vegece dist au propos ou premier chappitre de son premier livre nous ne

veons la cité de romme par nulle autre chose submectre a elle les terres

de cest monde sinon par usage d’armes et par enseignemens d’ost et de

chevalerie Car assés peut estre presumé que si petite cantité de gens

que au premier furent eust pou valu contre les françois le sens des

grecz et malice & force de ceulz d’auffricque se par gens sens et usage

n’eust esté et par ce conclud de rechief ce que dit est C’est assavoir

que mieulz vault petite quantité de gens bien enseignés et duicte

d’armes par continuelle excercite de tout ce qu’il peut advenir en la

doubteuse adventure des batailles que ne fait multitude de gens rudes et

non sachans. il dit que science de savoir ce que en fait de guerre

affiert croist nourrist et donne le hardement de combatre comme il soit

ainsi que nul ne doubte a faire ce dont est enseigné expert et aprins et

tous ars sont sceus et tout sciences par continuel usage et s’il est

voir dist il que es petites choses ainsi soit mieulz affiert les garder

es tresgrans. O quelle chose est ce que de gens duitz de guerre et

subtilz en l’excercite d’armes a peine s’ilz peuvent estre vaincus par

survenue d’aventure estrange et non acoustumee sicomme il apparut si

tost que les rommains trouverent maniere d’occire les oliphans qui tant

sons diverses et espouentables bestes que hommes et chavaulz a les veoir

s’en effrayoient que contre eulz menoient les cartaginois et ceulz de la

partie d’orient. Et les saiges rommains firent engins par lesquelz leur

lançoient fers aguis et bareaux de fer tous ardans et par ce les

destruisoient. Et pour ce dit l’acteur que de tous les ars le plus a

loer en pays ou en contree est savoir cellui de combatre Car par lui la

franchise de lieu est gardee et la dignité de chevalerie si que dit est

souverainement le garderent et premierement les grecz ceulz de

lacedemonne Et puis de ceste apprendre et savoir furent les rommains

assez curieux et de ce qu’il leur en ensuivit appert assez.

Cy devise les manieres que tenoient les haulz et nobles chevalereux

duitz a duire et enseignier leurs enfans en la doctrine des armes. ix.

chappitre.

Doncques les anciens nobles qui par haultesse de courage desiroient que

tousjours fut continuee l’excercite des armes afin que la chose publique

de leurs seigneuries et citez fut mieulz augmentee et deffendue. Ne

faisoient il pas nourir leurs enfans aux cours des seigneurs oyl mais

non pas pour apprendre orgueil pompes ne beubans ains afin que en

parfait aage peussent servir le prince ou la contree de l’office qu’il

appartient aux nobles et avoient de coustume que des l’aage de. viiii.

ans faisoient enseigner leurs enfans et duire en toutes les choses qui a

armes et fais de guerre et de chevalerie appartient et est assavoir

qu’il y avoit propres escoles et certains lieux esquelz on les

enseignoit des adoncques a porter les harnois et a eulz en savoir aider.

Et pour ce veult dire vegece ou il parle a ce propos ou. iiii. chapitre

de son premier livre que les nobles se doivent pener de enseigner leurs

enfans des leur premiere jeunesse en l’amour des armes. Car le jeune

enfant est habille a retenir ce que on lui monstre. et naturellement se

excercitent enfans voulentiers et liement saillant et jouant en mouvant

leurs corps si leur doibvent adonc estre enseignés les tours de

isnellité de fraper des bras et guenchir contre les coups qui de travers

pevent venir saillir fossez lancer dars et lances eulx couvrir de l’escu

et toutes telles choses Et leur monstroient comment en gectant dars ou

lances meissent le senestre pié avant pource que en lançant ce que on

veult ou en gectant le corps en est plus ferme et la force de gecter

plus grande. Mais quant vient a pouser main a main des lances les

duisoient a mettre le pié dextre avant pource que la force de bouter est

a la senestre partie. Et pour mieulx les duire en toutes ces choses de

assaillir et de combatre les mettoient mesmement les maistres

aucunesfois en bataille arrengez afin que l’ordre de bataille sceussent

par usage/ Et tous armez les faisoient aller a pié cantité de pas pour

les duire a eulx tenir en ordonnance serrez et joinctz ensemble sans

desrouter/ et de bastons legiers au premier afin que blesser ne se

peussent les faisoient envaÿr les ungs les aultres. et afin que a celle

cause ne peust estre nourrie aucune rancune ceulx qui avoient esté

vainqueurs mectoient a l’autre fois compaignons avec les vaincus/ puis

les ordonnoient a garder certaines places si que ce se fussent

chasteaulx les ungs contre les autres.

