L’art de chevalerie selon Vegece.
Cy commence la table de ce present livre/ nommé Vege[ce] de l’art de
chevalerie/ lequel traicte de la maniere que princes doibvent tenir au
fait de leurs guerres et batailles.
Et premierement commence le prologue de l’acteur qui est le
premier chapitre.
Comment guerre et bataille emprinse a juste querelle menee a leur
droit est chose de justice & permise de dieu. ii. c.
Comment il ne loist fors aux roys ou souverains princes emprendre de
leur singuliere auctorité guerre & batailles contre quelconques.
iii. c.
Comment sont les mouvemens dont premierement sourdent guerres et
batailles. iiii. c.
Comment des considerations ou regard que le roy ou prince doibt avoir
au fait d’entreprendre guerre/ & les manieres qu’il doibt tenir
ainçoys qu’il delivre guerre. v. c.
Cy devise comment il n’est pas expedient que le roy ou souverain
prince viengne en bataille pour les perilz d’adverse fortune. vi. c.
Cy devise quel connestable doibt estre esleu pour estre maistre de la
chevalerie du roy ou prince & les conditions qu’il doibt avoir.
vii. chapitre.
Cy alleguent au propos de l’excercite d’armes aucuns acteurs qui de ce
ont parlé & les manieres que tenoient les vaillans conquereurs qui
avoient renommee en armes. viii. c.
Cy devise les manieres que tenoient les haulx & nobles chevalereux
duitz a duire & enseigner leurs enfans en la doctrine des armes.
ix. c.
Cy devise encore de ce mesmes & les choses en quoy ilz enseignent les
enfans du peuple. x. c.
Cy devise les proprietés que doivent avoir gens d’armes/ & en quoy ilz
doibvent estre eduitz & enseignés. xi. c.
Cy commence a parler des manieres qui au connestable appartiennent ou
au capitaine tenir son office en l’excersant. xii. cha.
Cy devise la maniere qui affiert a tenir au connestable ou capitaine
en son office ou fait desloger son ost selon que dient les livres
d’armes. xiii. c.
Encore de ce mesme parle cy ensuivant comme vous orrez. xiiii. c.
Cy devise le soing que le capitaine doibt avoir a prendre garde sur
son ost. xv. c.
Cy devise la maniere que le capitaine doibt tenir au desloger d’une
place/ & par les chemins ou il maine son ost. xvi. c.
Cy parle de passer ost par fleuves ou par grans rivieres. xvii. c.
Cy devise les manieres qui affierent a capitaine d’ost a tenir au
temps qu’il espoire avoir prochaine bataille. xviii. c.
Cy devise les manieres que le capitaine doibt tenir se il advient
qu’il se vueille partir du champ sans attendre ne donner la bataille.
xix. c.
Cy devise se le capitaine d’ost chiet en traictié de paix ou de treves
avecques ses adversaires ou ennemis/ & comment il se peust preserver
et garder des merveilleux et tresgrans perilz ausquelz il peut estre
deceu. xx. c.
Cy devise les manieres que le capitaine d’ost doibt tenir le jour
qu’il espoire pour certain avoir bataille. xxi. cha.
Cy devise la maniere de prendre avantaige du champ selon vegece.
xxii. cha.
Cy devise en bref la maniere selon l’usaige du temps pour arrenger ost
en champ pour combatre. xxiii. c.
Cy devise selon vegece & les anciens l’ordre de arrenger bataille.
xxiiii. c.
Cy devise selon vegece de vii. manieres d’arrenger ost & de combatre.
xxv. c.
Cy parle encore de mesmes propos en poursuivant sa matiere du
precedent chapitre. xxvi. c.
Cy devise l’ordre & la maniere que le capitaine doibt tenir quant
bonnes fortunes sont pour luy de la bataille. xxvii. c.
Cy devise l’ordre et la maniere que le capitaine doibt tenir quant la
fortune de la bataille luy vient contraire. xxviii. c.
Cy recapitule en bref aucunes choses des ordres devant dictes.
xxix. c.
A tant fine la premiere partie de ce livre/ & en apres commence la
seconde ou il parle de cautelles d’armes.
Cy commence le premier chapitre de la seconde partie de ce present
livre auquel parle de Scipion l’affrican. i. c.
Cy parle du duc Marius de certorius/ de duelius/ & de periclés. ii. c.
Cy parle de la cité de voiaux de hanibal et de denis le tirant.
iii. chapitre.
Cy devise de ung homme nommé amulcar de Alixandre de Leptenes et de
hanibal. iiii. c.
Cy devise de menole de scipion de certorius de hanibal Et puis apres
du fort lantalus. v. chapitre.
Cy devise des rommains de fulvius nobilius de pemmadas de fabius
maximus/ & de scipion l’affriquant de certorius & de pemmadas.
vi. chapitre.
La seconde partie du livre de frontin parle des lacedemoniens de
Julius cesar de papirius cursor & de pompee. vii. cha.
Cy parle de Alixandre le grant de cesar augustus & de crates duc
d’athenes. viii. cha.
Au troisiesme livre de frontin est contenu de lismacus roy de
macedonne de fabius maximus de denis le tirant de Alixandre & de
epiages. ix. chapitre.
Cy devise de amulcar duc de cartaige de haymo l’empereur d’auffrique/
de hanibal & de valesius. x. chapitre.
Frontin en son quart livre parle de cesar de domicius/ de emulius/ de
scipion l’affriquan/ de vaius & de scipion. xi. chapitre.
Au livre de valere est contenu de hanibal/ de ung roy de grece/ de ung
aultre semblable cas des rommains qui eurent a faire de saudoyers.
xii. cha.
Cy s’ensuyt aucunes cautelles des rommains assegez de rommains en ont
de quintus mellus de ung roy de cecille et de hanibal. xiii. chapitre.
Cy commence a parler du fait de combatre villes chasteaux/ mais
premierement parle de les edifier. xiiii. chapitre.
Cy devise se les garnisons qui appartiennent a villes chasteaux ou
forteresses en temps de guerres. xv. chapitre.
Cy parle de ce qu’il convient en particulier a garnir forteresses tant
de vivres comme d’abillemens de guerre. xvi. cha.
Comment forteresses doibvent estre pourveues de doulce eaue selon
vegece. xvii. cha.
Cy dit qu’il convient que en garnison soit de ville ou forteresse
soient mis loyaux gens & donnent de ce exemple. xviii. cha.
