit

prendre que a soy mesmes Car il l’eust bien peu eschever s’il eust esté

aussi soingneux de soy garder comme estoit son ennemy de le surprendre.

O bien demonstra stipion l’affrican qu’il estoit maistre de sagement

envaÿr lorsqu’il fist tant qu’il trouva voye que le feu fust bouté es

logis des ostz de ses ennemis. Et puis tantost leur courust sus par tel

asperté qu’ilz ne savoient auquel entendre et furent alors vaincus plus

par esbahissement que par armes Ad ce propos dist vegece que moult

proufitable chose est a ung ost de sages espies avoir qui bien sachent

trouver maniere de savoir les affaires et voulentez que les ennemis ont

et que par dons ou grans promesses sachent eulx entremectre par voyes

cauteleuses de atraire aucun ou plusieurs et mesmement s’ilz pevent du

conseil de l’autre partie tant savoir qu’ilz sachent toute leur voulenté

Et par ce peut savoir le capiteine ce qui lui est meilleur a faire et

avec ce dit encore vegece que moult prouffitent gens qui pevent servier

discord entre les adversaires tellement que obeyr ne dayvent a leur

capiteine duquel on se doit pener de savoir ses condicions et se on le

peut nullement prendre par ses mesmes taches et de ce doit estre advisé

le saige capiteine car nulle nacion tant soit petite ne peut du tout

estre affacie par adversaire se ce n’est par meslee ou contens des siens

mesmes mais ausi pareillement que ledit capiteine sera soingneux

d’envoier ses espies ausi prendra il garde qu’il ne soit espiés ne son

convine descouvert ne mesmement l’ordonnance de son ost. Et que la

cantité des gens ne soit sceue par ses ennemis pour ce que sur ce

pourroient pourvoier. Encore y a autre maniere qui prouffite a aucuns

quant ilz se sentent si grandement fors et tant bien garnis de foison de

gens d’armes que bien leur plaist que leurs ennemis sachent la grant

fierté de leur ost afin que d’eulz soient plus redoubtez et cremus

sicomme il advint lorsque le roy pirus de macedonne envoia ses espies

pour savoir l’estre et la cantité de ses ennemis lesquelz espies prins

et menez devant le prince de l’ost rommain ne veult qu’ilz eussent mal

ains ordonna qu’ilz fussent par tout menez affin qu’ilz recordassent sa

grant puissance de laquelle chose ainsi faicte le roy pirus loua moult

les rommains et plus fort les redoubta Et semblemment dist on que le

puissant roy alixandre le fit ou temps de ses conquestes mais se de fait

de son adversaire peut on tant apprendre qu’il sache s’il a plus de gens

a pié plus d’ommes d’armes ou plus de gens de trait ou mains que lui.

Selon ce se pourra ordonner pour la meilleur voye a son prouffit et

dommage de ses ennemis. Les acteurs qui de ceste matiere ont parlé dient

que des le temps ancien les capiteines des ostz avoient proppres

enseignes sur leurs heaulmes pour estre congneu des leurs & avoient

confanons a certaines divises ou leurs gens se retrayoient. C.

chevaliers estoient subgetz a ung capiteine c’est assavoir. cent hommes

d’armes et iceulz capitenes appelloit on centurions et autres en avoient

plus grant nombre et autres moins et bailloit on les banieres et les

estandars a porter aux plus vailans chevaliers aux plus feaulx & aux

plus seurs laquelle ordonnance est encore aujourd’uy a bon droit tenue

pour ce que l’ost au regard de la baniere se gouverne il est escript

comme par la faulte de ung traytre qui tenoit l’estandart fut une fois

en grece ung grant ost de gens desconfit par une petite cantité de gens

en bataille.

Cy devise la maniere que le capiteine doit tenir au deslogier d’une

place et par les chemins ou il manie son ost. xvi. chapitre

S’il advient que l’ost partir se doive et changer place le sage capitene

advisera bien comment.

Vegece.

Et dit vegece que ainçoys que le duc ou capitene se meuve doit bien

savoir la disposicion de ses ennemis qu’il sache eslire lequel vault

mieulx qu’il se parte de jour ou de nuyt/ mais avant doibt bien avoir

aprins l’estre des chemins afin qu’il soit pourveu de soy y contenir en

maniere de son ost n’y puist estre seurprins/ sicomme en trop d’estrois

passages ou il puist estre guectez ou en fondrieres d’eaues palus &

marescages ou les autres sachent mieulx les adresses du païs. Et pource

tout ainsy que ceulx qui vont par mer et les perilleux passages et

estroitz ne scevent les font paindre en une carche pour les eschever.

