veons la cité de romme par nulle autre chose submectre a elle les terres
de cest monde sinon par usage d’armes et par enseignemens d’ost et de
chevalerie Car assés peut estre presumé que si petite cantité de gens
que au premier furent eust pou valu contre les françois le sens des
grecz et malice & force de ceulz d’auffricque se par gens sens et usage
n’eust esté et par ce conclud de rechief ce que dit est C’est assavoir
que mieulz vault petite quantité de gens bien enseignés et duicte
d’armes par continuelle excercite de tout ce qu’il peut advenir en la
doubteuse adventure des batailles que ne fait multitude de gens rudes et
non sachans. il dit que science de savoir ce que en fait de guerre
affiert croist nourrist et donne le hardement de combatre comme il soit
ainsi que nul ne doubte a faire ce dont est enseigné expert et aprins et
tous ars sont sceus et tout sciences par continuel usage et s’il est
voir dist il que es petites choses ainsi soit mieulz affiert les garder
es tresgrans. O quelle chose est ce que de gens duitz de guerre et
subtilz en l’excercite d’armes a peine s’ilz peuvent estre vaincus par
survenue d’aventure estrange et non acoustumee sicomme il apparut si
tost que les rommains trouverent maniere d’occire les oliphans qui tant
sons diverses et espouentables bestes que hommes et chavaulz a les veoir
s’en effrayoient que contre eulz menoient les cartaginois et ceulz de la
partie d’orient. Et les saiges rommains firent engins par lesquelz leur
lançoient fers aguis et bareaux de fer tous ardans et par ce les
destruisoient. Et pour ce dit l’acteur que de tous les ars le plus a
loer en pays ou en contree est savoir cellui de combatre Car par lui la
franchise de lieu est gardee et la dignité de chevalerie si que dit est
souverainement le garderent et premierement les grecz ceulz de
lacedemonne Et puis de ceste apprendre et savoir furent les rommains
assez curieux et de ce qu’il leur en ensuivit appert assez.
Cy devise les manieres que tenoient les haulz et nobles chevalereux
duitz a duire et enseignier leurs enfans en la doctrine des armes. ix.
chappitre.
Doncques les anciens nobles qui par haultesse de courage desiroient que
tousjours fut continuee l’excercite des armes afin que la chose publique
de leurs seigneuries et citez fut mieulz augmentee et deffendue. Ne
faisoient il pas nourir leurs enfans aux cours des seigneurs oyl mais
non pas pour apprendre orgueil pompes ne beubans ains afin que en
parfait aage peussent servir le prince ou la contree de l’office qu’il
appartient aux nobles et avoient de coustume que des l’aage de. viiii.
ans faisoient enseigner leurs enfans et duire en toutes les choses qui a
armes et fais de guerre et de chevalerie appartient et est assavoir
qu’il y avoit propres escoles et certains lieux esquelz on les
enseignoit des adoncques a porter les harnois et a eulz en savoir aider.
Et pour ce veult dire vegece ou il parle a ce propos ou. iiii. chapitre
de son premier livre que les nobles se doivent pener de enseigner leurs
enfans des leur premiere jeunesse en l’amour des armes. Car le jeune
enfant est habille a retenir ce que on lui monstre. et naturellement se
excercitent enfans voulentiers et liement saillant et jouant en mouvant
leurs corps si leur doibvent adonc estre enseignés les tours de
isnellité de fraper des bras et guenchir contre les coups qui de travers
pevent venir saillir fossez lancer dars et lances eulx couvrir de l’escu
et toutes telles choses Et leur monstroient comment en gectant dars ou
lances meissent le senestre pié avant pource que en lançant ce que on
veult ou en gectant le corps en est plus ferme et la force de gecter
plus grande. Mais quant vient a pouser main a main des lances les
duisoient a mettre le pié dextre avant pource que la force de bouter est
a la senestre partie. Et pour mieulx les duire en toutes ces choses de
assaillir et de combatre les mettoient mesmement les maistres
aucunesfois en bataille arrengez afin que l’ordre de bataille sceussent
par usage/ Et tous armez les faisoient aller a pié cantité de pas pour
les duire a eulx tenir en ordonnance serrez et joinctz ensemble sans
desrouter/ et de bastons legiers au premier afin que blesser ne se
peussent les faisoient envaÿr les ungs les aultres. et afin que a celle
cause ne peust estre nourrie aucune rancune ceulx qui avoient esté
vainqueurs mectoient a l’autre fois compaignons avec les vaincus/ puis
les ordonnoient a garder certaines places si que ce se fussent
chasteaulx les ungs contre les autres.