Cy parle encore de mettre loyaux & vaillans gens en villes &
chasteaux/ et en donne ung tresgrant exemple. xix. chapitre.
Cy commence a parler de mettre siege & assaillir forteresse selon
vegece. xx. chapitre.
Cy commence une ordonnance de mettre siege & ce qu’il luy convient
pour assaillir forte place selon le temps present. xxi. c.
Cy devise quelles choses affierent en particulier aux canons &
bombardes. xxii. chapitre.
L’espesseur du boys desditz engins. xxiii. chapitre.
Cy devise en quelle forest doivent estre prins lesditz boys.
xxiiii. c.
Cy devise les habillemens pour les engins. xxv. chapitre.
S’ensuyt les habillemens du trait. xxvi. chapitre.
S’ensuyt aultres habillemens. xxvii. cha.
S’ensuivent les pierres des canons. xxviii. chapitre.
S’ensuyt les menuz habillemens pour assaillir par miner qui sont
necessaires. xxix. chapitre.
S’ensuyt le boys quarré qui seroit ordonné pour faire ce qui s’ensuyt.
xxx. cha.
S’ensuivent les ouvriers necessaires pour lesditz habillemens.
xxxi. chapitre.
Cy devise comment les vivres/ & habillemens seront conduitz et gardés
les passages. xxxii. c.
Cy devise d’autres establissemens. xxxiii. chapitre.
De empescher le port des ennemys. xxxiiii. cha.
Cy devise les engins convenables que vegece devise en fait d’assault.
xxxv. cha.
Cy commence a parler de deffendre chasteaux & villes selon vegece et
sa doctrine. xxxvi. c.
Cy devise les remedez contre lesditz engins. xxxvii. c.
Remedes convenables contre la mine. xxxviii. cha.
Cy commence a parler des batailles qui se font par mer. xxxix. c.
Cy devise se les combateurs par mer doibvent avoir garnisons
lesquelles garnisons luy affierent & par especial a gens allans en
armes sur mer. xl. c.
Cy fine la seconde partie de ce present livre.
Cy apres s’ensuyt la tierce de ce present traicté/ laquelle parle des
droitz d’armes selon les loix & droit escript Et devise le premier
chapitre par quel moyen l’acteur adjousta a ce livre ce qui est dit en
droit des faitz d’armes. i. c.
L’acteur demande & le maistre respond se l’empereur peut mouvoir
guerre au pape. ii. c.
Cy fait mencion se le pape peut mener guerre a l’empereur.
iii. chapitre.
Cy fait mencion de la puissance & auctorité du capitaine de la
chevalerie du prince selon droit Et pour quelz cas les gens d’armes
pevent se encourir crisme capital. iiii. chapitre.
Cy fait mencion se le vasal est tenu selon droit d’aller en la guerre
de son seigneur a ses despens. v. chapitre.
Cy fait mencion se les feaux sont plus tenus de aider au prince
souverain que a leur seigneur naturel. vi. chapitre.
Cy fait mencion se ung gentil homme tient deux fiefz de deux seigneurs
lesquelz guerroient l’un l’autre auquel il doibt ayder. Item se en
toutes guerres selon droit pevent aller tous sauldoyers & devise cy
endroit le peril en quoy l’omme d’armes se met d’aller en guerre
injuste/ & de faire en armes autrement que droit de guerre requiert.
vii. chapitre.
Cy devise de droit de pays de saudees & de gaiges aux gens d’armes.
viii. chapitre.
Cy devise se ung capitaine de certain nombre de gens d’armes les peust
bien transmuer a sa voulenté puis qu’ilz sont retenus a gens d’armes.
ix. chapitre.
Cy devise se ung seigneur envoye ung homme d’armes pour garnison
d’aucune scienne forteresse sans ce que aucuns gaiges luy soient
promis & il advient que en chemin soit destroussé Auquel des deux peut
demander ces interestz ou au seigneur qui l’envoye ou a celluy qui
destroussé l’a. Item se ung homme d’armes est venu servir ung seigneur
en sa guerre sans convenance de gaiges se le seigneur est tenu de le
payer. x. c.
Cy devise se ung roy envoye secours a ung aultre roy sans luy avoir
requis se il seroit tenu de le payer/ & semblablement a une vesve a
laquelle par courtoisie aucun auroit aydé. xi. chapitre.
Cy devise se ung roy a guerre a ung aultre luy vueille aller courir
sus a grant ost se les seigneurs par ou il doibt passer luy pevent par
droit calenger le passage posé que mal n’y face ne vivres n’y prengne
fors que pour l’argent. xii. c.
Cy devise se ung homme avoit esté navré de ung aultre/ Lequel apres le
coup s’en fust fouy le poursuivist & le navrast se la justice le
vouldroit pugnir. xiii. c.
Cy fait mencion se ung homme d’armes emprunte harnoys & chevaulx et il
les pert se rendre les doibt. xiiii. chapitre.
Cy devise se cautelles & subtilités d’armes sont justes a faire.
xv. chapitre.
Cy devise se ung homme d’armes estant a gaiges estoit destroussé en
quelque chemin s’il pourroit demander par droit au seigneur de par qui
il a esté envoyé ses dommaiges. xvi. chapitre.
Cy devise se gens d’armes venans a l’aide d’aucun prince s’ilz pevent
prendre vivres a eulx necessaires au moins de grief que faire se
pourroit sur les laboureurs ainçoys qu’ilz peussent estre armez au
pays dudit prince. xvii. chapitre.
Cy devise sy loist aux gens d’armes quant ilz sont bien payés de
prendre vivres sur le pays. xviii. chapitre.
Cy devise que on doibt faire des proyes et choses qui sont prinses en
armes. xix. cha.
Cy commence a parler de prisonniers de guerre Et devise comment
puissant homme prins en guerre doit estre rendu au prince & aussy
comment non. xx. cha.
Cy devise se on doibt faire mourir ung capitaine d’ost ou aultre grant
homme d’armes en fait de guerre & s’il doibt estre au prince & se
c’est chose de droit de faire paier a ung homme raençon pour sa
delivrance. xxi. chapitre.
Cy devise se c’est chose de droit de prendre sur terre d’ennemys les
simples laboureurs qui ne se meslent de la guerre. xxii. cha.