Apres quant leur force croissoit pour tousjours continuer l’usage de

lever les bras en portant/ et souffrir traveilles faisoient avec espees

haches & tous bastons de guerre efforcer contre piez fichez en terre/ Et

contre ces piés comme se ce fussent leurs ennemis s’essaierent les

apprentis d’armes et assailloient puis a la teste puis aux costez/ puis

a dextre et a senestre/ puis plus bas frappoient en assaillant

legierement et ça/ et la/ comme c’ilz guenchissent/ et en ceste maniere

d’assault apprenoient force et alaine d’assaillir et affait que force

leur croissoit & aage leur estoit baillee plus grant charge/ et

mesmement plus pesantes armeurez et bastons quant en aage estoient que

ceulx de guerre afin que ceulx de guerre leur semblassent apres plus

legiers/ Si les apprenoient a ferir d’estoc. Et furent les rommains les

premiers qui misrent sur cellui usage/ car ilz se moquoient de ceulx qui

frappoient de taille: en disant que a peine povoit on occire pour cause

des os qui sont durs et retiennent le cop/ mais d’estoc est la playe

mortelle s’il entre seulement au chief ou au corps deux doigtz de

parfont/ et pour la raison aussi que le combatant de taille en hauçant

les bras se desnue et descueuvre au dextre costé: et ce ne fait pas

cellui qui fiert d’estoc. Ains en frappant se serre et tient clos et

peult blecer ains que l’autre ait les bras levez. Et avec ce les

duisoient a porter tous armez fardeaulx pesans pour mieulx aprendre a

porter grant charge a celle fin que ce besoing leur fust qu’ilz peussent

porter avec eulx mesmement leur vivre. Et pour ceste introduction

confermer/ dit vegece ad ce propos que riens n’est grief qui par long

usage l’a aprins/ Ne si pesant fardel que par division ne semble bien

legier.

Virgille.

Et semblablement conferme virgille icellui usage/ ou il dit que les

vaillans rommains portoient ce qui leur estoit necessaire avec eulx a

tout la charge des armes.

Oultre ces choses y avoit chevaulx de bois sur lesquelz leur apprenoient

a saillir tous armez les lances au poing. ramper gravir a cordes

legierement contre les murs/ eulx mesmes faire eschelles legieres ou

grans cordes noees et ramper contremont.

Cy devise encore de ce mesme et les choses en quoy ilz enseignent les

enfans du peuple x. chapitre.

En tous les dessusditz usages et plus encore si bien introduisoient les

anciens leurs enfans et par longue main avec la bonne doctrine des

honnorables paroles qu’ilz leur mectoient en couraige/ que quant venoit

au droit fait de bataille ilz estoient tous aprins et si tresaigres que

a peine povoient ilz estre tenus et que tel doctrine fut bonne au temps

des grans conquestes/ bien y parut/ Et encore expedient seroit en france

et en tous pays ou sont aucunesfois les armes licites a aprendre.

Saluste.

Et a ce propos dit saluste/ Le chevalier et homme d’armes fait a eslire

quant de sa jeunesse a aprins le traveil d’armes et scet l’art de

chevalerie/ Et vault mieulx dist il que le jeune homme se puist excuser

au premier que encore n’ait aprins ce de quoy on le reprent que ce qu’il

deveille en sa viellesse de ce que riens ne scet/ De laquelle chose les

anciens prisoient si pou les nobles qui ne savoient riens qu’ilz ne

mettoient nulle difference de eulx aux bestes paissans/ mais ilz

tenoient grant compte des vaillances dist vegece.