Semblablement il est escrit que ainsy le fist le roy alixandre/ Et aussi

les capitaines & meneurs d’ost doivent savoir les voies & passages/

montaignes/ forestz bois/ eaues/ rivieres/ et destroitz par ou passer

doivent/ & pourtant que bien s’en sera informé/ le sage capitaine de

paour qu’il ne faille/ prendra se besoing est conduicte de ceulz qui les

scevent/ lesquelz gens prins pour conduire les fera si bien garder

qu’ilz ne puissent eschapper/ afin que espace ne puissent avoir de l’ost

traÿr ou d’aucune mauvaistie faire. Si leur donnera argent & promettra

grant guerdon se loyaument les conduisent/ & aussi par grans menaces les

espouenteront seigneurs et autres s’ilz font le contraire Le capitaine

deffendra bien expressement qu’ilz ne revelent a personne le chemin

determiné a tenir ne quel part veult mener son ost ne le propos qu’il a.

Car a peine y est ung ost sans traitres/ & fort seroit que en telle

quantité de gens ou souvent a foison d’estrangiers n’y ait de faux

courages/ mais il doit savoir que chose n’est pas au monde qui moins

face a souffrir a princes seigneurs ou capitaines d’ost que ceulx qui le

font si en appert/ & doibt savoir qu’ilz deservent mauvais guerdon

combien que aucunes fois le facent pour complaire.

Bien le monstrerent les rommains a ceulz qui traitreusement avoient

occis Certorius leur seigneur pour cuider complaire aux rommains/ pour

ce que jasoit ce qu’il fust rommain et leur seigneur toutesfoys avoit il

mené grant guerre/ a ceulx de romme par le despit et envie qu’il portoit

a aucuns seigneurs rommains Mais quant les traiteurs vindrent pour avoir

leur sallaire/ ilz receurent la mort/ & leur fut dit que tel paiement

appartenoit a trayteur Semblablement est il escript que ainsy le fist le

fort roy alixandre a ceulx qui pour lui complaire avoient occis le roy

daire leur seigneur. Avec ce aura commis & commandé a plusieurs des

siens bons & loyaux qu’ilz soient montez sur bons chevaulx & cherchent

ça & la pour prendre garde que l’ost ne soit espié.

Vegece.

Et dit vegece que espies doibvent estre envoiez comme s’ilz fussent

pellerins ou laboureurs affin que jour et nuyt serchent partout que

quelque part embusche n’y ait. Et se les espies ne retournent le

capitaine doibt prendre une autre voye s’il peult nullement/ car c’est

signe qu’ilz sont prins/ si accusent telz gens par tourmens tout ce

qu’ilz scevent. Si ne sera pas apprentis de avoir mis son ost en belle

ordonnance avant son departir Le bon capitaine mettra les meilleurs de

ses gens avec planté de trait du costé ou il pensera que le plus grant

peril soit et aura donné ordre que la plus feble partie obeisse a la

plus forte et bien ordonné et commis aura aux autres capitaines ses

subgectz que l’avantgarde voit par belle ordonnance joinctz ensemble a

pas ayrés tous prestz de rencontrer leurs ennemis se besoing est. Le

corps de la bataille venans aprez serrez et joinctz sicomme ung mur/

estandars banieres et penonceaulx volletans au ven[t] Et puis l’arriere

garde par semblable ordonnance.

Vegece.

Et dit vegece que le charroy et sommage des provisions doibt apres

l’avantgarde venir pour plus grant sceureté ou devant l’arriere garde Et

pource que aucunesfois on assault de costé par aucune embusche on y

mettra de celle part gens d’armes et assés trait. Et se les ennemis de

toutes pars s’estendent de toutes pars leur soit appareillé secours/ et

selon les gens qu’il aura/ il sera advisé de prendre l’avantage du

chemin ou en plains champs ou par sur montaignes s’il peult/ pource que

mieulx se deffendent par boys ou sur montaigne gens de pié que ceulx de

cheval desquelz usent mieulx en lombardie ou autres contrees et les

appellent brigans ou enfans de pié.

Vegece.