Cy devise se ung estudiant angloys estoit aux escolles a paris trouvé
ou semblablement d’autre terre aux françoys ennemye s’il pourroit
estre prins a raençon. xxiii. c.
Cy devise se ung grant seigneur d’angleterre capitaine de guerre posé
qu’il fust trouvé seul en une forest/ auquel lieu luy tout hors du
sens s’en fuist/ se on le peut prendre & mettre en prison. xxiiii. c.
Cy devise que s’il advenoit que sur les frontieres fust prins aucun
homme angloys bourgoys qui oncques en sa vie de la guerre ne se mesla
se par droit tel homme doibt payer raençon & semblablement de ung
petit enfant & aussy de ung aveugle. xxv. cha.
Cy devise se le cas advenoit que aucuns embassadeurs venissent vers le
roy de france et en passant parmy Bordeaux eussent prins aucuns
fardages chevaux & charroy a loyer des angloys pourroient icelles
choses pardeça arrester et prendre/ & se ung homme d’eglise angloys
pourroit en france estre mys a raençon. xxvi. c.
Cy devise se ung gentil homme prisonnier de guerre doibt mieux aimer a
mourir que faulser son serment. xxvii. c.
Cy devise se ung gentil homme prisonnier de guerre/ doibt mieulx aimer
a mourir que briser son serment. xxviii. c.
Cy fine la tierce partie de ce livre/ & commence la quarte et derniere
partie/ laquelle parle de droit d’armes en fait de saufconduit de
treve/ de marque/ & de champ de bataille.
Au premier chapitre demande le disciple au maistre se ung seigneur
envoye saufconduit a ung aultre son ennemy chevalier baron ou qui
qu’il soit et que audit saufconduit ne ait si non contenu de sauf
venir s’il peut bien par celle cautelle l’arrester selon droit au
partir. i. c.
Cy devise se ung chevalier ou autre gentil homme avoit saufconduit luy
diziesme/ s’il pourroit par droit mener avecques lui ung seigneur au
lieu de l’ung des dix sur la terre des ennemys/ & se ung capitaine de
petite quantité de gens d’armes peut donner saufconduit a plus grant &
plus puissant que soy. ii. c.
Comment l’acteur esmerveille veu la petite foy qui au monde court
comment personne se ose fier en ses saufconduitz Et puis demande s’il
advient aucunement que aucun roy ou prince crestien donne saufconduit
a ung sarrazin se les aultres crestiens par ou il passe le doibvent
tenir. iii. c.
Cy devise se durant treves entre guerroieurs on peut par droit prendre
en aucune maniere chose qui soit l’une partie/ et se l’une partie
enfraint les treves se l’autre partie est tenue de les tenir. iiii. c.
Cy parle d’une maniere de guerre laquelle s’appelle marque/ et se
telle maniere de guerre est juste. v.e cha.
Cy devise se tous seigneurs pevent donner marque/ se le roy la peut
donner pour ung estrangier qui son cytoien soit fait/ et apres se
escoliers estudians pourroient estre a celle cause empeschez. vi. c.
Cy fait mencion se c’est chose juste et selon droit que ung homme
doive prouver par son corps contre une aultre chose qui soit
incongneue et secrete. vii. c.
Cy devise se tout homme peut donner gaige de bataille. viii. c.
Cy devise les cas par lesquelz on peut donner gaige de bataille.
ix. c.
Cy devise comment champ de bataille monte et represente aucunement
fait et proces de pledoierie et se c’est droit que a l’entree les
champions facent serment. x.e c.
Cy devise s’il advient que l’un des champions perde en soy combatant
aulcune de ses armes soit espee ou aultre baston se par droit on luy
debveroit rendre/ et lequel doibt envaÿr l’autre. Item se le roy
pardonnoit au vaincu se l’autre luy pourroit demander ses despens/ et
s’il est ainsy que ung homme soit trouvé a tort accusé. xi. c.
Cy demande se ung homme estoit pugni en champ de bataille d’aucun
meffait se justice a plus que veoir sur luy d’icelle cause. xii. c.
Cy devise les choses en quoy le roy ou prince doit avoir regard ains
qu’il juge champ de bataille Et comment on doibt donner conseil a
ceulx qui combatre se doibvent. xiii. chapitre.
Cy demande se bataille peut faire selon droit a jour de feste Et se on
tient en droit que homme en armes se puisse sauver/ & se clercs pevent
ne doibvent de droit aller en bataille ne excerser armes.
xiiii. chapitre.
Cy commence a parler de fait d’armoierie se chascun peut bien prendre
telles armes qui luy plaist. xv. chapitre.
Cy devise en quelle maniere ung gentil homme peut calenger les armes
d’ung aultre. xvi. c.
D’armes et penonceaux & des couleurs plus [nobles] d’armoyerie.
xvii. chapitre.
Cy fine la table de l’art de chevalerie selon Vegece.
[Illustration]
Cy apres s’ensuit le livre des fais d’armes et de chevalerie Lequel est
divisé en quatre parties. La premiere desquelles parle de la maniere que
princes se doivent tenir ou fait de leurs guerres et batailles selon
l’ordre des livres ditz et escrips des nobles conquerans du monde.
Et premierement commence le prologue de l’acteur qui est le premier
chappitre.
Pource que hardement est tant necessaire a haultes choses emprendre que
sans luy jamais emprinses ne se feroient. Icellui m’est convenable a
ceste presente euvre mectre sus Autrement veu la petitesse de ma
personne que je non digne de traicter de si eslevee matiere. ne l’osasse
seulement pencer. mais Senecque dit ne te chault qui le die mais que les
parolles soient bonnes. Parquoy combien que hardiesse se face a blasmer
quant elle est folle. moy nonmie par arrogance ou folle presumcion mais
admonesté de vraie affection et bon desir du bien des nobles hommes en
l’office d’armes suis ennorté apres mes autres euvres passees Sicomme
cellui qui ja a basti plusieurs fors ediffices est plus hardy de edifier
ung chatel ou quelque fortresse quant il se sent garny de convenablez
estoffes a ce necessaires d’entreprendre a parler en ce present livre du
treshonneste office d’armes et de chevalerie tant es choses qui y sont
necessaires Comme es drois qui leur sont pertinens Si que les declarent
les loix et divers acteurs. Ainsy au propos j’ay assemblé les matieres &
cueilly en plusieurs livres pour produire a mon intencion en ce present
volume. Mais comme il affiert ceste matiere estre plus excercitee par
fait de diligence & sens que subtilité de paroles polies. Et ausi
consideré que les expers en l’art de chevalerie ne sont communement
clers ne instruictz en science de langage Je entens a traicter au plus
plain et entendible langaige que je pourray A celle fin que la doctrine
donne par plusieurs acteurs que a l’ayde de dieu propose en ce present
livre declairer puist estre a tous clers et entendible.