O hommes a grant merveilles loables qui cellui noble art de chevalerie

avés voulu tant excercer qu’elle vous est demouree sicomme naturelle/

estre debvés haultement exaucés/ sicomme ceulx lesquelz les autres

hommes ne pevent vivre en paix ne estre deffendus/ Si est donc grant

avantaige au jouvencel de bonne voulenté quant lieu povoir & espace a de

aprendre l’art & science des armes/ laquelle chose nul ne doibt penser

qu’elle soit legiere/ Et a celluy dist il que en tel discipline est bien

enseignié ne doibt venir paour de combatre en nulle maniere/ contre

quelconque adversaire Ains luy est droit soulas et delict/ Et avec ce

adjoustent les acteurs en quoy se excercitoient le peuple. C’est

assavoir traire de fondes qui moult est grant aide qui bien s’en scet

aider & moult en usoient les anciens.

Vegece.

Et en loant cest art vegece dist comme fonde porter soit de nul poix est

fort proffitable & advient aucunesfois que la bataille est en lieux

pierreux/ ou qu’il convient deffendre aucune montaigne/ & mesmement en

assault ou deffences de fortresses sont fondes moult convenables de quoy

ilz dient que par si grant cure jadis en usoient que en aucunes isles de

grece les meres ne donnoient a menger a leurs enfans jusques a ce que

feru eussent leur viande de coup de fonde/ Avec ce leur apprenoient a

tirer d’arc a main et d’arbalestre/ et les duisoient les maistres a

tenir l’arc a son droit/ c’est assavoir a la senestre main/ & a la corde

tirer de dextre par grant force et souplement conduire la flesche

jusques envers l’oreille & que le cueur et l’ueil eussent adresse ad ce

que assener vouldroient et ententivement y visassent/ Et en cest arc se

duisent mesmement ceulx d’engleterre des leur jeunesse: & pource ilz

passent continuellement les autres archiers. Ilz faisoient leurs butes

ou ilz tiroient de vi. cens piez de long ce dit vegece/ & veult cest art

continuer & souvent exercer mesmement aux bons maistres/ & que l’usaige

en soit necessaire il appert.

Chaton.

Chaton dit en son livre d’armes que moult proffitent bons archiers et

trestous ceulx qui duitz estoient de lancer & traire dars seurmontoient

en bataille plusieurs foys leurs ennemys a tout peu de gens. Et ainsi le

tesmoingne le vaillant combateur Scipion.

Avec ce les duisoient a lancer pierres porter pavois & eux en savoir

couvrir/ gecter lances & toutes choses semblables a icelluy et dient que

propres maistres y avoit qui a la philosomie des jouvenceaulx

appartenoit/ lesquelz regardoient ceulx qui estoient les plus habiles a

la discipline et enseignement d’armes: Sicomme ceulx qui avoient les

yeulx esveillés & legier esperit la teste droicte les piez larges

grosses espaules et de bon tour/ les bras longs gros et bien façonnez &

mains ossues petit ventre et rains bien tournez/ grosses cuisses/ jambes

droictes bien taillees seiches & menues larges piez et drois. Et quant

avec l’abilité du corps les veoient de bon entendement les tenoient fort

chiers et iceulx duisoient aux choses qui appartiennent aux capitaines.

Avec ces choses leur apprenoient a nager en riviere ou en mer. Et vegece

dit que cest art est a tout homme d’armes couvenable a savoir comme elle

leur soit aucunesfois necessaire/ s’il qu’il peult advenir et advient

souvent que force les chasse a passer eaues et rivieres pour eviter

perilz ou pour abriger chemin/ ou es autres necessitez/ ou peult estre

pour attaindre ailleurs ou aller doibvent ou pour seurprendre leurs

ennemys par celle garde qui jamais garde ne s’en donnassent/ et tiroient

apres eulx les anciens leurs fardeaulx et harnoys par subtil

entendement/ sicomme par pieces de bois et sur espines seichez gectees

en l’eaue qu’ilz conduisoient tout en nagant. Aussi peult homme d’armes

par celle voye eschever peril de mort ainsi qu’il est escript du preux

Julius cesar que luy propre par nager garantit sa vie par nager troys

cens pas de mer.