Apres quant leur force croissoit pour tousjours continuer l’usage de
lever les bras en portant/ et souffrir traveilles faisoient avec espees
haches & tous bastons de guerre efforcer contre piez fichez en terre/ Et
contre ces piés comme se ce fussent leurs ennemis s’essaierent les
apprentis d’armes et assailloient puis a la teste puis aux costez/ puis
a dextre et a senestre/ puis plus bas frappoient en assaillant
legierement et ça/ et la/ comme c’ilz guenchissent/ et en ceste maniere
d’assault apprenoient force et alaine d’assaillir et affait que force
leur croissoit & aage leur estoit baillee plus grant charge/ et
mesmement plus pesantes armeurez et bastons quant en aage estoient que
ceulx de guerre afin que ceulx de guerre leur semblassent apres plus
legiers/ Si les apprenoient a ferir d’estoc. Et furent les rommains les
premiers qui misrent sur cellui usage/ car ilz se moquoient de ceulx qui
frappoient de taille: en disant que a peine povoit on occire pour cause
des os qui sont durs et retiennent le cop/ mais d’estoc est la playe
mortelle s’il entre seulement au chief ou au corps deux doigtz de
parfont/ et pour la raison aussi que le combatant de taille en hauçant
les bras se desnue et descueuvre au dextre costé: et ce ne fait pas
cellui qui fiert d’estoc. Ains en frappant se serre et tient clos et
peult blecer ains que l’autre ait les bras levez. Et avec ce les
duisoient a porter tous armez fardeaulx pesans pour mieulx aprendre a
porter grant charge a celle fin que ce besoing leur fust qu’ilz peussent
porter avec eulx mesmement leur vivre. Et pour ceste introduction
confermer/ dit vegece ad ce propos que riens n’est grief qui par long
usage l’a aprins/ Ne si pesant fardel que par division ne semble bien
legier.
Virgille.
Et semblablement conferme virgille icellui usage/ ou il dit que les
vaillans rommains portoient ce qui leur estoit necessaire avec eulx a
tout la charge des armes.
Oultre ces choses y avoit chevaulx de bois sur lesquelz leur apprenoient
a saillir tous armez les lances au poing. ramper gravir a cordes
legierement contre les murs/ eulx mesmes faire eschelles legieres ou
grans cordes noees et ramper contremont.
Cy devise encore de ce mesme et les choses en quoy ilz enseignent les
enfans du peuple x. chapitre.
En tous les dessusditz usages et plus encore si bien introduisoient les
anciens leurs enfans et par longue main avec la bonne doctrine des
honnorables paroles qu’ilz leur mectoient en couraige/ que quant venoit
au droit fait de bataille ilz estoient tous aprins et si tresaigres que
a peine povoient ilz estre tenus et que tel doctrine fut bonne au temps
des grans conquestes/ bien y parut/ Et encore expedient seroit en france
et en tous pays ou sont aucunesfois les armes licites a aprendre.
Saluste.
Et a ce propos dit saluste/ Le chevalier et homme d’armes fait a eslire
quant de sa jeunesse a aprins le traveil d’armes et scet l’art de
chevalerie/ Et vault mieulx dist il que le jeune homme se puist excuser
au premier que encore n’ait aprins ce de quoy on le reprent que ce qu’il
deveille en sa viellesse de ce que riens ne scet/ De laquelle chose les
anciens prisoient si pou les nobles qui ne savoient riens qu’ilz ne
mettoient nulle difference de eulx aux bestes paissans/ mais ilz
tenoient grant compte des vaillances dist vegece.