Cy fait mencion comment guerre & bataille emprinse a juste querelle &
menees a leur droit est chose de justice & permise de dieu.
Cathon le vaillant combatant par la force duquel et vertu d’armes les
Romains eurent plusieurs belles victoires et qui oncques en bataille ne
fut desconfi dist que plus doit autre prouffite a la chose publicque
l’escripture des Rigles enseignemens et discipline d’armes qu’il avoit
composee et en fait livres que en chose qu’il eust oncques faicte de son
corps Car dist il tout ce que homme y peut faire ne dire ne dure que ung
age mais ce qui est escript dure au prouffit commun a tousjours dont
innumerables hommes en peuvent mieulz valoir si est doncques par ceste
raison assez notoire que ce n’est mie de petit prouffit de en escripre
et d’en faire livre mais affin que ceste presente euvre par aucuns
envieux en aucun temps ne puist estre reproché que en la mectant sus
l’occupacion dit autre vacque ait esté perte de temps sicomme de
traicter chose non licite Premierement est assavoir se guerres et
batailles chevalerie et fais d’armes de quoy esperons a parler est chose
juste ou non juste. Car comme en excerçant armes soient fais plusieurs
gens maulz extorcions & griefz sicomme ochisions rapines et efforcemens
bouter feu et plusieurs maulz infinies pourroit sembler a aucune que
guerres et batailles feussent chose excommuniee et non deue. Et pource a
respondre a ceste question est assavoir qu’il appert manifestement que
guerres emprises a juste cause sont permises de dieu sicomme nous en
avons preuve en la saincte escripture en plusieurs lieux. Comment nostre
seigneur mesmement disoit aux capitenes des ostz ce qu’il devoient faire
contre leurs ennemis sicomme il est escript d’un qui s’appelloit jhesus
auquel il dist qu’il s’ordonnast en bataille contre ses ennemis et feist
une embusche pour les mieulz vaincre et d’autrez semblement est recité.
Et mesmement dist dieu en la saincte escriture qu’il est sire et
gouvarneur des ostz et des batailles. Guerre et bataille qui est faicte
a juste querelle n’est aultre chose que droicte execucion de justice
pour rendre le droit divin et senblenment les loix ordonnes des gens
pour contrister aux arrogans et malfaicteurs Et quant aux maulz qui y
sont fais aultre droit de guerre sicomme autres acteurs le dient. Ce ne
vient pas par droit de guerre ains par mauvaistie de gens qui mal en
usent ainsi que je espoir a l’ayde de dieu toucher cy apres ou il
eschera ou je parferay des choses limitees selon les loix et droit
escrit en l’excercite des armes.
Cy devise comment il ne loist fors aulx roix ou souverains princes
emprendre de leur singuliere auctorité guerre et batailles contre
quelconques. iii. chappitre.
Or avons doncques regardé et touché oudit second chapitre brefment
comment guerres et batailles a bon droit emprinses est chose juste Si
est a regarder puis qu’elles sont de droit et il appartient a tout homme
faire justice et droicte euvre se il loist a checune personne enprendre
guerre pour garder son droit Car il sembleroit par icelle raisons que
sans mesprendre tout homme faire le peut. Mais pour la verité declairer
a ceulx qui en ce point porroient errer Est assavoir que sans faire
doubte selon la determinacions du droit et des loix a nul n’apartient
bataille ne guerre emprendre pour quelconque cause se ce n’est aux
princes souverains sicomme empereurs roix ducs & seigneurs terriens le
quelz soient mesmement chiefz principaulz de juridictions temporeles Ne
a baron quelconque ne a autre tant soit grent ne appartient sans licence
et voulenté de son souverain seigneur Et que ceste loy soit de droit la
manifeste raison le demonstre assés. Car se autrement estoit de quoy
doncques servirroint princes souverains qui pour autre chose ne furent
establis que pour faire droit a ung checun de leurs subgectz qui
oppressez seroient par aucunes extortions et de les defendre et garder
ainsi que le bon pasteur qui expose sa vie pour ses aulles Et pour ce
doit fuyr le subgect au segneur comme a son reffuge quant aucun grief
lui est fait Et le bon seigneur prendra les armes pour lui se besoing
est C’est a dire lui aydera de sa puissance a garder son bon droit soit
par voye de justice ou par execucion d’armes.
Cy devise quelz sont les mouvemens dont premierement sourdent guerres et
batailles. iiii chapitre.
Doncques appartient il seulement aux souverains princes d’emprendre
guerres et batailles Or est a regardes pour quelles cases selon droit
doivent estre emprinses & maintenues Et en ceste chose bien advisé me
semble que communement cinq mouvemens y a principaulz sur quoy elles
sont fondees dont les trois sont de droit et les aultres de voulunté Le
premier de droit pourquoy doivent estre guerres emprinses et maintenus
est pour soustenir droit et justice.
Le second est pour contrestre aux mauvais qui veulent fouler grever et
oppresser la contree la paix et le peuple. Le tiers est pour recouvrer
terres seigneuries et autre choses par autruy ravies et usurpees a
injuste cause qui au prince ou au prouffit et utilité du pays ou de
subgetz deussent appartenir Item des deux de voulunté. L’un est pour
cause de vengance pour aucun gref receu d’autruy. L’autre est pour
conquerir terres et seigneuries estranges mais pour les plus
particulierement declairer nous dirons ainsi Premierement et par
especial le premier des trois qui est de justice on doit savoir qu’il y
a trois causes principalz par lesquelles loist au roy ou prince
emprendren ou maintenir guerres et batailles.
La premier est pour porter et soustenir l’eglise et son patrimonne.
Contre tout homme qui la vouldroit fouler comme tous princes christiens
y sont tenus.
La dussiemes pour son vassal s’il l’en requirt et prie/ ou cas qu’il ait
bonne et juste querrelle/ et que le prince se soit avant bien et
deuement emforcé de mectre accord entre les parties en laquelle chose
l’adversaire soit trouvé de tractable.