Et dit vegece que de ceulz se peut on moult bien aider/ mais qu’ilz

soient bons comme ilz soient convenables en champs et villes en mons et

en vaulx/ car en plus de lieux se pevent ficher que ceulx a cheval ilz

sont appers et legiers pource que legierement sont armés/ et sont les

bien usages communement hardis si en peult on tenir grant nombre a assez

pou de coust. Et dit le livre d’armes que le capitaine doibt bien

prendre garde a la maniere de l’aller de ses gens que areement & par

egal facent leurs pas/ car ost desordonné est en grant peril/ ne riens

n’est plus prejudiciable en fait de bataille que desordonnance Et dit

qu’ilz doivent aller x. mille pas au temps d’esté ou cinq heures qui

pevent monter cinq lieues/ & se besoing est pevent encor aller ii. mille

pas et non plus. Si doibt estre advisé que par long chemin ne traveille

tant son ost/ que necessité de repos les puisse rendre malades/ pource

doibt adviser de partir a heure convenable si que logés puissent estre

ainçoys qu’il soit nuyt. Et que es cours jours d’iver ne partent si tart

que par pluyes nesges ou gellees leur conviengne aller grant partie de

la nuyt/ & soit pourveu de haies de buissons et de toute fueille/ car

riens n’est plus necessaire en ost que feu/ et qu’ilz ne usent de

mauvaises eaues de doubte d’engendrer pestillence/ car en telle

assemblee n’ont malades mestier et est grant meschief quant necessité de

bataile chasse ceulx qui par maladie sont desconfitz a faire plus qui ne

pevent.

Cy parle de passer ost par fleuves ou par grans rivieres: xvii.

chapitre.

Il eschiet aucunesfois qu’il convient a ost passer fleuves et rivieres/

qui est chose moult encombreuse & plaine de peril. Et les remedes de les

passer a mys vegece qui dit que premierement doibt estre bien advisé en

quel lieu la riviere peut estre moins parfonde & en cellui endroit se

doibt mettre au travers une route de gens tresbien montés & une autre

route audessoubz & illec entredeux passera la grant flote de l’ost/ et

dit que ceulx de en hault retendront la roideur de l’eaue/ et ceulx de

embas pourront soustenir ceulx que la force de l’eaue maistrieroit. Et

se l’eaue est tant grande que cestui remede n’y puist servir & que a

toutes fins la conviengne passer ou qu’il y ait grant proffit a estre de

l’autre part/ le capitaine aura fait faire grans pons portatifz qu’il

fera en charroy devant soy mener dont les aucuns seront faitz sur queues

vuides actachiez par le travers de bonnes cordes & bonnes aisselles bien

chevillees et bien serrees l’une a l’autre/ Et le peut on tout acop

asseoir en l’eaue sicomme ung pont leveiz. Par engin des subtilz

maistres desquelz sera avant bien pourveu.