O hommes a grant merveilles loables qui cellui noble art de chevalerie
avés voulu tant excercer qu’elle vous est demouree sicomme naturelle/
estre debvés haultement exaucés/ sicomme ceulx lesquelz les autres
hommes ne pevent vivre en paix ne estre deffendus/ Si est donc grant
avantaige au jouvencel de bonne voulenté quant lieu povoir & espace a de
aprendre l’art & science des armes/ laquelle chose nul ne doibt penser
qu’elle soit legiere/ Et a celluy dist il que en tel discipline est bien
enseignié ne doibt venir paour de combatre en nulle maniere/ contre
quelconque adversaire Ains luy est droit soulas et delict/ Et avec ce
adjoustent les acteurs en quoy se excercitoient le peuple. C’est
assavoir traire de fondes qui moult est grant aide qui bien s’en scet
aider & moult en usoient les anciens.
Vegece.
Et en loant cest art vegece dist comme fonde porter soit de nul poix est
fort proffitable & advient aucunesfois que la bataille est en lieux
pierreux/ ou qu’il convient deffendre aucune montaigne/ & mesmement en
assault ou deffences de fortresses sont fondes moult convenables de quoy
ilz dient que par si grant cure jadis en usoient que en aucunes isles de
grece les meres ne donnoient a menger a leurs enfans jusques a ce que
feru eussent leur viande de coup de fonde/ Avec ce leur apprenoient a
tirer d’arc a main et d’arbalestre/ et les duisoient les maistres a
tenir l’arc a son droit/ c’est assavoir a la senestre main/ & a la corde
tirer de dextre par grant force et souplement conduire la flesche
jusques envers l’oreille & que le cueur et l’ueil eussent adresse ad ce
que assener vouldroient et ententivement y visassent/ Et en cest arc se
duisent mesmement ceulx d’engleterre des leur jeunesse: & pource ilz
passent continuellement les autres archiers. Ilz faisoient leurs butes
ou ilz tiroient de vi. cens piez de long ce dit vegece/ & veult cest art
continuer & souvent exercer mesmement aux bons maistres/ & que l’usaige
en soit necessaire il appert.
Chaton.
Chaton dit en son livre d’armes que moult proffitent bons archiers et
trestous ceulx qui duitz estoient de lancer & traire dars seurmontoient
en bataille plusieurs foys leurs ennemys a tout peu de gens. Et ainsi le
tesmoingne le vaillant combateur Scipion.
Avec ce les duisoient a lancer pierres porter pavois & eux en savoir
couvrir/ gecter lances & toutes choses semblables a icelluy et dient que
propres maistres y avoit qui a la philosomie des jouvenceaulx
appartenoit/ lesquelz regardoient ceulx qui estoient les plus habiles a
la discipline et enseignement d’armes: Sicomme ceulx qui avoient les
yeulx esveillés & legier esperit la teste droicte les piez larges
grosses espaules et de bon tour/ les bras longs gros et bien façonnez &
mains ossues petit ventre et rains bien tournez/ grosses cuisses/ jambes
droictes bien taillees seiches & menues larges piez et drois. Et quant
avec l’abilité du corps les veoient de bon entendement les tenoient fort
chiers et iceulx duisoient aux choses qui appartiennent aux capitaines.
Avec ces choses leur apprenoient a nager en riviere ou en mer. Et vegece
dit que cest art est a tout homme d’armes couvenable a savoir comme elle
leur soit aucunesfois necessaire/ s’il qu’il peult advenir et advient
souvent que force les chasse a passer eaues et rivieres pour eviter
perilz ou pour abriger chemin/ ou es autres necessitez/ ou peult estre
pour attaindre ailleurs ou aller doibvent ou pour seurprendre leurs
ennemys par celle garde qui jamais garde ne s’en donnassent/ et tiroient
apres eulx les anciens leurs fardeaulx et harnoys par subtil
entendement/ sicomme par pieces de bois et sur espines seichez gectees
en l’eaue qu’ilz conduisoient tout en nagant. Aussi peult homme d’armes
par celle voye eschever peril de mort ainsi qu’il est escript du preux
Julius cesar que luy propre par nager garantit sa vie par nager troys
cens pas de mer.