La tresieme est que le prince peut justement s’il lui plaist aider a
tout prince baron ou autre son alyé ou amy ou a quelconque contree ou
pays s’il en est requis en cas que la querrelle soit juste. Et en ce
point sont comprinses femmes vesves orphenins et tout ceulz qui
necessité en pourroient avoir de quelque part qu’il soient foulez a tort
d’autruy puissance. A ceste cause et semblement pour les autres dessuis
ditz mouvemens. C’est assavoir l’un pour vengance de acun gref receu par
puissance d’autruy.
L’autre pour acquirir estranges terres sans avoir autre tiltre que de
conquereurs Comme alaxandre les romains et autres soient moult loeyes
tiltres de chevalerie et semblablement ceulz qui grandemant se sont
vengez de leurs ennemis ou que bien soit ou mal et quoy que communement
on le face Je ne treuve pas en la loy divine ne en autre escripture que
pour ces deux cas seulement sans autre. Loist emprendre sur pays
christien guerre ne bataille mais il dist encore bien. Car selon la loy
de dieu n’appartient pas a homme seulement prendre ne riens usurper de
l’autruy ne de conveicter Et senblablement sont reservees a dieu les
vengances et n’appartient pas a homme de les faire mais pour plus
plainement declarer sur ce pas et respondre aux questions qui y
pourroient estre menees Chose est vraye qu’il loist au prince garder a
soy mesme la pareil droit que a autruy feroit. Et pour ce que fera le
juste prince soy sentant injurié par autruy puissance s’en doit il
doncques pour obeyr rapporter a la divine loy. Nennul car elle ne
deffend pas justice ains commande qu’elle soit faicte et veult et
requirt de meffait pugnicion. Et pour ce affin qu’il euvre tiendra
justement celle voye il assenblera grant conseil des sages en son
parlement ou en cellui de son souverain s’il est subgectz Et ne
assemblera pas seullement ceulz de son pays afin que dehors en soit
toute soupecion de faveur. mais aussi de pays estranges qu’on sache non
adherens a nulle partie tant anciens nobles comme juristes et autresz
presens iceulz proposeras ou feras proposer tout au vray et sans
paliacion Car autrement dieu ne te peut aider a conseiller. Tout tel
droit et tel tort qu’il peut et en concluant que de tout se veult
rapporter et tenir a la determinacion de droit a bref dire par ces poins
ceste chose mise en droit bien veue & bien dispute telment qu’il appere
par vray jugement qu’il ait juste cause Adont fera sommer son adversaire
pour avoir de lui restitution et admende des injures et tors faiyz par
lui receuz. Dont s’il advient que ledit adversaire baille deffences et
contredire vouldra qu’il soit entirement oye sans faveur a soy
quelconques ne propre voulunté ne hayneux courage. Ces choses et ce
qu’il y appartient deuement ou cas que le dit adversaire seroit trouvé
reffusant de venir en droit le juste prince peut seurement entreprendre
guerre la quelle ne doit pas estre appellé vengance mais pure execucions
de droicture justice.
Cy fait mencion des consideracions ou regard que le roy ou prince doit
avoir ou fait d’entreprendre guerre et les manieres qu’il doit tenir
ainçois qu’il delivre guerre.
Puis qu’il est ainsi que au prince loist entreprendre guerres et
batailles et les maintenir pour les causes dessus dites Et comme ce
soient choses grandes et pesantes comme selles qui principalement
touchent la vie le sang l’onneur et la chevance d’infinis hommes/ sans
lesquelles avant toute euvre ne doivent estre guerres emprinses ne pour
legiers movemens ne vouluntés Et que l’on doive redoubter a emprendre
novelles guerres mes[me]ment a moindre de soy avons assés exemples.
O comment eust pensé la puissance d’auffricque ne l’orguilleuse cité de
cartage qui chief en estoit et les espaignotz ne le trespuissant roy
anthiocus seigneur d’une grant partie d’orient qui tant de gens menoit
en bataille que le nombre estoit innumerable avec ses espoentalles
oliphans. Ne aussi le trespuissant roy mitridates qui seignourisoit vint
et quatre contrees ne la puissance des romains qu’on les peut subjuguer.
Et pour ce ne doit estre mis de legier en peril ce qui est a terminer
soubz la destribucion de fortune Dont nul ne puit savoir a quel estat
tournera.
Doncques est il necessaire que le prince soit sage ou que a tout le
moins vueille user du conseil des saiges. Car platon dit que la est le
pays bien heureux ou les saiges gouvernent. Et par l’opposite est
mauldit sicomme tesmoingne la sancte escripture. Et en verité il n’est
chose tant necessaire d’estre menee par sens comme est guerre ou
bataille ainsi que dit sera cy apres Car il n’est faulte faicte en
queconques cas moins reparable que celle qui est executee par armes et
par mal gouverner bataille.
Que fera doncques le saiges prince auquel sera de necessité pour aucuns
des cas dessusdis emprendre guerre ou bataille.
Tout premierement il regardera quelle puissance il a ou pourra avoir.
Tant de gens comme de finance sans lesquelles deux principalles choses
estre bien garny et seurs est folie d’emprendre guerre comme sur toutes
riens y soient necessaires et par especial pecune Car qui assés en a et
emploier le veult treuve tousiours ayde de gens assés et plus qui ne
vult. Tesmoing les guerres d’italie et par espicial de flourence de
venise et d’ailleurs esquelles plus communement se combat plus leur
argent que ceulz du pays et pour ce a peine les peut on du tout vaincre.
Et vauldroit trop mieulz au prince s’il ne se sent bien garnis de tresor
ou de subgectz bons et riches et plains de biens et de bonne voulunté a
lui aider a faire aucun traicté a ses ennemis s’il se sent envahy ou soy
depporter d’emprendre guerre ne de l’en commencer se du maintenir n’a
bien de quoy Car soit tout certain que s’il entreprent en esperance de
plus prendre sur ses subgectz que porter ne peuvent et oultre leur gré
il croistra le nombre de ses ennemis si ne lui seroit pas prouffit de
destrure les estranges ennemis et longtains pour en acquere des privez
et prochains.
Il est assavoir que nul prince ne doit despriser nulle puissance
d’ennemy Tant appere euvres lui petite Car il ne peut savoir quelle
fortune l’autre aura pour soy.