Semblablement cena le tresvaillant combatant chevalier rommain luy seul

durement navré eschappa de la grant multitude de ses ennemis a nager en

traversant ung grant fleuve. Et par celle mesme voye furent secourus de

vivre gens assiegés en ung chastel par leurs amys qui nagerent sans le

sceu de leurs ennemis. Et pareillement les anciens duisoient en cest art

leurs bestes et chevaulx. Et pour souldre la raison de ceulx qui

diroient que les choses dictes sont legieres a dire/ mais fortes a

apprendre/ Dit nostre acteur/ quoy que toutes choses semblent difficiles

au disciple ains qui les sache se le maistre est bien ententif de bien

monstrer/ il n’est art tant soit fort a retenir que par longue coustume

ne deviengne legier Et encontre en continuant les manieres que tenoient

les rommains ung tel usage entre les autres avoient que les nobles

portoient habit different aux non nobles/ & avec ce y avoit propres

robes de joye & autres de dueil qu’ilz vestoient selon les cas de leur

fortune/ c’est assavoir que s’ilz avoient perdu quelque grosse bataille/

ou que quelque pays se fust rebellé contre eulx/ Ou que aucune justice

requerant vengance leur fust faicte. Adonc vestoient la robe de dueil

sans autre habit vestir. Jusques ad ce qu’ilz s’en fussent vengez et

venus audessus. Et lors reprenoient leurs habis de joye.

Cy devise les proprietés que doibvent avoir gens d’armes/ et en quoy ilz

doivent estre eduitz et enseignez. xi. c.

Devisé avons assez les manieres et introductions en fais d’armes que les

anciens donnoient a leurs enfans lesquelles choses pour exemple sont

bonnes a retenir. Si nous affiert a retourner ad ce qui est dit devant/

c’est assavoir en quellez choses s’emploiera le bon et saige capitaine

de la chevalerie ou ses lieutenans Premierement il tira a luy tous les

plus esleuz hommes d’armes & chiers les tiendra/ Et puis que a parler

vient de bon homme en armes Racompte vegece des proprietés qu’il lui

convient/ Et dit que avec hardiesse sans laquelle ne pourroit riens

valoir Doibt estre duit et tout maistre de soy aider en son harnois et

d’y estre aise/ affin que vistement puist assaillir son ennemy/ saillir

fossez legierement gravir sur quelque hault empeschement s’il lui vient

entre piés soy ficher es loges des adversaires par dessus haies et

triefz s’il chiet apoint/ gauchir aux coups par sousplesse de corps et

envaÿr en saillant sur son adversaire/ se la maniere de la bataille le

requiert/ Et dit que telles manieres d’appertises esbahissent le

couraige de l’adversaire et l’espouentent/ & a avantaige souvent

advient/ comme il appert sur plus fort de luy et plus tost le blesse

qu’il n’est apareillé de soy deffendre/ et de tours usoit ce dist il le

grant pompee quant il se combatoit. Et se on me demande en quelle part

seront prins les meilleurs hommes d’armes Je te respons que quoy qu’il

soit dit que es chauldes terres approchans du soleil/ les hommes quoy

qu’ilz soient sages caulz et malicieux ilz n’y sont pas hardis pource

qu’ilz n’ont pas foison de sang/ pour cause de la challeur qui y

habonde. Et aussi par le contredient que ceulx des froides sont hardis

et non sages par quoy on ne doibt prendre ne des ungs ne des aultres/

mais ceulx des terres moyennes sont a prendre.

Quant a moy je tiens que nulle autre rigle ne doibt estre gardee. Et que

l’en doit eslire ceulx qui ont plus veu & qui plus se delictent a

l’exercice d’armes a laquelle labeur soit leur gloire toute affichee ne

autre honneur ne felicité ne quierent en autre maniere que par vertu de

chevalereux fais leur peut venir. Et iceulx de quelque nation qu’ilz

soient sont a recevoir et a donner sauldees. Vray est que avec les

acteurs se doit tout bon sens accorder que se le capitaine a besoing de

gens de commun doibt singulierement eslire ceulx de aucuns mestiers

sicomme bouchiers qui ont acoustumé d’espandre sang a ferir de cugnie

charpentiers fevres et tous autres qui excercent leurs corps en travaux

& euvres des bras/ Aussi gens de village a qui les dures gestes et

peines de labeur n’est estrange & nourriz de rude pasture/ iceulx sont

bons a nourrir peine & traveil sans laquelle chose fait de guerre n’est

pas longuement demené.

Cy commence a parler des manieres qui au connestable appartiennent ou au

capitaine a tenir son office en l’exersant. xii. chapitre.