Semblablement cena le tresvaillant combatant chevalier rommain luy seul
durement navré eschappa de la grant multitude de ses ennemis a nager en
traversant ung grant fleuve. Et par celle mesme voye furent secourus de
vivre gens assiegés en ung chastel par leurs amys qui nagerent sans le
sceu de leurs ennemis. Et pareillement les anciens duisoient en cest art
leurs bestes et chevaulx. Et pour souldre la raison de ceulx qui
diroient que les choses dictes sont legieres a dire/ mais fortes a
apprendre/ Dit nostre acteur/ quoy que toutes choses semblent difficiles
au disciple ains qui les sache se le maistre est bien ententif de bien
monstrer/ il n’est art tant soit fort a retenir que par longue coustume
ne deviengne legier Et encontre en continuant les manieres que tenoient
les rommains ung tel usage entre les autres avoient que les nobles
portoient habit different aux non nobles/ & avec ce y avoit propres
robes de joye & autres de dueil qu’ilz vestoient selon les cas de leur
fortune/ c’est assavoir que s’ilz avoient perdu quelque grosse bataille/
ou que quelque pays se fust rebellé contre eulx/ Ou que aucune justice
requerant vengance leur fust faicte. Adonc vestoient la robe de dueil
sans autre habit vestir. Jusques ad ce qu’ilz s’en fussent vengez et
venus audessus. Et lors reprenoient leurs habis de joye.
Cy devise les proprietés que doibvent avoir gens d’armes/ et en quoy ilz
doivent estre eduitz et enseignez. xi. c.
Devisé avons assez les manieres et introductions en fais d’armes que les
anciens donnoient a leurs enfans lesquelles choses pour exemple sont
bonnes a retenir. Si nous affiert a retourner ad ce qui est dit devant/
c’est assavoir en quellez choses s’emploiera le bon et saige capitaine
de la chevalerie ou ses lieutenans Premierement il tira a luy tous les
plus esleuz hommes d’armes & chiers les tiendra/ Et puis que a parler
vient de bon homme en armes Racompte vegece des proprietés qu’il lui
convient/ Et dit que avec hardiesse sans laquelle ne pourroit riens
valoir Doibt estre duit et tout maistre de soy aider en son harnois et
d’y estre aise/ affin que vistement puist assaillir son ennemy/ saillir
fossez legierement gravir sur quelque hault empeschement s’il lui vient
entre piés soy ficher es loges des adversaires par dessus haies et
triefz s’il chiet apoint/ gauchir aux coups par sousplesse de corps et
envaÿr en saillant sur son adversaire/ se la maniere de la bataille le
requiert/ Et dit que telles manieres d’appertises esbahissent le
couraige de l’adversaire et l’espouentent/ & a avantaige souvent
advient/ comme il appert sur plus fort de luy et plus tost le blesse
qu’il n’est apareillé de soy deffendre/ et de tours usoit ce dist il le
grant pompee quant il se combatoit. Et se on me demande en quelle part
seront prins les meilleurs hommes d’armes Je te respons que quoy qu’il
soit dit que es chauldes terres approchans du soleil/ les hommes quoy
qu’ilz soient sages caulz et malicieux ilz n’y sont pas hardis pource
qu’ilz n’ont pas foison de sang/ pour cause de la challeur qui y
habonde. Et aussi par le contredient que ceulx des froides sont hardis
et non sages par quoy on ne doibt prendre ne des ungs ne des aultres/
mais ceulx des terres moyennes sont a prendre.
Quant a moy je tiens que nulle autre rigle ne doibt estre gardee. Et que
l’en doit eslire ceulx qui ont plus veu & qui plus se delictent a
l’exercice d’armes a laquelle labeur soit leur gloire toute affichee ne
autre honneur ne felicité ne quierent en autre maniere que par vertu de
chevalereux fais leur peut venir. Et iceulx de quelque nation qu’ilz
soient sont a recevoir et a donner sauldees. Vray est que avec les
acteurs se doit tout bon sens accorder que se le capitaine a besoing de
gens de commun doibt singulierement eslire ceulx de aucuns mestiers
sicomme bouchiers qui ont acoustumé d’espandre sang a ferir de cugnie
charpentiers fevres et tous autres qui excercent leurs corps en travaux
& euvres des bras/ Aussi gens de village a qui les dures gestes et
peines de labeur n’est estrange & nourriz de rude pasture/ iceulx sont
bons a nourrir peine & traveil sans laquelle chose fait de guerre n’est
pas longuement demené.
Cy commence a parler des manieres qui au connestable appartiennent ou au
capitaine a tenir son office en l’exersant. xii. chapitre.