A ce propos il est escript que mesmement a ung berger nommé uriacus fut
fortune si propice qu’elle le tint en puissance avec grant foison de
gens d’armes larons pour guerroyer romme qui tant estoit puissante
l’espasse de plus de treesze ans et moult leur fist de griefz et
plusieurs fois les vainqui en bataille ne oncques les romains ne le
peurrent destruire ains fina sa vie par ung de ses proppres gens qui
l’occist.
Et pour ce affin que deceu ne soit assemblera a conseil les quatre
estats de son pays lesquelles doivent estre appellés a telle chose
emprendre.
C’est assavoir les nobles anciens expers en armes qui scevent que fait
de guerre vault.
Item les cleres legistes pour ce que es loix sont declarer tous les cas
dont doit sourdre juste guerre ainsi que ad ce propos en avons plusieurs
exemples assés patents.
Item les bourgois pour ce qu’il est de necessité qu’ilz contrebuent en
la mise qu’il y convient et prendre garde a la fortifficacion des villes
et cités et induisent le menu puple a aider a leur seigneur. Item aucuns
des hommes des mestiers pour plus honnorer le dit puple affin que par
lui soient enclins a lui aider vouluntier du leur de la quelle chose les
doit tous doucement prier. O comment est ce prouffitable chose en
seigneurie royaume ou cité avoir loy aux subgectz car ilz ne faillent de
corps ne de biens sicomme il apparut par plusieurs fois a romme quant
les tresors de la cité estoient despendutz es gens guerres dons lors les
dames de leur proppre mouvement apportoient leurs joyaux et riches
aournemens et de bon vouloir et france voulunté les bailloient pour
secourir a la necessité de la cité Lesquelz apres leur estoient
grendement restituez ainsi que raison estoit.
De ceste voye bien donna exemple le bon et saige roy charles le quint de
ce nom lequel tantost apres qu’il eut esté couronné en l’aage de vhint
et cinq ans Comme il regardast que les angloiz tenoient mauvaisement les
convenances faictes au traicté de la paix qu’il avoit par necessité et
diverse fortune acordee a eulz tant lui fust dommageable et que non
obstant qu’il leur fut accordee a tenir plusieurs terres et seigneuries
du royaume de france ne leur souffisoit mie ains demarchoient fouloient
et grevoient par leur orgueil & oultrecuidance les autres contrees
voisines qui ne leur appertenoient ledit roy ains que autre chose en
feist manda paisiblement par auctorisez ambaxadeurs au duc de lenclastre
filz du roy edouart d’englenterre par lequel avec ses gens estoit fait
ledit oultrege que de ce voulzist depporter et faire admende des griefz
et dommages fais puis ladite paix.
De la quelle chose fut tel l’effect quoy que la responce fut assez
gracieuse que le dit ambaxadeurs furent occis en icelle voye.
Pour ceste cause ledit roy veu par contraincte accordee la deshonnorable
paix laquelle lez angloiz mesmes tenoient mauvaisment et pour plusieurs
autres raysons qui trop longue chose seroit a les recompter assembla a
paris a son parlement les quatre estatz dessusdit et avec eulz tous les
saige juristes estrangiers tant de boulongne la grase comme d’alleurs
qu’il peut recouvrer A iceulz comme tressaige proposa ses raisons contre
les angloiz demandant leur advis et se cause avoit de la guerre
rencomencer car sans juste cause le regard & deliberacion d’entre eulz
et la consideracion. et voulunté de ses bons subgectz nullement faire ne
la vouloit auquel conseil par longue deliberacion fut conclud que bonne
et juste cause avoit de la recommencer Et ainsi l’entreprint le bon et
saige roy A laquelle chose dieu a tant esté favourable a son bon droit
loez en soit il avec la grant prudence de lui que avecques l’ayde de
dieu toutes les terres perdues ont puis esté conquises a l’espee ainsi
que encores y pert.
Cy devise comment il n’est pas expedient que le roy ou souverain prince
viengne en bataille pour les perilz d’adverse fortune. Le siziesme
chappitre.
Doncques par la voye dessudicte determinera le sage roy ou prince a
ouvrer en fait d’emprendre guerre et batailles. et pource ceste chose
notoire que en tel fait commencer et continuer comment quattuor
principaulz choses C’est assavoir chief hardement force & constance sans
lesquelz tout yroit a confusion voyre se une seulle y deffailloit Il est
licite a regarder s’il est bon que le roy ou souverain prince voise en
bataille en sa guerre Car comme le fait lui doyve toucher plus que a nul
autre parquoy sa presence peut representer les quattre choses dessu
dictes Et avec ce qu’il n’est doubte que ses cheveliers et gens d’armes
et tout l’ost en auroient meilleur cuer de combatre voiant leur seigneur
en place prest de vivre & mourir avec eulz Sans faulte pour rendre
responce a ceste question non obstant tout ce que dire on pourroit du
bien qui ensuivir en pourroit et qui plusieurs exemples en troveroit de
roy & princes au quelz est bien prins d’estre en presence en leurs
batailles Sicomme du roy alixandre en ses conquestes et mesmement de
plusieurs roix de france sicomme le roy clodove charlemaine et plusieurs
autres Et mesmement charles qui a present regne estant enfant en l’aage
de quatorsze ans nouvel couronné fut en la bataille de rosbecke contre
les flamens ou il eut noble victoire Il n’est pas a deliberer de leger
que le Roy ou souverain prince y voyse en personne. Et plus fait a
eschever que a y aller reserver pour aucun cas c’est assavoir contre ses
proppres subgectz en cas que rebelles luy seroient. La cause est pour ce
que naturelement recraint offencer la magesté de son souverain seigneur
par especial en sa presence si ne pourroient nyer quelque perverse
voulunté qu’ilz eussent que cuers et membres n’eussent ainsicomme tous
vaincus eulz voyans contre cellui auquel ayde deussent estre contre tout
homme et par especial est grande la confusion contre eulz et le droit
grent pour le seigner quant il leur est bon et non cruel ne tirant. mais
non pourtant quelque soit la necessité qu’il y voit doit bien estre
regardee que si seurment soit mis en bataille que le peril de male
fortune ne puist cheoir sur sa parsonne Mais la raison generalle
pourquoy il n’est droit que communement y voist est pour ce que nul ne
peut savoir a laquelle partie dieu donnera sa victoire parquoy se la
fortune venoit contre le prince y estant en personne par quoy mort
prinse ou fuite s’en survenist a lui Ce ne seroit pas pardition ne
deshonneur seulement a sa parsone mais a ceulz de son sang et
generalement a tous ses subgectes terre et pays en perdition et infiny
inconvenient sicomme on peut assés savoir par l’experience de cas
semblables en ce royaume & autrepart advenus. Et pour ce n’est pas a
eslire que pour le regard d’aucune particuliere utilité on mette en
adventure et peril se dont pouvent venir infinitz maulz et inconveniens.