Or est il ainsi que la guerre est mise sus et deliberee par le prince

souverain receue ou envoiee par deffiances selon l’usage/ le sage

capitaine a ce commis ordonnera que les frontieres soient bien garnies

tant de bonnes gens/ comme d’artillerie de tout trait et autres choses

necessaires de deffence et toute telle garnison & en telle quantité que

bon leur semblera selon la qualité des adversaires/ les villes & les

forteresses si bien garnies que rien n’y conviengne Il advisera quel

nombre de gens lui sera besoing selon se qu’il pourra avoir a faire et

selon son emprinse.

Ledit capitaine eslira les meilleurs de tous les hommes d’armes et

semblablement de ceulx du trait canonniers & autres jusques a la

quantité qu’il lui est necessaire. et pource que au temps de ma

intention on tient que la victoire de bataille par raison doibt cheoir a

la partie qui plus a de gens.

Vegece.

Contre ceste oppinion vegece dit qu’il souffist en une bataille mener

une legion d’ommes armez avec leur aide.

Une legion est en nombre. vi. mille v. cens & lxvi. lances ou bacinez/ &

s’accordent avec ledit vegece tous aucteurs qui de ceste matiere ont

escript/ en disant que comme en trop grant cantité ait confusion

souffist au plus contre toute multitude d’ennemis deux legions sans plus

de bonnes gens d’armes sans presse/ mais qu’ilz soient menez par

souveraine ordonnance. Si sont en nombre. xiiii. mille bacinez ou plus.

Et treuve l’on que plusieurs ostz ont esté desconfitz plus par leur

propre multitude que par la force de leurs ennemys. Et pour quoy certes

bonne raison y a/ car la grande multitude est plus forte a tenir en

ordre & est souvent a grant meschief pour sa pesanteur plus indigente de

vivres/ plus de debas y a plus atarge chemin. Et advient souvent que les

ennemis quoy qu’ilz soient en moindre cantité tendent a les surprendre a

passer destrois passages et rivieres/ et la gist le peril/ Car avantage

ne font l’un a l’autre mais empeschement a bataille arrengee/ mesmes

s’empressent tellement qu’ilz s’entrefoullent et estaignent. Et pour ce

si que dit est les anciens qui les choses convenables en bataille

avoient aprinses & les perilz par experience plus prisoient avoir ost

enseignie et duit que la grant multitude Le bon capitaine establira sur

telz gens divers capitaines soubz lesquelz commetra certain nombre de

gens d’armes aux ungs plus aux autres moins selon leur suffisance/ &

semblablement fera de ses canonniers & gens de trait vouldra lui et ses

gens les veoir en point aux champs en divers jours a monstre les ungs

apres les autres La sera bien prins garde que nul ne soit receu s’il

n’est passable/ car au temps ancien estoient les capitaines

tresestroitement sermentez que loialment serviroient le prince ou la

contree.

Ces choses seront deuement faictes apres ce qu’il aura bonne assignation

de la paye de ses gens d’armes/ car nul ne se attende d’avoir bons gens

d’armes mal paiés/ ains leur fault courage si tost que la paye decline.

Et prendra congé du prince apres bonne assignacion et paiement sur les

champs se mettra a tel effort de gens que le cas et la possibilité le

requerra.

Cy devise la maniere qui affiert a tenir au connestable ou capitaine en

son office/ ou fait desloger son ost selon que dient les livres d’armes.

xiii. cha.

Et s’il est ainsi que ledit capitaine voise en intention de assembler

aux ennemis a bataille desquelz il attende la seurvenue par quoy il luy

soit besoing une espace tenir les champs et y loger son ost/ il advisera

par bon regart selon l’espoir de la venue des adversaires ou selon qu’il

perçoive loger son ost au mieulx/ au premier prendre l’avantaige de la

place s’il peut et meilleur lieu pour soy/ au grief de ses ennemis.

Titus livius.

Et dit titus livius que au temps que ceulx de gaule et de germanie

estoient allez en ost sur les rommains. Iceulx advisez de leur venue

leur furent audevant/ & comme ilz prenissent premier l’avantage du champ

& de la place adviserent d’eulz loger entre leurs ennemis & la riviere/

que par celle cause adviserent & vainquirent leurs ennemis plus par soif

que par armes Et ne souffist pas prendre bon lieu au champ mais tel que

se les ennemys approchent qu’ilz ne puissent pour eulx meilleur choisir.