Autres par grans pieces de bois fichies en l’eaue ausquelz seront cordes

bien atachees & ais par dessus. Autres par avoir plusieurs bateaulx

atachez ensemble & couvers d’ais par dessus et de fiens & sont iceulx

les plus fors qui soient qui de tant de bateaulz pourroit finer/ ou

sinon avoir longues pieces de bois bien chevillees ensemble et mettre

des ais et des cloyes par dessus/ mais que les pieces de bois soient

bien esquarrees/ & puis tout couvrir de fiens et les encrer tresbien en

l’eaue affin qu’ilz soient plus fermes. Et par telles voies pevent assez

legierement passer/ mais divers remedes y trouva Cirus le roy de perse

quant il alla pour prendre la cité de babilonne & il se trouva sur le

grant fleuve de eufrates tant large & si parfont que impossible sembloit

a passer/ il le fist a force d’ommes par faire fossez & cavains/ la

terre partir & la riviere en quatre cens lxvi. rivieres & par celle voye

passa/ car il n’est riens que engin d’omme n’ataigne quant sens et grant

voulenté s’en entremettent Avec ce est recité par les anciennes

histoires que les conquereurs de jadiz estoient si duis et si bons

maistres de nager qu’ilz ne craindoient pas a traverser rivieres de

grant largesse/ et avoient grans pieces de mairien cavez et creusez

dedens lesquelles pieces ilz mectoient leurs harnois/ et les autres

faisoient faisseaulx de ramille et les mettoient sus/ et ainsi

passoient/ & se du pont ont mestier pour passer et rapasser doibt estre

fossoyé et basty du costé des ennemis et gardé a bonnes gens d’armes et

foison trait/ et quoy ces tours sembleroient legiers a oyr et fors a

faire a ceulx qui aprins ne les ont/ qui dire pourroient que ce seroit

songe/ toutesfois ce n’est pas truffe/ que quant les grans ostz des

rommains durant l’espace de plus de xxx. ans/ alloient souvent en

auffricque et jusques a la cité de cartage/ et mesmes en contrees trop

plus loingtaines leur convenoit passer plusieurs rivieres et grans

fleuves et fons/ et semblablement par toute la terre qu’ilz conquirent

ilz n’avoient pas pontz faitz de pierres ne vaisseaulx aux rivaiges et

ne trouvoient qui oultre les passast/ se leur convenoit user de telz

engins. Et s’il advient que par nuyt a la lune ou se en requoy puissent

passer que les ennemis riens n’en sachent/ tantost se doibvent armer &

en bonne ordonance remettre que surprins ne soient et aller leur voie le

beau petit pas en telle ordre que se les ennemys surviennent soient

appareillez a plus souffrir de peril que iceulx a leur donner/ mais

s’ilz les pevent eschever par montaignes & mettre les autres par

dessoubz ce leur peut estre grant sceureté et avantage/ & s’il est ainsi

que les voies treuvent estroictes par empeschement de boys ou hayes/

vault mieulx dit vegece qu’ilz les oeuvrent et eslargissent en faisant

chemins a la main/ que ce qu’ilz souffrissent peril es larges et amples

chemins.

Cy devisent les manieres qui affierent a capitaine d’ost a tenir au

temps qu’il espoire avoir prochaine bataille. xviii. chapitre.

Apres les choses dictes est temps de venir a parler de certains pointz

advis & rigles qui au capitaine sont bons a tenir au temps qu’il espoire

avoir prouchaine bataille selon le livre d’armes/ et les autres acteurs

qui de ceste matiere ont parlé/ Et est assavoir que quant on sent que

ennemis veullent courir sus/ on ne doit pas attendre qu’ilz entrent en

la contree ainçois leur doibt on aller audevant a grant ost. Car mieux

vault fouller la terre d’aultruy que souffrir la sienne estre foullee Le

capitaine doncques arrivé au lieu ou il se atent avoir en bref temps

avoir jour de bataille sentant ses ennemis pres/ se tiendra sur sa

garde/ mais il ne se hastera pas de les assaillir en plaine bataille se

a son avantage n’est/ pource sera moult curieux d’enquerre que on dist

de leur estre/ quel conseil il a/ quelz sont ses capitaines duitz de

guerre ou non/ de laquelle foy et loyauté sont ses gens d’armes comment

le cueur leur dit/ de laquelle et quelle voulenté ont de combatre et se

ont vivres ou non/ car le fain se combat par dedens & peut vaincre sans

fer Il aura advis et conseil avec les siens assavoir se le meilleur est

de donner tost ou non la bataille ou la retarder ou attendre que

assailly soit/ car se savoir peult que par fain soient mal menez ou que

la paye leur faille/ par quoy s’en voisent petit a petit/ & tous

malcontens laissent leur capitaine/ et que gens delicatifz nourriz a

court et es aises et mignotises y ait/ quoy qu’ilz soient foison/ mais

que plus ne puissent souffrir la dureté du champ et la merveilleuse et

aspre vie d’ost Ains desirent le repos ne se hastera pas en quelque

maniere de donner la bataille/ Ains se tiendra paisiblement comme se

riens n’en sceust & le plus secretement qu’il pourra envoiera mettre

embusches aux passages/ et par ce s’il peult il les surprendra.

Que grant proffit soit a capitaine d’ost savoir sagement mectre embuches

et surprendre ses ennemys lors y parut lors que hesdrubal menoit au

secours de hanibal prince de cartaige son frere/ a tout merveilleux ost

contre les rommains/ lesquelz de ce advisez s’embuscherent au pié des

montaignes/ et la luy coururent sus par telle vigueur que l. mil hommes

et plus y occirent & prindrent a tout grans richesses Nonobstant la

foison des elephans qu’ilz amenoient dont moult bien se savoient aider

en bataille.

Vegece.

L'art de chevalerie selon Vegece · 第 3 / 17 段