Et pour ce ne doit pas tel prince estre si cauteleux ne si courageux
ains en doit estre descueu par lui assigner les causes et Raisons
avecques exemples qui lui doivent refrener considerant le tresgrant
peril non pas seulement de sa parsonne comme dist est mais de tous les
siens. Et ad ce propos peut biens servir pour exemple le bon et sayge
roy charles dessus nommé lequel non soyt mouvant de son trosne royal en
ses palais toutes les terres perdues. Reconquist comme treschevalereux
si comme le vray en est manifeste. Et qu’il soit vrai a ce propos que
sens et diligence plus soit expedient en fait de guerre que la present
du prince Semblement appert per le premier duc de melan pere de cestuy
qui est a present. Le quel non soy partant de ses palais conquist par
son sens tant de terres et seigneuries en lombardie et a la marche que a
la seigneuries d’une cité attribua tant d’aultres seigneuries qu’il en
fist une tresgrant et notable duché.
Cy devise quel connestable doit estre esleu pour estre maistre de la
chevalerie du roy ou prince et les condicions qu’il doit avoir. vii.
chappitre.
Or avons oy conment le Roy ou souverain prince pour le bien et la
seureté de la chose publique ne doit pas legierement deliberer de soy
mesme aller en bataille. Si est doncques a adviser a quelz personnes
comme ung seul ne soufise on pourra commectre le fais de si grans
offices comme maistres et conduiseurs de sa chevalerie qui pour lui et
en son nom excercent le fait de ses guerres de laquelle chose sans
faulte a droit regarder n’est nulle autre besoingne ou plus grant regard
appartiengne comme l’election d’iceulz Car de tant que l’excercite de
leurs offices passent en pois et en peril tous autre de tant y afierent
plus convenables personnes Et par especial doit per grant deliberacion
advis et regard estre esleu cellui auquel sera commise la principale
charge sur tous lequel office les anciens appelloient duc des batailles
ou souverain maistre de la chevalerie que nous disons a present en
france connestable. Et apres en ensuivant les deux mareschaux selon
l’usaige françois Sur lesquelx offices principaulx sont ordonnés
plusieurs capitaines de certain nombre et cantité d’ommes d’armes. Et en
la election par especial du souverain maistre de la chevalerie du prince
doit estre advisé qu’il soit personne notable especialment en tout ce
qu’il convient es choses que armes requierent C’est assavoir que par
longue experience il soit si usagez que celui soit comme naturel maistre
Et que le continuel excercite l’ait rendu maistre de tout ce qu’il y
convient comme cellui qui par plusieurs fois se soit trouvez en diverses
adventures adveneus en fais de guerres per divers pays et nacions.
Vegece.
vegece dist que longueur d’aage ne grant nombre d’ans ne donne pas art &
maniere de combatre mais l’usage si ne soit apprentis des ordres et
manieres qu’il convient tenir en gens d’armes traicter soit en temps de
repos ou traveil de guerre les sache maintenir mener et conduire en
telle maniere. Que au mieulz faire appartient. Et est assavoir que en la
dite election doit estre plus Regardé a la parfection des choses dictes
avec les autres bonnes meurs et condicions qui a avec lui affierent que
a la grandeur du lignage ne hault sang ne la personne quoy que se tout
povoit ensemble estre seroit moult expedient pource que de tant seroit
plus noble de sang tant plus seroit tenu en Reverence en son dit office.
laquelle chose est necessaire audit capitaine.
Valere.
Et ad ce propos racompte valere que les anciens qui firent les grans
conquestes se augmentoient d’eulz mesmes pour estre plus doubtez en
leurs ost et se faignoient estre parens des dieux Neantmoins ne souffist
il pas ceste seule convenableté sans les autres proprietez pour ce doit
estre le regard des esliseurs plus a bien pourveoir l’office non pas a
sa personne Car chose mou[lt] seroit a reprendre quelque fut la
haultesse de sang de faire de l’ignorant maistre voire par especial en
office la ou subtilité sens et loing usage a souvent plus grant besoing
que grant nombre de gens ou quelconque autrez vertus ne autrez forces.
Cathon.
Cathon dist que de toutes autres choses on peut amender les faulte
Reservé celles qui sont faictes en bataille de laquelle la peine ensuit
tantost la faulte. Car mauvaisement ceulz qui se scevent mal deffendre
et aux fuitifz a peine Revient cuer de combatre pour ce aussi avec les
choses dessudictes est necessaire qu’il soit sage de bon sens naturel
comme celui auquel convient avoir la congnoissance de moult de choses et
qui est comme chief de justice. Il convient lieuteant du prince estre
sage pour faire droit a ung chacun de tous cas qui peuvent advenir a
cause d’armes et faiz de chevalerie de tous ceulz qui soubz lui sont et
mesmement de estrangiers souvent et en diverses manieres et est assavoir
que selon droit de gentillesse et haulteur de noblesse et de courage
appartient a capitaine qu’il use en l’exercite d’armes en tous cas que
advenir lui peuvent et tout ce que gentillesse requiert se droit honneur
et los veult acquerre c’est assavoir que mesmes a ses ennemis soit
droicturier et veritable en fait et jugement ou il eschera.