Si establira son logis en hault lieu pres de riviere s’il peut et que

montaigne ne les surbate advisera de prendre espace convenable en bon

air et sain s’il y peut estre/ et que l’espace des logis soit bien

compassee. Et selon vegece en lieu de pasturages d’eaue & de buschon/

que le champ ne soit acoustumé de retenir goutz de pluye ne d’abondans

palus ne que les adversaires y peussent faire couller rivieres d’eaues

rompans estans ou autres escluses. Il est assavoir que selon la

multitude et le nombre des gens & la planté du charoy bagues et

fardeaux/ doivent estre prins l’espace des logis en telle maniere que

grant multitude ne soit trop a estroit ne aussy plus au large que

besoing est/ car moins fors en seroient. Et doibt le charoy estre mis

tout a l’environ joingnant ensemble. On tient le plus bel logis/ quant

l’espace est prinse si que tierch soit plus long que large/ Au millieu

doibt estre la place du lieu plus fortiffiee/ si que droicte fortresse

faite de mairien se on peut & besoing soit. De laquelle on fera la porte

au front des ennemys/ & a l’environ autres portes par ou vivres puissent

venir Et dit vegece que es combles plusieurs banieres doivent estre

mises/ se le capitaine y espoire longuement tenir l’ost Il fera ladicte

place fortiffier autour des bons fossez & de pavaix avec fermeté de fust

Si que chasteaux esquelz sont mises les garnisons ausquelles dispenser

doit avant bien et sagement estre pourveu. Comme dit vegece/ que plus

griefve fain que glave Car dist il maintes choses pevent estre

souffertes & portees en ost/ Et pource le bon et tressaige capitaine y

doibt si bien pourveoir que vivres n’y faillent aucunement ainçoys le

deslogement du siege/ lequel dure aucunesfois plus que on ne cuyde/ Car

quant l’adversaire sent l’ost necessiteux de vivres: tant est il plus

aigre contre lui/ car par la fin les cuide legierement prendre/ et pour

celle cause advient moult de inconveniens se le sage capitaine ne s’en

regarde. Gens d’ost tant s’efforcent de entretollir vivres a son

adversaire et par especial s’en efforcent gens qui tiennent siege devant

fortresse Bien doibt par especial estre prins garde que les despenseurs

mesmes ne soient larrons et desrobent l’ost par plusieurs mauvaistez

qu’ilz pourroient faire/ car par celle voye ont plusieurs ostz souffert/

fain/ grief/ mesaise/ et plusieurs perilz si y doit on bien adviser.

Encore de ce mesme parle cy ensuivant comme vous orrez. xiiii. chapitre.

Avec les choses dessusdictes dessus toutes choses le bon capitaine se il

veult mener fait de guerre selon droit et justement vers dieu et la

grace du monde/ doibt sy bien ses gens paier que besoing ne leur soit de

vivre de pillage sur terre d’amis. Et par celle voie ne pourra pas avoir

l’ost nul deffault.

Peril est en fait de guerre et en ost quant couvoitise de pillage maine

les gens d’armes plus que ne fait l’entente de garder le droit de leur

perte ou l’onneur de chevalerie/ et pour los acquerre et telz gens

doivent mieulx estre appellez pillars et robeurs que gens d’armes ne

chevalereux. Et de ce bon exemple monstrerent les gaules quant ilz

eurent vaincus les rommains a grant ost et a bataille sur la rive de

Rosne et tresgrans proyes sur eulx gaignes Mais en signe que de ce ne

faisoient nul compte/ et que la n’estoit pas leur intention prindrent

toutes les proies fust Destriers/ riches harnois/ vaisselle/ or/ argent/

et tout jecterent en la riviere/ Laquelle chose moult espouenta les

rommains comme ceulx qui oncques mais ce n’avoient veu faire.

Doncques le sage capitaine bien pourveu es choses dessusdites ne se

attendra pas du tout aux fourragiers pource que souvent ne treuvent que

prendre/ si sera pourveu devant son partement non pas seulement de toute

garnison: mais de tous vivres que bon charroy et fardeaulx aura fait

porter avant soy/ bledz/ farinez/ vins/ chairs sallees/ feves sel/ vin

aigre avec ung pou d’eaue a boire quant vin fault/ & toutes aultres

choses convenables/ que sagement fera dispenser.

L'art de chevalerie selon Vegece · 第 2 / 17 段