Or est il ainsi que la guerre est mise sus et deliberee par le prince
souverain receue ou envoiee par deffiances selon l’usage/ le sage
capitaine a ce commis ordonnera que les frontieres soient bien garnies
tant de bonnes gens/ comme d’artillerie de tout trait et autres choses
necessaires de deffence et toute telle garnison & en telle quantité que
bon leur semblera selon la qualité des adversaires/ les villes & les
forteresses si bien garnies que rien n’y conviengne Il advisera quel
nombre de gens lui sera besoing selon se qu’il pourra avoir a faire et
selon son emprinse.
Ledit capitaine eslira les meilleurs de tous les hommes d’armes et
semblablement de ceulx du trait canonniers & autres jusques a la
quantité qu’il lui est necessaire. et pource que au temps de ma
intention on tient que la victoire de bataille par raison doibt cheoir a
la partie qui plus a de gens.
Vegece.
Contre ceste oppinion vegece dit qu’il souffist en une bataille mener
une legion d’ommes armez avec leur aide.
Une legion est en nombre. vi. mille v. cens & lxvi. lances ou bacinez/ &
s’accordent avec ledit vegece tous aucteurs qui de ceste matiere ont
escript/ en disant que comme en trop grant cantité ait confusion
souffist au plus contre toute multitude d’ennemis deux legions sans plus
de bonnes gens d’armes sans presse/ mais qu’ilz soient menez par
souveraine ordonnance. Si sont en nombre. xiiii. mille bacinez ou plus.
Et treuve l’on que plusieurs ostz ont esté desconfitz plus par leur
propre multitude que par la force de leurs ennemys. Et pour quoy certes
bonne raison y a/ car la grande multitude est plus forte a tenir en
ordre & est souvent a grant meschief pour sa pesanteur plus indigente de
vivres/ plus de debas y a plus atarge chemin. Et advient souvent que les
ennemis quoy qu’ilz soient en moindre cantité tendent a les surprendre a
passer destrois passages et rivieres/ et la gist le peril/ Car avantage
ne font l’un a l’autre mais empeschement a bataille arrengee/ mesmes
s’empressent tellement qu’ilz s’entrefoullent et estaignent. Et pour ce
si que dit est les anciens qui les choses convenables en bataille
avoient aprinses & les perilz par experience plus prisoient avoir ost
enseignie et duit que la grant multitude Le bon capitaine establira sur
telz gens divers capitaines soubz lesquelz commetra certain nombre de
gens d’armes aux ungs plus aux autres moins selon leur suffisance/ &
semblablement fera de ses canonniers & gens de trait vouldra lui et ses
gens les veoir en point aux champs en divers jours a monstre les ungs
apres les autres La sera bien prins garde que nul ne soit receu s’il
n’est passable/ car au temps ancien estoient les capitaines
tresestroitement sermentez que loialment serviroient le prince ou la
contree.
Ces choses seront deuement faictes apres ce qu’il aura bonne assignation
de la paye de ses gens d’armes/ car nul ne se attende d’avoir bons gens
d’armes mal paiés/ ains leur fault courage si tost que la paye decline.
Et prendra congé du prince apres bonne assignacion et paiement sur les
champs se mettra a tel effort de gens que le cas et la possibilité le
requerra.
Cy devise la maniere qui affiert a tenir au connestable ou capitaine en
son office/ ou fait desloger son ost selon que dient les livres d’armes.
xiii. cha.
Et s’il est ainsi que ledit capitaine voise en intention de assembler
aux ennemis a bataille desquelz il attende la seurvenue par quoy il luy
soit besoing une espace tenir les champs et y loger son ost/ il advisera
par bon regart selon l’espoir de la venue des adversaires ou selon qu’il
perçoive loger son ost au mieulx/ au premier prendre l’avantaige de la
place s’il peut et meilleur lieu pour soy/ au grief de ses ennemis.
Titus livius.
Et dit titus livius que au temps que ceulx de gaule et de germanie
estoient allez en ost sur les rommains. Iceulx advisez de leur venue
leur furent audevant/ & comme ilz prenissent premier l’avantage du champ
& de la place adviserent d’eulz loger entre leurs ennemis & la riviere/
que par celle cause adviserent & vainquirent leurs ennemis plus par soif
que par armes Et ne souffist pas prendre bon lieu au champ mais tel que
se les ennemys approchent qu’ilz ne puissent pour eulx meilleur choisir.