Et avec ce qu’il honnoure les bons et ceulz qui le vallent ainsi qui
vouldroit estre d’eulz honnourez. Ceste maniere tenoit le vaillant roy
pirrus de macedonne dont grant los acquist lequel pource que tant de
vaillance avoit trouvé aux Romains combien qu’il feussent ses ennemis
mortelz si les honnoroit il moult grandement quant ilz venoient en
ambaxade devers lui Et mesmement les occis en ses batailles faisoit
honnorablement ensepvelir Et de la noblesse & grant franchise de cestui
roy est encore escript qu’il les avoit en tresgrant pris/ que mesmes
leurs prisonniers pris en ses batailles ne voulut il retenir ains les
rendoit tout quittement Les meurs et conditions qui a bon connestable
affierent sont telles. ne soit tenu de chaudecole fel ne yreux/ mais
amesurez & attrempez/ droicturier et justice benigne en conversacion de
hault maintien et pou de parolle rassis en contenance/ non moqueur ne
truffeur veritable en parolle & promesse hardi seur diligent non
couvoiteux/ fier aux ennemis/ piteux aux vaincus et a son dessus. Ne se
courousse de legier/ ne se meuve a pou d’occasion Ne croie trop tost ne
a pou d’apparence/ n’adjouste foy a parolles qui n’ont couleur de verité
Ne curieux de mignotises jolivetez ne de joyaulx/ habillié soit
richement en harnoys et montures et fierement se contiengne/ Ne soit
paresseux lent ne endormy Ne curieux en viandes et mengiers ne vie
delicative/ enquerant tousjours de l’estat et convine des adversaires
subtil pourveu et cault a oyr deffendre d’eulz et sagement les envaÿr
Advise sur leurs agais/ sache les sciens gouverner et tenir en ordre et
cremeur/ faire droit ou il doibt/ ne soit aussi moult curieux de jouer a
nulz jeux/ honneure les bons et feaulx qui le vallent et apres de soy
les tiengne/ bien gardonne ceulx qui le desservent. Et large soit es cas
qui le requierent. Son commun parler soit d’armes es fais de chevalerie/
et des proesses des bons/ bien se garde de vantise/ il soit raisonnable/
aime son prince et feal lui soit/ soit secourable aux vesves et aux
orphenins et aux povres/ Il ne tiengne grant compte de petit meffait
fait a personne ne de petis debas. Pardonne legierement a celluy qui se
repent et par dessus tout/ aime dieu et l’eglise et soustiengne droit.
Icelles conditions duisent a bon connestable aux mareschaux & a ceux
d’offices semblables.
Cy alleguent au propos de l’exercite d’armes aucuns acteurs qui de ce
ont parlé et les manieres que tenoient les vaillans conquereurs qui
avoient renommee en armes. viii. c.
Apres que avons devisé quelz doibvent estre esleuz/ capitaines et
conduiseurs de la chevalerie du roy ou prince. Dire nous fault en quoy
leur exercite se extendra/ & pource que de ceste matiere me aprennent a
parler acteurs qui en ont escript produiray ou tesmoingnaige leurs ditz/
et principalement de ceulx qui au temps de valentinien empereur
notablement fist propre livre de la discipline et art que tenoient les
tresgrans conquereurs du monde qui misrent a chief par sens et par vertu
d’armes choses a present sembleroient estre impossible.
Ceste chose bien affirma le roy pirrus quant il eut esprouvé la
vaillance des rommains desquelz assez petite quantité contestoit contre
son ost qui tant estoit grant que mons et vaulx en estoient couvers lors
qu’il dist. O dieu jupiter se j’avoie telz chevaliers je conquerroie
tout le monde. Et pour ce est a presupposer que par grant sens traveil
et propre industrie achevoient si haultes entreprinses comme conquerir
le monde si que firent ses rommains & autres conquereurs du monde/
desquelz les manieres et les ordres qu’ilz tenoient enregistrerent
plusieurs sages Desquelles choses pour exemple de se confermer a iceulx
se bon semble sont a oyr propices & expediens.
Vegece.
Car vegece dit qui veult paix appraingne qui aime victoire doibt avoir
sens d’armes & le chevalier qui desire bonne adventure se combat par
art/ c’est assavoir par sens non pas a la volee et nul n’ose grever ne
couroucer cellui qu’on cuide qui seurmonteroit s’on l’assailloit.
Il appert par les grans conquestes que jadis firent les anciens que les
gens ne sont plus si vaillans comme ilz souloient/ et de ce a quoy il
tient rent la raison Le premier allegue vegece qui dist que la longue
paix a rendu les hommes qui par avant par loingz et continuelz travaulz
se souloient exerciter aux armes/ non challans d’icelle occupation si se
sont mys au delit et repos et aux convoitises de peccune/ dont les
nobles anciens qui ne prisoient que honneur ne faisoient compte/ & aussy
a esté mise chevalerie en negligence et tellement que jusques en oubly &
non chaloir. Et dist il les rommains mesmement qui ja plusieurs terres
avoient conquises delaisserent ung temps tellement l’excercite d’armes
que par la desascoutumance ilz furent par Hanibal prince d’auffrique
desconfitz. En la seconde bataille ilz perdirent quasi toute leur
seigneurie devant canes en puille/ qui fut si horrible que pres tous
ceulx de romme y furent mors/ & leurs chevaulx capitaines prins &
destruis/ & de notable chevalerie en si grant cantité que apres la
desconfiture hanibal qui fit chercer le champ en eut trois muys tous
plains d’aneaux d’or de leurs dois comme dit l’istoire lequelz il fit
porté en son pays en joye et en signe de victoire mais apres la dite
excercite reprinse ilz eurent tousjours victoire Pour ce conclud ledit
acteur en loant acoustumance d’armes que plus proffitable chose est au
roy ou au prince que les siens soient bien enseignez et duitz en icellui
art quelque petite cantité qu’il ait de gens que prendre foison de
soudoiers estranges qu’il ne congnoist Et nulle riens dist il n’est plus
ferme ne plus bien euré ne qui plus face a louer que est contree ou
foison a de bons hommes d’armes bien duitz et bien aprins en tout ce qui
y appartient. Car or ne argent ne pierres precieuses ne surmontent pas
les ennemis ne en paix ne font vivre les habitans Laquelle chose fait et
peut faire puissance de chevalerie vaillant et bien enseignie et de tel
ne doit pas estre jugé selon la folle sentence du roy brutus de gaule le
quel quant il eut envaÿ les romains a tout C & iiii xx mil hommes armés
et il vit que contre lui venoient a si petite cantité il les desprisa et
dit qu’il n’y avoit pas assés de gens pour rassadier les chiens de son
ost mais neantmenz il en y eut assés pour destruire lui et son grant ost
si qu’il en advint apres comme racompte l’istoire. Pour icelles choses
confermer apres ledit acteur dirons premierement de la doctrine que
donnoient les nobles a leurs enfans ou temps de leur jeunesse Puis
retournerons a la matiere dudit capiteine ou chiefvetains de la
chevalerie.
Vegece.