Si establira son logis en hault lieu pres de riviere s’il peut et que
montaigne ne les surbate advisera de prendre espace convenable en bon
air et sain s’il y peut estre/ et que l’espace des logis soit bien
compassee. Et selon vegece en lieu de pasturages d’eaue & de buschon/
que le champ ne soit acoustumé de retenir goutz de pluye ne d’abondans
palus ne que les adversaires y peussent faire couller rivieres d’eaues
rompans estans ou autres escluses. Il est assavoir que selon la
multitude et le nombre des gens & la planté du charoy bagues et
fardeaux/ doivent estre prins l’espace des logis en telle maniere que
grant multitude ne soit trop a estroit ne aussy plus au large que
besoing est/ car moins fors en seroient. Et doibt le charoy estre mis
tout a l’environ joingnant ensemble. On tient le plus bel logis/ quant
l’espace est prinse si que tierch soit plus long que large/ Au millieu
doibt estre la place du lieu plus fortiffiee/ si que droicte fortresse
faite de mairien se on peut & besoing soit. De laquelle on fera la porte
au front des ennemys/ & a l’environ autres portes par ou vivres puissent
venir Et dit vegece que es combles plusieurs banieres doivent estre
mises/ se le capitaine y espoire longuement tenir l’ost Il fera ladicte
place fortiffier autour des bons fossez & de pavaix avec fermeté de fust
Si que chasteaux esquelz sont mises les garnisons ausquelles dispenser
doit avant bien et sagement estre pourveu. Comme dit vegece/ que plus
griefve fain que glave Car dist il maintes choses pevent estre
souffertes & portees en ost/ Et pource le bon et tressaige capitaine y
doibt si bien pourveoir que vivres n’y faillent aucunement ainçoys le
deslogement du siege/ lequel dure aucunesfois plus que on ne cuyde/ Car
quant l’adversaire sent l’ost necessiteux de vivres: tant est il plus
aigre contre lui/ car par la fin les cuide legierement prendre/ et pour
celle cause advient moult de inconveniens se le sage capitaine ne s’en
regarde. Gens d’ost tant s’efforcent de entretollir vivres a son
adversaire et par especial s’en efforcent gens qui tiennent siege devant
fortresse Bien doibt par especial estre prins garde que les despenseurs
mesmes ne soient larrons et desrobent l’ost par plusieurs mauvaistez
qu’ilz pourroient faire/ car par celle voye ont plusieurs ostz souffert/
fain/ grief/ mesaise/ et plusieurs perilz si y doit on bien adviser.
Encore de ce mesme parle cy ensuivant comme vous orrez. xiiii. chapitre.
Avec les choses dessusdictes dessus toutes choses le bon capitaine se il
veult mener fait de guerre selon droit et justement vers dieu et la
grace du monde/ doibt sy bien ses gens paier que besoing ne leur soit de
vivre de pillage sur terre d’amis. Et par celle voie ne pourra pas avoir
l’ost nul deffault.
Peril est en fait de guerre et en ost quant couvoitise de pillage maine
les gens d’armes plus que ne fait l’entente de garder le droit de leur
perte ou l’onneur de chevalerie/ et pour los acquerre et telz gens
doivent mieulx estre appellez pillars et robeurs que gens d’armes ne
chevalereux. Et de ce bon exemple monstrerent les gaules quant ilz
eurent vaincus les rommains a grant ost et a bataille sur la rive de
Rosne et tresgrans proyes sur eulx gaignes Mais en signe que de ce ne
faisoient nul compte/ et que la n’estoit pas leur intention prindrent
toutes les proies fust Destriers/ riches harnois/ vaisselle/ or/ argent/
et tout jecterent en la riviere/ Laquelle chose moult espouenta les
rommains comme ceulx qui oncques mais ce n’avoient veu faire.
Doncques le sage capitaine bien pourveu es choses dessusdites ne se
attendra pas du tout aux fourragiers pource que souvent ne treuvent que
prendre/ si sera pourveu devant son partement non pas seulement de toute
garnison: mais de tous vivres que bon charroy et fardeaulx aura fait
porter avant soy/ bledz/ farinez/ vins/ chairs sallees/ feves sel/ vin
aigre avec ung pou d’eaue a boire quant vin fault/ & toutes aultres
choses convenables/ que sagement fera dispenser.